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nous y ayons du moins rencontrée, comme fait observé. Cette question est plus grave qu’il ne semble d’abord, pour la raison que nous allons dire bientôt.
C’est probablement pour les difficultés de la copulation dans leurs voies souterraines, que les taupes ont des organes génitaux si singulièrement compliqués (1) : et de même , chez la chauve-souris, on rencontre des organes génitaux modifiés, retournés, probablement pour un écart angulaire très-grand ; ces animaux ne pouvant plus copuler par superposition directe, attendu l’obstacle du manteau de peau jeté jusqu’au bout de la queue. C’est, chez la chauve-souris, une verge corn me, celle du canard, lequel se renverse , au moment de la copulation , jusqu’à tomber en arrière sur le sol, ou plutôt, dans l’eau : car le canard pratique d’ordinaire la copulation sur l’eau, quand il y vit selon sa nature d’oiseau flotteur pacifique. On en est souvent témoin sur les pièces d’eau , autour de nos habitations.
La verge de la chauve-souris parait avoir été retournée de même, pour un même mode de service. Dès lors elle n’est nullement loin de ressembler à une verge de musaraigne ou de rat : elle est cylindrique comme celle des rats ; elle offre un prépuce comme on en voit de semblables chez divers, chez le cochon d'Inde, entre autres. Ainsi donc, en réalité, la verge de la chauve-souris n’offre qu’une futile ressemblance avec une verge humaine. Il convient de remarquer en outre que ses mamelles thoraciques sont déclives dans l’altitude naturelle de suspension par ses crochets.
C’est cependant là probablement la cause secrète qui a fait placer si haut les chéiroptères dans le règne animal : c’est cette apparence de verge humaine qui aura fait impression sur l’esprit des classificateurs. Il est donc important d’examiner la question, et de comparer physiquement la copulation de la chauve-souris avec le rapproche-
(1) La même raison de complication des organes génitaux est applicable au hérisson, au porc-épic, à cause de leurs piquants; au rhinocéros, à cause de la grande masse et du peu de souplesse de son corps, etc...
ment des sexes chez l'homme, pour déterminer s’il y a comparabilité, ou sinon, et alors simple illusion.
La copulation de la chauve-souris ne peut guère avoir lieu qu’au vol , comme pour divers oiseaux. C’est probable, mais nous n’en avons trouvé de mention faite nulle part, et nous n’avons point encore pu parvenir à surprendre le fait. Aiusi la chauve-souris no jouirait d’aucun repos général pendant cet acte, comme aussi ou ne peut guère penser qu’il y ait lieu pour elle à le goûter.
Il est d’ailleurs évident qu'il n’y a chez cet animal ni contact étendu, ni peau nue, ni bras pour sentir la forme et l'envelopper, ni bouche pour exprimer l’amour, ni yeux pour se contempler... H n’y a rien là d’humain, ni rien qui puisse nous alarmer dans cette similitude futile d’un orgauc : ce n’est bien véritablement qu'une bète, sans amour à goûter pour clic; il n’y a que du rut à satisfaire.
Et l'homme est bien toujours seul à jouir, en ceci encore, de qualités discontinues au milieu du régne animal. Le rut impose la génération entre les animaux, ou la fait subir; mais, chez l'homme, la nature phy sique présente, *fK>ur l'union intime des sexes, lu condition noble du consentement, de venir face à face. C’est là un caractère physique qui parait exclusifs l'homme, et en rapport avec le caractère de moralité semblablement exclusif à lui. Le consentement doit véritablement exister alors, et, s’il n’est exprimé, au moins doit-il être perçu par les yeux, et dans les yeux, sous la pudeur. L’homme seul contemple sa compagne pendant la fusion mystérieuse de la vie, la confusion des existences; alors que, de leur affection mutuelle, va être coagulé en chair, dans l’ovule liquide, un étra moral déminent comme eux. Aussi l’homme seul est pudoré; et seul il a été orné de ces regards d'iotuilion intime qui pénètrent jusqu’à la pensée secrète, regards attendus par sa compagne, jusqu’à manifestation, puis fuis, mais seulement alors, et qui commencent les délices de la pudeur. Comme aussi seul l’homme a été gratifié du contact sensuel des corps, de vraies mains pour le sentiment de ia forme, de vrais
bras pour l'envelopper, bien transversalement, pour, en un mol, embrasser.
