EXPOSITION ANATOMIQUE
On a décrit, sous divers noms, à l'articulation coxo-fémorale , un ligament inter-articulaire. Ce ligament, simple et cylindrique en haut, y prend attache au fémur. L’attache a lieu en un point qui, chez un homme debout sur ses deux pieds, se trouverait à peu prés sur la droite menée de l'un à l'autre des centres des tètes sphériques des fémurs. De lé ce ligament, que nous demandons à appeler d’avance suspenscur , descend et se divise bientôt en deux cordes qui vont, l'une en avant, l’autre en arrière, se fixer à deux points inférieurs du bord de la cavité cotyloïde. Ces deux cordes font entre elles un angle assez ouvert non loin de 45°, et se trouvent tendues dans l'attitude indiquée.
Dans la même attitude, les libres supérieures du ligament capsulaire sont pareillement tendues.
Il on est de même du faisceau accessoire qui renforce en haut le ligament capsulaire.
L’organe sur lequel nous désirons appeler l’attention est une bande libreusc considérée jusqu’ici seulement comme portion plus résistante de l’aponévrose fascia-lala : ce serait un vrai ligament articulaire, le plus long eu l’un des plus forts de l’économie.
CeUe bande libre use, assez tuai terminée par ses bords, ost d'une largeur variable entre 4 et 8 centimètres environ. Elle naît de la crête iliaque, à son point le plus saillant en dehors, de la lèvre externe du bord. De là elle descend verticalement sous lu peau, touche au grand trochanter, et, longeant la cuisse, atteint lo tibia, où elle se termine en se fixant au bord de la surface articulaire du genou , entre l’épine tibiale et le péroné.
En haut cette bande fibreuse s'éteint par ses bords en fibres de plus en plus grêles et transparentes.
A la hauteur du grand trochanter on observe une intrication trèsforte d’une portion des fibres de cette bande qui maintient les autres parallèles et strictement unies. Cette disposition est importante à noter, car nous verrons que le grand trochanter tend, pendant la station, à érailler la bande. Une autre disposition à remarquer , c’est que cette bande est assujettie à ne point abandonner le trochanter par des brides qu’on voit en avant et en arriére. Celles de ces brides qui vont en arrière s’unissent, en se recourbant, au tendon du grand fessier; quelques fibres se recourbant plus encore s’engagent sous le faisceau externe du triceps et rentrent s’implanter au fémur. Les brides qui vont en avant passent sous le muscle fascia-iata pour parvenir au col du fémur. Ces dernières brides sont bien moins fortes que les premières : on se rendra compte de celle différence quand on verra que la bande fibreuse , lorsqu’elle est raidie par l’adduction du membre, comme pendant la station sur deux pieds, tend à se déplacer spécialement pour passer en avant du grand trochanter, et que même la majeure portion de ses fibres parvient à s’y loger, en déprimaiit les chairs, quand la distension devient plus forte, de la crête iliaque au tibia, comme on verra qu’il arrive pendant la station sur un seul membre.
Plus bas que le trochanter, la bande fihrcusc s’élargit, ses fibres parallèles, brillantes, y sont unies entre elle» par une trame de fils nacrés rares. Du bord postérieur partent des expansions qui se continuent avec l'enveloppe du membre. Au bord antérieur, le* fibres
de la bande sont juxla-posées et unies par une trame commune à des fibres semblables terminales du muscle fascia-lata , lequel se rend ainsi à une insertion inférieure adjacente en avant à celle de la bande.
A la hauteur du genou, la bande fibreuse tient dans toutes les directions aux enveloppes de cette articulation et à diverses de ses parties; quelques fibres se continuent avec l'aponévrose d’insertion des muscles de la région antérieure de la jambe.
Nous proposons, pour la discussion , de désigner cette bande fibreuse par le nom de bande ilio-lrochanléro-tibiale, des noms partiels de ces deux points d’attache extrême, joints à celui de son point assujetti qu’il est indispensable de faire entrer dans le nom de cette bande, car tout son jeu va dépendre de celte disposition.
La bande ilio-lrochanléro-tibiale limite la dislance maxima du tibia à la crête iliaque, ou du grand trochanter à la crête iliaque, il en résulte que, si l'on dis|M>sc un cadavre étendu sur un coté, la cuisse de ce côté étant lléchic , l’autre membre resté dans le prolongement du tronc, se maintiendrait, sans support, le genou en l’air, à distance de la table. Les fibres supérieures du ligament capsulaire et leur faisceau accessoire sont bien disposés pour le même effet à obtenir; mais leur distance à l'axe de ce mouvement est si petite, que la rupture de ces fibres serait imminente si elles se trouvaient seules à résister
L’éraillement ou la rupture de la bande ilio-lrochanléro-tibiale, ou de ses brides, est probablement un accident préalable à toute luxation de la cuisse survenant par un mouvement forcé d'adduction et d’extension tout à la fois ; car un des effets de cette bande fibreuse alors tendue est de maintenir la tête du fémur contre la cavité cotjloide ; concourant ainsi au même résultat que la portion supérieure du ligament capsulaire et que son faisceau accessoire, quoique par un mécanisme différent; en effet, au lieu d'agir, comme eux, directement dans le sens de ses fibres, la bande ilio-trocliantéro-libiale presse le trochanter, comme les cordes d'un violon pressent le chevalet qu elles maintiennent contre la table de l'instrument.
Pour résumer cette exposition anatomique : Un homme étant cou-
ohé sur une labié, étendu sur le dos, les membres inférieurs rapprochés et dans le prolongement du tronc, tous les ligaments suivants sont plus ou moins tendus de l’os iliaque au fémur et au tibia, à savoir : les ligaments inter-articulaires ou suspenseurs , les portions supérieures des ligaments capsulaires, leurs faisceaux accessoires, et enfin les bandes itiotrochanléro-libiales. De plus, la majeure portion des libres de ces bandes passe en avant du point moyen du grand trochanter (ou mieux d'une ligne qui passerait par les centres des têtes de fémur); ajoutons que plus bas la bande passe en avant de l’axe du genou.
Enfin, pour compléter les éléments nécessaires à la solution de la question statique, nous remarquerons que , dans les mouvements d'une articulation, il faut bien a dislinguer ce qui est rotation simple de ce qui est torsion, l’une et l’autre y sont ordinairement possibles, et quand la rotation simple finit , la torsion commence ; on n’a guère jusqu’ici étudié que la rotation simple.
Pendant les mouvements, tant qu’il ne se passe que rotation simple, la position azimulalc des parties sur l'axe est indifférente, en ce sens qu’elle ne donne naissance à aucune force nouvelle dont il faille tenir compte; il n'en est plus de même quand les mouvements arrivent à être accompagnés de torsion ; dés lors interviennent des forces nées de l’élasticité mise en jeu dans les ligaments, et la grandeur de ces forces varie avec la position azimutale des parties sur l’axe.
C’est là toute la solution de notre question. Nous espérons démontrer que, pour certaines poses de station, la rigidité du corps résulte de ce qu’alors il n'y a de mouvements de rotation simple possibles que sur Taxe libio-iarsicn. Tous les autres mouvements partiels que la pesanteur tend à produire sont de torsion, ou accompagnés de tractions de ligaments, et empêches par la résistance de ces ligaments.