PARAPLÉGIE INCOMPLÈTE
que l’autre , cette forme est néanmoins caractéristique par elle-même, et lorsque les phénomènes précédents ont été bien et dûment constatés, le symptôme paraplégie peut être affirmé. Dans les deux dernières variétés, au contraire, les troubles de la fonction de locomotion sont moins accusés, et par cela même le diagnostic est exposé à plusieurs causes d’erreur.
Dans le second type de paraplégie incomplète, le malade peut se tenir debout sans appui, il peut même faire quelques pas en chancelant, mais il marche sans soulever ses pieds : c’est par le glissement alternatif de toute la plante des pieds sur le sol, qu’il exécute cette espèce de progression ; dans quelques cas, le mouvement de soulèvement caractéristique de la marche normale n’est pas totalement aboli, le talon est encore soulevé, mais l’avant-pied ne quitte pas le terrain, et c’est aussi par un mouvement de glissement que la progression est effectuée; seulement le glissement n’a plus lieu sur toute la longueur de la plante du pied, il se fait seulement sur l’extrémité antérieure. Il est évident que dans cette forme, les membres restent pendant toute la durée de la progression dans le même plan postéro-antérieur ; il n’y a ni déviation ni projection, puisque, en définitive, les pieds ne quittent pas le sol ; mais on constate souvent un écartement insolite des deux pieds, lequel a pour effet d’élargir la base de sustentation , et de faciliter l’équilibre , devenu instable en raison de l’affaiblissement de l’innervation motrice.
Dans le dernier type, la paraplégie est plus incomplète encore ; le malade marche, parfois même pendant un temps assez long, sans autre appui qu’une canne, mais il
/1 60 SÉMIOTIQUE DES PARAPLÉGIES.
éprouve une fatigue rapide et insolite qui, le plus souvent, n’est point en rapport avec le développement parfait du système musculaire; et quoiqu’en marchant il soulève régulièrement ses pieds, cependant la marche présente certaines particularités, qui révèlent l’existence de la paraplégie toute incomplète qu’elle soit. Dans ce cas, l’individu marche en fauchant ; le mouvement d’oscillation par lequel le pied postérieur, après avoir quitté le sol, vient se placer au-devant de l’autre, ne s’accomplit plus comme à l’état normal dans un plan directement postéro-antérieur ; c’est par un arc de cercle, à rayon plus ou moins long, que le pied exécute ce temps de la marche ; une fois soulevé, il est projeté d’arrière en avant, et de dedans en dehors, puis arrivé au point extrême de la courbe, il est reporté de dehors en dedans et d’arrière en avant, et après avoir décrit ce trajet curviligne, il retombe en masse sur le sol avec une force acquise, proportionnelle à l’étendue de l’arc parcouru. Lorsque ces phénomènes sont très-marqués, c’est-à-dire lorsque la projection en dehors est considérable, la comparaison classique est on ne peut plus juste ; les mouvements décrits alternativement par les pieds rappellent tout à fait le mouvement semi-circulaire de la faux. Les caractères de ce type, il est vrai, ne sont pas constamment aussi prononcés ; mais sous une forme atténuée, ils sont toujours reconnaissables; une projection curviligne excentrique, au lieu d’une projection rectiligne dans un plan parallèle à l’axe longitudinal du corps, par suite, une oscillation cadencée, une rotation alternative des deux moitiés du bassin, enfin la percussion quasi passive du sol par tous les points de la plante du pied simultanément , voilà les