‹ Études de pathogénie et de sémiotiqueChapitre 59 sur 123 · VALEUR PHYSIOLOGIQUE DU SYMPTÔME · texte numérisé non relu

VALEUR PHYSIOLOGIQUE DU SYMPTÔME

arbitraire, il faut le dire, du mot parésie, deviendrait la source d’une confusion et d’une obscurité terminologiques, qui rejailliraient bientôt sur le fond même de la question. Pour nous donc, comme pour la généralité des médecins, le terme parésie appliqué à la paraplégie indique une paraplégie incomplète.

Ces prémisses posées, je dois rechercher, pour rester fidèle à la méthode qui me guide, la signification physiologique du phénomène paraplégie. Il suffit pour cela d’examiner les conditions diverses de l’innervation motrice normale; nous connaîtrons ainsi du même coup, et les conditions pathogéniques du symptôme et l’organe ou les organes auxquels il doit être rapporté. Or, l’intégrité de la motilité volontaire exige le concours des trois conditions suivantes, qui comprennent l’ensemble des opérations physiologiques nécessaires pour la production d’un mouvement commandé par la volonté : Intégrité de V action du cerveau (organe de la volition). — Intégrité de /’ action de la moelle et des nerfs moteurs périphériques (organes de transmission de l’excitation motrice volontaire) — Intégrité des muscles (organes qui exécutent le mouvement voulu). — Toutes ces conditions doivent être également prises en considération lorsqu’il s’agit d’étudier le mouvement volontaire en général, cela est évident; mais en est-il de même dans l’étude, beaucoup plus restreinte, de la paraplégie? c’est là ce qu’il faut examiner.

Dans l’espèce paraplégie, le fait seul du siège et de la distribution symétrique du phénomène morbide, permet de négliger quelques-unes des conditions précédentes. Ainsi, sauf quelques cas rares, dont je m’occuperai en

216 TATHOGÉNIE DES PARAPLÉGIES.

temps et lieu, l’action du cerveau peut être laissée de côté, parce que les troubles de l’innervation cérébrale se traduisent très-rarement par une paralysie de forme paraplégique. Une raison de même ordre permet de reléguer au dernier plan l’action des nerfs moteurs périphériques; en effet, pour qu’une altération de ces cordons de transmission amène une paraplégie, il faut que la lésion atteigne, dans le canal lombo-sacré ou dans la cavité abdomino-pelvienne, les nerfs moteurs des deux membres inférieurs ; des faits de ce genre ont été observés, mais leur rareté autorise la qualification d’exceptionnels. Enfin, la définition que j’ai donnée de la paraplégie, exclut l’état des muscles ; car, en supposant même une lésion symétriquement généralisée dans le système musculaire des membres abdominaux, il n’y a pas alors perturbation de l’innervation motrice volontaire, il y a obstacle à la manifestation de cette innervation, distinction qui n’est pas moins importante en clinique qu’en physiologie. On sait, du reste, que Boerhaave a signalé l’intégrité des muscles, comme un caractère important de la paralysie vraie ( musculus quidem. bonus est).

En résumé, l’état des muscles n’ayant rien à faire ici, l’action du cerveau et celle des nerfs moteurs pouvant être momentanément négligées,l’organe, qui unit l’encéphale aux nerfs périphériques, reste seul en cause, et la signification physiologique du phénomène paraplégie peut être ainsi exprimée : perturbation dans l’action naturelle de la moelle ; de là cette conclusion pathologique : dans l’immense majorité des cas, la paraplégie a son point de départ dans la moelle, ou bien, si l’on veut me permettre une alliance de mots qui rend parfaite-

Page 1