LES ÉLÉMENTS DU RYTHME DANS LA POÉSIE LYRIQUE
pari de nos chants populaires, et, dans les œuvres classiques, les j
thèmes suivis de « variations ». |
Un très grand poète de l'antiquité, Stésichore (vii'^-vr siècle avant J.-C), prédécesseur de Pindare, a imaginé une construction qu'on retrouve souvent chez les modernes, et qui a l'avantage de combiner l'unité avec la variété. A une strophe et à une antistrophe, il a ajouté un troisième système différent appelé épode. Cette triade dont les parties, si on les désigne par des lettres, donnent la succession A, A', B, peut devenir à son tour un élément rythmique et se répéter un certain nombre de fois.
Si, au lieu d'être placée à la fin de la triade, l'épode est placée enire la strophe et l'antistrophe (A, B, A') elle s'appelle mésode (intermède) ; si elle est placée au début (B, A, A') elle s'appelle proode.
Un groupe de strophes inégales, ou de syzygies inégales qui se répète, s'appelle pé)ikope\
Le retour à la tradition grecque est le seul moyen de tirer notre terminologie musicale, si pauvre, si flottante, si contradictoire, de la barbarie où elle est tombée au commencement de ce siècle. Les fautes de langage de nos théoriciens trahissent la faiblesse de leurs idées, et expliquent pourquoi une théorie du rythme n'a pu être encore constituée.
Des quatre parties {pied^ /côlon y période, strophe) que nous avons distinguées dans l'analyse du Stabat^ il en est à peine une qui n'ait .él;é employée à contre-sens. Dans un livre qui, en 1875, atteignait sa neuvième édition, le théoricien Marx a donné le nom de strophe à ce que nous avons 'appelé un membre de phrase : Stabat mater dolorosa. Ce que nous avons appelé une jo^mrfe (3 vers) a été appelé membre de jihrase par A. Reicha, Marx Lobe et beaucoup d'autres qui les ont imités; enfin J. -S. Bach lui-même, reproduisant sans doute une erreur qu'il n'avait pas créée, a donné le nom de vers à une strophe tout entière, composée de 12 kola* ! L'essai de réaction tenté par G. Weber, vers 1830, est resté sans résultat. Le seul moyen de sortir de cette anarchie est de revenir franchement à la terminologie antique.
En signalant les erreurs des modernes, il convient de faire une exception pour R. Wagner que Westphal (bien qu'il ne soit pas wagnérien) appelle « l'écrivain le plus correct en matière de rythme mu-
1. Prélude (pour orgue) au chœur « Herr Gott, dich loben wir » (V, 6, 26, éd. Péters). On peut se demander d'où vient cet abus de langage; voici comment Ta expliqué Westphal. L'origine de Terreur parait être ce qu'on appelle le Bibel-Vers ou Verset, à la fois dans TAncien et le Nouveau Testament. Les manuscrits originaux — au moins ceux du Nouveau Testament, écrits en prose — ne portent aucune trace de versification. La division en vers ou versets date du philologue Robert Eslienne, un huguenot qui, à l'exemple de certains philologues de la Renaissance, tels que Aide Manuce, était à la fois philologue et imprimeur. R. Estienne, qui avait entrepris l'impression d'un Nouveau Testament grec, partagea en « vers » le manuscrit «le ce dernier. Ces «« vers » du Nouveau Testament ne sont pas des vers comme reux d'Homère ou d'Horace; cependant Estienne songeait à quelque chose d'approchant, quoique le Nouveau Testament fût écrit en prose; et cette pensée s'explique d'autant mieux que beaucoup de parties de l'Ancien Testament, par exemples les Psaumes, ont la forme rythmique ; dans les manuscrits hébreux ils sont souvent présentés par lignes distinctes (comme les poésies des Grecs et des Latins) qu'on peut assimiler aux versus e^aux slichoi. Ces « vers » de l'Ancien et du Nouveau Testament remplissant plus d'une ligne, on aboutit au système des alinéas, distingués l'un de l'autre par des chiffres. Cette disposition typographique est passée ensuite dans les chants de l'Église chrétienne; dans les hymnes du « Livre de chant » (Gesangbuch)y les lignes de vers formant de petits ensembles ne sont pas imprimées séparément, mais l'une à la suite de l'autre, comme c'est à peu près le cas dans les manuscrits des poésies lyriques du moyen âge. De là l'emploi du mots vers, là où conviendrait celui de strophe.