INFLUENCE DU SYSTÈME POSTER. SUR LES MOUYEM
avec ce membre que des mouvements désordonnés; la coordination a disparu.
Telle est la véritable signification des résultats signalés par Panizza; telles sont l’origine et les raisons de l’influence exercée par les racines postérieures sur les phénomènes de motilité. Les observations précédentes ont été confirmées par Slilling, puis maintes fois répétées par Scbiff sur des chiens et des chats; ce dernier physiologiste a même insisté plus que ses devanciers sur un fait intéressant : ces mouvements non coordonnés vont presque toujours au delà du but, il est très-rare qu’ils restent en deçà. Plus récemment enfin , Cl. Bernard , Leyden et Rosenthal (1) ont repris ces expériences, et toujours elles ont fourni les mêmes résultats; en fait, l’influence exercée par les racines postérieures sur l’harmonie et la coordination des mouvements est une des lois physiologiques, qu’il est permis aujourd’hui d’affirmer comme des axiomes.
Gela étant, il est facile de prévoir que les cordons postérieurs doivent avoir sur les mouvements la même influence indirecte que les racines; cette présomption, dictée par l’anatomie, est pleinement justifiée par la physiologie expérimentale, et les recherches de Türck, de Harless, de Philippeaux et Yulpian, de Leyden et Rosen-
(1) Cl. Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858.
Leyden, Die graue Degeneralion der hinleren Rückenmarksstr linge. Berlin, 1863.
Les expériences de Leyden ont été faites en commun avec Rosenthal sur des chiens et sur des grenouilles.
Il y a longtemps déjà que Longet s’est attaché à faire ressortir l’influence toute-puissante de la sensibilité sur le mouvement. (Voy. son Traité d’anatomie et de physiologie du système nerveux. Paris, 1842.)
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
thaï (1) ont démontré avec une remarquable uniformité que la section des cordons postérieurs détermine dans les mouvements du côté correspondant, des désordres analogues à ceux qui résultent de la section des racines; ces désordres ont paru dans quelques cas moins prononcés, ce qui ne saurait nous surprendre, puisqu’au point de vue de l’abolition de la fonction, la section du cordon postérieur n’est point équivalente à celle du faisceau radical homologue. Quoi qu’il en soit , cette influence du système spinal postérieur sur la régularité et la coordination des mouvements est une des conséquences les plus remarquables des fonctions de transmission remplies par la moelle; je me borne en ce moment à signaler le
(1) Leyden et Rosenthal, loc. cil.
Harless, cité par Benedikt dans le travail suivant : Uéber Idhmungs arlige Storungen der Motililüt ohne eigentliche Paralyse ( Wiener mediz. , Wochenschrift , 1862).
Türck, loc. cit 1851, et en outre :
Ergebnisse physiologischer Untersuchungen über die einzelne Stninge des Rückenmarks ( Sitzungsberichte der Wiener Akad ., 1852).
Philippeaux et Vulpian, Résultats de la section des cordons postérieurs de la moelle (Gaz. méd.’de Paris , 1855).
Leyden et Rosenthal hésitent à adopter les conclusions de Philippeaux et Vulpian ; ils ont obtenu dans leurs expériences des résultats analogues, ils en conviennent eux-mêmes, mais ils ne se croient pas autorisés à rapporter les désordres de la motilité à la section des cordons postérieurs, et cela parce que ces désordres, à partir du moment de l’opération, s’étaient amendés. Je ne comprends pas ces scrupules, je l’avoue : les phénomènes s’étaient amendés, c’est tout simple, puisque, au premier moment, la commotion résultant du traumatisme s’ajoutait à la lésion des cordons pour augmenter les troubles du mouvement, et que cette influence extrinsèque allait toujours diminuant ; ce qui est certain, c’est que le quatorzième jour , au moment de sacrifier le chien, on constata de nouveau qu’il ne pouvait pas se tenir sur ses jambes de derrière. Je comprends encore moins cette autre assertion de Leyden, qui pense que les désordres du mouvement auraient dû aller croissant de jour en jour, s’ils avaient dépendu de la section des cordons postérieurs.
ACTION CONDUCTRICE DU CORDON LATÉRAL. Si
fait; je le retrouverai plus tard lorsque je m’occuperai, à propos de l’ataxie, des conditions qui président à la coordination motrice normale.
Action conductrice du cordon latéral sur la fonction de respiration.
Avant de passer outre, et de quitter l’étude des fonctions de transmission par la moelle, je dois faire connaître l’influence particulière qu’elle exerce sur la fonction de respiration; cette influence n’est point le résultat de l’autonomie ou de l’activité propre de l’organe ; ce n’est encore qu’un effet de conductibilité ; à ce titre, il doit trouver place ici. Par une hypothèse que rien ne justifiait alors, et qui, néanmoins, est l’expression parfaitement exacte de la vérité, Ch. Bell a localisé dans les cordons latéraux l’influence exercée par la moelle sur la respiration ; plus tard , Longet (1) , à la suite de ses expériences sur la moelle allongée, avait été amené à partager l’opinion de Bell, ou du moins à la regarder comme très-vraisemblable. Cependant le critérium expérimental manquait encore; pour juger la question, il fallait savoir si les cordons latéraux interviennent seuls dans l’acte respiratoire, ou s’ils ne font que participer à cette fonction, conjointement avec d’autres parties de l’axe rachidien ; il fallait donc couper le cordon latéral seul , et cela, au-dessus de l’origine spinale de tous les nerfs respiratoires. Cette expérience a été pratiquée par Schiff sur des chiens, avec le plus grand succès.
