CHAPITRE QUATRIÈME
$ 1. — Comment l'histoire permet de connaître la préhistoire.
Il paraît singulier d’instituer une étude sur les « primitifs », si, par ce mot, on entend les hommes de la préhistoire, vivant à une époque où les arts du dessin n’existaient pas plus que l'écriture. Comment peut nous être connue uneforme d'activité qui, par définition, est placée en dehors de l’observation directe ? La méthode n'est pas différente de celle que l’on suit habituellement en archéologie, Ἶ et rien n’est plus simple. Je me permettrai une ἢ comparaison.
ἘΠΕ Je suppose que j'étudie des séries de phénomènes représentées par les lignes A, B, C, D. Elles sont très nettement observables, mais jusqu’à une certaine limite, E F; à partir de là, un brouillard épais les dérobe au regard et ne permet plus de les suivre en remontant jusqu’à la source. Je sais pourtant que ces séries viennent de plus haut que E F; ce que je connais d’elles ne m'autorise-t-il pas à les prolonger par la pensée et à dire qu’elles ont en O leur point dé départ commun ? La région au-dessus de E F (pointillé) est celle de la préhistoire; la région au-dessous est celle de l’histoire accessible à la critique directe. O est le principe d’où tout est parti. Si j'admets qu’il y a continuité dans le développement des choses, je suis obligé de placer en O l’incantation magique. Ici, les séries A, B, C, D représentent toutes les catégories de preuves qui sont à notre disposition : les documents littéraires (témoignages des poètes et des prosateurs, inscriptions, textes de lois, etc...); les textes musicaux; les monuments figurés ; les traditions du folklore, — auxquels nous ajouterons les renseignements recueillis chez les sauvages, les demi-civilisés,