‹ Études de philologie musicaleChapitre 18 sur 63 · uv6eTo; 770U · texte numérisé non relu

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4. Pour la preuve de cette identité, Westphal renvoie à sa Métrique grecque (t. I) et à son Système de la rythmique antique (Breslau, 1865). V. aussi : Âristoxemus von Tar, Met. und

Rhyt, I, p. 20-24. — R. Wagner lui-même appelle la mesure indiquée par le signe C une

« demi-période formée de 2 mesures à 7 » {Veber dos Dirigù'en, p. 75).

D'après Aristoxène, 2, 3, 4, 5, — mais pas plus de 5 pieds dactyliques — peuvent être réunis en une mesure composée et former un membre de phrase ou kôlon dactylique; il y a donc des dipodies, des tripodies, des lélrapodies, des pentapodies dactyliques, mais pas d'hexapodies du même genre. Dans la musique moderne, on ne peut pourtant pas nier l'existence de ces dernières.

En aussi grand nombre peuvent être réunis les pieds trochaïques à 3 temps, pour former une mesure composée ou un kôlon trochaïque ; on peut même aller jusqu'à réunir 6 pieds. Il y a donc des dipodies, des tétrapodies, des pentapodies et même des hexapodies trochaïques.. (On emploie le mot trochaïque^ pour désigner indifféremment les trochées et les iambes.)

Les pieds ioniques à 6 temps peuvent être réunis au nombre de 2 ou de 3, mais pas davantage.

Quant aux combinaisons possibles du pied à 5 temps (péon), on peut les négliger comme étrangères à la musique (classique) moderne*.

§ 4. La mesure moderne. '

Dans la musique postérieure à Bach et à Beethoven, la mesure moderne est parfois très différente de la mesure antique. Au lieu d'être constituée, comme celle-ci, par le groupement des parties réelles du langage (syllabes ou sons), elle n'est très souvent qu'un cadre abstrait, sans rapport nécessaire avec ce qu'on y met, et où, grâce au grand nombre des silences (déjà employés, il est vrai, des anciens), grâce à la divisibilité indéfinie du temps premier^ le compositeur dispose les sons avec une entière liberté de groupement (ex. la marche funèbre de la Gàtterdàmmerung^ le Prélude à t après-midi d'un Faune^ de Debussy, etc.). Cette observation ne s'applique pas à la mesure des classiques, dont nous nous occupons ici.

i. n importe de remarquer que dans un même membre de phrase, les lyriques grecs changeaient souvent le genre de rythme; Westphal (A^ristoxenus, v, Tar^ etc., p. 141-142) donne, d'après Aristide Quintilien, la nomenclature de ces changements, employés pour exprimer une passion très vive.

Les modernes, au contraire, et surtout les classiques, aiment Tuniformité de la mesure. M. Bourgault-Ducoudray est le seul, à ma connaissance, qui ait regretté cet usage, en y voyant un état d'infériorité.

42 THÉORIE DU HYTHME

En somme, Aristoxène détermine la mesure d'après le nombre de temps premiers qui s'y trouvent contenus. — Ce même principe a-t-il été adopté pour la détermination de la mesure moderne? oui, dans le genre trochaïque; non, dans le genre dactylique;à moitié seulement dans le genre ionique.

Genre trochaïque. — Dans ce genre, la mesure est représentée par une fraction dont le numérateur indique le nombre de temps employés,

alors que le dénominateur donne la valeur de ces temps : ô» 7« indiquent exactement ce qu'Aristoxène appelle une mesure à 3 temps; dans le g. le temps premier a la valeur d'une croche, et, dans le j* celle

d'une noire. Il en estde même pour les mesures rr;» g» t'Tk' S' ÎT' ¥' ^^* sont composées au sens exact de la théorie antique.

Genre dacty ligue, — Ici, tout en restant conforme à l'esprit d'Aristoxène et à sa conception de la mesure, on a adopté un principe différent, rationnel d'ailleurs et commode, pourvu qu'on le suive sans contradictions.

