‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 78 sur 105 · Log.y II · texte numérisé non relu

Log.y II

une seule et même chose? Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut Tentendre. Au docteur Whewell, qui lui reprochait de confondre la connaissance avec les tendances pratiques, Mill répond : « Je repousse l'application des mots induction, inférence, raisonnement à des actes de pur instinct et d'impulsion animale sans intervention de Tintelligence. Mais je ne vois aucune raison de restreindre l'emploi de ces termes aux cas dans lesquels l'infcrence a lieu avec les formes et les précautions requises par la rigueur scientifique'. » Mais entre l'impulsion animale et le raisonnement en forme, Mill n'a pas vu qu'il y a un moyen terme : le sentiment ou l'idée de la preuve peuvent être présents dans la conscience sans que l'esprit s'attarde à mettre le raisonnement en forme. En quel sens intelligible l'intelligence peut-elle intervenir dans l'opération dont il s'agit, si, en raisonnant, on ignore que l'on raisonne?

c< La limitation imposée au mot, continue Mill, est arbitraire : elle n'est pas sanctionnée par l'usage ^ » Il est vrai que dans le langage ordinaire on emploie souvent le mot raisonnement pour désigner des inférences du particulier au particulier, ou, pour mieux dire, de simples associations d'idées. C'est ainsi qu'on attribue à l'animal le raisonnement quand il lui arrive de rapprocher deux idées qui d'ordinaire ne sont pas données ensemble. C'est là, croyons-nous, un emploi vicieux de ce mot; mais on ne peut demander au langage courant une parfaite rigueur métaphysique. En revanche, quand il s'agit de l'homme, le langage ordinaire n'applique plus aussi libéralement ce terme aux opérations décrites par Mill. Pour reprendre les exemples dont il se sert, cet ouvrier teinturier, fameux par son habileté à produire de magnifiques couleurs, qui savait jeter par poignées les ingrédients au lieu de les peser, mais était incapable de rendre compte de ce qu'il faisait, dira-t-on qu'il agissait par raison? Tel est aussi le cas de ce gouverneur de colonie, d'un très bon sens pratique, mais ignorant le droit, auquel lord Mansfield conseilla de donner ses décisions, sans les motiver. Si le gouver-

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