Il est donc bien vrai que l’homme seul est anobli physiquement pour goûter l’amour , les brutes ne faisant que subir l’humeur du rut : et qu’ici encore il y a caractère physique exclusif, discontinuité mécanique, changement de sens, inversion de l'homme au reste des animaux. Comme il y a discontinuité métaphysique d’un animal moral qui aime, par choix, avec dévotion spéciale, à un animal hrut emporté par l’appétit d'accouplement vers une femelle quelconque disponible; animal brut aveugle pour les qualités propres de celle ù laquelle il impose de subir son humeur.
De fait encore, l'homme seul rentre et se dérobe au monde extérieur pour la procréation : les autres animaux sortent et vaguent pour cet acte. Et enfin l'homme seul se couche pour l’accomplir; lui, le superbe, qui seul marche naturellement relevé de toute sa hauteur vertébrale, et ainsi seid il est tout entier à cet acte (1).
En résumé : il n’y a donc rien dans la verge des chauves-souris, ni en aucune autre de leurs qualités qui doive les maintenir si haut qu’elles se trouvent placées dans les classifications des animaux : et véritablement la chauve-souris n est qu’une musaraigne variée, partie le soir à la suite de son insecte alimentaire, é l’aide de modifications
(1) Il est remarquable qu'aucune de toutes ces circonstances caractéristiques du rapprochement des sexes cites l'homme, n'ait échappe à l'admirable intuition de Salomon. Yoiri quelques passages frappants tirés du Cantique :
Migra sutn, sed formosa; nolite me considerare quod fusra sim, quia decoloravil me sot... Fasciéulus myrrhat dilectus meus mihi , inter libéra mea rommorabilur... Fuleite me floritius, quia amure lauguco. Liera ejassub capite meo; dextrra illius amplexabitur me...— Quàmpulchra es, etquam décora, cliarissima, indeliciis -.Sidederilltomo miment substantiam dormis sii.r pro dilcctionc, quasi nihil despicieteam.. Surge,propera, arnica mca, sper ios.miea et reni: columha me. s, in foraniinibns petne, in ravernâmncéri*, osténdé mihi facient tuant; sonet vox nia inauribus meis : vox euiu tua dulcis, et faciès tua décora... Ponc me super cor luutn... Dormi mecum... — Dileclus meus mihi et ego illi... osciiictur mro osculo oris soi.. . ego dileclo meo , et ad me conceraio ejus... suit ombra illius qurmdesideravcrain sedi...— Qtiæesl ista qu* aseendit de descrlo détiens allluens, iiiiirxa super dilectum saum?
tle ses membres antérieurs et de sa peau. De môme, et avec des changements comparables des mêmes parties, en sens opposé, la taupe est une musaraigne variée qui a pénétré dans le sol à la suite de l’insecte aliment qui s’y fouille des pertuis. Le rat d’eau présente une modification analogue pour suivre encore l’insecte dans l’eau et entre les racines des plantes riveraines; mais la modification est ici moins profonde, et l’animal varié diffère moins de la musaraigne type.
Toutes ces variations d’un type commun sont évidemment dues, en cause seconde, à l’aliment; ou liées de rapports avec l’aliment tnobile, l'insecte. Comme un autre exemple tout à fait analogue, mais pour un aliment fixé en place, se présente dans l’écureuil palmiste. L’écureuil palmiste est demi-armé de parachute à cause des grands sauts qu’il doit pratiquer entre arbres élevés et isolés, comme le sont les palmiers; pour franchir de l’un à l’autre, et que si les feuilles viennent à casser sous son petit poids, l’animal ne soit point tué pour cela. Si des fruits avaient pu s’envoler, probablement qu’à leur suite on eût observé un écureuil palmiste varié à l’extrême, ailé en façon de chauve-souris.
Après tout c’est ici un cas peu différent de l'hirondelle qui émigre vers les mouches restées vivantes, sous le soleil. Nous l’avons déjà dit : la faim pousse, l’aliment attire et dirige par attrait spécial, natif, instinctif, donné à chaque animal pour fil directeur de sa locomotion. C’est le principe général, qu’on peut encore se laisser aller à considérer comme cause finale dans ces questions, puisquo tout s’y observe ainsi coordonné avec stabilité, par intelligence ou de fait : et qu’il est naturel à l’homme de regarder comme cause ce dont il comprend nettement la corrélation. Du reste, si l’on ne voulait point de causes finales, il est facile de voir qu’il n’y aurait qu’à substituer un autre mot dans le raisonnement, comme celui de rapport, et cela se ferait sans rien changer à sa valeur, s’il en a quelqu’une.