Dans notre mesure de rythme dactylique composée, le numérateur de la fraction indique le nombre des pieds et non celui des temps. Ainsi,

zy ^^ C|0' T ou C» ô* indiquent une mesure composée de quatre pieds

dactyliques dont chacun a la durée indiquée par le dénominateur :

soit une J. -» ou une J. y ou une h. g-

Les deux mesures suivantes Clavecin bien temp. I, pj*él. II) :

Allegro vivace

se composent chacune de 4 dactyles où la longue est résolue (wuv au lieu de -^ ^^). Si l'on a fini par dire mesure à quatre temps, au lieu de mesure à quatre pieds ^ c'est évidemment à cause de la rapidité de l'exécution qui produit une simplification dans la manière de compter.

Dans ses fugues pour piano et pour orgue, Bach n'emploie, pour le genre dactylique, que des mesures composées ; tous les signes

dont il fait usage [il proscrit le g] indiquent, sans aucune exception,

des combinaisons de pieds et non des combinaisons de temps.

Malheureusement, les éditeurs ne l'ont pas toujours compris, car

à la place d'un C S ils mettent souvent un 0.

Dans la musique de Bach, ce dernier signe indique une mesure composée de 2 pieds, soit une dipodie dactyhque; il est équivalent à

5» combinaison de 2 dactyles dont chacun est exprimé par une J ou par la forme procéleusmatique j j j J •

Voici un exemple de mesure composée de deux dactyles, où ces diverses formes sont employées :

f *j , ijij nu m

(Gavotte II de la Suite III, des Suites dites anglaises).

Ce sont huit dactyles :

•^ ww I X uu -i-^u\j I ^ - ^ uv I viuv^v viwv I -t (longue valant 4 temps).

Une autre mesure formée de 2 pieds du genre dactylique est indiquée dans les œuvres de Bach par j (le dactyle composant étant ex-

ou 4 doubles croches : /Jf^ ). — Une troisième mesure du même genre (employée seulement par Bach dans sa

i. J'ouvre ici une parenthèse pour rectifier une erreur relative à Torigine de ce signe : on le confond quelquefois avec la lettre C, on va même jusqu'à dire qu'il est l'abréviation du mot Catré (V. le Dictionnaire de la langue française par MM. Hatzfeld et Darmesteter, C). Voici la vérité sur ce point de détail. Aux xii^ et xu[* siècles, on ne connaissait qu'une mesure, celle à 3 temps ; au xiv> siècle seulement, les théoriciens introduisirent la 'mesure à nombre de temps pair, ou à 4 temps. La première (probablement à cause de l'idée de la Trinité) fut considérée comme parfaite (tempus perfectum) et représentée, pour ce motif, par un cercle Q; la seconde fut considérée comme imparfaite (tempus imperfectum) et représentée, pour ce motif, par un demi-cercle, Ç, qui plus tard fut confondu avec une lettre de l'alphabet. Le prétendu G renversé, ), n'est lui-même qu'un demi-cercle (hemicirculus inversus). Pour les textes, V. les Scriptores de Gerbert, à l'Index.

Je rappelle enfin que, jusqu'à la fin du xvi* siècle, la barre de mesure fut ignorée ; elle fut introduite pour la première fois dans la basse; au commencement du xvii" siècle on l'employa pour les autres voix.

musique vocale, dans ses messes, (et non dans sa musique instrumentale), c'est le y* la vieille mesure de Palestrina, formée de 2 dactyles dont chacun est représenté par la ronde o, ou la forme procéleumatique J J J J •

Du même principe procède la mesure composée de 3 dactyles. Schumann excepté, on la chercherait en vain chez les compositeurs

modernes; chez Bach, elle est indiquée ainsi :-t ou g. c'est-à-dire que

chacun des 3 pieds est exprimé par une noire ou une blanche.

