MOUVEMENTS PASSIFS
involontairement, pendant l’effort nécessaire pour soulever un fardeau; voilà des exemples bien connus de ce phénomène ; dans les cas de ce genre un mouvement involontaire vient s’associer fatalement à un mouvement volontaire. Dans d’autres circonstances, et ceci a trait à l’état morbide, un mouvement involontaire produit un mouvement simultané dans une partie du corps, soustraite à l’empire de la volonté ; ainsi, chez les hémiplégiques, il n’est pas rare de voir le bâillement, l’éternûment, ou la toux, déterminer un mouvement dans le bras ou dans la jambe du côté paralysé; en dehors même de toute paralysie on observe des mouvements analogues, dans des membres amputés; j’ai souvent occasion de voir un vieux général qui a subi, il y a bien des années, l’amputation du bras dans la continuité, et j’ai pu observer maintes fois que lorsqu’il tousse, le moignon est soulevé par une brusque contraction du deltoïde, tandis que le bras sain reste complètement immobile. Dans d’autres circonstances, enfin, et c’est peut-être là le cas le plus remarquable, on voit chez les hémiplégiques un mouvement volontaire produire un mouvement passif dans les membres paralysés. Tous ces phénomènes ont été regardés comme des mouvements réflexes, causés par la propagation de l’excitation d’une fibre motrice sur d’autres fibres motrices, dans l’intérieur de la moelle; mais déjà Eckhard a fait remarquer que rien ne démontre ici l’intervention de l’acte réflexe, et qu’il s’agit bien plutôt d’une excitation simultanée involontaire ; nos connaissances actuelles sur le groupement des cellules dans la moelle, sur les rapports anatomiques et fonctionnels qui les unissent, démontrent la justesse de cette interprétation, et enlèvent
PHYSIOLOGIE DE LÀ MOELLE
à ces faits toute leur difficulté. Il y a même là, pour nous, une preuve nouvelle de l’impuissance de la volonté pour dissocier certains mouvements composés (1).
Les sensations associées sont susceptibles de la même explication; il y a encore ici excitation simultanée de plusieurs fibres sensibles, ou irradiation directe de l’excitation première, par le moyen des anastomoses, qui relient entre elles les différentes parties du système spinal postérieur; l’expression, sensations associées, est donc parfaitement juste, mais c’est un phénomène d’irradiation qui est en cause et non pas un phénomène de réflexion : le frisson général causé par certains bruits, la sensation toute particulière qui se développe dans les dents sous l’influence de la même cause, sont des exemples vulgaires de ces sensations irradiées. Au surplus ces phénomènes, en tant que dépendant de la moelle, n’ont qu’une médiocre importance, ils présentent, au contraire, un intérêt considérable dans la sphère des sens supérieurs et de l’innervation cérébrale.
(1) Müller, Lehrbuch der Physiologie .
Eckhard, Ueber Reflexbewegungen der vier letzten Nervenpaare des Frosches ( Zeitschr . fur ration. Medicin , 1849).— Die chemische Rcizung der motorischen Froschnerven ( eodem loco , 1851). — Physiologie des Nervensystems. Giessen, 1854.
Henle, Funke, loc . cil.