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LA STATION DES ANIMAUX

Des recherches sur la locomotion des animaux nous ont conduit à nous enquérir des conditions précises de leur station : c’est un point de départ qu’il nous importait de lixer préalablement à toute discussion des mouvements. Une étude attentive nous a convaincu que la station est une question moins simple à résoudre qu’il ne parait d'abord , et que les explications données par divers auteurs se trouvent, à beaucoup d’égards, insuffisantes.

En effet, pour nous borner au cas de l’homme, dans la discussion de la station , on n’a guère jusqu’ici considéré que le centre de gravité général du corps, et l’on s’est contenté d'en dire : qu’il faut, pour l’équilibre, que sa verticale tombe dans le polygone de la base des pieds sur le sol. Des savants ont montré, avec juste raison , que si, par l’addition d’un fardeau, ou par quelque déformation accidentelle du tronc, ce centre de gravité général tend à se déplacer dans un sens, nous cherchons par une attitude exceptionnelle dans le premier cas, et, dans le second, la nature pourvoit par une incurvation compensatrice, à ce que ce môme centre de gravité général soit conservé sensiblement au môme lieu , verticalement au-dessus de la base des pieds.

Tout ceci suppose implicitement les parties du corps ngtues et

(1) Mémoire lu à l'Académie des Sciences le 7 mars IMS.

invariables de position les unes relativement aux autres. Pour expliquer cette invariabilité de position, on a eu recours à de nombreux muscles. Ainsi on a indiqué , mais sans justification expérimentale, presque tous les muscles qui passent sur certaines articulations, celle coxo-fémorale , par exemple, comme contractés pendant la station.

Or, il n’est guère admissible que des muscles persistent ainsi contractés , au moins pour un effort notable , pendant un espace de temps égal à celui durant lequel tout le monde sait que nous pouvons conserver certaines poses de station. En expérimentant la chose par une attitude évidemment musculaire, comme celle du bras tendu, on observe qu'aprés un temps fort court cette altitude du bras devient intolérable ultérieurement.

Un autre fait d’observation facile à vérifier, c’est que l’homme, en station paisible, se tient sur un seul membre. Les physiologistes ont cru que ce n’était là qu’une attitude exceptionnelle et un moyen de soulagement; nous verrons que c’est l’attitude naturelle, et que l’explication du fait se trouve être un mécanisme dont il résulte clairement que la station doit être telle , pour que l’homme y jouisse du plus grand repos musculaire compatible avec cet état.

Enfin, à l’intérêt que mérite la station comme question de physique animale, s’ajoute un intérêt d’art. Il pouvait être utile de rechercher si quelque mécanisme particulier ne relierait point entre elles les poses des diverses parties du corps, ce que les peintres et les statuaires savent fort bien avoir lieu de fait, et comme, entre autres, l’a observé et enseigné Léonard de Vinci (1).

(1) TTatlalo délia piltura. Milano, 1S04. Dell’ Attitudine.

Autre point : il est généralement reçu qu’une statue posée exactement d'après nature serait fort peu stable; quelques-uns admettent même qu elle ne saurait être en équilibre dans certaines attitudes possibles néanmoins à l’homme. Pourquoi donc l’homme est- il plus stable? Dans la statue , d'une part, la matière étant rigide , c’est, pour l’équilibre , comparativement à l’homme qu'elle représente, comme si la contraction musculaire s'y maintenait parfaitement constante; et, toutes choses égales d'ailleurs, la statue devrait

Pour trouver le véritable mécanisme «1e la station, pour le mettre en vue et isoler les difficultés, il convenait de considérer, chacun à part, les centres de gravité des diverses parties du corps mobiles par groupes les unes sur les autres; il fallait chercher le degré de stabilité de chacun de ces groupes sur les parties inférieures, et l’influence qu'exerce chacun des centres «le gravité partiels sur l’équilibre du contre de gravité général résultant de leur somme.

Tel a été le plan de ce travail ; nous espérons qu’on y trouvera la solution des diverses difficultés présenté)» jusqu'ici.

Nous avons été conduit ainsi à des résultats fort différents de ce qui est généralement admis. Ces recherches ont porté notre attention sur un organe fibreux auquel on n’avait point encore pris garde pour expliquer la station. Cet organe, élément indispensable à la solution du problème , résout la difficulté des contractions musculaires. Par lui, il n’y a plus nécessité d’admettre des muscles contractés sans relâche aussi long-temps que peut durer la station dans certaines attitudes.

£t néanmoins la stabilité du système considéré selon deux directions coordonnées (d’avant en arriére et latéralement), est partout notable , sauf en un point et pour un seul sens de mouvements , et encore là même l’instabilité n’csl-elle pas entière.

La stabilité dans les deux sens, mais surtout latéralement, est de ce genre qu’on désigne sous le nom A' équilibre mobile, c’est-à-dire que l’action de la pesanteur tend incessamment à le troubler, mais que le mouvement môme, dès qu’il commence, tend à ramener l'équilibre, par le jeu d’un mécanisme particulier fort élégant, et sans qu’il soit besoin de l'intervention des muscles pour les petites perturbations.

La question à traiter est, comme on voit, toute de statique; ce-

être stable si l'homme lui même est stable dans la même attitude. Mais, d'autre part, la staloe est toute homogène ; au contraire, la densité du corps de l'homme varie d'une partie à d'autres : on pouvait donc trouver en ceci la clef de la question.

pendant, pour ôlre plus facilement compris, nous devons an préalable remettre sous les yeux certains ligaments dont la destination aurait été méconnue, et lixer l’attention sur l’organe fibreux précédemment indiqué , lequel doit jouer le rôle le plus important.

Nous commençons donc par cos détails anatomiques.

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