(F) Prenons pour autre exemple d’un groupe défini selon les prin-
cipesémis précédemment, celui des qualités suivantes : habitants delà surface du sol : tribu des arbres; aliment naturel , les fruits des arbres ou leurs feuilles ; locomotion naturelle, rabaissée, quadrupède, mais relevable pour vaguer sur les arbres, y grimper, les quatre membres ne fonctionnant comme pcmlules que dans l'altitude quadrupède, c’est-à-dire, torts quatre locomoteurs.
Mous aurons en rassemblant ainsi ces animaux, et les graduant, les nuançant en série par l’amplitude variable des qualités locomotives dont ils sont doués pour vaguer dans celte aventureuse patrie, la série suivante : singes, écureuils, loirs, lérots, ours, paresseux, édentés, hérissons, marmottes, rats.
Cette série, sauf des restrictions de lacunes nombreuses d’animaux exotiques, ou la question de nourriture d'insectes pour les édentés et le hérisson qui ne sont point précisés par les auteurs, sauf encore la question de l’ours qui sera traitée à part ; cette série, disons nous, se lient par nuances graduées de qualités locomotives pour pratiquer les arbres ; cl, dans le même ordre , elle habite du haut des arbres jusqu’en bas prés des habitants naturels de la surface même du sol.
Dans le même ordre encore, toutes les qualités générales de la • tribu se nuancent successivement.
Celte tribu n'aurait rien de propre à elle dans les classifications actuelles. Elle s’y trouve, dans celle de Cuvier, dispersée dans cinq familles: quadrumanes, carnassiers, rongeurs, édentés, tardigrades, sur dix que comprend la classe des mammifères, l’homme excepté. Celte même tribu n’aurait non plusde qualités générales, communes à tous ses individus, que celles suivantes : vertébrés, sang chaud, mammifères, à ongles, caractères qu elle garde de même, dans nos principes de classification.
Mais nous y ajoutons, en propre pour cette tribu, la patrie spéciale, l’aliment spécial, la locomotion spéciale.
Ainsi, tous ces quadrupèdes ont pour patrie caractéristique de tribu, les arbres, puis les arbustes, et, en descendant, jusqu’aux ra-
cinés. Tous ont pour aliment naturel caractéristique de tribu, les
fruits desarbres ou leurs feuilles, pris en place en haut, ou plus bas,
ou bien tombés sur le sol. Toute la tribu jouit encore de qualités
propres de locomotion qui sont caractéristiques et qui se nuancent , •
comme la série et comme tous les autres caractères communs dont
il va être question. Il y a contact, en lorxunotion, avec une branche
de chasseurs naturels, ceux qui épient les dernières espèces de cette
tribu pacifique, la branche chat.
Tous les quadrupèdes de la tribu des arbres ont la locomotion fréquemment relevable, par moments , cl |>our l'ascension sur les arbres où git l'aliment; tous ont des membres opposables; tous ont des extrémités adliésives, surtout aux membres antérieurs; tous sont plantigrades, surtout des membres postérieurs.
Tous mangent entre leurs membres antérieurs accroupis sur ceux postérieurs.
Tous ceux des pajs à fruits continus veillent en continuité diurne.
Tous ceux des climats à hiver ne veillent qu’en discontinuité de saisons, ils doriucnl alors tous roulés en boule; l'hiver durant qu'il n’y a plus ni fruits ni feuilles tendres sur les arbres, et qu’il en reste ,pcu à terre, sous la neige. Les gros dorment en retraites terrestres; les petits en retraites d’arbres, dans leurs troncs, ou sous leurs racines. Ceux mangeurs de noix qui se conservent, et assez petits pour que quelques noix amassées leur sullisenl, dorment à peine en continuité, l'hiver durant; ceux, au contraire, trop grands pour amasser une provision sullisante, dorment en plein, tout l’hiver.
La loi du sommeil hibernal est donc bien l’aliment qui manque, •* et on peut poser celle loi comme vraie si l'ours, entre autres, n'est point carnassier, ce qui sera discuté plus loin (I).
