‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 69 sur 105 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

LA LOGIQUE DE J. STUART MILL

d'un cas particulier, nous pouvons être emportés par la passion et n'y pas regarder d'assez près : nous y regardons à deux fois s'il s'agit de porter un jugement sur toute une classe de faits. Par exemple, on pouvait penser peut-être au temps de Marc-Aurèle, d'après la vie des Antonins, que Commode serait un bon empereur; mais qui aurait osé dire d'une manière générale : Les empereurs romains sont bons? Le souvenir de Néron et de Domitien aurait aussitôt protesté *. De même, il suffit souvent de donner la forme générale à une proposition pour en découvrir la fausseté. C'est donc là une sorte de contre-épreuve par laquelle il est toujours possible, souvent utile, nécessaire même, quand on veut avoir l'assurance d'une parfaite exactitude scientifique, de faire passer les inférences. Seulement il faut remarquer que, même alors, le cas particulier n'est pas inféré de la proposition générale, mais des premières expériences. Le nerf de la preuve, la garantie, se trouve, non dans cette proposition en tant que générale, mais, ici comme partout, dans les faits, les choses qu'elle résume. Au fond, c'est la même chose de dire d'après les cas particuhers observés : Le duc de Wellington est mortel, ou : Tous les hommes sont mortels. Les deux affirmations sont contemporaines et égales; l'une n'est pas fille de l'autre : elles sont sœurs. « Si de l'observation et de l'expérience on peut conclure à un fait nouveau, on peut par cela même conclure à un nombre infini de ces mêmes faits ^ » — « Un homme donne six sous du même droit qu'il dispose de toute sa fortune; mais il n'a pas besoin, pour faire légalement le moins, daffirmer formellement son droit de faire le plus^ » En un mot, de quelque manière qu'on comprenne le rôle de la proposition générale, elle n'est pas une partie nécessaire de la preuve : le raisonnement se réduit toujours à une inférence du particulier au particulier, et les faits réels observés dans l'expérience sont les seuls agents de la démonstration.

Par suite, en logique, on devra renoncer à dire que la con-

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