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CHAPITRE II

§ 1. Le temps premier.

Dans la poésie grecque, Tunité de mesure de toutes les quantités rythmiques était la brève {^) ; cette valeur est le temps premier [yjpcvoç rpSircç) dont toutes les autres durées étaient un multiple : ainsi, la longue (-) valait deux temps ; le trochée (-^) valait trois temps, etc.

La notion du temps premier est absente de notre théorie musicale moderne; on peut le regretter, car sans elle on ne saurait expliquer clairement l'organisation de nos mesures. Voici en outre, entre Tart antique et le nôtre, une analogie qu'il est nécessaire de constater.

La brève a une valeur purement relative, c'est-à-dire que son rapport avec la longue peut être celui d'une croche à une noire ou d'une double croche à une croche. Quel que soit le rapport, les Grecs observaient comme une règle fixe, V indivisibilité du temps premier^c'est-à-dire que la longue pouvait bien se résoudre en deux brèves, mais jamais la brève ne se résolvait en deux demi-brèves. Les modernes se sont le plus souvent affranchis de cette règle et sont allés parfois jusqu'à résoudre le temps premier en une sorte de poussière de sons ; mais certaines formes de l'art classique sont restées fidèles à l'usage grec, il importe de ne pas l'oublier.

On peut rappeler d'abord que le plain-chant ne subdivise jamais le temps premier; c'est là un de ses caractères les plus importants. II doit à l'observation de cette loi une grande partie de sa sérénité et de sa noblesse.

i . KaX£(<Tda) 8è ::pwToç (isv twv y p4va)v 6 Onb p.7]$Evb; twv fuOfii^ofxivwv Ôuvaxbç cjÎ>v SiatpsO^vai. = On appelle temps premier ^ le temps qui ne peut être divisé par aucune des parties de la matière rythmique (c'est-à-dire celui qui ne peut être placé à la fois sur deux syllabes, deux sons, ou deux mouvements du danseur) Aristoxènef ibid.

Les fugues de J.-S. Bach (les fugues pour piano et pour orgue, mais non les Préludes) sont dans le même cas, les fugues de Hœndel aussi (en général) ; un bel exemple de Findivisibilité classique du temps premier a été donné par Mozart dans la fugue de la Flûte enchantée (ouverture) .

§ 2. Les genres de rythme.

Les premiers groupements de durées avaient donné lieu, chez les Anciens, à deux genres rythmiques restés encore essentiels et usuels dans notre musique : le genre à 4 temps et le genre à 3 temps. Le premier était formé des pieds suivants : le dactyle (^ <^^^ avec le temps fort sur la longue); Vanapeste (^^^, pied débutant par une anacruse); le spondée (^ -) et aussi, bien que ce dernier terme ne figure pas dans la terminologie antique, le spondée anapestique (- ^)'.

Une longue pouvait être remplacée par deux brèves et réciproquement. Ainsi le membre de phrase suivant :

est formé de 4 pieds daclyliques : le premier est un dactyle pur; le troisième est un spondée; le second, où la longue initiale est résolue, et qui contient par conséquent quatre brèves, a été appelé par les grammairiens anciens procéleusmatique. Quant au quatrième dactyle, il est représenté par une blanche valant 4 temps. — (2 valeurs de cette dernière espèce se suivant pour former une dipodie dactylique, faisaient un spondée double ou meizôn.)

Le genre à 3 temps comprenait les pieds suivants : Viambe (^-^)i le trochée (^ ^). La résolution de la longue, dans Tun ou l'autre pied,

1. Pes est certus modus syllabarum quo cognoscimus totim meM speciem, composilus ex sublatione et positione = le pied est un arrangement déterminé de syllabes qui nous fait connaître le genre de rythme ; il se compose d'une élévation et d'un abaissement (Marius Vigtorinus, artis gram., 1. I, p. 43 des gram, lat. ex recensione H. Kellii).

Pour désigner la partie faible du pied, Aritoxène emploie le mot ipaiç [levé), et pour désigner la partie forte frappée de Taccent, le mot 0£<ti( (frappé). Mais depuis le savant anglais H. Bentley (1662-1742}, presque tous les philologues ont pris la fâcheuse habitude d'employer te mot dcpaiç pour le temps fort et le mot Oévic pour le temps faible : de là est venue la terminologie allemande : Hebung (temps fort) et Senkung (temps faible).

produisait un trxbrachys {^^^). Une seule valeur de 3 temps pouvait représenter le pied tout entier *.

Les Grecs avaient encore deux genres de rythme, dont l'un est peu employé par les modernes; l'autre, au contraire, tient une place importante dans notre musique, bien qu'il n'y soit pas encore nommé et n'y ait pas officiellement droit de cité. Le premier est constitué par le pied à 5 temps ou péon^ qu'un temps marqué secondaire partageait tantôt en 3 + 2 (genre crétique)^ tantôt en 2 + 3 (genre bacchiaque). Le second genre était constitué par un pied d'une valeur de 6 temps, appelé

ionique j dont la forme la plus simple est la suivante : , appelée

molosse. La résolution de ces longues pouvait donner lieu à trois formes :

JL — \j\j

I f r C^ ' ionique majeur; - I t/ r f I ionique mineur;

I ^^ r f r r l kexabrachys (six brèves)

§ 3. La mesure antique.

Chacun des pieds que nous venons d'énumérer et qui servent de base aux différents genres du rythme antique (le trochée et l'iambe à 3 temps, le dactyle et l'anapeste à 4 temps, le péon à 5 temps, l'ionique à 6 temps) a par lui-même, selon la doctrine d'Aristoxène, la valeur d'une mesure simple^ \ mais il y a aussi des mesures composées^, formées de la réunion de plusieurs mesures simples. Ces mesures composées paraissent identiques à un membre de phrase*.

Combien faut-il de pieds simples pour former une mesure composée?

1. Pour indiquer les valeurs de 3, de 4, et même de 5 temps, les anciens avaient des signes spéciaux. Ils ont été donnés par Tauteur anonyme du traité Ilep^ Mouotx7[c qu'a publié Bellerroan (1841).

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