ET SUR DIEU
§ 4.'^ Du mouvement eu général, de ses espèces et de ses principales
causes.
II y a dans le monde trois espèces de substances : la substance sensible périssable, la «substance sensible éternelle, et la substance immobile (1).
Le caractère essentiel delà substance sensible, c'est qu'elle est sujette au changement. Or tout cbaugement a lieu entre des opposés ou des intermédiaires, non pas entre toute espèced'opposéSy car le son et le blanc sont aussi des opposés, mais entre des contraires. Il est donc nécessaire qu*il y ait un principe permanent qui, dans l'objet qui change, subisse le changement du contraire en son contraire, car ce ne sont pas les contraires qui changent (â) . Ainsi, dans tout changement, il y a d'abord un premier principe, un contraire, une forme, Tessence que revêt la substance qui change. En second lieu, il y a la matière qui prend la forme nouvelle en perdant une forme ancienne. La troisième cause est le principe moteur qui fait passer la matière d'un contraire à l'autre. La quatrième cause répond à la précédente : c'est la cause finale, le bien; car la fin, le but de tout changement, c'est le bien (3).
{\)Métaph,,\lh^.
(%) Métaph., XII, 2 ; Phyi., 11,4.
(3) Métaph,, I, 3.
Dans la production, on le voit, ce qui devient, ce n'est pas la matière; elle préexiste (<). Si vous supposez que cet élément n'existe pas, il y aura génération d'une manière absolue^ et quelque chose naîtra de ce qui n'est absolumenl pas; or c'est là une absurdité (2). La forme, d'autre part, ne devient pas plus que la matière (3). Elle aussi, elle pré' existe au changement. En effet, lorsque la sphère d'airait est produite^ si l'on admet qu'il y a production de la sphèri et non de la sphère d'airain, la qualité existera isolément et cela ne se peut (4). Ce qui naît, ce n'est pas la qualité c'est le bois, l'homme, 1 animal, ayant telle qualité : ei un mot, c'est une substance (5), et la substance, c'est 1î réunion de la matière et de la forme (6).
La réunion de la matière et de la forme s'opère par h mouvement (7).
Qu'est-ce que le mouvement? Ce n*est pas une abstraction existant en dehors des choses (8}, c'est toujours ur changement qui s'opère dans l'être, et par conséquent dani Tune des catégories de l'être. S'il y a mouvement, c'esi qu'un être se meut ; et si l'être se meut, c'est ou bien danî la catégorie de Tessence, par exemple, quand la matière quitte une forme et en revêt une autre qui est la privation de la première; ou bien dans la catégorie de la qualité.
(4) Métaph., XII, 3.
(2) àénér, et corrupt.^ I, 3
(3) Métaph., VII, 9; XII, 3.
(4)Ibid., VII, 8. .
(5) Ibid., ibid., 9.
(6) Ibid., ibid., 6.
(7) Ibid., 1,3; XI, 41.
(8) Phyx^j JII, i . : OOx liti Sèxîviqai; Ttotpà ta îrpayjiaTà, —MétOph*^ XI, 44.
par exemple, quand Têlre, de blanc qu'il élait, devient noir; ou bien dans la catégorie de la quantité, par exemple, quand Têtre d'incomplet qu'il était devient complet ; ouhien, enfin, dans la catégorie du lieu, par exemple, quand Têtre léger va de bas en haut {i). Dans chacui^ de ces exemples, Tun des deux termes est le contraire de Tautre. Tout mouvement, en eflfet, est le passage d'un contraire à un contraire (S). Le sujet dans lequel s'accomplit le changement, persiste; c'est lui qui, d'un contraire, devient Taulre (3). Mais s'il devient l'un des deux contraires en acte, c'est qu'il était déjà ce contraire en puissance. Et ainsi, tout mouvement a lieu de la puissance à l'acte (4). Mais le mouvement ne doit être confondu ni avec la puissance ni avec l'acte. Parmi les êtres, les uns sont purement en acte, les autres purement en puissance, d'autres à la fois en puissance et en acte. Ces derniers sont les êtres en mouvement (5). L'être en mouvement n'est déjà plus une pure possibilité, mais il n'est pas encore une réalité achevée. La construction est un mouvement qui fait passer la maison de la puissance à l'acte. Tant que dure la construction, une partie de la maison est déjà réalisée et par conséquent en acte; l'autre partie n'est pas encore réalisée et en acte ; mais elle le sera, elle peut l'être, elle est donc encore seulement possible. Ainsi la maison en construction est à la fois actuelle et possible; son aclualiié est donc l'actualité d'une chose possible. Mais elle n'est pas encore en
(4) Mélaph., XI, 9; Phy8.,\\\,^.
{%)Métaph.,\U\0, 6; XII, 2.
(3) Ibid., IV/Sj Xll, 2.
(4) Ibid., XII, 2.
(3) Ibid., XI, 9.
acte, puisqu'elle n'est pas achevée et qu'il reste encore en elle de la possibilité (1). Donc le mouvement n'est ni la puissance ni l'acte du mobile; il tend de la puissance à Tacte. Ainsi le mouvement est la chose possible en train^ en chemin de devenir réelle ou actuelle. C'est l'acheminement du possible vers la réalité (Si). Dupent donc définir le mouvement : l'actualité du possible, en tant qu'il est encore possible (3). C'est un acte incomplet. Quand il cessera d'être incomplet, il sera l'acte lui-même, mais il ne sera plus le mouvement. L'acte est la fin, l'achèvement, le repos (4).
Tel est le mouvement en général. Or, y a-t-il plusieurs espèces de mouvement, et s'il y en a plusieurs, comment diffèrent- elles? Sont-ce les oppdfeitions de l'être et du nonêtre qui déterminent les diverses espèces de mouvement? A ce point de vue, le mouvement ne pourrait être envisagé que des quatre façons suivantes : ou bien le mouvement a lieu de l'être à l'être; ou bien du non-être au non-être; ou bien du non-être à l'être ; ou bien de l'être au non-ê(re. Le mouvement du non -être au non-être n'en est pas un, car les deux termes ici ne sont pas le contraire l'un de l'autre, et ne sont rien . Le mouvement du non-être à l'être n'est pas non plus un mouvement : ce qui n'est pas ne passera jamais d'un état à un autre, et c'est pourquoi il n'y a pas de génération absolue. Le mouvement de l'être au non-être ne se comprend pas davantage : le non-être, qui n'est rien, qui n'occupe aucun lieu, ne saurait être le
0) Métaph,, XI, 9; Phys., III, L
(2) Môtaph., IX, 6.
(3) Ibid., XI, 9.
(4) Ibid., IX, 6.
terme du mou\ement, qui doit toujours s'opérer d'un point à un autre de l'espace ; aussi n'y a-t-il pas de destruction absolue. On le voit, il n'y a qu'un seul mouvement qui se paisse effectuer et comprendre : c'est le mouvement de l'être à l'être, de ce qui est sujet à ce qui est sujet (1 ).
Mais le mouvement va nécessairement du contraire au contraire (2), et l'être n'est pas le contraire de l'être, la substance n'est pas le contraire de la substance. Ce n'est donc pas absolument de la substance à la substance que se fera le mouvement (3), mais bien de tel mode de l'être ou de la substance au mode contraire, par exemple de l'être en puissance à l'être en acte, de la forme à la privation de la forme, en un mot, d'un contraire à l'autre, dans l'une des catégories de Têt^ (4).
A ce nouveau point de vue, il semble que le nombre des espèces du mouvement doive égaler le nombre des catégories. Cependant il n'en est pas ainsi ; le mouvement ne se produit que dans les quatre catégories de la substance, de la qualité, de la quantité et du lieu (5). Le changement dans la catégorie de la substance, c'est la génération et la destruction, non pas au sens absolu, mais en ce sens uniquement que la substance naît quand elle passe de la puissance à l'acte. Le changement dans la catégorie de la quantité , c'est Taccroissement et le décroissemeut. Le changement dans la catégorie de la qualité^ c'est l'altération. Enfin, le changement dans la catégorie du lieu,
(1) Métaph., XI, -H ; Phys., V, \/ {%) Métaph.,X\, 6, 40; XI I," 2.
(3) Métaph., XI, 42; Phyg., V,2.
{i)Métaph.\\,9;\\U% (5) Ibid., X1I,2;XI, 4!^.
c'est la translation (1). Le changement est impossible dans les autres catégories^ parce qu'il ne s'y rencontre pas de contraires (î).
Voyons en quoi difierent essentiellement les quatre espèces de mouvement que nous venons d'énumérer.
Ef, d'abord, revenons sur les caractères de la génération et de la destruction. La génération n'a pas pour point de départ le non- être, parce que le non-être est une pure négation, et que, si quelque chose en vient, il naîtra du néant. Or, rien ne vient du néant. Tout ce qui naît provient d'un être antétteuremént existant et en acte (3). Et ce qui devient est toujours une substance, c'est-à-dire la réunion d'une matière et d'une forme. Mais la substance, la réunion de la matière et de la forn^e, c'est ce qui constitue l'être, car c'est par là que l'être se définit (4). Ainsi, ce qui caractérise la génération, c'est que, dans ce changement^ la substance, Têtre qui préexistait, ne demeure pas, mais est remplacé par une autre subistance, par un autre être. 11 y a génération, par exemple, quand toute la semence se change en sang, ou toute Veau en air, ou tout l'air en eau, parce que, dans chacun de ces changements, il y a vraiment production de Tun des deux termes et destruction de l'autre (5). La matière qui a servi de sujet au changement demeure, il est vrai (6); mais la forme a changé, la substance est nouvelle, l'être est autre et nou-
(i) Met., Xlï, 2; XI, 42; P/ip.,V, 2.
C2) Mét.,\l,M.
(3) Gén. et c(?rr.,ï, 3, 4.
(4) Met., VII, 5.
(5) G^n. et corr., I, 4.
(6) Ibiil.
veau; voilà la génération. Pour que le mouvement de génération se produise, un moteur est nécessaire; ce moteur est un être en acte, du même genre que Tètre produit et semblable à cet être (i).
Dans le mouvement de la seconde espèce, qui se nomme altération, la substance persiste la même ; la matière et la forme restent ce qu'elles étaient ; il n'y a de changement que dans la qualité, dans le mode, qui s'aflQrment de la substance, mais qui en sont tout à fait distincts. Le musicien cesse d'être, et le non-musicien commence d'exister; mais l'homme demeure : dans un tel changement, la substance a persisté la même; la qualité seule n'est plus ce qu'elle était; c'est là une altération et non une génération (â). L'altération est un mode de la qualité considérée comme sujet même du changement (3), car c'est la qualité qui change dans l'altération en passant d'un contraire à l'autre, de la chaleur en puissance à la chaleur en acte (4). Nous disons qu*un être est altéré quand il devient chaud, doux, épais, sec ou blanc. L^être animé et l'être inanimé sont également susceptibles d'êti*o altérés, et dans l'être stuimé, ce qui subit l'altération, ce sont non-seulement les organes des sens, mais encore les parties insensibles. Toutes les causes qui altèrent les êtres inanimés altèrent aussi les êtres animés; mais celles qui altèrent les êtres animés n'altèrent pas toujours les êtres inanimés. Dans l^être inanimé, ce n'est pas un sens qui est altéré, et l'être n'a pas conscience de l'altération, tandis que l'a-
(i) MéL, VII, 7; Vhys , II.
(2) Génér.^ et corrupL, ï, 4.
(3) Fhys., VII, 2.
C4} Ibid., VIII, 6.
nimal en a conscience. Mais il arrive que Fanimal n'a pas conscience de l'altération qu'il subit» quand ce n'est pas un de ses sens qui est altéré (1). Toutefois, que Fôtre ait ou non le sentiment de l'altération'qui se produit en lui, il ne peut être altéré que par un objet sensible, et au contact. En effet, les choses qui ne se touchent point ne sauraient être réciproquement actives et passives. Sll y a un intervalle entre l'être qui altère et l'être altéré, Tallération n'a pas. lieu. Il n'y a donc entre l'un et l'autre aucun intermédiaire. L'induction le prouve : l'air touche le corps altéré, et celui-ci touche l'air; la couleur touche la lumière^ et la lumière touche l'œil. Il en sera de même pour toas les autres sens (2).
A l'altération doivent être rapportées l'action et la passion , qui n'expriment que la situation réciproque de Tobjet altérant et de l'objet altéré. Il semble, au premier aspect, que l'action se confonde en général avec le mouvement, car ce qui meut, agit, et ce qui agit, meut. Mais il y a une différence essentielle entre un agent et un moteur. Tout ce qui meut n'est pas pour cela capable d'agir. Ce qui est actif s'oppose à ce qui est passif. Or, un être ne devient passif que s'il est affecté par le mouvement qu'il subit, et il n'est ainsi affecté que lorsqu'il y a altération, par exemple, quand l'être devient blanc ou chaud. On reconnaît par là qu'être actif, c'est altérer, et qu'être passif, c'est être altéré. Ainsi, l'action et la passion sont des modes du mouvement de la seconde espèce qu^on nomme altération (3).
(1) Phys,, Ml, %
(2) Ibid.
(3) Génér. ei corrupt., I, 6.
Deuxième ÉTUDE. ss
Aussi voit*on qu'entre un être actif et un être passif tout se {«sse comme entre un èU^ altérant et un être altéré* Dans raltératiouy Tétre sentant devient semblable à l'objet senti (I). De même tout principe actif rend semblable à lui-même Têtre passif sur lequel il agit ; le feu réchauffe^ le froid refroidit (%). L'altération se produit au contact^ ou du moius^ si elle s'exerce à distance et au moyen de certains intermédiaires, ces intermédiaires forment une série continue (3). De même^ il n'y a pas d'intervalle entre le premier agent et le dernier patient. Enfin« de même que dans la sensation» forme principale de Taltération^le dernier objet altérant et l'être altéré s'altèrent mutuellement en devenant semblables dans une sorte d'état moyen qui est la sensation elle-mêmeX4)> de même le dernier être actif dans la série des agents est passif par rapport au dernier patient. Ainsi^ le médecin qui ordonne le remède ne pâtit pas ; mais le remède qui agit sur le. corps pâtit à son tour et devient froid, ou chaud au contact du corps (&). Donc il n'y a nulle différence entre être passif et être altéré.
Comme la passion^ la mixtion est un mouvement de la seconde espèce. C'est encore un mode de Taltération. Il est facile de le montrer. Et d'abord il ne faut pas confondre la mixtion avec la génération : vous mettez ensemble du combustible et du feu, le bois périt et le feu natt ; ce n'est pas là un mélange, c'est une génération. Il n'y a
(4) De VAmey II. 5, § 7.
(2) Génér, et corrupU^ I, 7.
(3) ne VAmey II, 41, §7; Pfty«.. VII, 1 « {k) De l'Ame AU 42, § 3, 4.
(5) GàUr. et corrupt,, I, 7.
pas non plus mélange lorsque les deux éléments ne pouvaient exister séparément, et lorsque leur réunion ne produit en eux aucun changement. La cire ne se mêle pas à la forme qu'elle prend. En général, on ne dit pas que les choses se mêlent à leurs modes. Que faut-il donc pour que deux éléments puissent composer une mixtion ? Il faut que ces éléments existent séparément avant le mélange> et qu'une fois mêlés, il soit possible de les séparer de nouveau sans que rien ait péri, ni deleurs^puissances^ ni de leur forme . Ainsi les deux éléments, avant la mixtion, seront la mixtion en puissance; une fois mêlés, ils seront la mixtion en acte, et la mixtion en acte devra être les deux éléments en puissance. De plus, dans la mixtion, toutes les parties doivent être homogènes, semblables entre elles et semblables au tout; car s*il en était autrement, e1 si le mélange laissait apercevoir les éléments séparés, il 3 aurait juxtaposition, non mixtion. Mais comment ces conditions sont-elles remplies? Le voici.
Il est des corps tels que, mis ensemble, Tun devient i la fois actif et passif par rapport à Tautre. Le premier, agi sur le second, qui de son côté agit sur le premier ; le premier pâtit de la part du second, qui à son tour pâtit de h part du premier. Quand on réunit deux corps de ce genrej si Tun des deux est très-supérieur à l'autre en quantité, il est évident qu'il n'y aura pas mélange, mais absorption dé run et accroissement de l'autre. Mais supposons qU( les deux éléments soient à peu près égaux en quantité et ei puissance; chacun des deux sera en partie dominé e vaincu par l'autre et prendra en partie sa nature pour revêtir celle de l'élément dont il sera dominé ; toutefoiî il ne deviendra pas cet autre élément, mais il formera avei
lui quelque chose qui sera comme une substance intermédiaire (I). Le résultat du mélange sera parfaitement un, et chaque élément aura été changé, modifié par l'autre. On peut donc définir la mixtion : l'union intime de deux éléments altérés l'un par l'autre. Donc le mouvement par lequel la mixtion s'opère est une altération (2).
Le mouvement de la troisième espèce, Taccroissement, qai se produit dans la catégorie de la quantité,' se distin-' gne profondément des trois autres. Bien que le mouvement dans l'espace soit la condition de tous les autres^ le sujet qui subit l'altération ou la génération peut ne paraître pas changer de lieu. Au contraire, ce qui croît ou* décroît se meut sensibleipent dans l'espace. Non cependant que ce mouvement éb confonde avec ^a translation : dans la translation, la masse tout entière passe d'un lieu dans un autre, tandis que l'être qui croît ou décroît reste immobile et ne déplace que ses limites par le mouvement de quelques-unes seulement de ses parties. Dans la trans' lation, les limites du corps restent les mêmes, et le corps tout entier change de lieu ; dans i'acroisseraent ou le décroissement, les limites changent et la masse principale demeure en repos.
Or, comment s'opère l'accroissement? Dans tout mouvement de ce genre , il y a trois choses à considérer : un sujet permanent, la partie de ce sujet qui s'accroît, et Téléjoaent extérieur qui s'ajoute à cette partie pour Taccroître. Examinonaeu premier lieu comment existe le sujet qui s'accroît. Est-il purement en puissance? Est-ce une ma-
(4) Génér. et corrupL^ I, 40 : Où ^Cvexai ôè OàTepov, à».à ji-eraÇù xal xotvôv.
tière sans grandeur réelle? Mais, en dehors des modes, la matière n'est rien. De plus, si une telle matière, une lûatière sans grandeur, acquérait de l'étendue, ce changement serait non une augmentation, mais une véritable génération. L'accroissement est évidemment l'augmentation en étendue d'un sujet réellement étendu et en acte ; le décroissement en est évidemment la diminution. Donc le sujet de Taccroissement est nécessairement une grandeur réelle et en acte.
En second lieu, l'élément extérieur qui s'ajoute h Tètre et produit l'accroissement, peut-il exister* en puissance? Pas'plus que le sujet lui-même. Ce qui est absolument en puissance n'existe absolument pas, n'a point de modes^ n'occupe aucuii lieu, et, * par conséquent, ne saurait s'ajouter à aucune étendue pour l'augmenter. Donc Vêlement qui s'ajoute à un sujet étendu et produit en lui l'accrois* sèment, doit, lui aussi, être une étendue réelle et en acte. . En troisième lieu, ce qui s'accroît dans l'être, c'est une partie de l'être, et ce qui décroît en lui, c'est encore une de ses parties. Or, quand il y a accroissement, quelque chose s'ajoute nécessairement à la masse, et quelque chose s'en sépare quand il y a décroissement. Ce qui s'ajoute est ou corporel, ou incorporel. Si l'élément qui s'ajoute est incorporel, c'est une matière sans étendue : or il n'en existe pas ; s'il est corporel, il y aura, chose impossible, deux corps, le corps augmentant et le corps augmenté, dans un seul et même Ùeu. Et cependant l'accroissement consiste essentiellement dans l'adjonction d'un corps à un autre corps. Comment résoudre cette contradiction?
Le mouvement, dans la catégorie de la quantité, a deux formes : la nutrition et l'accroissement proprement dit.
DEUXIÈME ÉTUDE. a7
L'an et l'aatre a l'aliment pour principe ; mais l'aliment^ cause de la nutrition^ diffère de l'aliment cause de Taccroissèment. Les parties de l'être qui s'accroît^ qu'elles soient homogènes comme lachair^ Pos^ le uerf, ou hétérogènes comn^e la main^ la jambe, consistent dans la répnion d'une forme et d'une matière. L'aliment destiné à devenir en acte la matière et la forme de ces parties^ doitètrëy en puissance, cette matière et cette forme. Par exemple^ l'ali* ment qui se changera en bras et enjambe^ est en puissance la jambe et le bras. De mème^ l'aliment qui se changera en une certaine quantité de chair, doit être en puissance la quantité de chair qu'il ajoutera à la masse. Or, en tant que l'aliment est, en puissance, la forme et seulement la forme des parties du corps, il ne fait que conserver la forme et ne produit aucune augmentation dans retendue. Si l'aliment est, en puissance, seulement la forme de lu jambe^ la jambe de l'animal sera conservée, mais ne grandira pas. La forme sera donc maintenue; mais^ quant à la matière, les choses se passeront comme si vous mesuriez de l'eau avec le même vase ; l'eau se renouvellerait sans cesse et la mesure resterait la «même. Ainsi^ dans la nutrition, l'aliment chasse devant lui une partie de la matière égale à celle qu'il apporte . Par ce mouve*ment, l'animal vit et demeure sain ; mais il ne croît pas, il décroît même. Au contraire, quand l'aliment est en puissance, non-seulement de la chair^ niais une certaine étendue^ un certain surcroît de chair ; quand il est en puissance, non-*seulement la forme de la jambe, mais une certaine matière étendue, une quantité ; alors, non-seulement la forme persiste, mais les jambes grimdissent, et il 7 a accroissement. L'aliment, dans ce cas, a augmenté
rètre : la quantité de matière a augmenté, puisque Valiment coexiste avec le sujet et dans le sujet; mais les limites ont été reculées, l'espace s'est élargi comme le corps. Il n*y a donc dans l'accroissement ni impossibilité ni contradiction. Dans la nutrition^ il n'y eu a pas davantage : ici, en effets on Ta vu, la quantité ne 8*est point accrue ; la quantité ancienne s'est retirée devant la quantité nouvelle, et il n'y a qu'un seul corps dans le même lieu (1).
La quatrième et dernière espèce de mouvement est le mouvement dans le lieu. Les mouvements dans le lieu n'ont pas reçu dei nom unique; cependant le mot de translation leur convient généralement (2).
La translation est, de tous les mouvements, le seul qui n'apporte aucun changement dans la nature du sujet. Par là elle diffère de la génération et de l'altération. Elle se distingue de l'accroissement, en ce qu'elle laisse au corps ses limites et le déplace tout entier. Quand une sphère roule, elle ne grandit ni ne diminue, et toutes les parties en sont déplacées à la fois (3). De plus, les trois autres mouvements présupposent le mouvement dans l'espace comme condition nécessaire. La nutrition est toujours précédée de l'altération. En effet, l'aliment, qui est un contraire par rapport à l'èire nourri, lui devient semblable par la digestion. Mais ces deux contraires, l'aliment et le corps ne peuvent devenir semblables que par une altération réciproque, et cette altération exige que les deux contraires se rapprochent et se touchent, c'est-à-dire se meuvent dans le
(4) Génér, etcùrrupl., I, 5.
(2) Phyg , V^ 4.
(3) Gén&, et corrupt , l, 5.
lieu. Tous les modes de Tallératioa se ramènent à la condensation et à la raréfaction, qui se ramènent, à leur tour, au rapprochement ou à Téloignement des parties, c'est-àdire à la translation. La génération elle-même, qui semble être le premier de tous les mouvements, parce qu'avant d'être mû il faut d'abord être, la génération elle-même a pour condition le mouvement dans l'espace d'un certain principe par qui tout commence d'exister, mais qui n'a pas commencé lui-môme (I). D'ailleurs, l'acte de la reproduction chez les animaux n'est qu'un rapprochement, et par conséquent un changement de lieu {%). Ainsi, le mouvement dans Tespace est antérieur à tous les autres (3). En l'absence des autres, il pourrait continuer de se produire; les antres ne peuvent se produire sans lui (4). Ënfm, il est de tous le plus parfait. Il ne- se rencontre que dans les animaux les plus complets, et seulement lorsque les organes sont arrivés déjà à un certain degré de perfection. Une fois né, l'animal ne fait d'abord que souffrir et croître* Sa vie est alors purement passive. 11 devient ensuite actif et se meut, mais plus tard (5).
