MÉTHODES D’EXPÉRIMENTATION
ce qui a eu lieu. L’erreur a consisté dans l’assimilation absolue des cordons de la moelle aux racines correspondantes; ainsi est née une théorie qui, justifiée en apparence par l’expérimentation , n’offrait cependant d’autre garantie qu’une séduisante simplicité.
Du reste, il faut le reconnaître, l’erreur n’est point imputable tout entière au vice de la méthode; elle a été étrangement facilitée par l’insuffisance des connaissances touchant l’anatomie de la moelle. Aussi longtemps qu’on a vu dans les cordons blancs, la continuation directe et immédiate des racines nerveuses, on devait être tenté, même avant toute recherche expérimentale, d’attribuer aux cordons, des fonctions semblables à celles des racines, et lorsque la méthode des excitations directes vint donner à cette opinion l’appui d’une démonstration qui semblait rigoureuse, la présomption fut tenue pour une vérité, et la théorie, pour quelque temps du moins, fut acceptée sans contestation. Elle se réduisait, comme on le sait, aux deux propositions suivantes : Comme les racines antérieures, les cordons antérieurs (antéro-latéraux) transmettent seuls les impulsions motrices; comme les racines postérieures, les cordons postérieurs transmettent seuls les impressions sensitives. Cette théorie, issue d’une erreur anatomique et d’une erreur expérimentale, péchait surtout par l’exclusivisme de ses conclusions, puisqu’elle ne se préoccupait en aucune façon de la substance grise.
Cependant la méthode expérimentale par les coupes pratiquées sur divers segments de la moelle, méthode inaugurée par Fodera, Schôps et Rolando, se généralisait rapidement, et tandis qu’elle donnait entre les mains de
PHYSIOLOGIE DE LA MOELLE
van Deen et de Kürschner (1) des résultats inconciliables avec l’opinion précédente, l’anatomie de la moelle apparaissait elle-même sous un nouveau jour ; les deux erreurs qui avaient servi de base à la théorie étant dévoilées, il fut dès lors facile de prévoir ce qu’il adviendrait de la théorie elle-même.
Mais c’est assez m’arrêter sur cette phase primitive de la question ; je dois aborder l’étude des véritables voies de transmission dans la moelle épinière (les racines sont maintenant hors de cause). Mon intention n’est point d’exposer ici, en les passant en revue, les nombreux travaux qu’a inspirés dans ces dernières années le désir d’une solution définitive sur ce sujet; par cela même que les conclusions des observateurs ont été maintes fois inconciliables, par cela même qu’elles sont le plus souvent inintelligibles si elles n’ont été précédées de la description détaillée du mode expérimental, l’étude des faits par la méthode historique serait ici peu fructueuse. Après avoir vu se dérouler devant lui une série interminable d’expé-
(1) Fodera, Recherches expérimentales sur le système nerveux ( Journ . de physiologie expérimentale , 1823).
Schops, Uéberdie Verrichtungen verschiedener Theile des Nervensy stems (MeckeVs Archiv , 1827).
Rolando , Sperimenti sui fascicoli délia midolla spinale. Torino ,
Van Deen, De differentia et nexu inter nervos vitœ animalis et vitæ or ganicœ. Lugduni Batavorum, 1834. — Tijdschrift voor natuurlijke Geschiedenis en physiologie door van der Hoeven en de Vriese, 1838. — Over de gevoellosheid van het Ruggemerg ( Nederlandische Tijdschrift von Gences~ kunde , III, 1859). — Nadere Ontdekk. over de Eigenschappen van het Ruggemerg. Leiden, 1839. — Traités et découvertes sur la physiologie de la moelle épinière, Leyde, 1841.
Kürschner , Uber die Funclion der hinleren und vorderen Strünge des Rückenmarks. Leipzig, 1841.