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V. Loi de la généralisation

Lorsque l’influence excito-motrice ne dépasse pas la sphère de la fibre sensible excitée, ou bien, lorsque dans son irradiation de bas en haut, elle n’arrive pas jusqu’à la moelle allongée, les mouvements réflexes restent locaux; mais si la propagation atteint le bulbe, les mouvements sont généraux, car la moelle allongée est le foyer principal d’irradiation des mouvements réflexes, de sorte que tous les muscles du corps participent au mouvement produit.

Ces lois de Pflüger ont été vérifiées par un trèsgrand nombre d’observateurs, et elles ont reçu la plus éclatante des confirmations, le jour où Schrôder van der Kolk en a dévoilé la raison anatomique, par ses travaux sur la moelle épinière et la moelle allongée. L’occasion d’étudier et de contrôler ces phénomènes se présente

LOIS DE PFLÜGER.

très-fréquemment au médecin; et d'après mes observations, la plus favorable est celle qui est offerte par l’hémiplégie complète de cause cérébrale, ou par la paraplégie résultant d’une méningo -myélite de la région dorsale de la moelle. Il n’est pas même besoin que la sensibilité soit totalement abolie dans ses divers modes, il suffit que le mouvement volontaire ait complètement disparu. En variant l’intensité et le lieu d’application de l’excitation sur les membres paralysés, on voit apparaître de la façon la plus nette la série de phénomènes découverts par Pflüger.

C’est dans ces conditions que j’ai pu moi-même les constater plusieurs fois, et notamment chez une hémiplégique qui était au mois de septembre 4 863 à l’hôpital de la Charité.

Cette femme, âgée de cinquante-cinq ans, avait été frappée d’un ramollissement apoplectiforme (constaté plus tard à l’autopsie), qui avait aboli le mouvement volontaire dans le côté gauche du corps, sans détruire complètement la sensibilité. Or, chez elle, des excitations d’intensité variable (chatouillement de la plante des pieds, traction des poils, application d’un objet froid, pincement plus ou moins énergique de la peau), portées sur le tégument du membre inférieur paralysé, permettaient de vérifier delà façon la plus satisfaisante les trois premières lois de Pflüger. L’excitation était-elle très-légère, les secousses musculaires étaient limitées au muscle correspondant au nerf sensible atteint ; à un degré plus fort, le membre paralysé était attiré en haut sur le plan du lit, en même temps que la jambe se fléchissait incomplètement sur la cuisse; si, après quelques instants de repos, je recom-

PHYSIOLOGIE DE LA. MOELLE

mençais l’épreuve en employant une excitation de même intensité, mais plus prolongée, je voyais d’abord le membre inférieur exécuter de nouveau le mouvement que je viens de décrire, puis, après un léger intervalle pendant lequel l’excitation continuait, le membre supérieur du même côté était brusquement élevé dans la région de l’épaule; je n’ai pu obtenir de la sorte la flexion de l’avant-bras sur le bras. Chez un autre malade qui était paraplégique, une excitation douloureuse a produit plusieurs fois (mais non à chaque essai) des secousses musculaires symétriques dans les deux membres inférieurs, sans contractions simultanées dans les membres supérieurs. Ce résultat est peut-être celui qui a le plus frappé les élèves du service, car il permettait de suivre nettement la marche de l’excitation dans la moelle; une ligne transversale passant d’une moitié à l’autre de l’organe, au niveau du renflement lombaire, en aurait fidèlement représenté le trajet (he loi).

Quant à la cinquième loi, irradiation de l’excitation jusqu’à la moelle allongée, et généralisation des mouvements réflexes, il était impossible de la vérifier chez ces deux individus ; et il en est toujours ainsi dans les cas de simple paralysie , car cette irradiation n’est possible que si l’excitabilité propre de la moelle est anormalement accrue. Mais il est d’autres états morbides qui n’offrent que trop souvent l’occasion de constater le fait : tels sont, par exemple, le tétanos et l’empoisonnement par la strychnine.

Au même moment où j’observais à la Charité les malades dont je viens de parler, j’avais dans le service un jeune homme robuste, cpi ayait gardé, à la suite d’une

VARIÉTÉS DES MOUVEMENTS RÉFLEXES. 125 fièvre typhoïde, une tympanite intestinale évidemment due à la parésie des tuniques musculaires de l’intestin. Ce malade avait pris des doses assez considérables d’extrait de noix vomique sans en éprouver aucun effet appréciable, lorsqu’un matin il fut saisi, pendant la visite, des convulsions caractéristiques de l’empoisonnement. Or, dans les intervalles de repos qui alternent, comme on le sait, avec ces mouvements convulsifs, il était facile de produire chez cet individu des secousses réflexes généralisées, en excitant même légèrement la main ou le pied ; notons qu’à la suite de cette attaque, la tympanite a disparu sans retour: ce qui démontre pleinement la réalité de la cause qui lui avait été assignée.

Connaissant maintenant les lois fondamentales des mouvements réflexes, examinons les conditions qui peuvent influer sur leur intensité et sur leur manifestation.

Conditions qui influent sur les mouvements rê~ flexes. — 11 résulte des recherches de Schiff (1), que les mouvements réflexes ne sont pas plus intenses et plus faciles chez les animaux à sang froid que chez les autres, comme on l’a cru pendant longtemps. C’est chez les poissons que ces mouvements sont le moins prononcés; c’est chez les oiseaux qu’ils présentent la plus grande vivacité ; quant aux mammifères, ils se placent à cet égard entre les poissons et les reptiles. Les saisons ne paraissent avoir d’influence que chez les animaux hibernants, et les grenouilles ont en été des mouvements réflexes beaucoup plus faibles qu’en hiver ou en automne. En revan-

(1) Schiff, Lchrbuch der Physiologie. Lalir, 1858.

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che, c’est surtout chez les mammifères que l’influence de l’âge doit être prise en considération; les mouvements réflexes étant d’autant plus faciles, d’autant plus énergiques, que l’animal est plus jeune (Brown-Séquard, SchitT); cette influence se comprend facilement, si l’on songe que l’innervation volontaire, une fois développée, domine, dans la plupart des cas, Faction propre de la moelle.

Schiff nous apprend en outre que l’intensité des mouvements réflexes dans les diverses espèces animales n’est point proportionnelle au volume de la moelle; comme Brown-Séquard, il a trouvé que l’énergie de ces mouvements est subordonnée au rapport qui existe entre la substance grise et la substance blanche; ils sont d’autant plus marqués que le volume de l’axe gris est plus considérable.

A côté de ces influences générales, il en est de locales qui sont plus puissantes encore, et que le médecin a besoin de connaître, pour apprécier dans tous les cas les caractères des mouvements réflexes.

Le lieu d’application de l’excitation est loin d’être indifférent; les extrémités périphériques des nerfs sensibles sont beaucoup plus aptes à déterminer des mouvements réflexes que les troncs mêmes de ces nerfs, et, d’un autre côté, les nerfs sensibles ne présentent pas tous au même degré cette propriété. Le premier fait n’a rien qui doive surprendre, puisque les extrémités cutanées des fibres sensibles sont munies d’appareils particuliers qui en font les organes d’un sens spécial (tact) ; il est donc tout simple que l’excitation ne produise pas le même effet, suivant qu’elle agit sur l’appareil excitable lui-même, ou

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