Telles sont les quatre espèces de mouvement dont le monde est le théâtre. Il n'y en a pas d'autre.
Or, to.ut mouvement suppose un moteur et un mobile. Le moteur meut sans être mû, et le mobile est mû sans mouvoir. Entre le moteur et le mobile se place un troisième t«rme qui meut comme le premier moteur, est
C4) Phys., VIII, 7.
(«) Politique,!, 1.
(3) Met., Xir, 7.
f4) Phys., Vin, 7.
(5) Ibid.
mû comme le mobile, et transmet le mouvement de l'un à l'autre (i). 11 est nécessaire que ce qui est mû reçoive le mouvement. Quant au moteur, il peut être mû luimême, et le moteur intermédiaire Test toujours (2). Mais il n'est pas possible que tous les moteurs soient mus; ce qui réchauffe n'est pas nécessairement réchauffé; ce qui guérit n'est pas nécessairement guéri ; ce qui pousse n'est pas nécessairement poussé, et ainsi à l'infini. Il faut s'arrêter. Il doit y avoir un premier terme à la série des moteurs. Ce terme sera le premier moteur, qui meut sans être mû. Il doit y avoir aussi un dernier terme, et ce sera le mobile qui reçoit l'impulsion sans pousser luimême. Entre le premier et le dernier terme, il faut au moins un intermédiaire qui touche et meuve le mobile^ et par lequel le moteur meuve, mais sans le toucher ; car toucher, c'est être touché et mû, et le prçmier moteur est immobile à tous les points de vue (3). Il peut se rencontrer plusieurs intermédiaires entre le moteur et le mobile; mais le nombre n'en est jamais infini (4).
Le premier moteur, le moteur immobile, c'est le bien, c'est Dieu vers lequel tendent tous les êtres (5). Certains êtres se meuvent d'eux-mêmes en vue de ce bien qui est leur fin (6). Ceux qui ne sont que des mobiles, ou qui ne
(1) De VAme, III, 10, §§ 6,7; Pfeys., VIII, 5; Af<^/apft., XII, 4, pass.
(2) De VAme, IIL 12, § 9.
(^)Phy8.y VIII, 5. Le premier moteur ne doit jamais être mû, ni du mouvement qu*il produit, ni d'un mouvement d'une autre espèce. Ce qui porte ne doit pas s'accroître; ce qui accroît, h titre de premier moteur, ne peut être altéré.
(4)?/iy«.. VIII,6.
do) De VAme, III, 10, §7.
' (6) Phys,, vni, 4.
donnent le mouvement qu'après l'avoir reçu^ sont portés^ eux aussi, vers le moteur immobile; mais Fimpulsion leur Tient de moteurs qui ont en eux-mêmes le principe de leur mouvement (1). Ceux-ci sont les êtres naturels. Ils se meuvent et impriment le mouvement, parce que telle est leur nature (^) . De leur côté, les mobiles ne subissent le mouvement que parce que leur nature les prédispose à le recevoir (3). La nature est donc un principe de mouvement, et dans les moteurs mobiles en tant qu'ils meuvent et se meuvent, et dans les mobiles en tant qu'ils sont mus (4). Le hasard, c'est la nature qui se trompe (5); c'est donc encore la nature. Ainsi, en négligeant les œuvres de l'art et de la pensée, créations d'êtres d'ailleurs créés eux-mêmes par la nature, il n'y a dans le monde que deux grands moteurs^ deux principes de vie : la nature et Dieu (6).
Qu'est-ce donc que la nature^ quelle est sa part dans le mouvement du monde, et en quoi est-elle inférieure à Dieu?
Qu'est-ce que Dieu ? quelle est sa part dans le gouvernement du monde^ et en quoi est-il supérieur à la nature?
§ II. •— De la nature en général.
Essayer de prouver que la nature existe, est une tentative ridicule. L^existence des êtres naturels est évidente, et quiconque démontre ce qui est évident, au moyen de ce
(\) Phys., \lll,i;lh \.
(2) Ibid.
(3) Ibid.; Métaph., VII, 9.
(4) Mélaph.,nih 8; Phyi., 11,4 ;VIII, 4, ô;D«rAmdî, 1)1, <4,§9.
(5) Phyt., II. 4 ; Métaph., V. 4.
(6) De CœlOy I, 4 : 'G oè ôed; X7.î Tfj çudi; o08èv |i,dTY,v te ioOtiv.
qui ne Test pas, témoigne par là qu'il est incapable de reconnaître la vérité immédiate (< ) .
Mais qu'est-ce que la nature considérée soit dans ses effets, soit en elle-même ? ■
Les êtres dont le monde est rempli doivent leur exis- ' tence les uns à Tart, les autres à la nature. Les œuvres de Tart n'ont en elles-mêmes aucun principe de changement. Âù contraire, les êtres naturels, tels que les animaux 'et leurs parties et les plantes, ont en eux-mêmes le principe du mouvement et du repos; et ce principe, c'est la nature qui produit la translation dans ceux qui se déplacent, l'accroissement et le décroissement dans ceux qui croissent et décroissent, et l'altération dans ceux qui sont altérés. Donc, en premier lieu, la nature est un principe de mouvement, de translation, d'accroissement ou d'altération dans un sujet qui est ce qu'il est par lui-même et non accidentellement (2).
Mais il est des êtres naturels, tels que les corps simples, à savoir, la terre, le feu, l'air et l'eau (3), qui se déplacent sans avoir en eux-mêmes le principe de leur mouvement (4). La nature ne sera donc pas, dans de tels êtres, le principe du mouvement. On voit néanmoins que, lorsque ces' corps sont abandonnés à eux-mêmes, ils se portent, si rien ne s'y vient opposer, les uns en haut, les autres en bas. Une outre pleine d'air est retenue par une pierre au fond de l'eau, vous ôtez la pierre, l'outre monte
(1) Phys., II, 4.
(î) Ibid., Il, 1 ; Métaph,, IX, 8; V, 4.
C3) Pfty«., Il, 4.
(4) Ibid., vin. 4.
DËUXIËMK ETUDE. 93
d'ëlle-mème jusqu'à ce qu'elle surnage (4). Ce qui fait que Fair tend non vers le bas, mais vers le haut, c'est une puissance naturelle non de se mouvoir, mais d'étré mû dans cette direction. ' Cette, puissance^ cette disposition passive^ il est vrai^ mais 4pnt un obstacle peut seul empêcher TefiTet, c'est la nature même du corps (2). Aussi, quand le corps est mû dans un sens opposé, >ôn dit que c'est violemment et contrairement à sa nature. Il est conforme à la nature du feu d'aller de bas en haut ; il est con - ^aire à sa nature d'aller de haut en bas (3). Donc, et en second lieu, la nature est la cause ou la disposition passive en vertu de laquelle un corps simple est mû en ligne droite de bas en haut ou de haut en bas (4),
Considérée dans son rapport avec la génération, la na* turc est la puissance qui opère la reproduction des êtres. Nul être ne se crée lui-même ; car créer, c'est mouvoir, et avant de mouvoir il faut être (5). La cause productrice doit être extérieure à l'être produit. Celte cause, c'est un être naturel, une nature semblable à l'être produit, existant antérieurement et déjà en acte (6) . Je dis une nature, parce que la cause qui produit s'appelle en général nature, Comme la substance produite elle-même. L'homme pro* duit un homme, le cheval un cheval, et c'est leur nature qui le^ y porte et qui leur en donne le pouvoir (7). Donc,
{\j Phys., vin, 4.
(2) Ibid.
(3)Ibid.. I^^.
(4) IbiM, VIII, 4.
:5) Ibid., VIII, 7.
(6} Métaph,, VII, 7; IX-, 8; XII, 3.
(7) Ibid."
en troisième lieu, la nature est le principe du mouvement par lequel un être vivant produit en dehors de lui-même un être semblable à lui. Ici, la nature est principe de mouvement à la fois dans le. même être et dans un autre être : dans le même être, en t^t que c'est Tanimal qui se meut lui-même pour produire un autre animal ( I) ; dans un autre être, en tant que c'est un nouvel animal qui a, dans le premier, sa cause productrice (2).
Nous avons dit en quoi consiste la nature envisagée par rapport à ses effets. Ëtudions-la présentement en elle-même.
Et d'abord, considérée conmie principe du mouvement dans le même être, en tant que même, la nature est-elle matière, ou réunion delà matière et de la forme ; ou bien est-elle principalement essence et forme?
A un premier point de vue, la nature est cette matière brute, impuissante par elle-même à s'organiser et à changer, dont sont faits les êtres naturels, que cette matière soit première relativement, comme Tairain par rapport à la statue, absolument; comme l'eau qui, avant d'être la matière de la statue, est d'abord la matière de l'airain, de l'or et de tous les corps fusibles. Cette matière demeure la même sous les modifications diverses qu'elle subit, et chacun dit qu'elle constitue la nature même de l'objet. C'est pour cette raison que» parmi les philosophes, on a nommé nature tantôt la terre, tantôt l'eau, tantôt tous les éléments ensemble (3).
(4) Met., xn, 3; Brandis, 244, 1. 30 : 'H Ôé lOai; àpyji h aÙT^* àv6Qu)TC0c yàp âvÔpconov Ysvvqi.
(2) Ibid., VII, 7 : AOtyi ô* h âXXtj). àvÔpwTioç yào àvÔpcofcov Y«vvfi. Brandis^ 439, 1. 15.
(3) Ibid., V, 4; Phys., U, 4.
A un autre point de vue> la nature de» êtres est la réunion de la forme et de la matière (4). En effet, la matière sans la forme n'est rien; la forme sans la matière n'existe pas davantage. Cependant, dans cette union^ c'est la forme qui fait et détermine la nature de t'étre bien plutôt que sa matière (2), Tout être se définit par sa forme. Celui-là $eul qui oounaU la forme ou Tessence d'un être» connaît vraiment sa nature (3). Enfin^ aucun être ne noua parait posséder sa nature que lorsqu'il a revêtu sa forme en passant de la puissance à Tacte. La chair et Tos en puissance ne sont pas encore la chose dont la nature consiste à être an os ou de la chair. D'où Ton voit que c'est surtout dans la forme et daxis l'acte que réside la nature des êtres (4).
La nature est encore le but et la fin des êtres. Ce qu'est devenu un être quand il a atteint son parfait développement^ quand il est devenu une substance^ une réalité, une ' entéléohie, on dit que c'est là sa nature propre, qu'il s'agisse d'un cheval^ d'un homme ou d'une famille (5).
Ainsi la nature est la forme ou l'essence, l'acte, le but^ la fin et le principe du mouvement. Mais l'âme est^ elle aussi, la forme et l'essence des êtres (6), leur fin (7) et le pHncipe du mouvement qui se produit en eux (8). L'âme et la nature des êtres ne sont donc qu'une seule et même
(4) Métaph,, V, 4; XII, 3.
(2) Parties des anim., I, 1 ; Phys., II, 4. Kal (jlSXXov aOiT) çuaiç Tïiç OXtic Bekk., 493; Génér. etcorrupt,, 11,9; Métaph.,\\\, 3.
(3) Métaph., VII, 6.
W Phys., II, h ; Métaph., V, 4. *
(5) PolUiq., I, 4, § 8; De VAme, II, 1, § 4.
(6) Ibid., II, 4, 8 4.
H) Ibid., II, 4, § 6; Métaph,, VU, 40.
(8)/)tfrA»kî, II, 4,§6.
96 ÉTUDES DE PHnX>SOPHIE.
bhose^ et par là on voit que la nature d'un être animé n'est autre chose que son âme.
Si nous envisageons la nature comme cause de génération ou de reproduction, nous verrons qu*elle se confond avec un être producteur du même genre et de la même espèce que rêtre qu'il produit (4). L'homme est une œuvre de la nature, un être naturel, une nature (S), et c'est rhomme qui engendre rhomme. Donc la nature, en tant que puissance productrice, est constituée par un être semblable à rétre produit. Chaque essence provient d'une esisence portant le même nom (3), et l'être qui engendte suffit comme cause à la production (4). C'est lui qui donne la forme à la matière, et qui, par conséquent, produit vraiment la génération; car la génération, c'est la matière revêtant une forme. Telle forme s'unissant à tel os, à telles chairs, voilà Socrate et Caillas (5).
Mais qu'il se termine à Tètre lui-même, ou que son effet s'étende à un être différent, le pouvoir de se mouvoir soi-même n'appartient qu'aux êtres qui ont la vie. Cette faculté est la vie elle-même (Çurtxôv) et ne se trouve que chez les êtres animés (6). La nature créatrice, la nature qui n'est pas une disposition passive à subir un mouvement, ne se rencontre que là où est l'âme (7).
Voilà pourquoi la connaissance de l'âme contribue beau-
(1) GMr, et corrupf., I, 5.
(2) M^/flpft., XII, 4; VII, 7.
(3) Ibid., XII, 1
(4) Ibid., VII, 7.
(5) Ibid.. ibid.
(6) Phys., VIII, 4; Btkk., 2o5.
(7) Ibid.
conp à faire comprendre la natare. L'âme est, en effet, en quelque sorte comme la nature, le principe des êtres animés (i). AuiSsi est-^ au naturaliste d'étudier Tâme (2). Le vrai naturaliste n'est-ce pas celui qui ne parle que de la matière et qui ignore la notion. Ce n'est pas non plus celui qui ne connaît que cette notion. C'est celui qui réunit les deux conditions (^), et qui étudie le corps en tant que susceptible de mouvement (4). Or, Tâme et la nature sont principes de mouvement (5).
Toutefois, quoique dans les êtres animés la nature soit identique à l'âme en tant que principe de mouvement, elle se distingue profondément de Tâme intelligente. Les modifications de la matière qui sont l'œuvre de la nature, les actions de tel corps spécial, la nature elle-même, objet de l'étude du naturaliste, ne sont pas séparables de l'être (6); tandis que l'intelligence est séparable de l'être, vient du dehors et lui survit (7)« La nature n'est séparable de l'être que rati(»nnellement et par abstractiou (8).
Mais, distincte de l'intelligence, la nature a cependant un but (9). Elle ne fait rien en vain ; toutes ses démarches tendent à une fin ou sont la condition de l'existence
k) De rame, I, 4, § 1.
(2)Ibid., U)id.,§4K
(3) Ib'ul., ibidjbid.
(4) Métaphyê., XI, 3.
(5) Ci-dessus, même chapitre.
(6) P/iy».,IIJ.
0) OeVâme, I, 4, § n ; Ibl<I., II, 2, § 9; Ibid., I, 4, § 43, U. Ibid., III, 5, § 2; Métaph., XII, 3 ; Morale à Nicom., X, 7; Gi^r. des anim,^ II, 3.
(8) Pbys., II, 1 ; Bekk., 493 : O-iywpwT^^ Sv, àÀX* ^ /.axâTÔv Xô^ovi
.9) Pbps., Il, S. 'A?ixv»ÎTai eî; xi xiXo;.
et du mouvement des choses qui ont un but (4). Elle fait effort pour s'éloigner de Tindéterminé et pour se rappriK cher continuellement de la forme» de la fin^ du meilleur en un mot, et Tètre est meilleur que le non-ètre (2). Elle engendre pour ajouter Têtre à Tètre, et la génération qu'elle opère ajoute la nature à la nature (3), l'homme à rhomme, la plante à la plante^ sans s'arrêter jamais (i). Mais en même temps qu'elle yise au meilleur et qu'dle multiplie l'être, elle met dans ses productions la symétrie et la proportion. Semblable à Tart^ il y a dans ses œuvres un dessein marqué (5). Elle est elle-même la raison et Tordre dans l'ensemble des êtres (6). Entre les parties qui précèdent et celles qui suivent, elle établit des rapports constants. On le peut Yoir chez les animaux, qui agissent pourtant sans art, sans étude, sans calcul. Aussi quelquesuns se sont -ils demandé si ce n^est pas l'intelligence, ou quelque lumière semblable qui préside aux travaux des araignées, des fourmis et des autres animaux industrieux. En allant du grand au petit, le même fait a lieu dans les plantes, dont tous les mouvements conspirent à une seule et même fin : ainsi les feuilles servent à protéger lés fruits. Mais si c^est à la fois par un mouvement naturel et
(4) De rame, III, 42, § 3; Politiq., I, 8; D« cœlo. I, 4. '0 oè Oeô; xat V) <pjat; oOôèviJLàTnv notoûoiv; De la marche des animatu>, 2, p. 704.
(2) Phys.f VIII, 7; Génér. etcorrupt,, lU \Q;De la marche des animaux, 2.
(3) Ibid, II, I. "Eti ô' ii çiJdi; ii XeYojAévTj w; ylvôdi; 686; èfftiv eU çûffiv.
(4) Des plantes^ I, 2.
(5) Génér, des anim., IV, 2.
(6) Phys,y VIII, i. 'H Y*P 9Ûoi; alcCa îîaai tîj; xàÇewç» — Tâ^i; oà wftffa X^YOç.
en vue d'une fin que Thirondelle bâtit son nid^ que Ts^ad-
gDée tisse sa toile et que les plantes étendent les feuilles
au-dessus des fruits afin de les protéger, et poussent leurs
racines non point en haut, mais en bas et dans le sol^
pour y puiser la nourriture, il est manifeste que, dans les
êtres que la nature produit et conserve^ il y a une cause
semblable à celle qui orée les œuvres de Tart (1 ). Cette
canse^ c'est la nature elle-môme qui dispose tout comme
par une sage prévoyance de l'avenir (% qui met dans le
ciel Tordre et Tbarmonie^ refuse le mouvement aux étoiles
fixes plus nombreuses et plus voisines du premier moteur,
l'accorde aux planètes plus rares et plus éloignées de la
dernière sphère^ et maintient ainsi dans le monde un
parfait équilibre (3) ; c'est elle qui, ici-bas^ crée les plantes
pour les animaux et les animaux pour Thomme (4). C'est
elle aussi qui entretient la vie et qui porte tout être à se
reproduire dans un être semblable à lui> afin qu'il participe
autant que possible de Téternel et du divin^ et que, si son
existence est bornée^ elle recommence du moins dans un
autre lui-même (5) ; c'est elle qui répare les pertes et qui
rétablit d'un côté ce qui périt de l'autre (6), de telle sorte
que cstt qui ne se peut perpétuer en nombre^ se continue du
moins dans l'espèce (7); e'est elle, enfin, qui gouverne
{\)Ph^8., II, 8 ; Bekk., J99.
(2) Du ciel, II, 9.
(3) Ibid., II, 42. ( V. ci-desseus, çh. X.)
(4) Politiiiue, I, SS, § 6.
(5) De Vâme, II, 4, § 2.
(6J Généréde,$amm,^lllf 4. *0 y^p iKiîOev àpaipei i^ fOoiç, it^a'i
0)Économiq' I, 3.
avec sagesse et administre eu qael(tue sorte Tunivers tout rempli et tout animé de sa divine influence (f ).
Maià la nature n^est pas Dieu. La nature ordonne; elle est Tordre lui-même (2). Dieu ne descend pas à ordonner 1«8 choses (3). Non>seulement la nature n'est pas Dieu, mais elle n'est pas même divine; elle n'est que démoniaque (4). Sans doute elle agit dans une fin^ comme Tart. Mais^ comme Fart aussi, elle est irréfléchie et ne sait pas délibérer. Les animaux qu'elle meut et qu'elle inspire, procèdent sans dessein prémédité, sans étude^ sans choix. Elle ressemble à Tart en ce qu'elle poursuit un but certain^ mais elle lui ressemble aussi en ce qu'elle est imparfaite et se trompe. Le grammairien viole les règles de la langue; parfois le médecin administre mai les médicaments. Ainsi fait la nature^ qui produit un monstre au lieu d'un animal. Quoi qu'il en soit, et bien que la nature ne délibère pas, elle n'en a pas moins une fin déterminée. Il est absurde de nier qu'il y ait une fin poursuivie, parce que Ton a pas vu le moteur délibérer avant de mouvoir. La nature n'a pas besoin de délibérer. Elle agit par son énergie propre, qui lui sert en même temps de guide. Ce qui arrive dans son domaine, arrive parce qu'il est dans
(Vj Êoon. I, 3; Pfiys.^ VIII, L OIov l^tari ti; oOaa xoï; çûaei cuveaxûffi nôLatv.
(2) On Ta vu un peu plus haut, même chapitre.
(3) Eth, à Eudème^ Vil, 45. Où y«P i7ciTaxTty.(d; âp/,<i>v ô 8e6;. On lit bien dans les Économiques, \, iil. OOtu f^p npwxovôiirjat Onô toO Oeicu, mais c*est un passage presque unique, et Aristote parie sans doute Ta, comme en quelques autres endroits, le langage populaire. Cf. Ravaisson. EsMi sur la Métaphysique d*Aristdte. I, P* ^^4.
(4) De la divinat. par les songes, % *U yàp ouat; éattxovta, àXX* ov
sa nature de se produire ainsi. Si les maisons étaient au nombre des choses naturelles^ il naîtrait des maisons comme il naît des animaux ou des arbres; s'il était dans la nature du bois de produire spontanément des navires sans le secours de Touvrier, les na^^res naîtraient du sein des madriers (4).
Aussi, quand la nature se trompe^ ce n'est point parce qu'elle n'a pas de route tracée^ c'est parce qu'un obstacle Ten fait dévier. Si rien ne Ten empêchait, elle marcherait droit à son but (2). Elle s'arrête ou se fourvoie, parce que des difficultés interrompent ou changent son cours. Dans le même être, la nature est à la fois matérielle et formelle (3). La nature, en tant que forme, est unie à la nature, entant que matière. La forme, qui est un principe d'unité et de détermination, d'ordre et de symétrie, en un mot, de perfection, tend à maîtriser et à vaincre la matière, qi|i est, au contraire, un principe indéterminé et imparfait. C'est la matière qui entrave la nature. La matière est^ chez les animaux, la caiise qui produit les êtres dégénérés et les monstres, soit qu'elle surabonde, soit qu'elle fasse défaut. Les monstruosités ont essentiellement pour cause le défaut ou l'excès de matière (4). Par exemple, un fils qui ne ressemble pas à ses parents est un commencement de monstre; en effet, en lui la nature a dévié, est sortie des limites et des caractères propres à l'espèce^ et a commencé à dégénérer. Quand une femelle naît au lieu
(1) Phyê.f II, 8. Cet alinéa est constamment on une traduction ou une paraphrase du chapitre cité.
(2) Phys., Il, 8. Ibid.
(3) Ibid., lî, \ ;Métaph., V, 4.
(4) Génér, des anm., IV, 3.
d'un mâle, c'est que l'espèce commence à dégénérer par quelque vice de matière. Cependant cette dernière déviation est nécessaire à la propagation de Tespèce, et comme elle a un but déterminé^ elle est moins monstrueuse qu'une autre (4). Au reste, dans ces enfantements qu'on nomme monstrueux, la nature sort non pas absolnment de ses voies, mais seulement de ses voies constantes. A la rigueur^ rien ne se fait contre nature, mais seulement contre une des habitudes de la nature (2). On a tort d'attribuer au hasard les productions plus ou moins monstrueuses qui se voient dans le monde, si par le hasard on entend autre chose que la nature ou la pensée mômes. Tout ce que Ton rapporte au hasard est Toeuvre soit de la nature^ soit de la pensée (3) ; et les phénorûè^ nés de ce genre appartenant, non à Tordre des choses qui arrivent toujours^ mais seulement à l'ordre de celles qui arrivent quelquefois, la science ne les peut déterminer à l'avance ni en indiquer la véritable cause (4); de sorte que la cause des événements que Ton attribue au hasard demeure indéterminée et impénétrable à la raison humaine (5). Néanmoins, comme l'action de cette cause aboutit à une fin^ les monstres ne sont, en réalité^ que Terreur d'une cause qui vise à un but et qui le manque, que cette cause soit la nature ou la pensée (6). La nature est donc toujours une puissance qui s'exerce en vue d'une
(i) Gén.et corr ,l^y 3.
