‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 88 sur 169 · EXPLICATIONS PROPOSÉES DE LA GAMME A 7.SONS · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS PROPOSÉES DE LA GAMME A 7.SONS

que » ;et, sans plus, ils appellent cela une définition (1). C'est se contenter à bon marché. La « logique » n’a rien à faire ici :et si l'on entend par le mot logique « ce qui semble ordonné » (2), on pourrait l'appliquer tout aussi bien à un système fondé sur l'emploi du quart de ton, du huitième ou du dixième de ton. Fétis n’est pas plus satisfaisant lorsqu'il dit,enbrouillant des idées très différentes : « Quel est le principe de ces gammes et qui a réglé l’ordre de leurs sons si ce ne sont des phénomènes acoustiqueset les lois du calcul ?Je réponds que ce principe estpurement métaphysique. Nous concevons cet ordre et les phénomènes mélodiques et harmoniques qui en découlent comme une conséquence de notre conformation et de notre éducation. C’est un fait qui existe pour nous (sic), par lui-même et indépendant de toute cause étrangère à nous ». La confusion d’idées telles que l’acoustique, la physiologie, l'éducation et l’usage, la nécessité objective, montre combien 1l y a peu de clarté, quandil s’agit de cette question, dans l'esprit de certains musiciens.

On a dit: « Le choix de sept notes principales est déterminé par la tolérance de l'oreille et l'aptitude de la voix. L'une et l’autre ont des limites. Un plus grand nombre de notes produirait des intervalles si petits que nous aurions de la difficulté à les distinguer en écoutant ou à les observer avec justesse en chantant. » — Cette opinion repose sur un postulat contestable, en contradiction avec plusieurs faits. Il y a des oreilles qui ont peine à distinguer, il y a des voix qui ne peuvent observer même les grands intervalles; mais 1] y a des musiciens, il y a eu des peuples ayant un sens beaucoup plus fin. Pour nous en convaincre, nous n'avons pas besoin de remonter jusqu'aux Grecs. Tout le monde ἃ pu remarquer qu’un bon violoniste de force moyenne, soit pendant que les autres instruments de l’orchestre font autour de lui un affreux charivari pour s’accorder, soit pendant les moments de répit que lui laisse le tutti au cours de l’exécution d’un concerto, rectifie maintes fois, par des pressions très délicates, la tension des cordes, pour arriver à une justesse rigoureusement exacte. C’est donc qu’ilsaisitles moindres nuances du son, même dans les conditions les plus défavorables à une perception normale de l’oreille. Pourquoi tout notre système musical n'est-il pas fondé sur cette extrême sensibilité auditive ? On ne voit pas que les arts, en général, aient pour principe la loi du moindre effort et pour but la facilité d'exécution. S'il en était ainsi, l'architecture aurait renoncé à

(1) Franz Wüllner, Méthode élémentaire de chant choral (Munich, 1904), trad. de G. Humbert, p. 2 et 3.

(2) Id., ibid.

résoudre le problème de la construction des voûtes qui l’a tenue en, échec pendant si longtemps; le dessin aurait ignoré la perspective ; la peinture, après le clair-obscur, n’aurait pas cherché à donner l’impression de l’atmosphère où vibre la lumière du jour; le statuaire n'aurait représenté que des attitudes au repos. Dans les arts du rythme, on n’aurait cultivé ni les danses de virtuosité, ni la versification compliquée ; la musique elle-même se serait interdit ces canons d’autrefois, régal du Moyen Age etde la Renaissance, dont la résolution est si souvent une énigme redoutable ; et elle n’aurait jamais connu la fugue.

La gamme, a-t-on dit, est fournie « par la nature » (Ambros); c’est un Naturproduct.— Le motest bien vague ! De quelle nature s’agit-il? de la nature objective etindépendante de nous, ou de la nature intellectuelle de l’homme? Tout ceque nous connaissons vient nécessairement de l’une ou de l’autre; et parler ainsi, c’est ne rien dire de bien net.

Aristoxène précisait en disant : « la voix humaine trouve d’abord le genre diatonique, tout naturellement (1) » ; et on a répété depuis: « Ce qui prouve que notre gamme est instinctive, c'est que les enfants l'émettent spontanément ».— Ceci n’est guère une solution; oubliet-on l'influence d’une longue hérédité sur les seuls enfants que nous puissions observer ?

A un point de vue toujours subjectif, mais plus scientifique, on a dit encore: «si, par un cataclysme terrestre quelconque, notre système musical était définitivement perdu, ox serait amené fatalement à le retrouver tôt ou tard tel qu'il existe aujourd’hui, après avoir passé par des transformations identiquesou analogues à celles qu’il a subies » (2). Cela revient à dire que la gamme diatonique dépend de lois quisont inhérentes à l’organisation de notre nature, à notre faculté de percevoir et d'émettre les sons, et que, l’homme étant donné, la gamme ne saurait être autre que ce qu'elle est.

Je souscris volontiers à cet acte de foi; mais dire que l’histoire se reproduirait telle quelle si tout recommencçait, est-ce expliquer l’histoire?

Cette opinion implique une théorie qui peut se ramener au raisonnement suivant : la musique est harmonie, et l'harmonie est conçue par l'homme sous laforme de la consonance. Pour faire de la musique, il fallait une gamme où toutes les notes, soit avec la tonique, soit entre elles, pussent faire des consonances.Or, la consonance parfaite, c’est la quinte,

(1) Πρῶτον γὰρ αὐτοῦ À, τοῦ ἀνθρώπου φύσις προστυγχάνει (Harm. 26, 13 de l'édit. Marquard).

(2) Ducup de Saint-Paul, Notes et cadrans de musique (chez Costallat, 1906), série À, les gammes, p. 7.

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