SENSORIUM SPINAL
ces mouvements ont été aussi bien coordonnés que chez un chien non mutilé. Le même observateur a vu des chats, auxquels il avait fait une plaie dans la région du cou, lécher encore cette plaie après l’ablation de l’encéphale.
Je ne m’arrêterai pas plus longtemps sur ce grand fait de la coordination des mouvements spinaux réflexes, car il est admis par l’universalité des physiologistes; mais je ne puis omettre de dire quelques mots d’une discussion, qui est par elle-même un argument tout-puissant en faveur de la thèse que je viens d’établir.
La coordination des mouvements réflexes est si parfaite, ces actes présentent parfois à un si haut degré le caractère de l’intention et du but utile, que les observateurs qui en ont fait une étude approfondie, sont arrivés à l’idée d’un sensorium spinal. Pfliiger est le promoteur de cette doctrine, à la défense de laquelle il a consacré de nombreux travaux. Ses recherches ont été faites sur des grenouilles décapitées, et après avoir constaté chez elles la spontanéité des mouvements et leur détermination quasi intentionnelle (déjà vue par Volkmann), après avoir observé surtout que les caractères de ces mouvements varient avec la nature de l’excitant employé; Pflüger a conclu que ces mouvements succèdent à des impressions senties, et que la moelle, douée de la faculté de transformer les impressions en sensations et en perceptions, réagit, non pas fatalement et suivant un mode constant, mais librement et conformément à la sensation perçue. Je me garderai d’aborder cette discussion, qui envahit nécessairement le terrain de la psychologie ; en signalant un débat qui divise aujourd’hui les physiologistes les plus
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
distingués de l’Allemagne et de l’Angleterre (1), je voulais simplement faire apprécier d’une manière plus saisissante les caractères des mouvements réflexes, et leur ressemblance avec les mouvements volontaires. Pour nous, il nous suffit de cette conclusion qui n’est que l’expression fidèle des faits observés : chez les animaux décapités ou privés de cerveau, les mouvements réflexes ont le triple caractère de l’opportunité, de la combinaison et de l’harmonie; en conséquence, la moelle est l’organe de l’association et de la coordination des mouvements. C’est à cette même conclusion que nous avait conduit l’examen des mouvements volontaires et de la texture anatomique de l’axe spinal.
Cette propriété est au nombre des plus importantes qui aient été dévolues à la moelle; la composition et la coordination des mouvements qui concourent à un même
(1) Pfliiger , Die sensorische Funclion des Rückenmarks der Wirbelthiere , nebst einer neuen Lehre über die Leitungsgesetze der Reflexionen . Berlin, 1853.
Voyez sur cette question :
Lotze, Kritik der Pflüger'schen Schrift ( Gdttingische gelehrte Anzeigen , 1853).
Auerbach, Ueber die Frage ob bei enthaupleten Thieren noch Empfindung und Willkühr wahrzunehmen sei ( Günsburg’s med. Zeitschr. , 1853).
Paton, Perceptive power of the spinal Cord ( British med. Journ . , 1858).
Schiff, Lehrbuch der Physiologie. Lahr, 1858.
Funke, Lehrbuch der Physiologie. Leipzig, 1860.
Goltz, Reflectorische ( psychische ) Thaligkeit des Rückenmarks ( Kônigs berger mediz. Jahrb., 1860).
Meyer, Ueber die sensorischen Functionen des Rückenmarks ( Prager Vierteljahrsschrift , 1861).
BischofT, Monatshefte für das gesammte geislige Leben der Gegemvart. Braunschweig, 1861.
Ludwig, Ueber das RücJçenmark (Wiener med . Wochenschrift, 1862).