‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 77 sur 169 · LA STROPHE MAGIQUE ET LA STROPHE MUSICALE · texte numérisé non relu

LA STROPHE MAGIQUE ET LA STROPHE MUSICALE

médecine. Pour guérir l’orgelet (1),ii faut dire trois fois : rca, rca, ser0, ce qui donne le système :

Rica, rica, sero, Strophe

Rica, rica, sero, ou

Rica, rica, sero. \ période.

Pour guérir les hommes et les bêtes qui souffrent de coliques, il faut dire, ou plutôt chanter (2) trois fois : a/abanda, alabandi, alambo, ce qui donne :

Alabanda, alabandi, alambo, HER

Alabanda, alabandi, alambo, l Alabanda, alabandi, alambo. \ en

Tantôt les mots qui composent le vers sont différents (3) les uns des autres, tout en étant inintelligibles ; tantôt ils constituent une phrase ayant un sens (4) gramumatical, mais le rythine ternaire est maintenu. Il est alors simple au lieu d’être double. Il arrive aussi que la strophe elle-même se répète neuf fois, identiquement, ce qui complète la ressemblance des incantations latines avec celles des Indiens d’Amérique.

Je n'éprouve aucun scrupule à rapprocher de pareils textes d'exemples pris dans les chefs-d’œuvre de l’art musical, pas plus que je n’en éprouverais à dire que le sang circule dans les veines d’un Bach ou d’un Mozart comme dans celles d’un Pawnee ou d’un nègre d'Afrique, et qu’en cela au moins ces divers hommes se ressemblent (5).

Je trouve un exemple de répétition triple (comme dans la strophe l'hare, ‘hare, ’ahe) dans la plus belle des symphonies de Beethoven (la V®); c'est une strophe composée de trois membres (trois K0/a, diraient les métriciens grecs) analogues à trois vers construits sur le type rica. rica 567Ὸ :

(1) De Medicamentis, VIII, 190-1.

(2) « Hoc præcantum », dit Marcellus.

(3) Ex. : Trebie, potmia, telaphabo (Marcellus, ibid., XXIX, 45).

(4) 1bid., XV, τι.

(5) La magie arrive même aux Syzygies, c'est-à-dire aux « enchaînements de systèmes », qui constituent le plan de la grande musique instrumentale. Il y ἃ une syzygie (avec un Leit-motiv, ou refrain) dans l'opération que la magicienne de Virgile résume ainsi :

« J’entoûre trois fois ton image de ces trois liens de couleur différente, et je la porte trois fois autour de l’autel. La divinité (Hécate) aime le chiffre impair. Chants magiques, éloignez Daphnis de la ville et conduisez-le vers moi. » (Virgile, Eglogue VIIT, V. 72 et Suiv.)

2 ot Ι

1er vers ÈS RE rT d- EE —&- = —— 5 ΞΞ - - GR : ΕΞ

; 2 Gen | Strophe nn 2 Ψ € = EE — — où = 2] RE RE 3.

4 ι ' période ï 2 —— [ Tu] ἢ "| --Ἠ ἡ- 5 59. ἜΞΕ —— 1 ᾽ο.. == ΕΗ all 35. τες ᾧΞ 533: ΞΞΞΕΈΞΕΡ ΞΕΕΞΞΙ ΕΞ il FE ΞΞΞΞ | - - --------ὄ ER CEE, A VE δ 6. — Le rythme ternaire.

Pour composer le vers de son incantation dans le texte cité plus haut,

le magicien emploie trois mots différents, mais de mesure pareille (rica, rica, 5070); le musicien conserve la même formule rythmique, mais obtient la variété soit en déplaçant la formule sur d’autres degrés de la gamme, soit en la transposant.

Autre exemple de strophe à rythmes ternaires :

τ -Φ- 3 ἘΠΞΞΞ me ---- - — 55 - Ξ EE TES ee ee 2, ΞΘ sr ΕΞ .- ΞΕ ΞΞΞΕΞΞΞΞΞ EC PAT cn De SR PP :- -.- À ΞΞ- 5. Ὁ5-

ce SH ΟΣ ὙΠ ΘῈ ἐς ΓΞ- ΞΕΞ Es

a — — --- | Cr EE — = ΞΞΞΞΞΙΞΞΞΞΞΞΞΞΞΞ -------Κ- MES — — ΞΕΞ ..

RE I RER — nes ΞΞΙΞΞΞΞΞΞ

εὐ ἄν qu 0.0.2. Ὁ, Eee Ξε πὴ’ | EE Ε. Ξ-. = == | eee EM DEF eo — ἘΞΕΞΕΕΙΞΕΞ = Ξ-

(BEETHOVEN, Sonate op. 2, n° 2.)

Dans la strophe de l’allegretlo de la même sonate, le nombre des vers est tout autre, mais le rythme ternaire est reconnaissable comme fon-

damental :

sie

Ce qu'on appelle en musique la « carrure », c’est-à-dire la symétrie rythmique organisée en 4 ou 8 mesures, peut très souvent se ramener à un rythme ternaire où la même formule, lorsqu'elle revient pour la troisième fois, est suivie d’une sorte de paraphe d’achèvement ou de conclusion.

Dans la phrase suivante (Beethoven, op. 2, n° 2):

I 2 3 ( | Er | ΒΕῚΞ ΦΞ σι ἡ - ἀν} ss IL (==> ee — = Er ΞΞ ΞΕ EEE 53: a Ξ

rie Er -------- --- -Ὸς-ς-- -

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