(î) Ibid., IV, 4.
(3) Métapn,, XI, 8; Phys,, II, 4, 5. 6.
(4) Phys,, IL 5.
(5) Ibid., H, 5; Met,, XI, 8. (G) il/^/.XI, 8; P%«., H,8.
DËUXIÊMfi ÉTUDE. 403
fin; mais cette puissance est bornée dans son action par la maUère qni loi eét fatalement unie^ lui résiste et la fait errer.
D'ailleurs, il ne faut point entendre par le mot nature une force générale, unique^ et la même partout. La nature est la forme elle-même, et la forme n'existe que dans son union avec la matière (4). Chaque être a sa nature comme il a sa matière et sa forme, et ainsi il n'y a pas d'autre natuie que la nature particulière {%). La nature, en général, n'a pas d'existence réelle; l'universel, quel qu'il soit, n'existe que logiquement. Ce n'est pas le mâle en général qui procrée, c'est tel ou tel mâle : Socrate ou Goriscus. Coriscus est à la fois animal et homme; mais c'est en tant qu'homme qu'il procrée, et non en tant qu'animal, parce que la qualité d'homme est bien plus propre à l'individu que celle d'animal. Ce qui produit appartient bien à la fois au genre et à l'espèce, mais c'est en tant qu'espèce qu'il produit et qu'il est cause du mouvement dont la nature est en lui le principe. Donc, il n'y a pas de nature universelle (S).
D'où il suit que, pour connaître à fond la nature telle que l'a conçue Âristote, et lui faire sa juste part comme cause du mouvement et de la vie, ce n'est pas assez de ravoir étudiée de haut et dans ses caractères généraux, mais qu'il faut encore pénétrer dans la réalité ou elle s'enferme et réside, la poursuivre sous ses formes diverses à tous les degrés de l'existence, et aller surprendre son action dans Vêlement d'abord et dans le corps simple, puis dans la
(4) Phyt.,\\, \.
(î) Métaph., XII, 4.
(3) Génér, des anim,, IV, ^;Mét,y Xlf, 4.
plante et dans Tanimal^ et enfin dans ces substances sensibles encore, mais impérissa^bies^ dont Tensemble compose le ciel.
§ 111. — De la nature en tant que cause de mouvement dans les corps
simples ou premiers.
La génération et la destruction des êtres naturels a pour condition Texistence de certains corps sensibles élémentaires, qui servent de sujet ou de matière au changement {i). Cette matière n'aurait aucune réalité, si elle était sans modes et séparée des êtres eux-mêmes. Aussi devons^ nous admettre dans tout être naturel une matière toujours revêtue d un des modes de la qualité sensible, tels que lé ttoiif>et le chaud, et rigoureusement inséparable des êtres dont elle est le sujet. Nous dirons donc que tout corps composé a, pour principes et pour éléments H <> la matière indéterminée, c'est-à-dire ce qui n est tel corps qu'en puissance; 2* les modes contraires de la qualité sensible, comme le chaud et le froid; 3® enfin, le feu, l'eau, Tair et la terre, corps simples et premiers, qui n'ont pour principes gue la matière et les contraires, et dont sont composés tous les corps (3).
Et, disons d'abord en quoi la nature contribue à la formation et à l'existence des corps simples ou premiers.
Ce qui constitue ces corps, c'est d'une part, on vient de le voir, la matière indéterminée, qui n'est point créée, qui préexiste à tout de par sa nature, et qui est à un cer-
{\) Génér.eteorrupt,. U i.
(2) Ibid, 11,4.
tain point de vue la nature elle-même (1). Ce qui constitue d^autre part les corps simples, ce sont les contraires^ non pas les contraires quels qu'ils soient^ mais ceux- qui font qu'une chose est sensible, c'es(-à-diré^ tangible. Il est certaines qualités corporelles qui ne sauraient former un élément, parce qu'elles n'établissent pas entre les corps de différences fondamentales. Tels sont le blanc et le noir, Tamer et le doux. Bien que l'exercice de la vue précède celui du tact^ les qualités visibles ne sont pas des qualités premières, des modes du corps tangible en tant que tangible : elles ne «ont tan^bles que parce qu'elles*résident «Bc ^pe chose qui Test (3). Or^ les contraires tangibles i^Qiprennent le chaud et le froid, le sec et Thumide, le loord et le léger^ le dur et le mou^ le visqueux et le dess^ ché, Fépais et le mince (3). Mais on montrerait facilejpeiU que toutes ces oppositions se ramènent à^deux : celle du chaud et du froid, et celle di} sec et de l'humide. Par conséquent^ les contraires^ qui, avec la matière indéterminée dont ils sont la forme, constituent les corps simples, sont le chaud et le froid d une part, le sec et Thumide de Tauire (4). De là, quatre éléments en tout. Et Ton n^en peut compter moins : le chaud, en effet,, n'est ni Thumide ni le sec; l'humide n'est évidemment ni le chaud ni le froid; enfin, le froid et le sec ne sont nullement des espèces réductibles à des genres supérieurs, tels, par exemple^ que le chaud et l'humide (5).
Ces quatre éléments^ en s'unissant deux à deux, pro-
(4) Voir le chapitre précédent.
(2) Génér, et corrupt., Il, 2.
(3) Ibid., 11,2; DeVâme. Il, 14, § \0.
C4) Ibid., il, î.
(5)Ibid., Il, 2.
duisent six combinaisons. Mais^ de ces combinaisons, deux sont impossibles^ savoir : celle du froid, avec le cbaud et celle du sec avec Thumide^ parce que, de deux contraiies qui se rapprochent; Tuu détruit Tautre. Restent donc las quatre combinaisons du chaud et du sec^ du chaud et Ab rhumide, du froid et de Thumide, et enfin du froid et du seC; qui; dans la réalité^ donnent naissance à quatre corps simples et à quatre seulement : le feu^ Tair, Teaii et la terre. En effet; le feu est chaud et sec; Tair est chaud et handie, c'est une sorte de vapeur ; Teau est froide et humide, et la terre est froide et sèche (I).
Ainsi il y à quatre corps simples ou premiers : le feu^ Tair; Teau et la terre. Nous venons de voir quels en senties principes . Ajoutons que dans la terre il y a plus de M (fue de*froid; dans Teau plus de froid que d'humide^ dÀQs V^ÎT plus d'humide ^ue de chaud, et dans le feu plus de chaud que de sêq (S).
Quel est le principe des élémenjts? Quelle cause en a formé les corps simples?
Les éléments n'ont pas leur principe dans un élément antérieur ; on ne peut aller à Tinfini dans la poursuite des causeS; et d'ailleurs les quatre contraires suffisent à expliquer tous les modes sensibles des corps (3). La cause de la constitution intérieure et de Texistence des corps simples, c'est la nature. Le feu^ Tair, l'eau et. la terre^ sont des êtres naturels qui ont en eux-mêmes le principe de leur existence (4) .
(4) Génér. et corrupt., Il, Z; Météorologiques^Wt ^. {%) Gén. et corrupt,^ \\, 3.
(3) De cœlo, III, 4 ; Métaph., IL 2.
(4) Pftywgtk?, 11,4.
Mais les corps simples se meuvent-ils^ et la cause de léors mouvements est-elle aussi leur nature?
Ge qui précède montre que les corps simples ne sont pas tarées. Ils ne naissent pas : ils sont. Toutefois ils sont soumis h une sorte de génération qui leur est propre et qui consiste en ce qu'ils naissent tous les uns des autres^ par une transformation continuelle et réciproque (1).
J^otrr>comprendre ce mouvement, il faut remarquer que les quatre éléments des corps simples sont les uns actifs, les autres passifs. Le chaud et le froid sont essentiellement actifs : en effet, si nous observons ces deux éléments soit en eux-mêmes^ soit dans les corps simples^ nous les voyons donner la forme, réunir^ séparer^ humecter^ dessécher, doreir, ramollir. Au contraire^ le sec et l'humide reçoivent d'un pouvoir extérieur toutes ces modifications; ils subissent la forme et ne la donnent pas; ils sont déterminés et ne déterminent pas (2) . Or, comme chaque corps simple a deux éléments, Tun actifs l'autre passif^ il agit par son élément actifs il pâtit par son élément passif, et de là il s'ensuit que les quatre corps simples sont tous réciproquement actifs et passifs.
Cette action réciproque et continuelle produit en eux de eonlintielles transformations^ dont il est aisé de se rendre compte dans chaque cas particulier (3) . Gomme la génération, la transformation est un passage d'un contraire à l'autre, et elle n'offire pas toujours les mêmes caractères. Elle est tantôt prompte et facile, tantôt difBcile et lente.
(4) Génér. et corrupL, II, 4.
{%) Génér, et corrupt.^ II, 2, 8; MétéoroL, IV, 4, 2, S, 4; Métaph., XII, 4.
(.H) Génér. et corrupt., II, 4; Métoph., II, 2.
entre deux corps simples qui ont un élément semblable^ elle s'opère promptement, et lentement entre ceux dont les deux éléments sont contraires, parce qu'un seul élément change plus facilement que deux. Par exemple, la transformation du feu en air est facile : dans ce cas, en effet, le feu et l'air ayant un élément semblable, le chaud, il suffit, pour que Tair naisse, qu'un seul élément du feu, le sec, soit vaincu par l'élément humide de Tair. De même, dans la transformation de l'air en eau, un seul élément est changé ; le froid de l'eau triomphe de la chaleur de l'air. Le changement n'est pas moins simple quand la terre nait de Teau et quand le feu nait de la terre. En effet, la terre et l'eau ont un élément semblable, qui est le froid, et d'un autre côté, le sec se rencontre également dans le feu et dans la terre. Que l'humidité de l'eau soit vaincue, l'eau devient terre. Que le froid de la terre soit détruit, la terre devient feu. Mais si l'on prend les éléments dans un autre ordre, latransformation n'est plus aussi.'prompfe. Sans doute lefeu se transforme en eau, l'air en tene, l'eau en feu, et la terre en air, mais plus difficilement, parce que ici deux éléments au lieu d'un doivent subir le changement. Il arrive même que deux corps simples réunis se transforment en deux autres corps simples; que, par exemple, la terre et l'eau deviennent air et feu. Alors il est évident que la transformation est encore ou lente ou prompte, et d'autant plus lente ou prompte qu'elle porte sur un plus ou moins grand nombre d'éléments (4).
Ainsi s'opère la transformation des corps simples. Or ce mouvement ne se confond ni avec l'accroissement ni avec l'altération. En premier lieu, la transformation n'est pas
;<} Gt'n. et c&rrupt., IL 4.
raceroissement. On se le rappelle^ dans tout accroissement^ U y a trois choses à considérer : la partie qui s'accroît, Falimentqui s'y ajoute^ et une substance sujet de Taccrois* seonent. La substance persiste la même après le changement^ et Taliment dont elle s'est accrue n'est peint détruit^ il est seulement assimilé à la substance et coexiste avec elle sous cette nouvelle forme. Mais dans la transformation de Feau en air, par exemple, il n'y a pas de sujet qui persiste» puisque l'air remplace l'eau, et l'aliment tie coexiste pas avec la substance, puisque Veau est détruite (i). En second lieu, la transformation n'est pas une altération. Il y a altération lorsqu'un sujet sensible persistant le même est afiecté seulement dans ses modes ou qualités. Mais quand la transformation de l'eau en air ou de l'air en eau est achevée, plus rien ne reste de l'élément transformé (2). Donc la transformation n'est ni l'accroissement ni l'ai* téralTon. C'est une génération, et une génération véritable, puisqu'elle fait passer tel élément, soit le feu, de la puissance à l'acte et puisque le feu, existant en puissance dans un autre élément, est mis en mouvement vers l'acte par un moteur de même espèce, à savoir le feu qui existait déjà en acte. Mais ce qui caractérise cette génération et la distingue de toute autre, c'est qu'elle se produit en cercle et revient sani^ cesse sur ses pas; c'est que l'air naît de l'eau et que l'eau naît ensuite de l'air, tandis que, dans les êtres vivants, rien de tel ne se passe (3), et d'homme on ne devient pas enfant (4) .
(D Gdn.et corruph^ I, 5.
(2) Gét^ér. et corrupL, U, 4 ; Métaph., Il, 2.
(3) Gé^ttér. et corrupt., II, 10.
(V, Métaphu II, 2.
Quant à la cause première de la transformation ou génération réciproque des corps simples^ comme ni ces corps ni leurs principes ne proviennent d'éléments antérieurs (4 ) , il est évident que la puissance active et passive qui réside en eux et les transforme n'est autre que leur nature même (2). C'est donc à la nature que doit être rapporté^ comme à sa cause» le premier mouvement des corps simples.
Mais ce mouvement n'est pas le seul auquel ils soient soumis. Bien que la transformation ne soit ni Taccroisse^ ment ni l'altération, les corps premiers sont cependant^ à certains égards^ susceptibles d'accroissement et d'altération. Il est vrai que lorsque Tair se forme de l'eau, par exemple, il n'y a pas d'accroissement de l'un des deux corps simples, puisque l'eau est entièrement détruite (3). Mais le feu, du moins, qui est aux trois autres corps ce que la forme est àla matière (4), le feu semble pouvoir s'accroître. Que l'on jette du bois dans le feu déjà allumé, l'air et la terre donneront une fumée qui, devenue ardente, se changera en flamme (5), et cette flamme fournira au feu un véritable accroissement. Cependant, le bois une fois consumé, le feu seul restera. L'aliment aura péri tout entier, et cet accroissement d'un instant n'aura réellement abouti qu'à une génération (6). Quoi qu'il en soit, dans sa courte durée> l'accroissement du feu aura eu pour cause le
(0 D4 eœlo, III, 4 ; Métaph, H, 2; MitéoroU, IV, 2.
(2) Génér,,^ etcorrupt.^ II, 4. "On jjièv o5v àwavta -rrrfçwxev el; d>XTr]>a (jLeTaêaXXeiv favepôv. Bekk., 334 •
(3) Génér, et corrupt,, 1,5.
(4) Météor., IV, 4 ; Génér. et eorrupt., H, 8.
(5) Génér. et corrupt,, II, 4 ; I, d.
(6)Ibid., 11,4; I, 5.
DEUXIÈME ÉTUDE. i\\
feu lui-môme, qui a brûlé le bois, et qui Ta brûlé parce que telle est sa nature (4 )•
Tous les corps simples sont susceptibles d'être altérés. C'est la conséquence même de leur essence et la condition de leur tranformation. Ils sont tous, avons^nous dit, réciproquement actifs et passifs. Or, agir, c'est mouvoir en altérant, et pâtir, c'est être altéré parle mouvement (2). L'élément actif de tel corps dimple altère Télément passif de tel autre, et tant que celui-ci n'est pas détruit, tant que la transformation commencée mais non achevée lui laisse encore une partie de ses modes essentiels, il n'est qu'altéré (3). C'est ainsi que le feu, qui est passif par la matière qui est en lui,subit une sorte de modification de la part de ce qu'il brûle (4). L'air est aflfecté par les odeurs qu'il nous transmet, avec cette différence, cependant, que nous aentons l'odeur et que l'air ne la sent pas (5). D'ailleurs, tous les corps simples sont constamment mêlés entre eux. Nul n'est pur, quoique les uns le soient plus, les autres moins. Placés dans l'espace intermédiaire, l'eau et l'air sont plus môles que le feu et la terre, qui occupent les extrémités contraires du lieu (6). Mais dès là que le mélange est l'état de tous les corps simples, ils subissent une perpétuelle altération, car la mixtion se définit : l'union de deux corps altérés l'un par l'autre (7). Mais c'est de leur nature à la foi$ active et passive que résultent ces altéra-
(4) rhui.y II» 8 \ Çén4f. 0t eorrm*t H, 4; Méiéaroi., IV, 3.
(2) Génér. et çorrupt,, I» 6.
(3) Ibid., I, 4.
(4) Ibid., 1, 5.
&)De Vâme, II, 42, § 6.
(6) Génér. et corrupt,^ II, 3.
(7) Ibid., I, 40.
tions et ce mélange des eorps premiers. Donc^ c^est la nature qui, dans les substances élémentaires, produit le mouvement d'altération.
Cette même nature active et passive des corps simples est aussi le principe de leur translation, c'est-à-dire de leur mouvement dans l'espace. Ces corps tendent par euxmëmeS; sans que rien d'extérieur les y porte, pourvu seulement que rien ne les arrête, chacun vers le lieu qui lui est propre : le teu en haut, la terre an centre du monde où elle est immobile, Tair et Teau entre le feu et la terre. Ils demeureraient donc éternellement séparés les uns des autres en vertu de la puissance naturelle qui les fait légers ou lourds (4), si quelque autre cause ne venait les déplacer. Cette cause est en eux : ils sont actifs et passifs les uns par rapport aux autres, ils se transforment, et le corps transformé quitte sa position pour prendre celle que lui assigne sa forme nouvelle; la terre, dévenue feu, monte; le feu, devenu terre^ descend ; aucune, enfin, de ces substances ne reste dans le même lieu (^).
Telle est la conséquence de leur transformation réciproque : elles se meuvent circulairement. La nature, qui vise toujours au mieux, et qui s'efibrce de réaliser autant que possible dans les choses l'éternel et le divin, veut que le mouvement des corps simples soit circulaire, parce que le mouvement de cette espèce est le seul qui possède la continuité. Ainsi les corps premiers imitent et reproduisent Péternel mouvement du ciel. Cependant, comme* ils appartiennent à la sphère de la génération, leur mouvement de-
H) Ptoy«., vin,4.
;î) Cén&, ei corrupL, II, 10; II, 3.
vadt être divers afin de produire, au sein de la continuité, la naissance et la destruction ; et voilà pourquoi la nature, par un élan double et contraire, porte les corps simples, à mesure qu'ils se transforment, les uns en haut, les autres en bas, à la circonférence le feu léger, au centre la terre pesante (I).
En résumé, la matière déterminée, la forme sensible, les mouvements de transformation, d^accroissement, d'altération et de translation, tout, dans les corps premiers et simples, a pour cause la nature, ou plus ezacten^ent leur nature.
§ lY. — De la natare considérée comme principe du moavement dans
les corps composés inanimés.
Les corps composés ont-ils pour principe un seul corps simple, ou bien deux; ou bien faut-il penser que tous les corps simples entrent comme éléments dans tous les corps composés?
Et, d'abord, tel corps simple ne saurait, à lui seul, constituer la matière de tous les corps composés. En effet, la génération a toujours lieu d'un contraire à l'autre. Or, si Von suppose que Vair est la matière universelle, le changement se produira toujours du même au même, Tair froid deviendra Tair chaud et non le feu, et il n'y aura plus génération, mais seulement altération. La matière commune à tous les corps composés ne pourra pas non plus être formée de Taîr et du feu réunis. Ces deux corps simples ont un élément contraire : le feu est sec, Tair est
(4) Génér. et eorrupt.. Il, 40.
t44 ÉTUDES DE PHILOSOPHIE.
humide. Par conséquent, ou ils ne coexisteront pas, car les contraires s'excluent, ou Fun ne sera qu^un mode de l'autre ; le feu ne sera, par exemple, que de Tair sec, et si Tair se change en feu, au lieu d'une génération véritable^ on n'aura cette fois encore qu'une simple altération. Enfin, la matière des corps composés n'est pas un mélange de tous les corps simples, quelque chose d'intermédiaire à la fois entre l'eau et Tair, ou entre l'air et le feu, plus épais que l'air et le feu, plus subtil que l'eau et la terre. Qui ne Toit en effet que cette dernière hypothèse exigerait la coexistence de principes contraires qui s'excluent réciproquement, et dont Tun est la privation de l'autre (1) ?
D'ailleurs, si Ton prétend que la matière commune aux corps composés est à l'une des extrémités du lieu, ce sera le feu ou la terre ; mais nous répondons que, dans ce cas, tout sera feu ou terre, si c'est au milieu que Ton place la matière commune; et si l'on ajoute, comme on le fait, que les extrêmes, comme le feu et la terre, ne peuvent subir de transformation réciproque, on nie la transformation réciproque des éléments, et nous l'avons démontrée (2).
La matière des corps composés est un principe essentiellement indéterminé, inséparable des modes et que les sens n'atteignent pas. Mais les corps composés frappent nos sens. Ils ont donc, outre cette matière indéterminée, des modes qui les rendent sensibles; et tous ces modes, nous l'avons dit, se réduisent à quatre, ni plus ni moins, et les quatre combinaisons possibles de ces modes opposés forment les corps simples, le feu, l'air, l'eau et la terre.
(4) Génér, et corrupt.^ H, 5.
(3) Ibid., H, 5.
Or^ ri mû âe «es corps simples n'eèl àiui seol là ma* aère de8 corps compoàés ; ai la réunion de deux ou trois de ces corpi» simples n'est pas davantage cette matière, cependant tous les corps simples concourent à la formation de tout corps composé et s'y rencontrent en tant que principes, Toici pourquoi.
Tous les corps autros que les corps simples sont alu centre du monde^ sur la terre : la terre doit donc entrer comme élément dans la constitution de chacun d'entré ei». Mais Teau y est aussi nécessaire pour donner à ki terre des limites déterminées^ de la consistance et de la cohé^on dans toutes les parties ; éar on voit se réduire en pondre la terre qui est complètement sans eau. De plus, là où se trouvent Teau et la terre^ là aussi seront Tair et le feu, qui [sont des contraires par rapport à Teau et à là terre, autant qu'une substance peut être le contraire d'une autre. En effet, toute génération à lieu d'un contraire à l'autre^; ainsi la génération ne se produira dans les corps composés que si les contraires se rencontrent. 11 est donc vrai de dire que tous les corps simples sont à titre d'éléments dans tout corps composé (4 ).
Mais que sont le feu, l'air, Feau et la terre dans tout cprps composé, soit par rapport au corps composé luimême, sôît les uns par rapport aux autres ?
Toute substance est nécessairement matière et forme. Des corps élémentaires qui constituent les corps mixtes, les uns par conséquent répondront à la matière, les autres à la forme.
La matière est ce qui est par soi-même indéterminé,
(0 G^nér. et carrupt,, I, 8.
imparfait, n'existant pas s*il n'a une forme, et impuissast à se la donner lui-même. La matière est donc le principe passif des choses. C'est pourquoi Timperfeclion des êtres doit être attribuée aux éléments contraires passifs^ dont la nature a fait la matière des corps (1). Entre les éléments passifs des corps composés et leur matière^ il y a identité ; et ces éléments passifs^ ce sont le sec et Tbumide^ qui, selon les formes qu'ils aflTectent, deviennent les corps composés^ et causent la diversité de ces corps en ce que c'est tantôt le sec, tantôt au contraire Thumide qui y prédomine (S). Ce qui est passif est toujours humide ou sec, ou à la fois sec et humide (3). Or, de tous les éléments, le plus propre à la terre, c'est le sec, le plus propre à l'eau, c'est rhumide. Le sec prédomine dans la terre ; Thumide prédomine dans Teau, et c'est par son élément prédominant qu'un corps est lui-môme (4). La terre et l'eau, dont rélément prédominant est passif, ont, à un plus haut degré que tous les autres, le caractère de passivité qui distingue la matière (5). Aussi la terre et l'eau sont-ils la matière de tous les corps sensibles (6).
La matière suppose la forme qui la détermine en triomphant de ce qu'il y a en elle d'indéterminé; car nulle cause ne donne la forme et n'impose la limite, qu'à la condition de triompher de la matière (7). Le chaud et le
(4) Météor., IV. ?.