Dans toutes les fugues instrumentales du rythme dactylique, Bjich n'a employé, disons-nous, que des mesures composées, c'est-à-dire des combinaisons de 2, 3 ou 4 dactyles'; mais dans sa musique vocale, il a employé la mesure simple ou monopodie dactylique, laquelle se rencontre plus souvent encore dans la musique moderne. Or les éditeurs ont fait ici une confusion plus grave que la précédente et de nature à mettre le désordre dans le système de nos mesures du genre dactylique. Pour désigner ces mesures monopodiques, composées

d'un seul dactyle, ils se sont servis des mêmes signes C ^t t ^^j^ employés pour désigner des mesures composées (C pour la mesure

tétrapodique, j pour la mesure dipodique) ; en un mot, ils ont confondu la manière d'exprimer les temps avec celle d'exprimer les pieds, de telle sorte qu'on est souvent embarrassé pour savoir, d'après le signe qui l'indique, si la mesure est monopodique , dipodique ou tétrapodique. Il n'est pas besoin de démontrer que c'est toujours au préjudice ou au profit de la composition que le vrai sens des signes de mesure est bien ou mal observé par l'exécutant.

Dans la sonate pour piano de Beethoven, op. 2, n® 3, V Adagio — qui a le caractère d'une méditation grave, religieuse et sentimentale — contient évidemment 4 dactyles, soit 4 tampfi forts dans chaque mesure; je ne crois pas qu'un pianiste puisse se résoudre à le comprendre autrement (surtout dans la partie où il y a des triples croches). Les éditeurs

ont cependant indiqué la mesure par un -, soit 2 temps forts. Cette erreur dénature tout

ce beau poème; elle transforme un thrène sur la vie humaine en odelette anacréontique. Par contre, la mesure de la Marche turque de Mozart (son. VI), qui est monopodique, est

indiquée par un -, comme s'il fallait y marquer 2 temps forts au lieu d'un seul; une telle

méprise donne à cette marche une intolérable lourdeur (surtout dans la phrase en la ma-

jeur). Dans cette même édition (LitolfT) des sonates de Mozart pour piano, les erreurs du même genre sont assez nombreuses; Je citerai, en feuilletant le volume, le finale de la

Sun. 2, ceux de la son. IX et de la son. XVIII, oïl la mesure, quoique monopodique, est

indiquée par un ^; ïallegro du début de la son. XIII, celui de la son. XV, le rondo de la

son. XVII, les variations 5 et 7 de Vallegro de la son. XVI, etc., où la mesure, quoique dipodique {t temps forts), est indiquée par un Q (4 temps forts).

Mesure ionique. — Quant au rythme ionique, l'indication de la mesure y est soumise à un principe qui diffère des précédents, mais dont il est cependant facile de reconnaître la connexion (logique, sinon historique) avec le système d'Aristoxène. Les modernes ont employé ici la même méthode que pour les trochées : on désigne

par j:» ^» ^« la monopodie ou le monomètre ionique; par g. j» le dimètre.

En voici des exemples.

Mesure ionique (monomètre) :

iiîi^r

— I ^ \ J. \j'u \J\J I — ^\J u'v ww \j\^ \J\^ I ww vjw w\j, etc

(Bach, Clav. bien temp. I, H.)

Mesure ionique (dimètre) :

— \J\J<J<J -^ v-^v^wv-/ -^

(Id., ibid., 15.)

On pourrait dire que cette manière d'indiquer la mesure ionique peut amener de fâcheuses confusions entre le rythme trochaïque et le rythme ionique; mais un peu d'attention suffit toujours à distinguer ces deux genres. Au point de vue de la signification des signes, voici la différence qui les sépare. Le pied ionique, nous l'avons dit plus

haut, est représenté par un molosse (résolution : ^^ ^^ ^^),

c'est-à-dire par trois valeurs, de deux temps chacune, autrement dit

3 temps doubles [dhèmoï). Dans le|. le \ et le |' ces temps forment une mesure simple; et dans le g» le j une mesure composée.

Nous dirons donc, pour nous résumer : dans la fraction représentant la mesure de genre trochaïçue , le numérateur indique le nombre de temps premiers que contient la mesure ; dans la mesure de genre (lactylique^Xe numérateur indique le nombre des pieds ; dans la mesure genre ioniqiie^ le numérateur représente le nombre de temps premiers doubles {disèmoi) contenus dans la mesure. Ce système est en somme rationnel. Les fugues ioniques de Bach montrent que, au moins dans la mesure ionique moderne, il était impossible de prendre pour base soit le nombre des temps premiers, comme dans la mesure IrochaïquCi soit le nombre des pieds comme dans les mesures dactyliques composées.

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