(1) Longet, Expériences relatives aux effets de f inhalation de l’éther sulfurique sur le système nerveux {Acad, imp. de méd 1847).
JACCOUD.
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
Il coupe le cordon latéral entre le premier et le quatrième nerf cervical. Lorsque l’animal est sorti du sommeil anesthésique, lorsque l’influence immédiate de l’opération est un peu dissipée, on peut constater que la sensibilité et la motilité sont intactes dans les membres; ces chiens, dit Schiff, m’ont souvent accompagné à la promenade,-et ils ne présentaient rien d’insolite dans leur démarche ; mais tous les mouvements respiratoires du tronc sont complètement abolis du côté de la section, et si l’on soumet l’animal à une nouvelle éthérisation pour ouvrir la cavité abdominale et étudier directement le jeu du diaphragme, on voit que le muscle est immobile du côté opéré. Il est donc certain que les cordons latéraux sont la seule voie par laquelle est conduite aux nerfs et aux muscles respiratoires l’influence de la moelle allongée, qui est, comme on le sait, le centre d’innervation de la fonction de respiration ; c’est dans ce sens qu’il est permis de dire que les cordons latéraux de la moelle épinière président aux mouvements respiratoires ; Schiff rappelle, à propos de cette action spéciale, une disposition anatomique qui n’est pas sans intérêt : ce n’est qu’à la région cervicale et à la partie supérieure de la région dorsale, c’est-à-dire au niveau de l’émergence des nerfs respiratoires, que les cordons latéraux sont séparés par un sillon des autres segments de la moelle. Au-dessous de cette limite, la distinction d’un cordon antérieur et d’un cordon latéral est purement artificielle.
Quoique j’aie élagué dans l’exposé précédent bien des détails, bien des controverses qui n’étaient propres qu’à obscurcir le sujet, quoique je me sois efforcé, en donnant
ACTION CONDUCTRICE DU CORDON LATÉRAL. 83 à la physiologie l’appui solide de l’anatomie de texture, de rendre plus nets, plus intelligibles et plus saisissants les résultats de l’expérimentation ; cependant je crois utile de résumer ici, en quelques propositions, les lois fondamentales qui ressortent de cette étude. La tâche est facile, car ces propositions ne sont pas nombreuses ; je rappellerai seulement que j’ai désigné sous le nom de système spinal antérieur l’ensemble des racines et des couches antérieures (blanches et grises), et sous le nom de système spinal postérieur l’ensemble des racines et des couches postérieures (blanches et grises) de la moelle.
I. Le système spinal antérieur est affecté à la transmission centrifuge, il conduit les impulsions volontaires, il est kinésodique.
II. Les couches blanches et les couches grises ne participent pas également à l’accomplissement de cette fonc~ tion; la substance grise tient ici la première place ; dépouillées des cordons blancs adjacents, les couches grises conduisent encore l’excitation motrice, tandis que les couches blanches, privées d’éléments gris, ne peuvent effectuer la transmission dans toute la longueur de la moelle.
III. Dans ce système antérieur, qui est tout entier kinésodique, il n’y a qu’une seule partie excitable ou douée de motricité, ce sont les racines antérieures des nerfs.
IV. 11 n’y a pas de décussation dans les voies kinésodiques de la moelle épinière, le trajet des impulsions volontaires est direct; mais la commissure grise antérieure établit une communication médiate entre les couches grises des deux côtés.
Y. Le système spinal postérieur est affecté à la trans-
Sà
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mission centripète, il conduit les impressions sensitives, il est æsthésodique.
VI. Les couches grises semblent spécialement chargées de la transmission des impressions douloureuses; les couches blanches paraissent plus particulièrement affectées à la transmission des impressions tactiles.
VIL Dans ce système postérieur, qui est tout entier æsthésodique, il n’y a qu’un seul élémentexcitable, ousensible par lui-même, ce sont les racines postérieures des nerfs. La sensibilité que présentent les cordons blancs, est une sensibilité d’emprunt qu’ils doivent à la présence de ces racines.
VIII. En raison des impressions périphériques qu’il transmet au sensorium, le système spinal postérieur exerce une action puissante sur les phénomènes de motilité ; il est sans influence sur la spontanéité et sur la force des mouvements, mais il en assure et en maintient la coordination.
IX. Il y a une décussation partielle dans les voies æsthésodiques de la moelle épinière, le trajet des impressions sensitives est à la fois direct et croisé.
X. Le cordon latéral est l’unique conducteur de l’influence nerveuse aux nerfs respiratoires ; il préside aux actes mécaniques de la fonction de respiration.
Sphère d’action (les racines nerveuses.
Pour apprécier exactement le rôle physiologique de la moelle, envisagée comme organe conducteur, il ne suffit point d’étudier en elles-mêmes et pour elles-mêmes les fonctions de transmission ; il faut en saisir les relations