(t) Ibid., 4 ; Gdncr. et corrupt,. II, 8.
(3) Météor., IV, 0.
(4) Ibid,, 1V,4.
(5) Ibid , IV, 5.
(6) Ibid., IV, 4.
(7) Ibid., IV, 3.
froid sont essentiellement actifs. C'est à ces deux éléments quil appartient de séparer et de réunir, d'humecter et de dessécher (4), Bien qu'il réside surtout dans les corps de nature passive, le froid est actif (2). On voit cet élément détruire quelquefois les corps, au moins accidentellement, et quelquefois aussi brûler et échauder, non pas comme la chaleur elle-même, mais en accumulant et condensant à Tintérieur la chaleur naturelle qui ne peut plus dès lors rayonner à l'extérieur (3). Le chaud est, de son côté, plus actif encore que le froid* La chaleur intérieure est, dans tous les êtres, un principe de mouvement et de vie. Il suit de là que le chaud et le froid sont la forme des corps. Mais le chaud est dans le feu et dans Tair. L*air et le feu seront donc dans tous les corps composés. Ils y seront pour cette seconde raison, qu'ils sont contraires à l'eau et à la terre : la terre est le contraire de l'air, et l'eau est le contraire du feu. Or, toute génération se produit quand un élément est vaincu et transformé par l'élément contraire. Ainsi la génération ne sera possible que si tous les principes contraires se rencontrent dans tous les corps. Voilà pourquoi tous les corps élémentaires, le feu, l'air, l'eau et la terre, entrent comme principes constitutifs dans tous les corps, les uns à titre de matière, les autres à titre de forme ou de cause active et motrice (4).
L'action du chaud et du froid sur les éléments passifs a pour effet la génération simple ou la destruction simple des corps sensibles homogènes, c'est-à-dire la production
(1) Génér, et corrupt.t H, 8.
(2) Météor., IV, 5,
(3) Ibid., IV, 5.
(4) Gi'nér, et corrupi , 11. 8.
14g ÉTUDES DE PHIt^OSOPHlE.
pu la destruction de la forme de ces corp9, que ce soient des minéraux comme For, Tairain, l'argent, Tétain, le fer, les pierres, ou bien certaines parties des animaux et des plantes, telles que la chair, les os, les nerfs, le bois, Iféoorce, les feuilles (4). Voici comment s'opèrent cette génération et cette destruction.
Dans les corps composés, il y a du sec ou de la terre, pour qu'ils soient solides, et de l'eau ou de l'humide, pour Ipl'ils soient consistants. En vertu de leur énergie active^ le chaud et le froid triomphent du sec et de rhumide, mais sans les détruire; car la chaleur intérieure et natui^Ue des corps, loin de les dessécher, y entretient et y fait circuler Thumidité. Grâce à cet équilibre de ses éléments constitutifs, le corps composé prend sa forme, revêt sa nature, et la conserve (3). Que si, au contraire, le sec et l'humide, qui avaient été vaincus et déterminés par le froid et le chaud, l'emportent sur les éléments actifs, le corps se dissout et perd sa forme. Et cette» prédominance des principes passifs a^lieu lorsque les éléments actifs sont combattus par la chaleur ou par le froid de Tair environnant. Qu'est-ce en effet que la dissolution ou la putréfaction ? Rien autre chose que le dessèchement qui résulte de la chaleur extérieure de Tair, laquelle Ta emporté sur le froid du corps et sur sa chaleur intérieure, et en a dissipé l'humidité. Tout ce qui pourrit devient plus sec, se réduit d'abord en fumier, puis en poudre ; tandis que ce qui est froid, ou ce qui n'est chaud que de sa chaleur propre et
(0 Météor,,\\y 4,40.
(2) Ibid., IV, 4.
intérieure^ échappe à la pourriture et demeure dans ses limites (i).
L'observation constate cette puissance du chaud et &oid naturels sur le sec et l'humide de la terre et de Teau, dans la solidification et la liquéfaction des corps^ la maturation des fruits et la digestion des aliments. ^
Tout corps qui a par lui-même des limites» doit être diur oa mou, et il ne sera l'un ou l'autre que s'il est soUdet. La dureté et la mollesse des corps n'out évidemment d'autSB cause que leur plus ou moins de solidité. Voyons donc comment u^ corps devient solide. La solidité est un mode sensible que la matière acquiert^ mais seulement quand un agent oaun moteur le produit en elle. Cet agents c'est la nature qui meut au moyen du froid ou du chaud. En effet, HTX] corps humide n a de limites par lui-même, qu'à la condition de cesser d'être humide. Mais cesser d'être humide^ ^'est se dessécher* Ainsi devenir solide, c'est se dessécher. Or, ce qui se dessèche perd son humidité sous l'action du chaud ou sous l'action du froid: sous l'aotion du chaud^ quand la chaleur intérieure triomphe de l'hu^ miditéet la réduit en vapeur; sous l'action du froid^ quand, faute de cette chaleur intérieure qui maintient l'humidité propre du corps, cette humidité est détruite par la chaleur extérieure. On voit donc que la solidification qui se ramène au dessèchement ou à la destruction de l'humidité, a pour cause^, soit la chaleur propre^ soit le froid intérieur du corps qui devient solide (2).
La liquéfaction a lieu d'une seule manière^ quand un
{\) Météor. ,iy, i.
:2) Ibid., IV, 3, 5.
iîO ÉTUDES DE PHILOSOPHIE.
corps dont rélément principal est Teau ou l'humide, el qui était devenu solide sous l'action d'un principe, subit l'action du principe contraire et redevient liquide. Les corps que le froid a solidifiés par le chaud, et ceux que le chaud a solidifiés reprennent, par le froid, la forme liquide. Un corps que le feu ou la chaleur sèche a rendu solide, se dissout dans l'eau, qui est de l'humidité froide. Le feu ou le chaud fond la glace que le froid avait produite. La 11quéffaction ou génération simple d'un corps liquide a donc son principe tantôt dans le chaud, taniôl dans le froid (1). n y a dans les arbres un aliment [qui compose la substance des fruits. Cet aliment est parfait et achevé à l'époque où la semence renfermée dans le fruit a assez de puissance pour donner naissance à un arbre nouveau, et la maturation est le travail naturel qui porte l'aliment à ce point de perfection. C'est une sorte de digestion qui cuit et épaissit l'élément liquide de l'arbre. Les choses qui mûrissent sont d'abord aériformes, puis aqueuses ; enfin elles passent à l'état de terre en prenant de la consistance et en s'épaississant. La chaleur est l'agent dont se sert la nature pour parfaire ainsi certains éléments qu'elle mène à un juste degré de maturité, tandis qu'elle laisse les autres à l'état de verdeur (î). La verdeur ou la crudité est le contraire de la maturité. Elle est causée par une cuisson imparfaite et comme pap une fausse digestion de l'aliment des arbres. Cet aliment non digéré, c'est de l'humidité qui n'a pas reçu de forme. La maturité est perfection, achèvement et forme déterminée ; la verdeur est imperfec-
(4) MtfU^or,, IV, 6.
(2) Ibiil., IV, 3. K'xiià {lèv aî; oiO:yiv y) suc; àyv. /caxà toûto. Ta 6' éx6à>.>£i.
tion, et cette imperfection vient de ce que la chaleur naturelie n'a pas été assez forte pour sécher^ épaissir et bien déterminer l'élément humide qui prédominait dans l'arbre. Ouvrez un fruit vert, il contient de la vapeur ou de l'eau, souvent l'un et l'autre. La substance n*est ni épaisse ni formée. La chaleur a manqué; ce fruit n'est pas mûr (4).
Il nous reste encore à parler des corps composés homogènes^ qui sont la substance des animaux. Ils se forment de Taliment bien digéré. La digestion est un état parfait, achevé^ résultant de Faction de la chaleur naturelle et intérieure sur les éléments passifs qui sont la matière de tous lés corps. L'aliment digéré est parfait, et le principe de cette perfection,^ c'est la chaleur naturelle, non que cette chaleur, tout intérieure et propre à chaque corps, ne soit parfois heureusement secondée par la chaleur de certains corps extérieurs : les bains chauds, par exemple, et d'siutres moyens analogues ne laissent pas que d'aider à la digestion ; mais la chaleur intérieure et naturelle est l'agent et le moteur principal de la digestion, dont le but est la nature en tant qu'essence et forme. Or, la digestion et les phénomènes semblables ont lieu quand la chaleur triomphe de rhumidité intérieure. Les choses digérées deviennent plus épaisses et ont, par conséquent, besoin de chaleur, parce que c'est la chaleur qui épaissit en desséchant. L'indigestion, qui s'oppose à la digestion, est un état imparfait causé par le défaut de chaleur. Ce 'défaut, c'est le froid qui se rencontre surtout dans les éléments passifs dont la nature a fait la matière des corps, et qui ne sau-
(^) Méléor., IV, 3.
raient prendre d'eux-mêmes uDe forme déterminée {i). Ainsi, le chaud et le froid sont les principes de la bonne et de la mauvaise digestion dans les animaux. Et il importe de bien distinguer la chaleur animale de tout ce qui n'est pas elle. Il ne faut. pas la confondre avec la chaleur de l'air extérieur qui est fatale à la vie et engendre la corruption, si la chaleur propre et intérieure des êtres ne vient balancer sa dangereuse influence* Tout ce qui se meut a dû, d^abord, triompher du feu, de la chaleur de Tair exté* rieur (2) causée par le frottement des astres sur les couches supérieures de Tatmosphère (3) . Cette chaleur n'est cause d^aucun mouvement (4). La chaleur animale n^est pas non plus celle dont est formée la substance des astres et du soleil y lesquels, d'ailleurs, sont chauds, mais ne sont pas de feu; mais elle est semblable à cette substance des astres, c'est-à-dire à Téther lui -môme (5). C'est un esprit répandu dans la substance séminale comme dans tout corps écumeux, et qui n^a rien de commun avec le feu d'où ne provient aucun animal, ni aucune autre substance analogue (6) . C'est à la fois la chaleur solaire et l'esprit contenu dans la substance séminale, qui composent le principe vital chez les animaux et les plantes (7) . Ce principe est la cause de la fécondité et de l'accroissement (8) .
(1) H 5* àTéXêiot èffTt t£5v àvxixst(iév(iûV iia6yiTiv.â>v, i^itep èativ éy.âffxoî çtJdei OXyi. Météûr„l\, 2; Bekk., 380.
(2) Météor., IV, 4.
(3) Du œi, II,' 7.
(4) Météor., IV, 4.
(5) Génér. des anim., II. 3.
(6) Ibid., II, 3.
(7) Ibid., II. 3.
(8) Jbid., Part, des anim., II, 3.
DEtJXIËME ÉTUDE* 4S3
Ce qui précède montra que la science doit ccmsidérer, ism l9s Dorps cqmpofiëfl» la matière» la fomie et le double mouvement de génération et de destruction qui réunit la forme à la matière ou Ten sépare, lia nature elle-même donne pour matière^ aux corps composés, les corps simples passifs» Teau et la terre* Les éléments actifs, le chaud et le froid, triomphent de cette matière indéterminée en vertu de leur force naturelle, et lui imposent la forme solide ou liquide qui les fait être ce qu'ils sont^ de sorte que ces éléments jouent à la fois le rôle de forme et de moteur. On peut dire par conséquent que la matière^ la forme et le mouvement de réunion ou de séparation de la matière et de }a forme dans les corps composés, ont un principe unique, et que ce principe, c'est la nature.
§ V. — Dq la nature considérée comme cause da mouvement dans les
plantes.
L'être animé se distingue de Tètre inanimé parce qu*i4 vit. Pour qu'un être vive, il suffit qu'il ait une seule des choses suivantes : Tinteiligence^ la sensibilité^ le mouvement dans Tespace, et aussi ce mouvement qui se rapporte à la nntrition, à l'accroissement et au dépérissement (4). Ce qui fait que de toutes les plantes on peut dire qu'elles sont vivantes^ c'est qu'elles semblent avoir en elles-mêmes une force et un principe d'où elles tirent leur accroissement et leur dépérissement en sens contraires (3). Mais si
(4) De VAme, II, 2, § 2.
(2) Ibid., 11,2, §3.
les plantes ont la faculté* de se nourrir, elles n'ont que celle là (4); elles ne possèdent ni la sensation ni la locomotion (^).
Pourquoi les plantes ne sentent-elles pas, bien qu elles aient une âme, et qu'elles soient affectées par les choses du loucher, et que, par exemple, elles se refroidissent et s'échauffent? La cause en est premièrement qu'elles ne possèdent pas de principe capable de recevoir les formes des objets sans recevoir la matière (3) . En second lieu, elles ne sauraient avoir des sens parce que le toucher leur manque^ et que, sans le toucher, un être n'a aucun sens efn'est pas un animal. En effet, le corps des plantes est simple, car il est formé seulement de terre (4). Mais nul corps simple n'a le sens du toucher; en voici la raison : le toucher doit s'appliquer à toutes les choses tangibles comme une sorte de moyenne ; son organe doit recevoir non-seulement toutes les différences dont la terre est susceptible, mais encore celles du chaud et du froid et de toutes les qualités perceptibles au toucher (5). Il ne se peut, par conséquent, que cet organe soit tel ou tel élément en particulier (6). D'ailleurs le toucher, c'est l'animal luimême i ce qui n'est pas animal, ne Ta pas (7). Mais ranimai est un corps animé et un corps ne se compose pas seulement d'air ou d'eau; il s'y trouve toujours quelque
(4; DeVÂme,\h 2» §4.
(2) Ibid., I, 5, § 45; Du Sommeil, I.
(3) De VAme, II,42,§ 4; III. 42, §2.
(4) Ibid., II, 13, § 4.
(5) Ibid., III, 43, § 4.
(6) Ibid., III, 43, §4.
0) Ibid., III, 43. 2
DEUXIÈME JËTUDE. 425
chose de solide. Dpnc^ tout animal, et par conséqu^t le toucher qui constitiie ranimai^ est nécessairement un mé« lange de terre et d'autres éléments analogues (I). C'est pourquoi la plante, où il n'entre que de la terre, n'a ni le toucher ni aucun autre sens. Elle n'est donc pas affectée, altérée en tant que plante, mais en tant que terre et corps passif, et nous savons que la terre et les corps passifs sont affectés par ceux d'entre les éléments dont la nature est active (2).
Dépourvues de sensibilité, les plantes sont, par conséquent, immobiles dans l'espace : nul être, s'il n'a désir ouf crainte, ne se meut, si ce n'est par une force étrangère (3). Eussent-elles la sensibilité, les plantes né seraient pas pour cela nécessairement douées de mouvement, puisque certains animaux très -complets n'ont pas les organes de la marche (4). La plante est fixée au sol (5); il n'y a donc pas lieu de chercher si la nature est en elle le principe du mouvement de translation.
Mais la plante se nourri t> croît et se reproduit; quelle est la puissance qui la fait grandir et la conserve?
Il y a dans toute plante une humidité et une chaleur naturelles (6). C'est celte chaleur naturelle qui, en agissant sur l'aliment dont le principe est dans la terre, l'épaissit et en nourrit le végétal (7). Le secours de la
(4) DeVAme, II, H, g 4.
(î) Voir les deux chapitres précédents
(3) DeVAme, m, 9, § 5
:S) Ibid , III, 42. § 3.
,6) Des Plantes, I, -2.
(7) MéiéoroL, IV, 2.
4U ETUDES M FHILOSOPHIE.
ebaleor sokire esl, il est vîai> fiécessai)-e à la ehaleûr infërieure (t); mais celle-ci est Fagent prfacipal d« la digestion et de l'accrpissement (i).
" Toutefois, môme dans les plantes, où la \ie n'éclate pas comme dans Vanimal, mais se cache et s'enveloppe dé mystère (3), ce n est pas le feu, ce n'est pas la chaleur qui est la cause première de la nutrition et de la reprduoction. Il est possible, sans do«te, que le feu contribue avec d^autres éléments à l'accroissement des êtres; mais iln^en est ni la vraie ni la seule cause : cette cause, c'esebieu plutôt Ykme, la nature (4). Quelle âme? L'âme végétative dont les actes sont d'engendrer et d'employer la nourriture. Et d'ailleurs, les plantes n'ont que celle-là.
C'est donc la nature végétative qui fait croître et propage les plantesv Mais comment ? par quels actes particuliers ?
La nutrition est une fonction de la nature qui se rencontre, ^ans l'animal et dans la plante (5). La plante a une bouche comme l'animal : cette bouchfe, c'est la racine (6). La racine est, dans les plantes, ce que la tète est dans les animaux (7) . L'âme se sert de la racine comme d'un intermédiaire entre raliment et la plante, comme d'un canal par où pénètre la vie (8). Elle puise d'abord dans le sol, par les ràcinœ; le froid et le chaud; puis elle réuïiit le feu et
(\) Des Fiantes f 1, 2. AeiTai yàp i{^iov...
(2) Météor., IV, 2.
(3) Des Fiantes^ I, 4. *Pv xoïc çuxoî; 6à xcxpupLpLévri xal eux ia^avr,; U C«»Y)); Bekk., 8f5.
(4) De VAme II, 4, § 8 ; Météor., IV, 2.
(5) Des Fiantes, I, 2.
(6) Ibid., I, 2* De la marche des antm., 4.
(7) De VAme, II, 4, § 7.
iS) Des Fiantes, h %
DËUXIËMK'ifU&E. m
la tôrFe portés en sens inverse et produil ainsi l'aeerôisse* ment (f). Tant <}éè4a chateur et rhumidité naturelles cir-^ eûleM dans la plante^ elle àspite les socs de la terre, elle estjéune^ elle est forte; si cette ebaleur s^teint, si cette séTe 86 dessèche^ la plante vieillit, se flétrit et menrt (2). Telle est Faction de la nature dans Faccroissement des plantes. Cest doncàlanatnre, comme à sa cause, qu'il iaoft rapporter ce mouvement.
Mais la nutrition a pour but la reproduction. Aussi la nature donne-t-elle à la plante un énergie qui la fait se^ reproduire. JLes àevtx. sexes se rencontrent dans le règne fégétal; on y* distingue le mâle et la femelle à des caractères évidents : la plante mâle est dure, rude et forte; la femelle^ au contraire^ est plus délicate et plus féconde (3). Ep outre, dans la famille des palmiers^ par exemple^ les feuilles du mâle poussent plus tôt que celles de la femelle/ et elles sont plus petites. Quand un palmier mâle est voisin d'un palmier femelle, en sorte que les écorces, le pollen et lesfeuittes de l'un se répandent sur le second, s'ils sont entrelacés pour ainsi dire^ les fruits de la femelle mûrissent plus vite et ne tombent pas avant le temps. Bien plus, le parfum du mâle, emporté par les vents, \a hâter la maturité des fruits de la femelle (4).
Cependant, on ne voit pas qu*il y ait dans les plantes un véritable rapprochement des principes générateurs. Ces principes ne sont pas tour à tour réunis et séparés comme chez les animaux. Ils sont toujours réunis et sur
(4)D«filmd, II, 4, §7; II, 2, §3*
(2) Des Plantes y I, 3.
(3) Ibid.,I, 2.
(4)IWd., 1,5.
la mèm« plante {\ ), et en ce sens seulement que la graine du végétal renferme un mélange des deux principes^ et que chaque plante suftit à sa graine, comme la poule sui&t à son œuf une fois conçu jusqu'au moment de la ponte. Dépourvues de la faculté de locomotion, les plantes seraient toujours séparées et ne se féconderaient pas comme les animaux, si la nature n'eût réuni les deux sexes sur la même tige. En quoi la nature a sagement procédé (2). Mais les plantes ne produisent qu*un fruit et ne vont pas au delà, et elles n'ont pas d'autre fonction que celle-là (3). Il est vrai que la nature a grand soin de ce fruit, qu'elle lui envoie, au printemps, le surcroit de chaleur dont il a besoin (4), et qu'elle étend au-dessus de lui les feuilles de Tarbre pour le protéger (5).
Toutefois, la plante n'est pas absolument déterminée dans sa forme, quoiqu'elle ait une âme. Il semble que Tunité parfaite ne soit pas en elle, car elle vit encore quand on Ta divisée^ comme si elle avait plusieurs âmes, sinon en acte, du moins en puissance (6). Elle est donc indéfinie (7), et par là, comme aussi en ce que les deux sexes ne sont pas réellement en elle, ni réunis ni séparés, elle est moins parfaite que l'animal (8), en vue duquel, d'ailleurs elle est créée par la nature (9) .
Mais la nature ne fait pas toujours naître une plante
(4) Génér. des anim,, I, Sj2.
Ci) Des Plantes, I, % 'H çôgi; xa>(5; 7ipoé6Yi. Bekk., SH.
(3) Ibid., I, 2.
(4) Ibid., I, 2.
(5) Phys,, H, 8;Bekk.,499.
(6) De r Ame, H, 2, §8; I, 4, § «2.
(7) Des Plantes, I, 3.
(8) Ibid., I, 2.
(9) Ibid., I, 2; Politiq.. 1, 28, § 6.
d'une autre plante de même espèce et de même forme. 11 en est qui proviennent, soit de la pourriture de la boue ou du limon, soit des éléments corrompus d'une autre plante. Âinsi^ il y a des plantes qui ne vivent jamais isolément et par elles-mêmes^ mais qui naissent sur d'autres plantes^ comme la glu (1 ).
Or, voici comment s'opère la génération de ces végétaux. Les plantes qui naissent sur la surface de l'eau n'ont pa3 d'autre principe que Télément épais et limoneux de ce liquide. Lorsque la chaleur agit sur la couche supérieure d'une eau stagnante^ une vapeur s'y forme semblable i un nuage. Cette vapeur contient peu d'air; bientôt elle entre en putréfaction ; la chaleur accumulée à la surface de l'eau dessèche cette vapeur putréfiée, et, à sa place^ naît une plante qui n'a pas de racines (3).
Quand une plante pousse sur une autre plantjB d'espèce et de forme différentes^ elle est toujours sans racines, et la plante sur laquelle elle s'élève est épineuse^ et plonge dans une eau grasse et limoneuse. Les pores de la seconde plante s'ouvrent/et le soleil y fait monter les éléments putréfiés de la tige, dont la chaleur active l'ascension, avec Faide de la chaleur naturelle de la plante, plus intense au sein de la putréfaction de la terre. Et c'est ainsi que croit la plante parasite avec une telle énergie^ que l'arbre qui la porte semble se couvrir tout entier de .filaments (3).
Telle est l'origine des plantes qui naissent sponta-
(4) Hist. des animaux, V, 4 ; Génér. des animaux^ I, 4. *£v érépoiç fi' i^yivt-.ai 8év8p6<Jtv, olovô iÇo;.
(5) Des plantes, II, 4.
(3) Ibid., II, 6.
nément de U putréfaction de la terre ou d'une autre
Mais, de quelque manière que croiesent ou naissent les plantes^ c'est toujours la nature qui est la cause de leur mouTement d'accroissement^ de décroissement et de reproduction. Et cette nature puissante n*a pas commencé un jour marqué à créer les plantes et les animaux. Elle ne cessera jamais d'en créer. Le monde est étemel, et éternellement il sera* comme il est (1).
§ y\, *- De la nature considérée comme cause du mouvement de nutrition et de génération cbez les animaux.
Aprèe avoir déterminé le rôle de la nature dans la nutrition et la reproduction des plantes, examinons en quoi elle contribue à la nutrition et à la reproduction chez les animaux.
La cause du corps vivant, c'est l'âme. La cause s'entend de trois manières : elle est principe du mouvement, but et terme du mouvement, et essence de l'être. L'âme est cause du corps selon ces trois modes (2). Le corps n'est qu'une matière (3) : il faut à cette matière un principe qui lui donne la forme, l'essence, l'unité, la vie; et ce principe, c'est l'âme. En s'unissant au corps de l'animal, l'âme l'achève, le complète, le rend un et vivant. Elle est donc l'entéléchie, c'est-à-dire la forme achevée de ce corps qui
(4) Des planteSy l, 2. 'G xoajio; iXoTeXriç èaxi xai oivivex:^;, %fû oùx £itflcuae nc&icoTe Yewôév {[«paxal ^vtà xal nàvta ^XXoTa tt5r|. Bekk., B\% Mélaph., Xn, 6.
