‹ Études de pathogénie et de sémiotiqueChapitre 26 sur 123 · SENSORIUM SPINAL · texte numérisé non relu

SENSORIUM SPINAL

acte fonctionnel ne résultant pas d’une impulsion volontaire directe, il est clair que ces actes pourront être normalement exécutés, sans qu’il soit besoin de l’intervention constante de la volonté et du sensorium. Or, c’est là tout à la fois une garantie puissante pour l’accomplissement régulier et continu des actes fonctionnels, et un privilège précieux pour les facultés de la volition et de l’attention ; car elles trouvent dans cette disposition une indépendance et une liberté d’action, dont elles ne pourraient jouir, si elles devaient choisir et combiner elles-mêmes les divers éléments de ces actes mécaniques complexes, et si elles devaient en outre en surveiller et en diriger incessamment l’exécution (1).

Je retrouverai cette question en étudiant la coordination motrice dans ses rapports avec la locomotion et la préhension, car j’aurai à examiner alors quel est dans ces actes le rôle respectif de la volonté (innervation cérébrale), et du mécanisme (innervation spinale).

(1) Ce résultat si admirable et si imprévu de l’action propre de la moelle mérite la plus sérieuse attention ; il n’est pas moins intéressant pour le psychologiste que pour le médecin, et quoique je ne veuille pas aborder une question qui ne rentre pas dans le cadre de ces études, je ne puis omettre de faire remarquer jusqu’où s’étend la portée de ces notions physiologiques. Elles apportent à la doctrine spiritualiste unitaire , qui professe l’identité de l’âme pensante et de l’âme végétative (principe vital) un appui tout-puissant, car elles réduisent à néant l’un des arguments les plus sérieux de la doctrine dualiste, en nous démontrant que les actes fonctionnels les plus complexes (respiration, combinaison et coordination des mouvements, mouvements de déplacement, etc.), sont accomplis dans l’être vivant, en vertu d’un mécanisme organique saisissable. 11 n’est plus besoin dès lors, pour en comprendre la réalisation constante et régulière, de faire descendre l’âme pensante au rôle de simple serviteur du processus organique, pas plus qu’il n’est nécessaire d’imaginer à côté d’elle un second principe spécialement chargé de veiller à l’exécution de ces actes divers.

PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE

Distribution et irradiation des mouvements réflexes . — Si les mouvements réflexes qui succèdent à une excitation légère et peu étendue se limitent en général à la partie excitée, il est loin d’en être toujours ainsi; souvent ils s’étendent à toute une moitié du corps; dans d’autres circonstances, ils se propagent au côté qui n’a pas été directement excité ; parfois, enfin, ils envahissent la presque totalité du système musculaire. Or, les rapports anatomiques qui relient le système spinal intermédiaire ou réflexe au système antérieur ou moteur, l’arrangement régulier des cellules en groupes limités, enfin les communications qui unissent ces groupes dans la longueur de la moelle et d’un côté à l’autre de l’organe, pouvaient faire pressentir que cette extension variable des mouvements réflexes n’est point un phénomène fortuit, et qu’elle obéit à des lois constantes. A Pflüger (1) revient l’honneur d’avoir découvert ces lois, qu’il a déduites d’un nombre considérable d’observations pathologiques. Ces lois, au nombre de cinq, sont connues sous le nom de lois de Pflüger; en voici l’exposé :

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