‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 5 sur 105 · Croyance et réalité. Introduction · texte numérisé non relu

Croyance et réalité. Introduction

3. F. Pillon, Une conférence sur le progrès, Critique philosophique, 6* année, 1877, t. I, p. 173-174.

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être un état déterminé en nous par la présence et l'action d'une vérité impersonnelle, qu'elle est un acte auquel concourent, outre des données intellectuelles, la passion et la volonté, qu'elle est en somme une espèce de croyance; il avait énergiquement combattu le dogmatisme métaphysique qui tient la connaissance vraie pour une fidèle représentation de réalités existant en soi, et lâché de faire prévaloir à sa façon le principe, que tout objet de connaissance est relatif à la conscience. De cette doctrine Brochard fournissait brillamment la contre-épreuve en expliquant pourquoi la chimérique définition de la vérité, imposée par le dogmatisme, a pour conséquence l'impossibilité de rendre compte de Terreur. L'erreur est plus qu'une simple négation ou privation; elle contient des éléments positifs qui seuls peuvent faire qu'elle prenne, au moins un moment et pour nous, Tapparence de la vérité; elle suppose des états de conscience et des combinaisons mentales qui sont des données et des actions réelles. La distinction de la vérité et de l'erreur ne saurait être ramenée à la distinction de Tentendement et des facultés sensibles; car Tentendement entre autant dans la composition de Terreur qu'il est incapable de constituer par lui seul des connaissances vraies ; comme il a besoin de l'expérience pour s'orienter vers le réel, il requiert le sentiment et le libre arbitre pour convertir ses idées en croyances. Retrouver dans Terreur les mêmes facultés qui servent à l'affirmation de la vérité, ce n'est pas au reste supprimer la différence qu'il y a incontestablement entre la vérité et Terreur; c'est simplement la ramener aux proportions de notre esprit. Car il reste que les croyances vraies se distinguent des autres en ce qu'elles sont plus complètement motivées et soumises à un contrôle plus rigoureux; seulement l'objectivité relative des méthodes de vérification ne saurait plus être assimilée, comme le veut le dogmatisme, à l'objectivité absolue d'une chose qui s'impose par son évidence et qui est censée faire l'esprit certain sans qu'il soit pour rien dans sa certitude. Au surplus, si Terreur

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est possible, s'il y a en nous une dualité de l'idée et de la volonté, c'est que, d'une manière générale, les êtres ne sont pas des essences qui se développent logiquement, mais des activités qui par leur initiative se confèrent leurs façons d'être. Les lois de la nature n'impliquent pas une nécessité radicale; il y a bien d'autres possibles que ceux que l'expérience nous montre réalisés; on comprend donc que notre esprit puisse concevoir en dehors ou à côté de ce que la nature fournit. Dans la philosophie de la contingence, telle que l'avait présentée quelques années auparavant (1874) M. Emile Boutroux, Brochard voyait l'explication métaphysique de Terreur.

Brochard indiquait nommément les doctrines qui avaient inspiré sa pensée. Mais ce qui ne pouvait échapper aux lecteurs du livre pas plus qu'aux juges de la thèse, c'était la façon très personnelle qu'il avait de se les approprier. Les marques de son talent propre étaient déjà là, en abondance. Et d'abord une prise de possession du sujet prompte et décidée; une rare habileté à dégager les données du problème et à y rattacher d'avance les solutions entre lesquelles le choix devait se faire; un art souverain de manier les idées, d'en préciser le sens et d'en développer les conséquences avec rectitude, sans les grossir jamais de virtualités indéterminées, sans leur attribuer d'autres significations que celles qu'elles étaient capables de faire ressortir clairement; une vigueur pressante de dialectique qui écartait les expédients de toute sorte et ne pouvait consentir à faire état que de raisons nettes et franches; une faculté d'analyse pychologique en rapport avec des goûts de moraliste, moins attachée à l'exploration de cas singuliers qu'au discernement des motifs généraux dont dépendent le jeu de la pensée et la direction de la volonté; enfin un style sobre et lucide, ici maîtrisé et resserré par l'écriture, mais auquel on sentait bien que devait correspondre, dans la liberté plus grande de l'exposition orale, une parole ample et brillante autant que fortement accentuée.

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Une qualité, parmi tant d'autres, se révélait avec éclat dans cette thèse. Avant de développer et de défendre la théorie de l'erreur qu^il adoptait, Brochard exposait et discutait diverses théories, celle de Platon, celle de Descartes, celle de Spinoza. Cependant la restitution qu'il en opérait n'était nullement faussée ni par le parti qu'il allait prendre contre elles, ni par le parti qu'il comptait en tirer : elle était pleinement et rigoureusement impartiale; soutenue, avec cela, par l'intelligence la plus délicate des idées constitutives de ces théories et de leur enchaînement. En même temps, dans sa thèse latine De assensione Stoici quid senserint, il dégageait d'une critique très attentive des témoignages le sens de la théorie stoïcienne de la GUYxaràOs^'.c, et il en établissait fermement les rapports avec les assertions du stoïcisme sur le critère de la vérité, les passions et la volonté. S'il signalait pour les Stoïciens, comme il l'avait fait pour Descartes, le désaccord qu'il croyait voir entre leur conception du libre assentiment et le caractère catégoriquement intellectualiste d'une partie de leur système, il se montrait assez dépris de sa propre logique pour ne pas l'imposer de force au contenu de la doctrine qu'il s'était chargé de reconstituer : ce qui était l'un des signes irrécusables de sa vocation d'historien de la philosophie.

Pendant un temps une sorte d'intimité a persisté entre ses études d'histoire de la philosophie et ses convictions criticistes. A l'exemple beaucoup plus d'ailleurs qu'à la façon de Renouvier, tempérant le rationalisme par des concessions aux titres les plus justes de la philosophie de l'expérience, il montrait dans la logique de Stuart Mill un très légitime souci de rapporter la pensée du réel, de démêler les antécédents psychologiques des propositions et des raisonnements, mais en même temps une radicale impuissance à expliquer la nature et à établir le fondement de la preuve ^ Au même

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