PARAPLÉGIE INCOMPLÈTE. A
traits fondamentaux de ce type, et ceux-là sont toujours présents.
On a dit souvent que cette allure si singulière, et en particulier cette projection du membre en dehors, est un effet voulu par le patient qui cherche ainsi à agrandir sa base de sustentation, et à se maintenir plus facilement en équilibre; je ne veux pas le nier, encore moins contester les déterminations instinctives des malades ; mais dans ce cas particulier l’explication n’est pas acceptable, au moins comme fait général; la parésie des adducteurs, voilà, je crois, la véritable raison de cette projection en dehors, c’est ce que j’ai observé chez tous les paraplégiques qui m’ont présenté la démarche caractéristique.
Dans les deux dernières formes de paraplégie incomplète, la fonction de locomotion est simplement compromise et non point abolie; aussi un diagnostic différentiel est-il nécessaire pour éliminer certains états morbides, qui peuvent amener des désordres plus ou moins analogues dans la motilité des membres inférieurs. Je signalerai d’abord la gêne de la marche que produit la douleur, chez les individus qui sont atteints de maladies de la vessie et de l’utérus, ou qui souffrent dans les articulations ou dans les muscles; c’est alors sur le fait de cette douleur, et sur le rapport qui existe entre les phénomènes douloureux et les phénomènes d’akinésie que doit être basée l’appréciation. Ici plus que jamais, peutêtre, il faut savoir se défier de l’entraînement, souvent dangereux, que produit chez le médecin la première réponse de son malade. J’ai vu des erreurs être commises, j’ai vu diagnostiquer des paraplégies absentes, et cela,
Æ62 SÉMIOTIQUE DES PARAPLÉGIES,
uniquement parce que, à cette question première : Qu’avez-vous? le malade avait répondu : Je ne peux pas marcher.
Avant de conclure sur cette seule réponse, et de chercher la cause et la nature d’une paralysie qui n’existe peut-être pas, il faut songer à la source d’erreur que je viens d’indiquer; d’un autre côté, il ne faudrait pas non plus tomber dans une faute opposée, et exclure l’idée d’une paraplégie, parce qu’on aurait reconnu chez le patient l’existence d’une maladie douloureuse des organes pelviens ou des membres inférieurs, ces maladies pou- • vant déterminer des accidents du côté de la moelle, par suite une véritable paralysie. On sera en mesure de faire face à toutes les difficultés que peut présenter cette appréciation clinique si l’on suit toujours cette règle de conduite: se prononcer sur l’existence d’une paraplégie, non pas d’après ce seul fait qu’il y a chez le malade des troubles de locomotion, mais d’après les caractères particuliers de ces désordres, dans le cas donné; ce qui veut dire qu’il faut faire marcher l’individu, et examiner avec attention si les troubles de motilité présentent les caractères objectifs de l’une des formes connues de paraplégie incomplète. La classification et les descriptions précédentes seront alors d’utiles points de repère.
Je signalerai, sans m’y arrêter, l’erreur à laquelle pourrait donner lieu l’atrophie musculaire progressive, dans le cas où elle occuperait symétriquement le système musculaire des membres inférieurs. Une étourderie peu probable pourrait seule faire admettre alors une paraplégie. On sait, en effet, que l’atrophie n’atteint jamais primitivement les membres abdominaux; lorsqu’elle y arrive,