SI
c’est que l’ours en question oe mangeait rieu des vaches qu’il avait tuées : est-ce dans la nature d’un vrai carnassier d’en agir ainsi? Seulement les gens du pays racontent que cet ours mordait à la tétine des vaches. Si cc n’est pas là un accident île la lutte ou une pure opinion inventée pour expliquer ce carnage incompréhensible autrement, on eri doit tout au plus conolurc que l'ours aimait le lait. Ce qu’il y a encore de certain, c’est qu’ après la lutte l'ours allait boire, et sans y manquer; on voyait son owpreinte chaque fois à la flaque d’eau la plus voisine du lieu do la scène de mort. L’ours avait-il soif pour s'être fait chaud à un tel jeu, ou bien, peut-être, était-ce pour s’ôter le goût du sang ? Les carnassiers, au contraire, aiment ce goût du sang, etne boivent pas ainsi après le carnage. Ce fut même sur cette remarque qu’on détermina certains postes d’affût; et en effet l’ours fat tiré à son arrivée vers une flaque d'eau voisine d’un lieu où , un quart d’heure auparavant, on avait entendu le râle d’une dernière vache qu’il tuait au milieu même des deux mille chasseurs distribués partout, et. par une nuit des plus obscures.
Comment donc expliquer ce carnage? Nous n’en voyons point d’explication nette; et il vaut mieux le dire. C’était comme une trombe qui ravage en (tassant; comme une meule qui n’a rien à moudre.
Ou si l'on veut, à tout prix, s’expliquer la chose, on peut dire que ces meurtres sans raison d’appétit, chez notre ours colossal (1), étaient provoqués par le besoin qu’on a d’ôtre attaqué quand on est fort, que ressent le bison de donner de la tête, comme le rapide de courir et de jouer des jambes, ou l'aigle captif de battre des ailes, etc... besoin qui part des membres et dont on retrouve des traces même chez l’homme, malgré sa subjugation à l’intelligence. Cette puissante maetiine de l’ours sentait peut-être le besoin de jouer de sa dent défensive, et puisque nul ne venait l'attaquer, il fallait bien que æt
(1) Car en l'a compare à un cbetil ; le chasseur a gardé long-temps sa tête. Nous tenons tous ces détails de notre condisciple M. Beau, dont la famille habile ce même lies. Col longes.
ours fit les avances et allât lui-même s’en donner à satisfaction surces belles vaches que l’homme avait imprudemment amenées là : vaches si convenables pour leur masse , et si faciles à atteindre que c'était parfait pour lutter et pour passer la belle humeur de l’ours. La belle humeur? Véritablement : car il jouait des jambes aussi , et les anciens sont là pour le dire : cet ours faisait d’habitude quatre ou cinq lieues de pays (1) et plus par nuit, traversant entre toutes les vaches de la montagne, semant- en route partout au moins l’elTroi, là des blessures, et une fois ou deux la mort.
Tout s'expliquerait ainsi : le fait qu’il courait boire immédiatement, parce qu’il aurait joué avec une vraie fureur et que parlant il avait soif, outre qu'il voulait s’ôter de la bouche le goût désagréable du sang : et cet autre fait (inexplicable autrement) qu’il ne touchait pas aux vaches pour en manger. Finalement donc la cause première de tout ce carnage commis par un ours exceptionnel ne serait qu’une exagération désordonnée du sentiment instinctif de la défense propre : la race n’en devant point pour cela être considérée comme naturellement féroce (2).
(1) Huit on dix lieues de poste.
(S) En résume de tout :
Cet animal est tort méchant :
Quand on l'attaque il ae détend.
Dieu le fit pour ce et voilé tout l'ours. Jamais dans son état de nature rot animal n’a manqué à l'homme. Jamais , fût-ce même dans l'aveuglement de la mort présente , l'ours n’a porté sa dent sur l'homme : il en subit , sans résister, toute la domination, jusqu'à la mort cruelle. Car il y a eu sur le Jura ou vis-à-vis, sur le mont du Vouache en Savoie, des luttes mémorables, des chasseurs foulés dans des passes étroites , et d'atroces coups : la mère abattue sur son petit , et l'autre petit encore qui ne savait quitter la mère ; jamais l'homme n'y a etc blessé par l'ours.
Il est vrai qu'une fois par siècle l'ours s'est dérendu d'avance contre de belles vaches, effrayé peut-être par les énormes cloches qu'elles portent au cou : quoi qu'il en soit , pardonnons l'abus, et acceptons l'ours, voyons-le de bon œil.
Pour le dire, noos tenons à l’ours et a sa réhabilitation par raison de sympathie. Comme lui nous aimons les montagnes, leur plein air, leur paix : et, pour notre part d’homme, nous en goûtons le religieux silence et les splendeurs de vue ; ou les magnifiques cia-
Les ours fossiles si nombreux témoignent de la richesse de la végétation à ces époques reculées, et de l'abondance des fruits. La destruction contemporaine des forêts et des arbres à fruits sauvages, et la présence de l'homme, les ont restreints, dans la région du Jura, à n'babiter plus que des lieux inaccessibles où la disette en achèvera l’extermination. Cette disette force les ours à quitter parfois leurs retraites escarpées et à se risquer en bas, jusque près de l’homme, qui s’entoure de fruits. En Pologne, dit-on, les ours habitent encore les collines et les basses terres; ils y sont mieux pourvus de fruits, et là ils multiplient davantage.
