SPHÈRE D’ACTION DES RACINES NERVEUSES
avec le mouvement et la sensibilité des parties périphériques : il ne suffît point de savoir qu’il y a dans la moelle des fibres kinésodiques et des fibres æsthésodiques, il faut connaître les lois générales de leur distribution; alors seulement on pourra découvrir les rapports qui unissent les diverses parties du centre spinal à certains groupes de muscles déterminés, et à certaines zones de sensibilité. L’anatomie descriptive répond à ces questions, en nous faisant connaître l’origine et le groupement des diverses paires nerveuses qui naissent de la moelle; je n’ai pas à m’occuper de ces détails, ils sont élémentaires: mais il ne sera pas inutile, peut-être, d’exposer quelques faits qui sont propres à faire connaître plus exactement la sphère d’action des racines des nerfs, et les rapports que ceux-ci présentent dans leur distribution ultérieure.
Pour juger de la destination d’une racine motrice, deux méthodes différentes peuvent être employées. On peut exciter un département limité de la moelle ou une racine isolée, et observer quels sont les muscles qui répondent par leur contraction à cette excitation artificielle ; cette méthode n’est pas très-rigoureuse, en raison de la difficulté qu’on éprouve à limiter exactement l’excitation ; de plus, les résultats obtenus au moyen de l’électricité sont sans valeur à cause de la contraction paradoxale. L’autre méthode consiste à couper une racine, et à rechercher l’étendue et l’intensité de la paralysie produite.
En opérant ainsi , Eckhard (1) a constaté qu’il n’est
(1) Eckhard, Uebcr Reflexbewcgungen dcr vier letzten Ncrvenpaare des Frosches ( Henle’s md Pfeufer’s Zeitschrift , VII).
Comparez :
Stannius, Dgs pe-jplicrischc Nenenwitom dçr Vische, Hqstocli?
86 PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
pas un muscle qui soit animé par une seule racine motrice; toujours un meme muscle reçoit des filets provenant au moins de deux ou trois racines , de sorte que la section d’une racine unique ne détermine jamais de paralysie complète dans le muscle observé; mais les racines d’un même muscle sont toujours voisines, elles naissent toutes d’une partie limitée de la moelle, et l’étendue de ce territoire est proportionnelle au développement du groupe de cellules, correspondant à ces racines et au muscle. D’un autre côté, des groupes de muscles associés par la communauté de la fonction, reçoivent leurs racines motrices d’un département nettement circonscrit, et non pas de diverses parties échelonnées et contiguës ; telle est la raison du renflement cervical et du renflement lombaire de la moelle, qui tiennent ainsi sous leur dépendance tous les muscles des membres; par contre, les racines motrices des muscles respiratoires sont, comme nous l’avons vu, disséminées sur toute la longueur du cordon latéral. Cette opposition est fort intéressante, car elle nous démontre que la réunion et l’isolement des racines motrices d’un groupe musculaire sont déterminés par l’intimité plus ou moins étroite de l’association fonctionnelle. Les muscles qui exécutent les actes mécaniques de la respiration, concourent à l’accomplissement d’une même fonction, c’est vrai; mais il n’entrent pas nécessairement tous à la fois en action ; plusieurs d’entre eux participent, en outre, à des mouvements qui n’ont plus de rapport direct avec les fonctions respiratoires ; ici donc, une certaine indépendance était nécessaire dans l’activité des divers composants de p groupe; de là, lp dissémination de leurs racines mo-