(2j De V Ame, 11, \.
(3} IWd., Il, 4, § 4.
u'Avait la Yie qu'an puissance ayant la venue de Vâme (1). iDe plus, le eorps n'est qu'un mobile ; ce mobile tend à un ])ut, qui est Tâme. Le corps, moins bon que l'âme^ est en vue de r&me meilleure que lui. Plus il seconde Tâme dans raccomplissement de sa tâche, mieux il nous semble se otmiporier (2). Enfin, c'est l'âme^ Vinm nutritive dont tous les ajQimaux sont doués^ qui est en eux cause du mouve- , meut d'accroissement, de destruction (3) et de reproduc-* tion (4).
Il faut nécessairement que tout être vivant ait Tâme Qoiaritive, et qu^il Tait depuis sa naissance jusqu'à sa mort (ô). L'enfant dans le sein de sa mère est déjà vivant. La sanence et le fœtus n'ont pas moins de vie que la plante, puisqu'ils sont féconds (6). Dans Tembryon, on voit le eœu^ palj^ter comme s'il était un animal (7). Il est donc évident qu'il a la vie végétative ; mais, comme il l'a seulement en puissance, et non en acte, jusqu'au jour où, séparé et parfait, il puisse accomplir lui-même l'acte de la nairitkm et tous ceux qui s'y rapportent (8), c'est Pâme végétative de sa mère qui le nourrit, en attendant sa naissance, dans le sein qui l'a conçu^ de même que la plante vil de la terre à laquelle elle est attachée (9).
(\) De VAme, II, 4, §i; Jéétaph., XHï, % (ï) Grandes morales, II, iO Bekk. , 4208; Parties des animaux, I« 4 Bekk., 645.
C3) De V Ame, Ilf, 9, §4.
(4) Ibid., IT, 4, S 2. *
(5) Ibid., m, h%%\.
(6) Génér, des anîm.. H, 3; Bekk., 736.
(7) Parties des animaux, III, 4.
(8) Génér. des anim'., 3.
(9) Ibid., ibid.
Aussitôt que Tanimal se sépare du sein maternel^ son &ine nutritive passe de la puissance à Tacte, et il vit de sa vie propre (1). Sa nature particulière, avec le concours de la chaleur vitale, commence en lui ToBuvre de Taccroissemènt (2) et de la conservation. Ici encore se retrouve la forme dans son opposition avec la matière. La forme, c'est ce qui nourrit, la première âme, Tâme nutritive ; la matière, c'est ce qui est nourri, le corps ; et c'est aussi une seconde chose, c'est ce par quoi l'être est nourri, l'aliment (3). Or, qu'est-ce que l'aliment ? Les uns prétendent que c'est le semblable qui nourrit le semblable ; d'autres pensent, comme nous, que c'est le contraire qui nourrit le contraire. Ces deux opinions sont vraies et fausses à la fois : en tant que la nourriture n est pas encore digérée, c'est le contraire qui nourrit le contraire ; mais en tant qu'elle est digérée, c'est le semblable qui nourrit le semblable, car le corps s'assimile l'aliment en le digérant (4). Tant que l'animal vit, il se nourrit ; mais il ne croit pas toujours (5). C'est toute autre chose, que de donner la nourriture et de donner accroissement. En tant que la nourriture est quantité ajoutée à la quantité, l'accroissement a lieu (6) . Plus tard, la nourriture est seulement essence et devient l'être nourri sans le faire grandir; alors, elle le conserve seulement (7). Il n'y a plus, dès ce mo-
(1) Génér. des animatuc, II, 3.
(2) De VAme, II, 4, § 8.
(3) Ibid.,§U.
(4)lbid.,§ 40, 44.
(5) Génér. et corrupt., 1, 5.
(6) De VAme, II, 4, § 43.
(7) Ibid.
ment, accroissement qaant à la matière, et la chose se passe comme lorsque vous mesurez de Teau en vous servant toujours du même vase; c'est toujours la même quan* tité d'eau que vous versez/ Ainsi se nourrit Tanimal dont la croissance est achevée; aucune partie ne s'ajoute à la masse ; mais seulement quand Tune vient, l'autre s'en va, et cela a lieu lors même que l'animal commence à décroître, pourvu toutefois qu'il soit encore sain (i).
Dans les animaux parfaits, la nutrition s'opère au moyen de trois organes distincts : l'un supérieur qui reçoit l'aliment, un autre inférieur qui rejette l'excrément, et un troisième, intermédiaire, et qui, dans les animaux les plus grands, est la poitrine. C'est dans ce dernier que l'aliment est travaillé et devient nourriture (2).
Là, en effet, se forme le sang qui sert de matière à l'âme ou à la nature pour nourrir l'animal. Le sang est la matière du corps; tout aliment est matière, et le sang n'est que l'aliment élaboré et devenu, par la digestion, nourriture achevée et parfaite (3).
Tous les animaux qui ont du sang ont un cœur et des veines, parce que, le sang étant humide, il faut un réservoir qui le contienne. Aussi la nature a-t^-elle formé les veines, et le cœur qui est leur principe et leur principe unique; partout, en effet, où cela est possible, l'unité vaut mieux que la pluralité (4). Le cœur qui a la puissance de
;4) Génér. et cor.t l, 5.
(2) De la jeunesse et de la vieillesse, 11/ § 4 ; De la respiration,
Ylll.
^3) Parties des animaux, II, 4; Bekk., 654. « "Dt^i y«P è<i" ^tavio;
ni, 5.
(4) Parties des an,m., Ul, 4; Bekk.; 665. « -£?.' ô Ôy) xat 9ctîv£Tat
434 ÉTUDES DÉ PHiLOSOt'HIE.
former le saog^ a poor ma^re le sang lui-'infiihé composé de ValiDftent qu'il reçoit (1). La dissectiôti le prottve i ans- Bitfrt que Ton coupe le ôoeur, en le trouve parfottt sangoinoient (â)« Quant à la position du cœilr, il occupe lé lieu principal de tout le corps. Il est au miKèu, plutôt en haut qu'en bas, et vers la partie antérieure plutôt que vers là postérieure* Ainsi Va touIu la nature, qul^ â molnâ d'obstacle, place lei^ choses les pluâ dignei^ dans l'endroit le plus digne (8). Le milieu du coeur est épais et cféux : creux pour contenir le sang^ dont le cœur est le t^sertoir et la source ; épais pour bien conserver le principe de la chaleur vitale (k)é Enfin/le cœur est le foyer de nos sensations : tous lés itiouvementsl de tristesse ou de joie, tous les sentiments de Thomme en partent et y abôutisèent. Et cela est conforme à la raison. Il faut^ en effets qu'il y ait un centre unique toutes les fois que rien Hé s'y oppose. Le milieu est de tous les points celui qui convient lé mieux au cœur, parce qu'il est le plus rapproché de toutes les extrémités, dont il se trouve également distant (5).
L^humide et le i^ëc, le chaud et le frdid^ qui sont la matière de tous les corps coûiposés (6), arrivent dans le cœur
(4) Parties des anim., II, 4, « 'E5 oïa; ôiyAiai t^oç^ç tx teiautr/ç cuYÊdTOtvat xai auiiQv (xapôiav). »
(2) Ibid. III, 4.
(3) Ibid., Bekk., 645. •« 'Ev toÏ; yàp TipLitoTépoi; tô ti|JLwoT6pûv xaOtSpuxEv ^"çufft; ou jjl^ ti xwXOei (;.eïÇov. »
(4) Ibid.; Bekli., 666. IIuxtôv ôè it^M tô çuXàcrcjeiv t9)v àpxi?|v ty5; 6epi&6T7)To;.
(6) Ibid., II, 1.
' DEUXlËHie ÉTUDE. 435
aau la tefiie de l^ftUmeiit et n'yf transforment en sang, te sang, eittse da PaeeroisiemMit, eat en puissance tontes les paitiai tant homogènes qn'hétérogènesi la graisse, la moelle (4), Vos, la chair (f), le corps (3). 11 part du cœur et se répand, en passant à trarerB ie réseau des veines, dans tontes les parties du corps qu'il va former (4). H compose d'abord les parties homogènes, comme Tos et la chair, qui efl le principal organe de la sensation (S). Mais ces parties homogènes ne sont, n'existent qu'en rue des parties hétélagkne», tels que les yeux, les narines, le visage, les doigts, les mains, les hras, qui ont une fonction supérieure et qui aeecmiplissent des actes (G). Aussi la formation des parties bétén^ènes a4<»elle lien après celle ^ des parties homogènes (7)> dont elles sont le but, la fin . Les parties hétérogtoes elles-mêmes ont un îmt plu6 digne qu'elles; elles sent en vue du corps tout entier, et le corps est en vue de
nme(8).
Tels sont les actes successifs par lesquels la nature forme, nourrit et conserve Tammaï. Mais elle a un but plus grand et plus élevé. Elle veut «'tutant que possible, imiter l'acte éternel et perpétuer l'individu dans Tespèce. C'est là que tendent ses efforts. Elle inspire à l'animal le désir instinctif de produire un être pareil à lui-même, et c'est en vue de cet acte que l'animal fait tout ce qu'il ac-
(4) Partie» des anim., lïl, 5.
(i) Gén^r. et corrupt., I, Ô.
(3) Fart, des antm,, lll, 5.
(4) Ibid.
(5) Ibid.jr, 4.
C7) Ibid.
(8) Ibid. 1, 5; Grandes morales, 11, 10.
complit selon la nature (4). Par là, si Têtre ne revit pas tout entier^ si ce n'est pas lui-même qui subsiste, c'est presque lui (2). C*est la première âme, Tâme nutritive, qui fait que chaque être produit un être semblable à luimême (3). Quand les animaux se rapprochent, ils obéissent à rame nutritive qui les pousse; ils obéissent alors sans réflexion, sans délibération, sans choix, à la nature, force aveugle elle-même, qui les pousse sans réflexion, sans délibération, sans choix (4).
C'est ainsi que la nature fait naître Tanimal de Tanimal, lliomme de Thomme, mais tel animal particulier de tel animal particulier et tel homme de tel autre, un cheval d'un cheval, Achille de Pelée, en un mot, l'individu de Findividu, et jamais l'homme universel de l'homme universel, car iln^y a pas d'homme universel existant par luimême (5). De plus, il faut que la substance productive soit en acte, qu'il y ait par exemple un animal préexistant, si c'est un animal qui est produit (6), Ce qui produit appartient bien au genre et* à l'espèce, mais c'est en tant qu'espèce qu'il produit (7), et ce qu'il produit est toujours et
nécessairement de la même espèce que lui (8).
W De r Ame, II, i, §2.
(2) Ibid.
(3) Ibid. § 45.
(4) Politiq.,\, i ; Bekker, 4252* « Kalxouto oùx èx npoaipéaeto;... à\y âfficep xal èv toÎ; âXXoïc Çcjioi; xat çvxoTc çuffixôv tô Èîieaôai... x. T. X. » Et Ethiq. àNicom., VI, i3. « ToO Ôè TetàpTou piopîov t^; ^M^ni eux iaxXv àpstyj TciaûiYj (scil. çpovAiffiç) toû OpeirtixoO. »
(5) Métapîu, \{\, 5; Brandis., p. 245, 1. 6 sqq..
(6) hlétaph,, VU, 9; B., p. 445, II. 48-2il.
(7) Génér, des anim., IV, 3.
;8) G nierai, et corrupt., I, o.
L'homme et l'animal ont plusieurs causes : d'abord la cause matérielle, à savoir le feu et la terre (1 ] transformés par la digestion et devenus substance séniinale (2) ; en second Ueu la cause formelle, qui est Tessence propre à chaque être et vers laquelle il tend; enfin le soleil et le cercle • oblique^ et le père de Tanimal (3)^ car c'est un homme qui produit un homme (4). Le soleil et le cercle oblique ne sont ni matière, ni forme, ni privation, ni des êtres de même genre que l'animal; ce sont des moteurs (5). Mais ayant ces moteurs et au-dessus, avant le feu et la chaleur qui contribuent seulement à l'accroissement et à la reproduction, se place, pour l'accomplissement de ces actes, la nature, F&me (6), l'être producteur semblable à l'être produit et existant en acte.
C'est donc la nature qui est la principale, la vraie cause delà perpétuité des espèces dans les animaux comme dans les plantes.
Tous les animaux sont l'œuvre de la nature, car tout ce que l'art ne produit pas, c'est la nature qui le crée. La nature est donc aussi la cause qui enfante les animaux dont la génération est spontanée (7). Car il existe de tels animaux. Les uns naissent de la putréfaction de la terre ou d'un tronc d'arbre vermoulu, comme il arrive pour la plupart des insectes; on en voit éclore aussi sur les parties
0) Métaph., XII, 5.
{i) Génér, des amm., II, 3, p. 736.
[Z)Métapli,, XII, 5; B.,2U, I. 30 sqq.; VIII, 4; P,., 171,1. 10.
{4)Ibid., Vil, 4; B., 139, 1. 1ô. "AvOpwwo; ^àp âvÔpwTrov -^sv^.
(5)Ibid., XII, 6.
(6) de VAmCf II, 4, § 8. Ta ôè (nO?) auvaCuov (lèv nto; ètt'.v, '.0 [)ïi àiïXû; .-jfe aÎTtov, à>.).à (j.$i/Xov /; 4*^//,, 0) Hiii, des anim,^ V, 1. Ta ô' aOiifiaxa xal ovx àr.6 (Tuyy^vwv.
morte»! corrompues ou excrétées de certains animaux (I). Quelques insectes^ il est vrai^ s'unissent et créent des anw maux de leur espèce ; mais ce n'est là le propre que de ceux qui ont du sang, comme les sauterelles^ les cigales, les. tarentules, les guêpes et les fourmis* D'autres s'unit* sent» mais n*engendrent que des vers qui éclosent alors non plus dansles corps d'animaux en putréfaction^ mais dans la corruption du sec et dellramide, comme les moucbes et les scarabées. D'autres, enfin, ne naissent pas d'animaux et ne s'unissent pas; tels sont les cousins, les petits vers et plusieurs autres du même genre (%}.
Aiùsi^ pour réaliser, selon la mesure du possible, réternel et l'impérissable dans ce qui est périssable et passager, la nature, avec le concours de la cbaleur vitale et du soleil, fait grandir et conserve l'individu ; l'individu mort, elle le ressuscite'dans Tespèce^ et cbaque espèce est par là comme une chaîne qui ne se rompt jamais. Mais la perpétuité ne suffit pas à la nature ; elle veut plus encore : il lui faut la continuité et elle 7 arrive : entre la plante et l'animal, elle place l'animal plante, l'éponge plus semblable à la plante qu'à l'animal, l'ascidie plus vivant que l'éponge (3), le polype plus semblable à l'animal qu'à la plante (4) ; elle monte avec une lenteur calculée des degrés rapprochés de la vie, et rend presque insensibles les nécessaires différences qui séparent chaque genre du genre supérieur (5).
(1; Hist, des anim., V, 4; Génér, des anim, 1, 1.
(2) Génér, des anim. I, 46.
(3) Parties des animaux, IV, 5; Bekker, 681.
(4) De VAme, I, § 18; Ibid., 5, 26.
(5) Parties des anim., IV, 5; Bekk., 681. 'H yào ouai; {xesaSaivet
DBUXIÈMB ETUDE. 439
Enfin, ei ce trait est celui qui la fait le phis ressembW à
son modèle divin^ la nature n'a pas commencé un certain
jour à créer les animaux et les plantes^ ji&mais elle ne
s'arrêtera d'en créer. Le monde vitant, son outrage est
étemel^ et éternellement il sera ce qu'il est (1 ).
SVn. — De la nature considérée comme cause da meavement d*alté<
ration dans l'animal.
La mouvement d'altération a lieu lorsque^ la substance periistant la même, la qualité seule change^ c'est-à-dire passe d'un contraire à l'autre (2) .
Être altéré se dit et de l'être inanimé et de l'ôtre animé* Ge(itti altère les choses inanimées altère aussi les êtres animés; mais la réciproque n'est pas vraie. Dans la chose ina« nimécj ce n'est pas un sens qui est attiré^ et cette chose ignore qu'elle est affectée ; tandis que l'animal ne l'ignoi'e pas (3)^ à moins que ce qui est altéré en lui soit, non un sens, mais une partie insensible^ telle que l'os^ le nerf^ les cheveux (4).
L'altération^ dans l'animal, c^est la sensation. En effet, la sensation en acte est un mouvement d'altération (5) qui a lien au moyen du corps quand un des sens de l'animal est affecté (6). Néanmoins^ c'est ici un mouvement d*une
l[t^v, ouKdc ^ff^^ 6oxeTv 'Kâ\kTztLy (fciKpôv Sia^gpeiv Ofttépou Oàttpov tqi
(1) Des planteSf I, 2. '0 x69(jlo; ôXoteXiqc è<rt( ^ol\ diYivtxi?);, xùX oOx inftuae ntanoxt yz'^'i^'v ^(paxal çuià xal^iàvTa àXXoîa t\oTf\,Mét, XII.
(2) Phys., VIII, 6.
(3) Ibid., VII, 2... Kai tô (lèv XavOâvei, t6 6' où XavOàveinâffX^^***
(4) De VAme^ 1, 5, § 9.
(5) Ibid., II, i), § 4. Trad. de M. B. S.
(6) Physique, VII, 3. Hilaire. T. II. p. 424.
espèce particulière ; car le mouvement en général, nous Tavons dit, est un acte incomplet : ce n'est que Vacheminement àTacte. L'acte est bien différent : Tacte, c'est laîn et Tachèvement (I). Et la sensation estTacte de ce qui est parfait (2). Tout animal est doué de la sensibilité, et il est nécessaire qu'il le soit, parce que, sans cette faculté, tout corps qui peut s^ déplacer périrait infailliblement et n'arriverait pas à sa fin qui est le grand but de la nature (3).
Sentir, c'est donc être en acte; mais c'est en même temps pâtir et être mû (4). Or, le patient suppose Tagent, l'être mû suppose le moteur (5). Dans le mouvement d'altération qu'on nomme sensation, quel est le patient ou Têtre mû ? quel est Fagent ou le moteur? se confondent-ils avec la nature ou s'en distinguent-ils?
Sans l'objet senti, la sensibilité n'est pas en acte ; elle est seulement en puissance. C'est ainsi que le combustible ne brûle pas si rien ne le vient enflammer (6). Pour qu'il y ait réellement sensation, il est nécessaire que l'objet sensible extérieur agisse sur l'être sentant. Alors se produisent Tacte de l'objet sensible et l'acte de l'objet senti, qui sont un seul et même acte (7), et c'est dans la chose mue que sont à la fois et le mouvement, et l'action de mouvoir et la modification subie (8).
(4) Mëtaph.y XI, 6, 9; De VAme, IH, 7, § 4.
(2) De VAme, H, 5, § 7.
(3)Ibid.,m, 42, §3.
(4) De VAme^U, 5, § 4. US' aîaOyjffi; h tw xiv-jGÇai te v.o\ uâ<7/e'.v
(5) Génér. et corrupt., I, 6 ; Phys., VIII, 5
(6) De VAme, II, 5, § 2.
(7) Ibid., III, 2, § 4.
(8) Ibid., ibid., § 5.
DEUXIÈME ÉTUDE. Ul
11 y a par conséquent à considérer dans la sensation^ d'abord Tétre sensible qui pâtit et est mû; puis Tobjet senti qui est agent et moteur par rapporta l'objet sensible. Il y a de plus un intermédiaire mis en mouvement par Tobjet senti et qui meut ensuite l'objet sensible (1). Parlons d'abord de Têtre sensible, y âme est le principe de la sensibilité (2). Mais sentir se dit de Tàme et du corps, et est bien en quelque sorte une chose corporelle (3). La sensation se produit dans l'âme au moyen du corps doué de cinq sens (4), dont chacun a un organe extérieur double et un organe premier, qui est pour le toucher et le goût dans leToisinage du cœur, et au cerveau pour les autres sens (5).
Quelle est la cause qui a constitué l'animal en vue de la sensation? Qui lui a donné son âme sensible, son corps, ses organes?
L^ètre sensible tient la sensibilité de Tètre même qui l'engendre, et quand. il est engendré, il a déjà comme la sensibilité sinon en acte, au moins en puissance (6). Or Tètre qui engendre un animal, c'est un animal semblable à lui que la nature porte à se reproduire dans un autre luimême (7). C'est la nature qui donne à l'animal ses organes, différents pour les objets différents (8), C'est la nature qui
(4) De VAme, III, lî, S 8.
(2) Ibid., III, 2, § 6.
(3) Ibid., III, 3, S 2. C4)Ibid.,IlI, -!,§ 4.
(3) De la sensatiorij II, § 43; Parties des anim.f II, 40.
(6) De VAme, II, 5, § 6.
(7) Folitiq,, I, 4 <E»y(7ty,ûv t6 IçiEcOat.
(8) Grandes morales, I, 35... 'ûaajxb); xal xà; alaO/i<r£i; éxê'pa^aO-
Tûv-;) çvGt; ànéôtûxiv. Bt'kk., 4196.
Ht ÉTUDES DE PHILOSOPHIE.
a placé plusieurs sens dans la tète, parce qne le sang 7 est d'une chaleur tempérée et propre en même temps à échauffer modérément le cerveau, et à assurer Texactitude des perceptions sensibles^ tandis que le cœur est le cratre des organes et l'organe même de la sensibilité. Les organes sont disposés d^une manière excellente^ et cet ordre est ' rœuTrede la nature (4).
L'intermédiaire entre Tètre sentant et Tobjet senti^ est la chadr elle-même pour le toucher et le goût; c'est l'air et Teau pour les trois autres sens (2). La chair n'est autre chose que le sang bien digéré et élaboré par Tâme nutritive avec le concours de la chaleur vitale (3). L^air et l'eau sont des corps naturels formés, le premier de chaud et dliumide, le second de froid et d^umide (4).
Il nous reste à étudier l'objet senti.
Les sensations oirt pour objet les qualités sensibles des corpii : la saveur, l'odeur, le son, la pesanteur, la légèreté, le froid, le chaud, le dur, le mou, le sec et l'humide (5). Ciomment Têire sentant percoit-il ces qualités? En devenant semblable à l'objet senti, car tout principe actif rend semblable à lui-même l'être sur lequel il agit. Pour qu'il y ait altération, le patient doit changer, et il change en devenant semblable à l'agent (6) . Or, cela n'est possible que . parce que l'être qui sent est en puissance l'être senti, de sorte qu'après avoir subi l'action, il est comme l'objet même
(\) Parties des animaux^ II, 10. Tétaxiai Ôèxàv Tp^nov TovTovci alaÔriTifipia t^ çudfti naXcôç.
(2) De V Ame, ilJ4, § 9.
(3) Parties des animaux, l\,b ; III, 5; Génér. et eorrupt,^ i> 5<
(4) Phys., U, 1; Génér. et corrupt,, il, 3; Méléor,,\W, ^.
(5) Ue la sensation, VI, 4; Météor., IV, 8.
(6) Généra etcorrupt., I, 7; De l'Ame, II, 5, §7*
foi raffdGl6<4). Toutes les qualités sensibles n'agissent pas tor les êtres inanimés; ee n'est là le propre que des qualités tangibles et des saveurs; mais toutes les qualités sensibles agissent sur Tètre animé et produisent en lui la sensààon (2).