(//) Sous le rapport de la déni défensive , on en peut, sans
meurs qu'on y entend lorsque les grandes oscillations atmosphériques passent aux maximum : dans ces grands jours que la montagne parle arec tous les météores , qu'elle se haigne dans l'orage et y secoue sa noire cberelure, sous les grandes étincelles qui la piquent : pour reprendre bientAt sa paix naturelle, dés qu'un soleil doré sera venu rasséréner son front. Laissons-y l'ours : est-ce donc si mal qn'une montagne fasse un peu peur? Nous aimons bien l'orage. L'ours sied aux montagnes : il sied aux plus belles : c’en est l'ornement mobile qui les avive, comme on bijou avive l'éclat d'une beauté humaine. BientAt il n'y aura plus d'ours au cou des montagnes : cette malheureuse dent a fait mettre à prix la tête de l’ours comme celle d'un féroce. N'était-ce point assez déjà que d'avoir bouleversé son existence en bouleversant les forêts dont il est l'habitant aussi naturel , aussi inoifensif que tant d'autres que la loi protège : le sanglier a tué plus de chasseurs que l'ours n’en a effrayé.
Ne nous défendons pas nous-mêmes d'avance, comme des timides : c'est le propre du fort que de laisser venir : laissons vivre l'ours pour le voir dans sa beauté native , non souillé d’aucune fange ; laissons-le vivre pour laisser complète la création ; laissons-lc vivre, ne fAt-ce que pour nos muséum, nos glorieux muséum.
Nous plaçons l'ours sous la même sauvegarde que ses forêts : forêts et ours , tout va bientôt disparaître dans cette fureur matérielle de remuement qui nous agite : on dirait qu’on n'a pas le temps de vivre ; ni de cultiver la pensée , sinon pour lui faire enfanter des locomotives dévorantes , dévorantes de tout , comme de l'es|>ace , de la paix, de la poésie, même de l'homme en chair, et par hécatombes. Au lieu de se promener sur la terre, dignement comme des hommes, et d'ouvrir les yeux sur la création qui est cependant assez belle.
doute, dire autant de plusieurs animaux que nous en avons [dit de l’ours.
Ainsi, parmi les singes, plusieurs laissent voir à leurs mâchoires des dents défensives qui leur donnent un aspect de carnassiers.
De même chez les didelphes, qui ne peuvent guèro poursuivre une proie.
Probablement que la mâchoire du blaireau est en partie un appareil défensif, par exemple, contre le renard, qui pourrait pénétrer dans son terrier ; et que le blaireau louche à l’ours, à la marmotte par l'aliment fruit : qu’en un mot, cet animal est continu à-Ia tribu pacifique des arbres , par l’aliment fruit. Mais le blaireau ne mange que les fruits du niveau du sol, étant privé de moyens d'escalader les arbres : l’ours, qui y grimpe, mange encore, d’un autre côté, l’avoine, le maïs; il eu est friand : c’est aussi notoirement la pâture du blaireau, et les cultivateurs le savent bien.
Parle blaireau, on passerait en continuité aux cochons divers, au sanglier, qui mangent comme lui les fruits du niveau du soi, les fruits tombés des arbres, glands, faines, etc..., et, de plus, ouvrent la terre, la sillonnent avec leur boutoir, pour pénétrer jusqu’aux tubercules féculents dos racines, aux truffes : tous fruits que le blaireau peut atteindre en fouissant avec ses membres. Les dents canines, chez plusieurs cochons, ressemblent à celles des carnassiers, et chez le sanglier elles prennent évidemment l’aspect défensif. Tous ces animaux sont pacifiques, bien qu’armés de dents défensives variées : tous sont continus à la tribu des arbres; aussi tous habitent les bois fourrés, riches en arbres à fruits, et avoisinant nos champs cultivés : ils y trouvent pâture, retraite; et la dent défensive surajoutée ne l’est point sans motif, puisque ces mêmes bois sont hantés par le renard et le loup féroces.
La dent défensive est bien évidente chez l’éléphant.
Enfin il n’est pas jusqu’au cerf, au chcvrotain, entre autres encore , qui , vieux et moins alertes, n’en présentent des rudiments.
D’un autre côté, l’incisive peut devenir dent d’attaque pour des proies sous-corlicalcs, les insectes. Des animaux chasseurs d’insectes peuvent porter l’incisive, comme arme d’attaque et de prise, tout aussi bien que le lion porte ses carnassières pour attaquer sa grande proie.
La molaire seule n’a trait qu'à l’aliment, vu sa situation profonde.
ÉTUDES DE PHYSIQUE AYIHALE (kuitb).
DE LA LOCOMOTION
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX
SUR LES FLUIDES ÉLASTIQUES INTÉRIEURS ET LES TISSUS ÉLASTIQUES DES ANIMAUX, GÉNÉRALEMENT DES ÊTRES.