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En donnant au dessin mélodique cette direction : ΞΞΞΞΞΞΞΞ LE Ἐν- le mu-
sicien obéit (bien que son état d'esprit soit différent!) au au même instinct que les compositeurs modernes : par exemple Bach, commencant ainsi le premier récitatif de la cantate Gleich wie der Regen:
it Eee ΞΞ = 3 === EE, EE Gleich wie der Re- gen und Schnee vom Him-mel fällt
Comme la pluie et la neilge) tombent du ciel
ou dans la Passion selon saint Jean :
Von ο- ben an bis un- ten aus D’en haut jusques en bas
ou encore, dans la Passion selon saint Matthieu :
Von o- ben an bis un-ten aus
Au point de vue de la composition, cette mélodie offre un exemple de ce que les théoriciens ont appelé, dans la musique savante, le Rondo
de première espèce (un thème suivi d'un épisode, puis de la reprise du thème en forme de refrain : À B A).
Le document publié par Lumholtz a été recueilli chez les populations actuelles du Mexique ; mais il peut être rapproché, en vue d'une comparaison curieuse, des monuments figurés que nous possédons sur les Mexicains de l’époque pré-colombienne. Dans toute la région élevée qui s'étend autour du bassin lacustre dont Mexico tient le centre, puis à l’est vers la mer et au sud vers l’isthme de Téhuantépec, a dominé le culte des dieux Tlaloques, c’est-à-dire des dieux météorologiques qui accordent la pluie, et qui ont pour chef Tlaloc. 1] y a même sur le littoral oriental une tribu, celle des Nonoalcas, qui porte l’un des noms antiques du dieu de la pluie, Nonoalcalit. Les images de ces dieux, décrites en détail par le Ὁ" Hamy(1r), ont le caractère saisissant des habitudes de la magie, car elles paraissent constituées d’après le même principe que la mélodie qui vient d’être citée: elles sont, elles aussi, une #mitalion. Ainsi, dans certaines représentations monstrueuses de l'idole, les dents perdent leur dessin naturel, s’amincissent et se multiplient « au point de pouvoir passer pour la striation de la pluie qui tombe ». (Cf. Croix de la pluie, Cruz de la Lluvia, à Téotihuancan.) Un dessin qui est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale (collection Goupil) nous montre le dieu Tlaloc tenant dans sa main un sceptre en bois, ondoyant à la facon de l'éclair dans la nue ; il tient à la main, ou sur la poitrine, un vase ou bassin qui est censé contenir la pluie; il est peint en vert; on lui donne tantôt comme épouse, tantôt comme sœur, une femme qui s'appelle « le jupon d'émeraude », εἴς...
L’invocation à l'Esprit de la pluie à l’aide d’une cantilène magique est antérieure au culte d’un dieu personnel ayant un nom et une famille, antérieure surtout aux sinistres sacrifices qui s’accomplissaient plusieurs fois par an dans cette région, pour obtenir des pluies, et où la musique jouait un rôle traditionnel : « On tuait un grand nombre d'enfants dans ce mois... on les sacrifiait en beaucoup d’endroits, sur le sommet des montagnes, pour honorer le dieu de l’eau, afin d’en obtenir des pluies abondantes. Ceux qu’on devait tuer étaient couverts de riches vêtements pour être conduits au sacrifice. On les portait sur les épaules, dans des litières enrichies de plumes et de fleurs, tandis qu’au-devant d'eux d’autres marchaient et chantaient, dansant et jouant des instruments. » (ÇCahagun, cité par le D' Hamy.)
(1) CF. les images de ces dieux mexicains qui sont au musée ethnographique du Trocadéro.
De telles circonstances, on le voit, excluent l’idée d'agrément pur dans la musique. — Passons à l'Amérique du Nord.
$ 2. — Symphonie magique pour obtenir l’eau du ciel.
Chez les Zuñis, il y a une « grande danse de la Pluie », considérée par les indigènes comme une de leurs plus anciennes traditions ; profondément enracinée dans la vie de la tribu, elle est populaire au plus haut degré. Accompagnée de chants qui se combinent avec elle dans un cérémonial fixé avec le plus grand soin, elle a pour objet d'obtenir l'eau du ciel. Voici le cadre de la partie musicale de cette cérémonie. On allume d’abord des feux assez nombreux sur les rochers et sur les hauteurs des collines environnantes. Ces feux sont entretenus jusqu’à ce que les prières aient été exaucées par une averse. Il y a un « prêtre de la pluie » qui les entretient avec un bois spécial faisant une fumée épaisse qui tourbillonne dans le ciel. Des incantations, des airs magiques, sont chantés avec ardeur par les jeunes guerriers, et spécialement par les « vierges » qui, sur l'invitation des prêtres, doivent montrer la plus grande ferveur ; elles sont habillées de robes blanches ; elles portent des tablettes où sont figurées d’un côté des lignes sinueuses représentant des nuages accumulés, de l’autre une image de l'éclair. Les danses et les chants sont prolongés nuit et jour, grâce à une endurance qu’on peut difficilement imaginer. Tout, dans l'attitude et la physionomie des danseurs, montre leur foi inébranlable dans le succes de l'opération.
Ils observent avec la plus grande attention un rituel maintenu par le prêtre, qui ne laisse passer aucune faute d’intonation, de rythme ou de mouvement.
Cette sorte de symphonie, telle que l’a transcrite et harmonisée un artiste américain, M. Carlos Troyer, en respectant fidèlement les mélodies originales, comprend les parties suivantes :
1° Les tambours annoncent la « danse de la Pluie » ;
2° Le chef, « Maître de la pluie », appelle les jeunes filles pour ouvrir la danse (chant) ;
3° Appel général aux nuages (mélodie de quatre mesures) ;
4 Signal pour un silence ;
5° On frappe des plaques sonores sur lesquelles on imite le bruit du tonnerre ;
6° Chant des vierges et invocation au dieu de la pluie;