L'objet unique du toucher n'est pas clairement connu (3). Toutefois^ ce sens perçoit surtout les qualités qui font qn:'nn objet est un corps; car les choses tangibles sont les diflS§renees des corps en tant que corps (4). Ces différences ou contraires tangibles sont le chaud et le froid^ le sec «t îTiumlde, le duf et le mou, le visqueux et le desséché, l'épais et le mince. Mais toutes ces oppositions se peuvent ramener à deux: celle du chaud et du froid , et celle du sec et de l'humide (5] . Ces quatre éléments constituent done l'objet senti par le toucher, auquel ils sont ce que l'agent ou le moteur est au patient ou au mobile (6).
L'objet du goût, c'est ce qui est sapide. Ce qui est sapide a poiir matière l'humide. L'objet sapide est l'agent, la cause, qui produit réellement et en acte la sensation du goût (7).
Quelle est la nature de l'objet odorant? Est-ce une fumée, de l'air, une vapeur (8) ? L'odeur n'est pas un corps; mais elle n'existerait pas sans la présence de quelque corps dont
ii) De l'Ame, II, 5,§1 (2) Ibid., Il, 42, §5,6; (3)lbid., il, 41, 2
(4) Ibid., II, 44, § ^0; Génér, et corrUpt,, lî, %
(5) Ibid., ibid.
(6) Ibid., I, 7.
(7) De VAme, II, 40, § 4. TeucTov 6è tô iîoiy|T»t6v êvre/exciq^ aùxoO.
(8) Problèmes, XII, 40.
elle est soit un mode, soit un mouvement (4). Au demeuranty Todorat se rapporte au sec^ comme le goût s'applique à rhumide (2).
L'objet propre de Touïe est le son (3). Le son est un mouvement de Tair mû par deux corps lisses qui s'entrechoquent (4). Le corps sonore met l'air en mouvement, et Tair à son tour meut l'organe (5) , lequel est approprié à l'audition par l'air qui y est contenu (6). L'ouïe se rapporte donc à l'air. Ce sens est passif, comme les autres ; il est mû par l'objet sonore, et l'ouïe en acte est semblable au son en acte, parce qu'elle lui était déjà semblable en puissance (7).
La vue a pour objet propre la couleur (8). Trois choses sont nécessaires à la vision en dehors de l'être sensible^ savoir la couleur^ le diaphane et la lumière. La couleur est ce qui est sur la chose visible en soi, et toute couleur est ragent qui met en mouvement le diaphane en acte. J'appelle diaphane ce qui est visible par une couleur étrangère : ainsi l^air et l'eau qui sont diaphanes, non en tant qu'ils sont air et eau, mais en vertu de la nature qui est en eux et qui est la même que celle du corps. étemel suQérieûr (9). Ce en quoi le diaphane est seulement en puissance peut être l'obscurité. Mais la lumière est la couleur et l'acte du diaphane^ et le diaphane est en acte
(\) De la sensation, VI.
(2) De V Ame, U, 9, §8.
(3) Ibid.,6, §1 (4)Ibid.. 8, §§6,7.
(5) Ibid., 7, § 8.
(6) Ibid., II, 8, § 6 ; Parties des anim., Il, 40.
(7) De l'Ame, III, 2, §§ 4, 5.
(8) Ibid., II. 6, $3; 7, §4.
(9)lbid, 7, §4.
par la présence d'une nature toute semblable àTéther. En sorte que le diapbane el la lumière ne sont ni le feu, ni absolument un corps (4 ) .
La couleur du corps visible meut le diaphane en acte, par exemple l'air, et Tair àsontourmeutrorgane sensible. Or, la couleur meut le diaphane, parce que son essence et, sa nature est de le mouvoir (S) ,
Chacun de nos sens s^applique à son objet particulier. Mais nous jugeons que le blanc n'est pas le doux; nous sentons que les choses sensibles diffèrent, et ce ne peut être par des sens séparés. Il faut que les deux qualités comparées et distinguées apparaissent à un seul et unique sens (3). Il y a, en effet, un sensorium conmiun où se rencontrent les impressions de tous les sens en acte (4). Ce sens juge des différences et perçoit les qualités communes des corps, telles que le repos et le mouvement, rétendue, la figure, le nombre et l'unité (5). Ce sens, c'est le cœur, ou premier sensitif chez les animaux sanguins (6). Il est affecté par les impressions mêmes des sens particuliers dont il perçoit et les objets communs et les objets propres (7).
La raison voulait qull y eût un centre et un principe unique dé toutes nos sensations (8), et comme le cœur est
«) De l'Ame, H,1,% 2.
(2) Ibid., ibid., § o* (3)Ibid. m, 2, §10, H.
(4) Jeunesse et vieilL^ 4 .
(5) De VAme, III, 4, §7.
(6) Jeunesse et vieilL, III, § 5.
0) Ou sommeil j II ; Des songes, III.
(8) Parties des anim., III, 4 KaiToûTo sùXoyw;.
ce principe^ la nature qui, à inoins d'obstacle iavincible, met les organes les |dus nobles à l'endroit le plus noble^ a placé le cœur dans le lieu principal du corps, au m^ leU) plutôt en haut qu'|Bn bas^ vers la partie antérieure plutôt que vers la postérieure (4), parce que le milieu est le point le plus rapproché de toutes le extrémités à la fois, dont il est à égale distance (2).
Par la sensibilité^ la nature a rendu tout être qui se déplace capable de se conserver et d'arrirer à sa fin. Saut cette faculté, il ne pourrait éviter certains obstacles, ni rechercher certains objets ^i lui sont nécessaires (3). Elle à donné à Tanimal le goût et le toucher pour se nou^' rir^ pMt ètre^ et les aurtres sens, non pas pour être simple-^ lient j mais pour être bien (4). Telle est la prévoyance de la nature. Toutes ses œuvres ont un but ou sont la Gèndition des choses qui ont un but (5).
Êt^ comme on vient de le voir, l'être sentant^ son corps, fs&û âme, ses organes^ Têtre sensible et ses éléments^ Tin^ tèrmédiaire entre le sujet et Tol^et, tout, dans le mouve^ ment d'altération subi par Tanimal, tout est ou la nature elle*«-même,»ou l'ouvrage de la nature.
Mais il faut rapporter encore à la sensibilité un certain nombre de mouvements qui la supposent soit comme principe, soit comme condition nécessaire, et démêler la part de la nature dans la production de ces mouvements.
(\) Parties des antm., III, 4. '£v Tot( y^^P TifAïuTépoi; xb Titi.((ot4pov
ii) Ibid., îbid.
(3) l>eVAme,m, 12, §6.
(4) Ibid., ibid., 43, § 3.
(5) Ibid., ibid., H, § 2.
DEUXIÈME ârUDE. tll
Lt smiflSbilité est le principe ta semsàMl é( de ht teiHey dei déîEBlIaiices^ de rèTanoiasseiûeiit et du délire (4)^ de l'ioiligifiatioii et de la mémoire, ^ai sont la conséqnënee de Ift sei»salioH et des songes que l'imagination enfante (3). Le plaisir, la peine, le désir, Tappétit (3), les vertus et les vices auxquels donnent naissance les peines et les plaisirs du corps (4), les mouvements de la respiration, la jeunesse et là vieillesse, enfin la vie et la mort dépendent de la ssnsiiàlité (5).
C'est parce qu'ils sont doués de la sensibilité que le§ attimaux dorment et veillent (6); aussi les plantes, qui sont insensibles, n'éprouvent-elles ni Tune ni Tautre affectknéi. Le semineil est Timmobilité de la sensibilité encba!^ née ; la veille en est le libre mouvement. Mais cotnme le sommeil n'^appartient ni aii corps seulement, ni à Tàmë * seuleinènt, de même le soïnfmeil et la veille se rapportent JthfMnàrâme ètauèorps (7). Chez les animaux sanguins, le sommeil a lieu lorsque la chaleur vitale, quittant lés parties supérieures où elle avait afflué, redescend vers lecœttr, y accumule le sang, et produit une catalepsie du sensotium commun (8). Le sommeil et la veille sont donc dés affections dtf plumier setisitif . Le sommeil engourdit le tact, et tous les autres sens qui dépendent de celui-là
(4) Du sommeil, \\ De la sensation, 4.
{%)DeVAme,m, 3; §14, §13.
(3) ïbîd. II,?,§8;m, 44,§1.
(4) Phys., vm, 3.
(5) De la sensilnlitéfH.
(6)£^is^ des anim.,\\,\0,
(7) Sommeil, 4 k
(8)Ibid., 3,
deviennent aussitôt incapables de sentir (1). Alors ranimai se repose. La nature agit toujours en vue du bien; les êtres qui se meuvent ne pourraient toujours se mouvoir avec plaisir; il est bon^ il est nécessaire qu'ils se reposent. Or, le sommeil est un rt^pos^ et voilà pourquoi la nature a accordé le sommeil à ces êtres en vue de leur conservation (2). Quant à Tévanouissement et au délire^ ces états se distinguent du sommeil en ce qu'ils n'affectent pas le premier sensitif, mais seulement tel ou tel sens (3).
L'imagination est un mouvement (4) ; ce mouvement a pour principe Tâme sensitive (5). Il se produit lorsque^ le premier sensitif ayant été modifié par un objet extérieur^ la sensation se continue après Téloignement de l'objet (6). D'où l'on peut définir Timagination : le mbuvenient qui suit la sensation et qui en procède (7;. Quant à l'imagination mêlée de raisonnement^ c'est une manière dépenser (8).
Le songe est une vision^ une représentation de la fantaisie^ qui nous apparaît pendant le sommeil. C'est une affection de l'âme sensitive. c'est un mouvement de lasensibilité considérée non en tant que sensibilité^ mais en tant que puissance Imaginative (9).
(4) Sommeil^ L
(2) Ibid., 3.
(3) Du sommeil, 3.
C4) Phys., VIII, 3,§ 24; De VAme, 111, 3, % \U
(5) De Y Ame, 111, 3,§ 41.
(6) Songes, 2; De la Mém.^ 4.
(7) Songes, 4.
(8) D<? rATO<?, m, 3. § 5.
(9) Des songes, 4, sub fin.
La mémoire n'est ni la sensation ni la pensée : c'^st plutôt une habitude qui résulte de la persistance de Tune etdeFautre. Cependant la mémoire ne se rapporte à la pensée que par accident. Proprement, elle appartient à la sensibilité. Le souvenir est un mouvement de la sensibi* lité dans le premier sensitif et qui suppose l'imagina* tion (4).
Le plaisir et la peine se rencontrent partout où il y a sensation (2). Le plaisir est un mouvement de Tâme qui nous place d'une façon soudaine et sensible dans les conditions de notre nature; la douleur est le mouvement contraire (3). Le principe de ces deux mouvements est ia sensibilité^ qui est Tàme, sans doute, mais qui est aussi le corps. Aussi, le plaisir et la peine affectent-ils et Tâme et le corps, comme l'indiquent le froid et le chaud dont ces impressions sont accompagnées (4). Les causes du plaisir et de la peine sont ou la pensée, ou les altérations diverses que subit le corps de la part des objets, la nourriture, le commerce des sexes, et les sensations du toucher et du goût, de l'odorat, de Touïe et.de la vue (5). Tous les plaisirs qui ont pour cause des objets sensibles sont évidemment des altérations dé la sensibilité (6).
Le plaisir a un but : il nous fait aimer le bien, que la peine rendrait insupportable (7).
(4) De la Mémoire^ k , S.
Cî) J)e VAtne, II, % §§ 8 et 3, § 2.
(3) RhéUn'., I, 44.
(4) Mou», des anim., \ï[\, §§ 4 , 2 ; /)^ la sensation, 4 .
(5) Morale à Nie, VU, 6.
(6) Fkys., VII, 3.
[1) Mi^e à Nie.^ IX, 9.
Les vertus et les viees ont leur point de d<^art daas les plaisirs et les peines dont eUes sont on la recherehe oa li fuite (4). lis ont pour principe un exereiee antérieur (S] et-aussi les qualités de notre nature qui modifient k la fois le corps et l'âme (3).
L'appétit est de deux espèces : celui qui appartient à la raison et qui s'appelle volonté^ et celui qui appartient à la partie non Taisonnable, et qui est ou le désir ou la pas* sion (i).
L'appétit» en général, ne fait qu'un avec la sensibilité : c'est un içouvement dont le principe est dans l'âme et dont la cause, l'objet ou le but, est le désirable, c'est-â-4iie le bien (5).
Les désirs sont des mouvements de la nature (6) qui se produisent sans réflexion et sans choix (7) . Il y a dans le désir quelque chose d^essentiellement inné. C'est un penchant de leur nature qui porte les animaux au plaisir m â l'agréable (8), et Tagréable est ce qui est selon la nature (9)*
La passion, cette autre forme de l'appétit sensitif, est un changement ou mouvement (40) de l'âme qui nous
[\) Morale à Eud.^ II, 4.
(2) Métaph., IX, 5; Morale à Nie, III, 7.
(3) Premiers anahjU, II, 27, § Kts
(4) he VAme, III, 9, § 3.
(5) Ibid., 40, §§ 2, 3, 4.
(6) Prem, anal.^ II, 27, § 12. Kaî iiriOuiiiat tûv çO^ei xtvi^ffeuv.
(7) Morale à Nid., VII, 8.
(8) Ibid. AOtoi pôc>Xov7re3uxa{i6v itpoÇTàç ^8ovà;.
(9) tthétor., i, 41. To •/aTàçu<ytv :^5u.
(40) Élhiq, àNicom., II, 4. Kocrà \ih Ta icà6T) xtvctffOoit Xey^iiisea.
DEUHAMC étude. 154
tmidd, ^ qu^aeeomçagiieiii ou otiTent le ptaitir o^ lu deoleor^f).
Li fespiration se rattache à la sensibilité (S). Cet acte est Béeessaire à l'ammal eomme la noumtare^ non pas cependant à tous les animaux^ car certains insectes vivent encore une fois divisés, et il est évident qu'en cet état ils ne peuvent respirer (9).
Mais la plupart des animaux respirent, et il n^en saurait être autrement. En effet, la chaleur est nécessaire à Fàme et à la vie. La digestion, pat laquelle les animaux g'assimilent les aliments^ n'est possible qu'au moyen de la ehaleur . Cest pourquoi, dans le lieu principal du corps, c'est-à-dire dans le cœur et dans la partie principale de ce lieu, résident ens^nble et la chaleur et Tâme nutritive qui s'en sert. La chaleur naturelle est pour l'animal une condition d'existence. Il importe que cette ehaleur ne périsse pas. Elle périt ou en s'éteignant ou en se desséchant. L'extinction du chaud se produit par la venue du froid, qui est son contraire. Quant au dessèchement, il a lieu lorsque l'air ambiant, étant trop chaud, dissipe et anéantit l'humidité propre du corps, sans laquelle il n'y a plus de chaleur vitale. Aussi, cette chaleur ne se conserve-t-elle que si elle est convenablement rafraîchie. Deux choses sont donc nécessaires à Texistence de l'animal, la nourriture et le rafraîchissement (4).
La nature a pourvu à ce double besoin par un seul et même organe. De môme que, dans certains animaux, la
(0 Éthiq, à mcom.; Rhétor., II, 4.
(%) De la sensibilité, 1 .
(3) Delà respir,, 3.
(4) Ibid.; 8, U ; Du sommeil, %
langue perçoit les saveurs et forme les sons du discours, de mëme^ chez ceux qui ont un poumon, la bouclie serl à la fois à recevoir la nourriture et à l'acte de la respiration. Les animaux dépourvus de poumon, et qui ne respirent pas, ont la bouche pour recevoir l'aliment, et le ra* fcaichissement leur vient par les branchies. Ainsi se trouve tempérée et rafraîchie la grande chaleur que l'âme nutri* tive entretient dans le cœur (1).
Les degrés divers de la chaleur vitale et du rafraîchissement de cette chaleur marquent chez Tanimal les époques delà vie. La naissance est l'union première de Tâme nutritive et de la chaleur vitale; la vie est la durée de cette union; la jeunesse est l'accroissement de l'élément qui reçoit et garde la frdcbeur ; la vieillesse en est le décroissement^ l'âge mûr en est Tétat moyen. La mort ou destruction de l'animal n'est que l'extinction ou le dessèchement de la chaleur vitale. La mort produite par la vieillesse n^est que le dessèchement graduel de la partie que l'animal ne peut plus rafraîchir à cause de son grand âge. -Ce que nous appelons dessèchement, dans les plantes, se nomme mort chez les animaux (21).
Telles sont la naissance, la jeunesse, la vieillesse, la vie^ la mort, et les causes qui font que les animaux y sou t sujets.
(1) De VAmCf II, 8, § 10 "Hoyj y^? toi àvairve-jii.w xaTaxpvitat ^ çûai; iiû Wo !pYa. De la respiration y ^ \ . T& àÙTûôpYâvw xp9ixn icpb;
(2) De la respiration, 48.
§ VIII. De la naâire considérée comme caase du mouvement de translation chez les animaux.
La cause du mouvement et du repos dans les êtres qui se déplacent, c'est la nature (1), c'est l'âme. C'est Tâme qui est le principe de la faculté de locomotion (3). Toutefois, Tâme ne se meut pas elle-même^ et ne peut être mue par un objet extérieur, si ce n'est accidentellement (3).
Mais est-ce l'âme tout entière, on bien en est-ce une faculté spéciale qui meut l'animal ?
Le mouvement de la marche tend toujours à un but ; il est toujours précédé d'imagination et de désir. L'être qui n'est capable ni de désirer ni de craindre, n'est mù que par une force extérieure. Les plantes sont dépourvues de sensibilité et ne se déplacent pas (4).
Cependant la sensibilité n'est pas la faculté qui meut l'animaL On voit des animaux doués de sensation demeurer immobiles. La nature qui ne fait rien en vain/ et qui n'omet jamais le nécessaire, n'a pas donné la marche à ces animaux quoiqu'ils soient complets, parce que la locomotion n'est pas une conséquence nécessaire de la sensibilité (5). Ce n'est pas non plus la partie raisonnable qui meut l'animal. L'intelligence connaît ce qui est à fuir ou à rechercher ; mais elle n'ordonne pas de le rechercher ou de le fuir ; et d'ailleurs cet ordre, si elle le donnait, ne serait suivi d'aucun mouvement. Connaître le moyen de guérir,
{\) Phy 8,, II, i,
(2) De TilTOi?, II, 2, § 6 ; 11,3, § 4.
(3) Ibid., I, 3, § 8;I, 4, § Vô.
(4) Ibid. m, 9, § o.
:5: Ibid.,§6.
et guérir en effet, sont deux choses distinctes (4). Enfin, ce n'est pas le seul appétit sensitif qui cause le mouyement, puisque Tëtre tempérant obéit^ non à son appétit^ mais i sa raison (2). C'est à la fois dans Tintelligeiice et dansVappétit qu'il faut chercher le principe moteuF de ranimai, si toutefois Ton admet que l'imagination soit une sorte de pensée intellectuelle ; car, dans les animaux inféfieun à rhomme, c'est Timagination qui remplace l'intelligence et le raisonnement (3).
Mais dans la production du mouvement^ la part de l'intelligence n'est pas la même que celle de l'appétit. Le rôle de l'intelligence et de l'imagination se borne à nous montrer un objet qui est en lui-même une fin et le but d'une action. La connaissance de cet objet qui nous semble bon éveille l'appétit, et nous désirons cet objet. La pensée jHréeède bien ici le désir : ce n'est pas parce que nous désirons une chose qu'elle nous semble bonne, mais c'est parce qu'elle nous semble bonne que nous la désirons (4). Une fols excité par la pensée ou par l'imagination^ l'appétit meut l'animal. En ce sens, le mouvement est produit par la pensée. Mais l'intelligence n'est pas une cause indépendante et capable de mouvoir par elle-même, si l'appétit ne s'y vient ajouter. Ainsi, la volonté elle-même, qui est un appétit raisonnable, meut l'être, non en tant qu'elle est raison, mais en tant qu'elle est appétit. Obéir à sa raison, c'est obéir à l'appétit raisonnable. L'appétit meut souvent con-
(1) De rAOTtf,m,9, §7.
(2) Ibiil., 8.
(3) Ibid., 10, § 1.
(4)lbid.,§«;M^(.,XïI,7.
tndfement i la ittitM^n ; la raison ne ment ni eratfe Fap|iélit ni ma l'appétit. Lonqaek raison et la passion sotft an hrtte, 9XL fond le combat a lieu entre denx appétits, Vappétit sensitif qui exige une satisfaction prochaine, immédiate^ faute de prévdr l'avenir^ et l'appétit raisonnable qui invite Tétre à s'abstenir, à cause des conséquences futures de l'acte (().
n est donc évident que la cause réelle du mouvement, c'est cette faculté de Tftme qu'on nomme l'appétit. Spécifiquement, le principe moteur de l'animal est unique : c'est la partie oppétitive de l'âme en tant qu'elle est appétitive (i).
Ainsi^ en premier lieu^ t'est en tant qu'elle se confond avec l'âme capable d'appétit que la nature est le principe du mouvement dans le même animal en tant que même.
Mais, numériquement^ l'appétit n'est pas le seul moteur de l'animal. Il faut compter ici trois termes: le moteur d^abord, ce par quoi il meut, et le mobile. Le moteur est ou immobile^ ou moteur et mû tout â la fois. Le moteur immobile> c'est le bien (3). Le beau étemel, le bien véritable et absolu est d'une nature trop digne^ trop divine pour que rien lui soit supérieur et le puisse mouvoir. Il meut donc en tant que moteur premier et immobile (4). L'appétit est mû par le moteur immobile ; car ce qui appète est mA en tant qu'il appète (5) . L'objet de l'appétit et du désir^
«) De VAme, 111, 40, §§ 2, 3, 4, 5, 6.
(2) Ibid., III, iO, § 6.
(3) Ibid., § 7.
(4) Bu mouvement des anim. , 6.
{^) De r Ame, llh^O,% 7.
éternel et immobile/et distinct des êtres sensibles (l^est donc le principe extérieur du mouvement (3). Mais dans rètre mû lui-même, c'est l-appétit qui est cause du mouvement, et ce qull meut, c'eçt le mobile, c^est-à-dire Vanimal au moyen des organes. Ces organes sont corporels. Cherchons donc dans le corps lui-même de quelle manière rame meut le corps (3).
Toutes les fois qu'un mouvement a lieu chez les animaux, il est nécessaire qu'une partie fixe et immobile serve de point d*appui à la partie qui est mue (4), de înème que^ dans un gond, la mortaise pivote sur le tenon, ou qu'un cercle tourne autour de son centre (5). Voilà pourquoi les animaux ont des articulations. Chaque articulation est un centre autour duquel s'opère le mouvement'du membre tout entier, selon que Tanimal le plie ou le tend. Le membre et son articulation forment un tout à la fois un et double, un si le membre est immobile, double si le membre est mû, puisque, dans ce dernier cas, deux parties sont à distinguer: Tune qui est fixe, et Tautre qui est en' mou*vement. C'est la partie supérieure qui reste en repos, tandis que la partie inférieure se déplace. Ainsi, pour l'avantbras, le point d'appui est au coude ; pour le bras tout entier, à rhumérus ; pour la jambe, au genou ; pour la cuisse, à la hanche ; pour la main, au poignet (6).
Mais les articulations ne sont pas de véritables points
(2) De VAme, III, \0, § 3.
(3) Ibid., § 7 ; Dm mouvement des anim,^ 6.
(4) Ibid., i.
(5) Ibid.; De V Ame, 11IJ4,§ 8.
(6) Mouvement des anim., ^, 8.
deuxième; ETUDE. fa7
d'appui, car elles ne sont fixes que par rapport à la partie inférieure des membres. Le coude est immobile par rapport à Tavant-bras ; mais il est mû quand le bras tout entier est en mouvement. Or^ pour produire Tefiort^ Tâme^ le moteur a besoin d'un point fixe. Ce n'est donc à aucune des extrémités que se peut trouver le principal organe du mouvement» mais bien au milieu même du corps, qui est Textrémité commune de toutes les^extrémités. Un en puissance, cet organe est multiple en acte : là^ en effets il y a, chaque fois que le mouvement se réalise^ un point fixe, et autant de'points mobiles que de membres en mouvement. Par conséquent^ cet organe central n'est pas un point mathématique ; c'est une étendue où Tâme réside comme en son Qége, mais dont elle demeure distincte (1).
Cet organe principal^ nous disons que c'est le cœur chez les animaux sanguins^ et chez les autres animaux, la partie qui en tient lieu (2). Voici comment Tâme agit sur le cœur. Le principe extérieur de l'action est Tobjet à fuir ou à rechercher. La pensée ou Timage de cet objet est inévitablement suivie d'une sensation de chaud ou de froid. Il est facile de reconnaître que nos émotions diverses^ les joies^ les douleurs, la confiance, la crainte^ tantôt glacent nos membres, tantôt y font circuler la chaleur. Le souvenir ou Tespérance de ces impressions nous agitent comme ces iinpressions elles-mêmes. Or, la sagesse, qui a présidé à l'organisation du corps, a fait que les parties intérieures et les éléments qui enveloppent les extrémités communes des membres^ se figent et se liquéfient, deviennent durs et
(4) Mouvem. des anim., \,S, 9.
(2) Ibid., 10; Du sommeil, 2; ne VAme, 111, 9, §7.
4d8 ÉTUDES DE PUILOSOPRIE.
motnf^totii' à tcmr. Et aussitôt, ce ^ui est actif agit et meut, ce qui est passif pâtit et est mû, ayec use telle promptitude qtie, si rien nes'y oppose, le mouvement suit immédiatement la pensée. Les passions> qui toutes se ramènent à Tappétit^ préparent les membres au mouyement; Fa^^ tit est excité par Timagination qui résulte de la pensée oq de la sensation^ et, grftcer à Tintée relation des âémenlB actifs et passifs, tous 6es faits s'aecoibptisseRt sinmltané^ ment (1).
Toutes les passions sont des altérations. L'altération s pour effet de produire, dans le cœur, de la dmleur ouâa froid. La chaleur et le froid dilatent ou contractent le» nerfsy qui, à leur tour, poussent Ou titent leà os et causËfnl par là le mouvement (i) ; car mouvoir se rédmt à pousser ou à tirer (3) . Ainsi, les animaux se meutelàt à Taide è^ôrganes comparables aux ressorts et aux rouages des antoâia^ tes, c'est-à-dire en tertû de là nature el de Tagencem^ des nerfs et des os ; en effet, ce que sont les ressorts à Vé^&è du bois et du fer dans les automates, les nerfs le sont à Té* gard des os dans Tanimal, avec cette différence seulement que les machines ne subissent dans le mouvei^ent aucuns modification, tandis que les membres de Tanimal a'alloU'*' gént ou se raccourcissent par Taction de la chaleur ou d« froid naturels. Au reste, un léger changement au centre suffit pour causer aul extrémités un grand déplacement : de même que le gouvernail, à peine poussé, défetmiïto à h proue un mouVeûient considérable (4).
(4) Mouvement des animaux^' 8.
(2) Ibid., 7.
(3) Ibid,» iO; De VAme, III, 40, § 8.
(4) Mottvem. des animaux, 7.
Dl&UXIËME ÉTUDE. 489
G6 n^est pfts tout. Le raisonnement qui nous dit que Fstp-
petit est lé moteur intermédiaire entre le làoteur immo^
bile et 6e qui est mû, yeut aussi que, dans les animaux, il j
ia entre le moteur et tes oi^anes une substance corporelle
intifi&édiaire^ Le mobile, n'étant pas destiné par la nature
kmûUYoir^ peut recevoir Vimpulsion d'un autre principe.
HÉÈ lé maietït doit posséder en lui-même la force motrice.
Or>t()Ué les aâimâul j)araissent avoir reçu lin soùfBe iniié^
où ils puisent cette force de moutoir. Ce souffle, plus lourd
ÎDé lé feu, pltls léger que les autres éléments, semble être,
à l'égard de l'âme, ce que, dans Tarticulatiôn, le poiût à
la fois moteur et ïnû est à régâtd de l'organe imiJtioKle.
tt cottnté t'âtae est dàHs le cœur, ou dans ce qui en tient
li&i, le souffle inné y doit également résider. De là, coiâme
(Fan Centre, ce souffle, par son énergie naturelle, ptfusse et
tiré tour à totu^ et raccourcit ainsi ou allonge les organes^de
!a locomotion . Tel est le moteur mû dont Tâme Se sert'pdur
MlÀacer ranimai (4).
Lé corps animé est semblable à un état régi par de sages c^, où Tordre une fois établi se maintient sans que le cbef, lésôrmais étranger aux détails, intervienne en personne. Là chacun remplit les devoirs de sa chargé et tout s'enchaîne régulièrement par la seule force de rhabitjide. La nàttJTe I coiistitué ranimai d'une façon analogue. Elle a formé ôiacun des organes en vue d'une fonctiôti particulière qu'il accomplit sâùs une intervention spéciale de l'âme. Il sufiit que Vâme réside au centre du corps : les autres parties^^ du corps viveht parce qu*elles y sont annexées, et Chacun fait son œuvre en vertu de sa nature (2).
{\) Mouvem» des ttiUm., \0.
ii) Ibia., ibid. 0. E. trad. de M. B. St-Hilaire/p. i7l«
Outre les mouvemeiits volontaires, il y en a d'involontaires, et de forcés. Les monvements involontaires sont le sommeil, la veille^ la respiration^ déjà rapportés à la sensibilité. J'appelle mouvements forcés ceux du cœur et des parties génitales . Les causes en sont naturelles et semblables à celles des autres mouvements. L'imagination et la pensée excitent les affections sensibles^ en représentant à Tâme les objets de ces affections ; et à son tour, Taffection provoque le mouvement. Les choses Èe passent certainement ainsi dans les parties dont il s'agit^ car le cœur et Torgane de la génération semblent être des animaui distincts et capables d*ëtre affectés et de sentir^ le cœar parce qu'il est le principe même de la sensation^ et Tautre organe parce qu'un animal en provient en quelque sorte avec la semence. L'un et l'autre tiennent^ en outre, leur force propre de l'humidité vitale qui 7 est accumulée (4).
On le voit donc : l'âme, en tant que douée d'appétit, meut le corps de l'animal au moyen du cœur, du chaud et du froid, du souffle^ des nerfs et des os. L'âme se confond avec là nature. Le froid, le chaud et le souffle sont des éléments naturels, actifs ou passifs en vertu de leur nature. Enfin le cœur, les nerfs et les os sont, dans l'animal, l'œuvre de la nature qui l'a engendré et de sa nature propre qui le nourrit et le conserve. Ainsi, le mouvement de translation, considéré en lui-même et dans ses organes, n'a qu'une seule cause : la nature de l'animal.
La pensée est immobile (^) ; elle ne meut pas sans l'appétit qui est, comme on l'a dit, le seul principe du mou- Ci) Mawr^m.d^s a w/m.,n.
(2) De l'Ame, IV, \\ y % <,
vement (4). Quant au moteur immobile tel que le conçoit Aristote, il est extérieuF à Fètre mû ; il le meut sans le savoir, sans le Youloir, et nous montrerons *bientdt qu'il n'a aucun des caractères de la cause véritable et efficiente.
§ IX. — Des rapports entre la nature et l'intelligence dans l*hommc.
La nature est le principe du mouvement dans le même être en tant que même. C*est en vertu de leur nature que se meuvent les êtres qui se meuvent; c'est en vertu de leur nature que sont mus les êtres qui sont mus par un être extérieur ou une nature extérieur^ ; c'est encore en vertu de leur nature que les êtres meuvent et sont mus à la fois. La nature du sec et de l'humide est de subir le mouvemetit; la nature du chaud et du froid est de le produire; la nature de l'appétit dans Têtre animé est à la fois de subir le mouvement^ en tant que mobile, et de le produire en tant que moteur.
D'après Aristote, l'âme, considérée en tant qu'intelligente, produit-elle le mouvement en dehors d'elle-même, se meut-elle elle-même, est-elle mue? Et dans chacun de ces cas, se confond-elle avec la nature, ou s'en distinguet-elle? C'est ce que nous allons examiner.
L'âme raisonnable comprend deux puissances : l'une qui s'adresse à ce qui ne peut pas ne pas être : c'est la puissance scientifique; l'autre dont l'objet est contingent et tombe sous l'action : c'est la puissance délibérative ou logistique.
Dans la partie scientifique de l'âme sont l'entendement
(4} Ci-ilessûs, môme chapitre.
pUi*, OU intellect, et la science. L'un et Tautte ont un objet éternel ; mais Wntellect le contemple directement, tandis que la science ne l^atteint qu'atl moyen de la démonstration.
Dans Fautre partie sont Topinion, la délibération et la volontés
Parlons d'abord de l'intellect ou entendement pur.
Les objets de Vintellect sont les principes et les causes, et toutes les causes sont des principes (4). Les principes et les causes sont ou en puissance ou en acte (î)* En acte, ils sont séparés, indépendants, étemels (B)« Mais, en puissance, les principes sofit dans les faits particuliers (4)^ et les objets intelligibles sont dans les choses matérielles (5). En effet, la pensée n'arrive au2£ principes et aux causes que par l'universelé Or, l'universel n'exprime que les manières d'être ou les attributs des individus , et n'a, en dehors de ces individus> auôune existence réelle (6). Les intelligibles sont, de cette sorte, dans les choses matérielles, mais seulement en puissance, jusqu'au moment où Tinteilect actif, s'en emparant, les fait passer à l'acte (7). L'objet matériel n'est point dans l'âme; mais son image, son idée y est (8), et s'y comporte comme la réalité elle-^môrae. L'intelligence est donc en puissance dans l'idée sensible, dans
(1) Met., V, \ ; Mor, Nie, VI, 6.
(2) Met,, V, 2.
(3j Ibid., VI, \ ; XI, 2.
(4) Éih., à Nie, I, 2.
(5) De VAme, lU, 4, § 42.
(6) Met., I, 7; VII, 10; XI/4, 2; Dern.analyl., I, «. 0) De VAme.Uljb, § 4.
(8) Ibid., 3, § 1.
DEUXIÈME ÉTUDE. m
f itnagè Çtlèpradtiit lafâiMtaisie et <iue telientla mêtûdifë (1).
Fat là, ridée sehslble, c'est-à-dite la sënsatiditi, est la iiiQinditioa sans laquelle l^iîitelliglbie ne satifait passer de lA ptilséân6ê â Taôté. '
Les ptiiicît)es conçus pat rentenàement ont polir matière l'iinitèrsèl (2). Nous montons, pàif riiiductidii, de la sétissttion à Ttlnivôftsel, et pâi! la pensée de Tunivepsel à Vintelligïble ou aiix j)rincîpès (3). L'intelligible est tout autre (Mitose que les images; fiius il les suppose; sans elles il ne âetàit pÛÉ (4), et ttuicOti(|ué ii^àutait jpas la sensation ne ^oawaît rien apî^fendifé, tien cotnpi'éndre (5).
Donc la pensée de Tintelligible présupposé llndûction, et Finduction présuppose la sensation.
Mais, iieu^ ràvOiis liioûttë préôédëinment, tout dans la seiisatiôn est l'cëuvre de la nature. Ainsi la nature est la (ionditioli de l'exercice de rititélléct et la cause qui, par une eicitation ëltériëute^ le fait passer de la puissance à Tacte (6).
toutefois, il fe'eii faut bien que Tintellect se meuve de sa nature, ou qu'il soit mû par une nature extérieure. Sans doute, it passe de la puissance à l^aôte, et cela sous l'action de ^elque chose qui existe en acte. Mais ce n'est là ni un mouVeïnent dans le lieu, ni une altération, ni une génération. Le mouvement est l'acte de l'incomplet, tandis que la pensée de l'intelligible est l'acte de ce qui a atteint sa
(4) D^rAw^, 111,7, § 3.
(2) Méiaph,, X, 3.
(3) Premiers anal., H, 23; Dern. anal., II, 49.
(4) De l'Ame, HI, S,%^; Delà Mém., l, § 4.
(5) De VAme, lU, 8, § 3.
(6) Phys., VII, 4.
perfection (1 ) : c'est un effet produit dans le repos et dans Timmobilité (2). L'intellect n'a point d'organes dans le corps, comme la sensibilité (3) : il n*est donc pas altéré comme elle, et est impassible d'une réelle impassibilité (4). Il ne va point d'un lieu à un autre^ parce que son acte est un et continu, et qu'il ne pense que des concepts qui ont l'unité du nombre^ et non l'unité de l'âtendue (5). Donc l'intellect n'est pas mû. La pensée est un état de repos et de calme, et la puissance qui i'enfante est immobile (6).
D'un autre côté, l'intellect ne meut pas. Ce n'est pas l'intellect, même pratique, qui met le corps en mouvement : c'est Tappétit. L'appétit est la cause réelle, la cause unique du mouvement (7).
L'intellect n'est pas mû; l'intellect ne meut pas* C'est là une première et considérable différence qui le sépare de la nature. Mais il s'en distingue, non moins profondément, par d'autres caractères qui en font un principe à part, supérieur et excellent.
En effet, la nature, c'est la réunion de la forme et de la matière. Néanmoins, dans cet ensemble, c'est la forme qui détermine la nature de l'être, bien plus que sa matière (8). Or, la forme de l'être, son essence, c'est son âme (9). La nature n'est donc autre chose que l'âme même de l'être, et
•-1) DeVAme.in, 7, § i.
(2) Phys,, Vn. 3.
(3) De VAm, HI, 4. § 4.
(4) Ibid., !I1, 4, § 5.
(5) Ibid., I. 3, § 13.
(6) Ibid., § 17; Pfty*., VII,4; Probl, XXX, 4. Ci) Voir le chap. précédent,
(8) Phys., n, 4.
(9) Voir ci-dessus, ch. U
DEUXrÈME ÉTUDE. 165
noas savons que l'âme est l'entéléchie du corps (i), La Qatare est donc Tentéléchie du corps; un être ne possède sa nature que lorsqu'il est^ devenu un entéléchie (2). L'intellect n'est rentélécfaie ni du corps, ni d'aucune des parties du corps. L'acte de ce qui est capable de savoir, n'est pas l'acte de ce qui est capable d'avoir la santé (3). — L'intellect patient ou passif et les autres puissances de Tâme qui sont l'acte du corps^ telles que l'âme nutritive, l'âme sensible et l'âme en tant qu'elle meut le corps; les parties de Tâme qui sont notre nature, qui sont tel animal, car rame ne se confond pas tout entière avec la nature, ces parties existent en germe dans l'animal dès le premier moment de son existence, et se développent avec le temps (4). L'intellect seul vient du dehors (5) . — La nature, rame, n'est pas plus séparable du corps que la forme n'est séparable de la matière (6). Au contraire^ l'intellect n'est attaché à aucun organe ; il semble être un autre geàre d'âme, et le seul qui puisse être séparé du reste de l'être comme l'éternel s'isole du périssable (7). L'intellect est, par essence, séparé et en acte^ et quand il est dans l'homme il y est comme une substance à part (S). — La nature de l'animal est tm ensemble composé d'une matière et d'une forme* Lorsque l'ensemble se dissout, la nature de l'animal
(4) De rAme, 11, 4, § 4.
(8) Polit. , 1, 1, § 8; Dtf VAme.Wy 4. § 4.
(3) De VAme, 1, 5, § 25; U, 1, § 42.
(4) Parties des anim., I, 1 ; Génér, des anim., li, 3.
(5) Ibid.
6) De FAme, I, 4, § 40; II, § 10; Phys., II, 4. C7) De FAnte, U, 2, § 9; lU, 4, § S.
(8)Ibid„III, 5, §4;1, 4,§43.
est détruite, et il est peut-être impossible que les autres parties de Tâme survivent h cette disisolution, qui entraîne raaéantissemeut de riutell&Gt patient lui-même. Mais Tintellept actif survit à la nature (4). La passion, les maladies^ le sen^meil, le peuvent parfois obscurcir (i). Il s'affaiblit et s^clipse quand les organes viennent à fie détruire ; mais il n'^^t sujet ni h U cprruption ni à la mort (3). r?r- La na^ ture est sujette à Terreu?, E;Ue ge trompe; elle veut créer un animal, et elle produit un monstre (i) ; tandis queTintellect est éternellement vrai et étemellemQi^t juste, parce qu'il contemple de@ objets sans matière (&]. -r- La nature de rbom'nie, c'est son essence, c'est l'iiomme même. L'ip^ tellect est plus qu'bumain (6) , il est ^u- dessus de la na«^ ture (7) ; en un mot , il est divin (8) , puisque , par essence^ Dieu est Pintelligence pui^e et l'intelligible luimême (9).
En résumé^ la nature est la condition sans laquelle l'ins tellect dans l'homme n'arriverait pas à l'acte. Mais elle na le meut pas, elle ne le produit pas, elle n'est pas la source 4e ses pensées; elle en diffère comme ce qui est imparfdt^ engagé dans la matière, périssable, diffère du parfait^ de l'impérissable, du divin, de Dieu.
I (4) Métaph,, XII, 3; De l'Ame, III, 5, § ].
(2) De r Ame, llh 3, §15.
(4) Phys., II, 8.
(5) De l*Ame, III, 3, §8; 6, §§ 1, 7; 40, § 4 ; Dern. amlyl., Il, k% §8. •
(6) Mémoire, \, 5; Mor. à Nie, X, 7.
(7) Parties des anim,, l, \ .
(8) Génér. des anim., U, 3; Mor. à Nie,, X, 7. (9)Métapn., Xll, 7.
Qhb]» SQXiif m second Ueu, les rapports qui existent entre 1^ {science §|i la nature?
(.a scie^ce^ propre^iepldite^ a pour objet les oboses 4ont il y a déiQonstration, I^a science et la, dén^oQStr^tioa sopt ii)sépai*ablaii»(1).
Toute dén}onstratioi\ supposa dQS connaissancQi^ ant^-^ rieures (2), Ces comiaissances antérieures^ qe sont les principes propres pu comniuns, iDdémontra})li^s^ et éteri^eUeïï^mi vr^is, que foiirnit riptalleçt (3)f l^a science Vft, de ces principe») indémontrables ^t éternellement vrais^ à des conclusions également nécessaire^ (4), au moyen de la démoftstration, ç'eiî*»à-dir9 du syllogisme scientifique ou raisonnement^ car toute science est la opnséquence d'un raisonnement (g).
Mais, comme o» Ta déjà vu, les principes qui pont en puissance dans l'Âme ne se déterminent et ne passent h l'acte qu^au moyen de Tuniversel^ dont la formation est due à rinduction^ laquelle s'appuie sur la sensation ou con* naissance du particulier (6). Donc la science^ considérée dans ses principes^ a pour condition première la sensation^ qui, tout entière, relève de la nature (7).
La sensation n^atteint que le fait et ne va pas jusqu'à la cause (8); mais elle est le point de départ du savant. La
i\)Mor. àiV«V?.,VI, 6.
(2) Dern. analyt., 1, 4, § 4.
(3)lbid., II, 49, §8.
(4) De CAme, III, 8 § 8; Dern. analyt. I, 8, § 4.
(5)Ibid., ïl, 19; §8; 1,2, §5.
(6)lbid., H, i9, §§6» 7.
0) Voir ci-dessus, chap. vu.
(8) Dern, analyt., I, 34, § 4.
science est es puissance dans Tobjet sensible et dws la sensation (1 ). La nature le dit à Thomme, par le désir de savoir qu'elle excite en lui et par le plaisir qu'elle attache à la connaissance sensible (î). En sorte que la science doit à la nature son premier branle, et c'est la nature qui lui offre la première occasion de s'exercer.
Mais il ne s'ensuit pas de là que la science soit un mouvement. Non, la partie de l'âme qui sait^ ne meut pas ; elle n'est jamais mise en mouvement : elle demeure en place (3). La pensée scientifique ressemble^ on peut le dire^, au repos, à l'immobilité^ bien plutôt qu'au mouvement ; et il en est de même pour le syllogisme (4)^ pour la démonstration dont procède toute science (5).
Donc^ nul mouvement dans la puissance scientifique de. l'âme. Elle est essentiellement immobile, et immobile aussi est son éternel objet; car les choses particulières et en mouvement sont étrangères à la démonstration et à la science (6). Ainsi, la science n'est pas plus la nature que rîntellect ou entendement pur, qui^ du reste^ est le principe même de la science (7).
La partie délibérative ou logistique de Tâme répond aux choses contingentes, c'est-à-dire à celles qui peuvent être ou ne pas être, et que nous sommes libres de faire ou de
(1) Génér.y et corrupL^ I, 3.
i'ï) Métaph.y l, i .
(3),D«rAme, III, 44/§4.
(4) Ibid., I, 3, § 47. *Exi 5' i\ vÔTiai; ëoixev i^pefjn^aei «civl xal êmatà- (jsi ji.a).).ov îj xivr,<7et- tôv aOxov Se Tpôwov xocl ô ffyXXoYiT(t6;. Voir l'excellente note (Je M. B. Saint-Hiiaire, p. 432 de sa traduction.
(5) Dé?r«. analijl.. Il, 49, §8.
(0) W/ff/î/i., VI, 4.
,7.: Dern. analyt., 1,33, § i.
Défaire pas (1). Les objets, de cette sorte, forrûent le domaine de TopinioD, espèce de conception (3) qui est tantôt vraie et tantôt fausse (3).
L'opinion, qui est du même genre que la science et la sagesse (4), et qui est conception, c'est-à-dire pensée, semble ajqpartenir en propre à Tàme. Par là, elle se distingue clela sensation, affection commune à Tàme et au corps (5) Hais elle porté sur les choses particulières; et, dans ce cas, elle a besoin du concours de la sensation (6). Lors même qu'elle s'attache à l'universel, elle suppose encore la sensation qui contient Tuniversel en puissance (7). L'opinion a donc toujours pour condition la nature, cause unique de ce mouvement d'altération qui constitue la sensation sous tontes ses formes. Les objets de l'opinion sont mobiles; Bile est mobile comme ses objets (8). Cependant, semblable ^ la science et à la sagesse (9), l'opinion n'est pas en iiouvement comme l'imagination. Elle est supérieure à 'imagination, puisqu'elle la juge et la redresse (10). Elle igit dans l'état de rêve, alors que, les sens ne fonctionnant )his,tout mouvement d'altération a cessé (11). Elle ne subit ^ comme la fantaisie, le joug et les impulsions de la vo-
(1) Grandes mar,^ I, 35.
(l) De l'Ame, III, 3, § 5.
(5) Ibid.; II, 2, § 40.
(6) Ibid.. 111,3. §9.
0) Mor. à Nie, Yll, 3.
(8) Phyg., VIII, 3.
(9) De r Ame, llh 3, § 3.
HO) Ibid., § 10.
■M) Des songes, I.
lonté (1). D'ailleurs elle s'appuie souvent sur )e syllor gisme {%)y qui est, on le sait, semblable nou au mouyer ment, mais à la stabilité et au repo^. L'opinion est dOBC en dehors de tous les mouvements qui pFOcèdent de la s^' sation et de l'appétit^ et par eonséquent de la nature comme cause. Mais si la nature ne la produit pas, elle ^ est du moins la condition nécessaire.
A la partie logistique se rattache le syllogisme du vraiv semblable ou du contingent^ qui se nomme syllogisme disr lectique (3). Dialectique ou seiaitifique^ le syllogismes les mêmes éléments et la même essence (4). Et, comme par essence^ le syllogisme est un arrêt et un i^epos, rïl suppose la sensation et la nature^ c'est en tant que coodi^ tion^ et non en tant que cause motrice.
La réminiscence appartient également à la puissasee délibérative. Elle s'appuie sur le raisonnement (5), et fait un syllogisme qui consiste à tirer une conclusion de ee que l'âme a autrefois vu, entendu, ou éprouvé (6). ta réminiscence présuppose donc l'exercice antérieur de la seûr sation. De plus, elle implique le souvenir (7), bien qu'elle en soit distincte, et exige un effiort volontaire qui, avee le secours de l'habitude, retrouve la science oubliée (8). Mais l'effort volontaire n'est que Tappétit éclairé par la raison,
i\) De V Ame, m, 3, §4.
(2)Ibid.J1, § %
(3) Topiq.l, 4, §5.
(4) Prem. analyt. f, 1, § G.
(5) Topiq., I, 13, §2;A/^m.,n.
(6) Ibid.
0) Ibid.
(8) Ibid.
t rgppétit (Bst éiQif^mipent le principe^ 1^ pâture qui nou«i aeut nous-mèmea(l),
1^ pépûniseepce a ^o^q pour cqQ4IUoii 1^ Qaturp^ en HtquQ $@P^))le ^t m tant qu'^ppétitiye.
|4 ppispaçLce délifeép^'tive; prpprepaent dite, agit-relle, l'awWÉht-eJle S£|ns Ijb concpurs de la npitiife? Délibérer çft mî^RnQr sout uii mépie acte, s'appliq^apt m contingent, ap phases sensibles $t ^u mouyemept, |l tout Qe qui naît et périt (^)f Ju'iîitelleot pT£^tiq^e raisonne tpujour^ m vue d'pQ ^RtOt pette 4U| ç'^st ma bien réel ou up bien f^ppa^ ^\ ; ce n'est pas lei bi0n ^bltrait^ le biep (îq général ; c'est If tien qui est 4 fai|?§, et i^ fq^ire signifie qni n'est pftsi §t qui pourrait ne pas être (3). L'intellect pratique snppose donc )a pensée e^^citée p^ 1^ senss^tion^ pu ]^ i^nn^is- 8flAc§ s^nsible d@ VQt>jet 4 PQnrsuivre oi^ à fuir, et ^insi la A^bération n'qst possible qu'ap?^^ I4 çenssftion (1), Um l'intellect pratique §t ^ raispupeinent qui forpaent en-r spifelp ÏjE^ puissance délibératiye, qe meuyeut pa^ et spnt, BIP essence, imn^pl)iles (^), Çett§ puiçsj^nQe n'est dpnc pa^ pii mouyement pypduit par Ja nature; Qlle u'est pas d^.- Tanl^ge 1^ n^t^lF^ elle-ipânie, que npus àéfiuisspns le pnnsipe du mpnypmeut dansi le même être. ]t>a délibéra^ tion 3Ê| §ép*re A3 14 uatijw» oomroe s'en distingue l'intellect lui-même, et n'en dépend que dans la même jnç-
II nous reste à p^aniiner la volonté dags se^ rapports
(1)V. chap. précédent.
{% Grandes mor,i 1» ^•
(3) De VAme, IIÏ, 40, § 4.
(4) Grandes mor*^ I, 35.
(5) y. plas haut, même chapitre et chap. précédent.
avec la nature. La volonté est-elle la nature? Ce que meut la volonté^ est-ce la nature qui le meut?
L'acte le plus volontaire de Tâme^ c'est la détermination^ ou cholx^ ou préférence raisonnée. Cependant, la détermination n'est ni le volontaire que possèdent les êtres incapables de choisir^ ni la volonté qui veut quelqaefns des choses auxquelles nul ne se détermine à moins d*fttre insensé, et qui^ d'ailleurs^ vise au but^ tandis que la détermination s'attache aux moyens (1). La détermination se définit par la pensée et l^appétit (S) : la pensée est audessus de la nature; mais Fs^pétit, principe du mouvement dans l'homme, se confond et s'identifie avec la nature elle-même.
La détermination une fois prise^ la volonté meut aussitôt. A ce moment la raison et la pensée ont déjà fait leur choix, et c'est l'appétit qui meut. Or, si Fappétit.prend le nom de volonté^ c'est que la raison l'a éclairé d'avance (3). Irréfléchi et sans raison^ il descendrait au niveau de l'appétit purement sensitif, et ne serait plus que désir ou passion (4). Mais cet acte intellectuel qui précède la volonté appartient à la détermination et doit lui être rapporté. Par conséquent, en tant que purement motric^^ la volonté se réduit à l'appétit (5), et ne se distingue plus de la nature.
Au reste, toutes les causes de nos actions se ramènent à la nature et à la pensée. En efiÎBt, à compter les causes de
C4) Morale à Nie, III, 4.
a) Morale à ^ud.,U, 40.
(3) De VAme, ÏII, 40, § 3; 9, § 7.
(4) Mor. à Nie, VII, 8.
(5) De VAme, III, 9, § 7.
nos actions, ou en trouve sept : le hasard^ la nécessité^ la nature^ la coutume, le raisonnement volontaire^ la passion .et le désir (f). Le hasard, c'est toute action accidentelle^ aoi^ de la nature^ soit de la pensée (2). La nécessité^ ce sont ^en nous les conditions de la vie et de Tëtre, comme la * iiouiriture et la respiration, c'est-à-dire les fonctions et ' les l(Hs de la nature qui ne sauraient être autrement qu'elles ne sont (3). La nécessité, c'est encore l'obstacle exté- Tieur qui s'oppose à notre désir (4). La coutume est, ou bien un état de l'intellect agent lui-même arrivé à l'acte, c'est-à-dire un état de la pensée (5), ou bien un penchant i l'acte produit par un exercice antérieur dont notre volonté était la cause (6), et nous savons que notre volonté est appétit (c'est-à-dire natme) et pensée. Le raisonnement volontaire, c'est Taction réunie de la pensée et de l'appétit (7). Enfin, la passion et le désir sont des mouvements innés de notre nature (8)'.
Ces deux causes, la pensée et la nature, se retrouvent à l'origine de toutes nos vertus. Certaines qualités morales sont en nous un don de la nature (9). Mais ces qualités nous deviendraient nuisibles sans la raison, sans la pensée qui nous conduit à la vertu par la prudence. Il nous appartient de développer nos dispositions innées, et de les
CI) Rhétor.,1, 40.
(«) Met., XI, 8; Phyi,,}U 4, 5, 6.
C3) Métaph., V, 5.
(4) Ibitl.
C5) Phys., VII, 4.
(6) Morale à Nie, IIï, 7.
(7) Voir plus haut même chapitre.
(8) Morale à Nie, VII, 8.
(9) Grandes morales^ \, 35; Morale^à Nicom., VI, 13.
chaiiger en habitude, par uù choit libre et par Vexercice de l*appétit raisonnable (<). Nous sdfhmes toujotrsres- 1^ ponsal)les de nos fautes (2), car c'est dé nôiis qu'il dépend de soumettre Tappétitàla raison , là natùte â la pensée.
Ainsi y notre Vie morale a deux principes : la pensée et la nature. La pensée élève Thoinme au-dessus de ta natuie, au-dessus de lui-même ; elle est Ift partie immortelle de son être (3], le prix de ses vertus, son bien, son bonheur (4); elle est Tintellect divin lui-même descendu dans Thumanité(5). Mais, tout excellente, tout divine qu'elle soit, ta pensée ne peut, sans la nature, ni s'exercer, ni se développer sous aucune de ses formes. C'est la nature qui iWke, qui réveille au moyen du corps qu^èlle a formé, des organes qu'elle a placés dans le corps, et de la sensation qu'elle produit en ces organes. C'est la nature qui, dans les images delà fantaisie, fruits de la sensation, fournit à la pensée la matière de l'universel, lequel devielit à son tour la matière des intelligible^ (6). Éternelle, impérissable, indépendante, ayant en elle-même son objet (7), l'intelligence penserait, l'intelligence serait sans la nature. Mais, sans la nature, elle ne serait pas réellement dans l'homme, car elle y demeurerait à rétat de pure puissance; et l'essence, la vie, rêtre de l'intelligence, c'est l'acte, l'acte éternel et parfait (8).
(1) Morale à Nie, Vï, 13.
(î) Ibid., ÏII, 7.
(3) De VAme, II, 2, § 9; III, 4, § 4.
(4) Polii., IV, 4 ; Mor. à Nie, X, 6.
(5) Part, des anim,, IV, 10.
(6) C'est le résumé de tout ce qui précède.
rOPhys,, \IU1, 9,U.
(8) Ibid., "7,9.
X. — t>e là uatiire considérée comtod cause de moiivement et de rimiiloMlité dans le ciel et dans les ast^Cfsi
Le mouYement est éternel. Nous le prouverons d'abord tr ^éternité du mobile, c'ést-à-dire dtl monde, ptiis par iiernité du temps. '
Le mobile est éternel : en effet, s^il à commencé, un jet a passé du non-être à l'être. Mais ce passage, ce langément, n^a pu se faire sans un mouvement, et tout otivement suppose un mobile. Ainsi, toute naissance a or condition un mouvement et un mobile antérieurs. ne, le mobile est éternel. Mais si le mobile est éternel, imouvement le doit être ; car, que le mouvement com- 5hce, il aura été précédé d*un repost : or, le repos n'est 19 la privation d'un mouvement antérieur ; donc, Téternité . mobile implique Téternité du mouvement (4 ) . En second lieu, le temps est éternel. L'élément du temps, st le présent; le présent est la fin du passé et le commenment deTavenir, en sorte qu'il n'y a ni premier ni dernier nps, et que le temps n'ayant ni commencement ni fin, est jrnel. Mais le temps n'est que le nombre du mouvement; iSt le mouvement en tant quel 'âme le considère par rapport l'antériorité et à la postériorité. Le temps n'est qu'un )de du mouvement, et le temps est éternel; donc, le )uvement est éternel. C'est pourquoi Platon a eu tort de pe que le temps a commencé et que le ciel a été créé (2). Éternel, le mouvement est aussi continu. Supposons
<)Pfcy<.,VIÏÏ, 4.
î) Ibid. Trad. de M. B. S. ttilaire, T. II, p. 460.
qu'il ne le soit pas, il se composera d'une série de mouvements successifs et distincts dont chacun aura un commencement et une fin. Mais tout mouvement qui commence a nécessairement pour cause un mouvement antérieur. Chaque succession de mouvements sera donc produite par un mouvement appartenant à une succession antérieure; celle-ci aura pour cause. Tun des mouvements d'une autre succession, et ainsi à l'infini. Mais il faut s'arrêter dans la recherche des causes : une suite infinie de causes répugne à la raison. Le mouvement n'est donc pas composé de mouvements distincts et successifs. Donc^ il est continu (4 ) .
Le mouvement étemel et continu, dans quelle catégorie a-t-il lieu? Est-ce dans la catégorie de la quantité, ou dans celle de la qualité, ou dans la sphère de la génération? Non, évidemment. Un mouvement éternel ne peut avoir pour cause nul autre mouvement, et les mouvements d'altération, d'accroissement ou de décroissement et de génération, supposent tous le mouvement dans l'espace. Celui-ci est la cause de tous les autres ; il est donc seul éternel. De plus, le mouvement dans l'espace est le seul qui n'apporte aucun changement à la nature de l'être mû, et qui, par conséquent, réunisse la double éternité du mouvement et du mobile. D'où l'on voit que l'éternité, et la continuité qui en résulte, n'appartiennent qu'au mouvement dans l'espace (2).
Mais quelle sera la direction du mouvement éternel et continu? Le n)ouveraent dans l'espace n'affecte que trois
t4) Phyf., VIII, 10. Trad. fr. T. Il, p. 5<8 et suîv. (S) Ibid.f 7. Et plas haut notre chap. -l«^
formes : il est rectiligne, mixte oa circulaire. Le mouvement rectiligne va d'un opposé à Tautre, et, dès là, il ifest ni continu ni éternel. Admettez qu'il soit étemel; de deux choses Tune : ou bien le mobile marchera éternellement vers son but, sans jamais l'atteindre ; ou bien il l'atteindra et reviendra sur ses pas, pour effectuer perpétuellement un double mouvement de progression et de régression. Dans le premier cas, le mobile n'aboutit pas, le mouvement ne s'accompht pas, et, en réalité, il n'y a pas de mouvement; dans le second cas, le mobile^ quand il touche le but, s'arrête avant de revenir au point de départ, où il s'airêtera de nouveau. Or, un tel mouvement n'est pas continu. Même raisonnement pour le mouvement mixte. Le mouvement circulaire est tout différent : loin d'aller d'un contraire à l'autre, il parcourt une circonférence où aucun point n'est une limite, où toutes les hmites sont en puissance, aucune en acte . Là, nul temps d'arrêt, nulle interruption. Ainsi, le mouvement circulaire dans l'espace est le seul qui soit sans terme et sans repos, éternel et continu (1).
Le mobile qui exécute l'éternel mouvement ne saurait être l'un de ces éléments dont la nature est de se porter de bas en haut, ou de haut et bas, et d'aller ainsi d'un contraire à l'autre. 11 n'est soumis ni à la génération et à la corruption, ni à l'accroissement et au décroissement, ni à l'altération, car ce serait encore là se mouvoir d'un terme au terme opposé. L'étemel mobile n'est pas la terre; il n'est pas davantage l'eau, Tair ou le feu. 11 n'est ni léger ni grave. Il n'est point né. Il ne vieillit pas. 11 ne mourra point : et voilà pourquoi les Grecs et les Barbares, et tous
{\)Phys., VIII. 8.9.
ceux qui reconnaissent des dieux , leur ont donné ee corps pour résidence, parce que l'immortel convient à l'immoftel. Cet élément doit exister. 11 existe, sans quoi Téternel nK)UYement est impossible. On le nomme éttier» parce qu'il est dans son essence de se mouvoir toujours (àei ei») Cest le premier corps^ absolument distinct des coq» qui nous entourent, et d'autant plus parfiût qu'il en est plus éloigné. C'est un corps divin; c'est le premier et le denier ciel 0).
Ce corps doit avoir la figure qui oonvie^t^ le mieux à son essence. Il est premier: il aura donc celle de toutes les figures qui est la première. Mais ce qui est un «t simi^ vaut toujours mieux que ce qui est multiple et composé. La figure la plus simple sera donc, de toutes, la première. Or cette figure, c'est la sphère qu'une surface unique suffit à délimiter. Donc le premier corps, le premier ciel;, sera sphérique (2).
Tout corps qui est enveloppé par un corps sphérique, et qui s'y adapte, doit être lui-même de forme sphérique. Le premier ciel enveloppe le ciel des étoiles fixes ; celui-ci entoure exactement le ciel des planètes. Le ciel des^ planètes circonscrit le feu, le feu est autour dé l'air, l'air autour deTeaû, Teau enfin auloar de la terre. Chacun de ces corps s'adapte et adhère à celui qui l'enveloppe; chacun de ces corps est donc sphérique, comme celui dont il est entouré, et qui est à son égard ce que la forme est à la matière. Ainsi, * le premier corps imprime la figure sphérique au monde tout entier, qu'il contient et qu'il embrasse (3).
ii) Du ciel, II, 2 et 3.
(2) Ibid., 4.
(3) Ibid*, II, 4; |V, 3; Météor.,1,3.
De ce qui précède, il ne résulte nullement qu'il y ait plus d'un ciel. Le ciel est unique. Nous appelons ciel, il est vrai, soit la sphère extrême du tout qui contient les étoiles fixes^ les êtres divins, soit la sphère immédiatement inférienre où sont le soleil, la lune et quelques autres astres; mais nous donnons encore et surtout le nom de ciel à famt ee qui est compris dans la sphère la plus extrême du monde (4). A prendre le mot ciel dans ce dernier sens, il n'y a, il ne saurait y avoir qu'un seul ciel. En effet, le ciel est un corps naturel et sensible, formé non-seulement de telle.ou telle matière, mais de toute la matière qui existe. En dehors du ciel, il n'y a rien. Supposons qu'un corps se rencontre en dehors du ciel , il sera ou simple ou composé. Kmple, ce corps sera en dehors du tout, ou en vertu de sa nature, ou contre sa nature. Mais tout corpS simple est ou bien emporté par le mouvement circulaire, et alors sa nature ne lui permet de changer ni de direction ni de lieu ; m bien il appartient au genre des corps graves-ct légers, et, dans ce cas, sa nature le retient dans la sphère propre aux éléments légers et graves. Donc, il n*y a aucun corps simple en dehors du ciel ou du monde. Quant aux corps composés, ils sont formés des corps simples, et, par conséquent, ils subissent la même loi. Mais si aucun corps n'existe au delà des limites du ciel, si toute matière y est contenue, il n'y a qu'un ciel (2). Ce ciel unique est fiai ; il est parfait (3). Enfin, en dehors du ciel, il n'y a ni temps ni espace. Il n'y a pas d'espace, car l'espace est un lieu où il est possible de mettre un corps, et nul corps n'existe en dehors du monde.
(fj Du ciel, 1,9; P/jp., IV, 2.
12) Du ciel, I, 9; MiUaph., XII, 8.
i:6)DucieU 1,7.
Il Q'yaaucuQtemps^car le tempsest le mode du mouvement, et en dehors du ciel^ il n*y a pas de corps ou de mobile, et, partant, pas de mouvement (i).
Le monde est donc un tout unique et continu qui se meut éternellement d'un mouvement circulaire (2). La sphère de l'éther est liée à toutes les sphères inférieures (3). Elle les emporte, avec les astres et les corps qu'elles contiennent (4), dans son mouvement autour de la terre^ centre immobile du tout (5). Ainsi^ toutes les sphères sont mues d'un mouvement unique par un moteur unique (6) ; et ce moteur unique^ c'est le premier corps, le premier ciel^ c'est Téther (7).
Or, quelle est la cause qui met en mouvement Téther, et par conséquent le monde entier ? La cause extérieure du mouvement éternel^ c'est le moteur immobile (8). Mais le premier ciel est un être naturel (9). Tout être naturel a en lui-même le principe de son mouvement (4 0). Ce principe, dans réther comme dans tout corps naturel, c'est sa nature, puisque la nature a été définie la cause du mouvement dans le même être, en tant que même (44). Et quelle est la forme qu'affecte la nature quand elle meut Téther?
WDu ciel, 1.9.
(2) Ibid., H, 5, 6.
(3) Ibid., 42.
(4) Météor., I, 3.
5) Du ciel, II, U.
• (0) MélapK, XII, 8.
C7) Du ciel, II, 2 et 3; Mélaph,, Xlf, 7, 8.
(8) Métaph., XII, 8.
(9) Du ciely II, 7. S&ua çuctxôv.
(40} Phys., 11,4.
;4I^ Voy. ci-dessus, § ii.
Ce ne peut être que la forme du désir. Le moteur immobile, en effet, meut en tant qu'intelligible et désirable, en tant qu'objet de la pensée^ de l'amour et du désir. Il est donc pensée aimé et désiré par Tètre qu'il meut directement, et dont il se sert comme d'un premier moteur pour mouvoir tous les autres (1). Mais la pensée est, par elle-même, étrangère au mouvement; elle ne meut pas. Sa puissance se borne i éveiller le désir. Le désir seul produit le mouvement (2). Le moteur immobile meut le premiermoteur mobile, comme cause extérieure et finale (3). Ce qui meut le premier ciel, comme cause motrice, c'est le désir (4), principe essentiel' lement inné, penchant de leur nature qui porte les êtres vers le désirable, c'est-à-dire vers le bien (5) ; c'est la nature elle-même, c'est l'âme, car le ciel est animé (e).
On le voit donc, le principe du mouvement du premier ciel, le principe du mouvement circulaire du monde, c'est la nature de Téther. Dieu seul est au-dessus de l'élher; cet élément est éternel, simple, unique, divin; il meut
(4) Métaph., XII, 7.
(2) Voy. ci- dessus, § viii.
(3) Métaph,, XII, 7.
(4) Ibid.
(5) De VAm'e, UI, iO, §§ 2, 3,4; Prem analyt., II, 27, § 42; ci-dessus, § VII.
(6) Du cielf II, 2. *0 ô' cùpavo; ^'^'(oz xai î^^i xivYJffecix; opxi^v. — M. Ravaisson, dans son Essai sur la métaphysique y t. I, p. 575, pense que cette expression oOpavoc ë(Jt4^x<3C u^ ^oit pas être prise à la rigoear, parce qu*elle est contredite par un passage du chapitre précédent, où Aristote dit que, si l*éther est éternel, ce n*est pas cependant une âme qui lui impose Téternité. J*ai deux raisons de ne pas partager l'opinion de Téminent critique. Premièrement, le passage du premier chapitre 4ie contredit pas au fond le passage du deuxième. En effet ,
tout ce qui est dans le monde; mais il est mù par le désir, par la nature.
Le principe qui meut le premier ciel est aussi celui qui meut les étoiles fixes. Ces astres, en effets n*ont et ne peuvent avoir d'autre mouvement que celui de Tétber, à la sphère duquel ils sont attachés. S'ils en avaient un autre, chacun d'eux devrait être doué d'une vitesse égale à celle du cercle qui le porte^ puisque le cercle et Tastre accomplissent leur tour dans le même temps. Or, il n'existe entre la vitesse d'une étoile fixe et celle de son orbite aucun rapport exact. Telle étoile, rapide parce qu'elle appartient à tel cercle, deviendrait lente si elle était transportée sur un autre. Il est donc ràisoni^able de penser que les étoiles fixes n'ont d'autre mouvement que celui du cercle qui les porte. En second lieu, toute étoile est sphérique. Un corps sphérique se meut, soit autour de son axe, soit d'un mou* vement de rotation. Mais les étoiles fixes n'ont ni l'un ni l'autre mouvement- Si elles tournaient autour de leur axe,
Aristote dit dans le premier que le ciel n'est point pesant, et que par conséquent il n'est pas nécessaire qu'une âme, pour le pousser dans un certain sens, lutte laborieusement contre sa nature, qui l'emporterait dans un autre s'il avait du poids; qu'une telle âme, condamnée à l'effort et k la fatigue, ne serait pas ce qu'elle dryit être*, exempte des douleurs qui s'attachent aux mortels, et parfaitement heureuse. Ce langage ne signifie pas évidemment que le ciel n'a pas d'âme, mais seulement que son âme est exempte, de fatigue et d*effort.
En second lien, la doctrine d'Âristote, c'est que le premier moteur immobile meut en tant qu'intelligible et désirable. Le premier moteur moble doit donc être doué dMntelligence et de désir. Or ce sont lii des facultés de l'âme. Gomment donc le premier ciel aura-t-il ees facnltéS; s'il n'a pas d'âme ? II en a donc une, et il faut prendre b la rigueur ces expressions d'ArIstote : *0 Ô'oOfavo; iy^^v^o^ xai îyv. xivriffewç ^px^^*
3 changeraient pas de lieu ; et elles se déplacent. De in corps n'a le mouvement de rotation que s'il autour de son axe; les étoiles fixes ne tournent pas de leur axe ; elles n'ont donc pas non plus le mou- ; de rotation.
il est une autre raison pour laquelle les étoiles fixes r elles-mêmes immobiles. Ces étoiles sont absoluibériques ; on n'y voit nul organe, nul membre qui illie, qui ait rien de commun avec la ligne droite le mouvement de la marche. Elles ressemblent aussi i possible aux animaux doués de la locomotion. Si es étaient destinés à marcher, ne serait-il pas abue la nature leur eût refusé des membres? Quoi ! la si prévoyante, et qui forme les animaux avec tant t aurait-elle donc négligé à ce point les astres, qui animent plus précieux ? Non : la nature ne fait rien I, ni au hasard. Pleine de sagesse et de prudence, i refusé les organes de la locomotion aux étoiles ue parce que ces astres ne devaient pas se mou-
si les étoiles fixes sont immobiles par elles-mêmes, êtes, au contraire, ont des mouvements qui leur ^pres (2). L'observation le constate (3). De plus, il ju'il en fût ainsi, et cela pour deux raisons. Preent, le mouvement continu et circulaire suffit à er la génération dans le monde (4). Mais les êtres
deux paragraphes sont ou la traductiou ou la paraphrase du 'e du II» livre du traité du Ciol.
ap/». Xll,8.