(1} On en voit un autre eieinple dans les musaraignes et généralement dans tous les terrestres ou intermediaires chasseurs d'insectes, lézards, ser|tems, batraciens... Par musaraignes il faut entendre en outre leur» dérivés ou les musaraignes variées, la taupe , la rbauve-sonris, seul animal aérien qui par la singularité même de son vol, accommodé du reste a celui des insectes aériens nocturnes qu'il doit poursuivre , est privé de la faculté
La dent varie dans la tribu des arbres, avec les qualités physiques du fruit qui doit être mangé naturellement par chacun. Il oxistc sur les arbres trois états physiques de l’aliment : fruits charnus et tendres, noix et fruits durs, ou feuilles. De là trois sortes de dents : dents de singes, pour tous fruits, pour fruits charnus et encore pour noix si l’animal est grand, s’il a la mâchoire forte, la bouche ample : dents de rongeurs, encore pour tous fruits, mais indispensables pour les noix et fruits durs si l'animal est petit, de mâchoires faibles, de bouche étroite : enlin dents antérieures remplacées par un bourrelet gengival propre à pincer, pour arracher les feuilles, comme des herbivores obtiennent l’herbe sur le sol : les édentés sont les herbivores des arbres, c’est-à-dire, sont sur les arbres comme sont certains herbivores sur le sol, quant à l'appareil dentaire. Probablement encore l’aï a plus de vertèbres au cou pour quelque difficulté singulière à lui, par exemple, pour atteindre ses feuilles jjIus loin et plus commodément sur les derniers rameaux des branches, sans se compromettre à tomber; scs extrémités étant peu .prestes et peu adhésives.
Du reste, cette forme d'ongles des paresseux qui apparaît déÿà dans l’ours, et n’y est pas plus hostile quo dans les paresseux, n’est point un défaut, comme on l'a pu dire. Dans notre département de l’Ain, c’est chose notoire et que nous tenons d'une personne, entre autres, témoin oculaire, que l'ours use de ses ongles pour dépouiller les noiseLicrs dont il recherche les noisettes, et qu’ensuite il flaire dans sa patte pour les trouver parmi les feuilles venues aussi en petit nombre. On voit, du reste, les ours du Jardin-des- Plantes arracher ainsi le pain ou les pommes dont les enfants les allèchent à l’extrémité d’une ficelle.
Revenons: singes, ours, hérissons, mangeurs.de fruits charnus
des migrations lointaines , seul entre tous les aériens. Si l’aliment qui manque n’est pas la cause du sommeil hibernal , il est certain du moins que c'est un rapport de fait : nul n’hibeme s'il a pâture.
ou casseurs de noix; écureuils, loirs, lérots, marmottes, rongeurs de fruits ou noix; paresseux, édentés, brouteurs de feuilles; voilà les trois sortes de dents qui se rencontrent dans la tribu des arbres. Tous ces animaux sont d’une même tribu : la dent les sépare en vain ; on voit pourquoi cette dent varie, une coquille à casser d’un coup, ou àenlamer-en détail, suffit pour cela d'un gros à un petit : mais tous ces animaux sont naturellement réunis par la patrie commune, par l’aliment commun, et par la locomotion commune, spéciale à eux et appropriée pour vaguer tous dans cette aventureuse patrie, pour leurs besoins spéciaux de l'aliment qui y gît.
Tous donc possèdent des moyens de locomotion nuancés pour explorer les arbres, du sommet jusqu’aux racines, des plus élevés jusqu’aux buissons. Ordonnés par rapport aux amplitudes de ces mouvements répartis à chacun, quand ils sautent, et par rapport aux vitesses simples quand ils ne font plus que grimper, la tribu se divise en :
1° Sauteurs d’arbre en arbre.
Tous ont l’échine longue, le corps souple, les extrémités sûrement adhésives, et peuvent vaguer, franchir les distances, ou fuir d’un arbre par la voie des autres arbres sans descendre. Ce groupe supérieur se partage en sauteurs à extrémités prenantes, les singes; et sauteurs à griffes pénétrantes , les écureuils.
2° Grimpeurs nuancés qui montent sur les arbres, puis en doivent descendre pour passer sur un autre, qui ne peuvent fuir parla voie des arbres, ni y vaguer exclusivement. Tous sont munis d’ongles en simples crocs plus ou moins aigus, mais non pénétrants : ils sont plus ou moins prestes de leurs membres, plus ou moins souples de leurs corps, plus ou moins longs d’échine, et leurs membres restent encore plus ou moins opposables, pour embrasser les arbres ou les branches jusqu’aux extrémités. Leurs crocs plus ou moins aigus leur donnent de même prise variablement sur les aspérités de l’écorce, depuis les grandes aspérités du tronc jusqu’aux branches lisses. Leurs ongles rangés en peigne leur permettent de dépouiller
les ramuscules de leurs fruits ou feuilles, à des distances variables des branches fortes, de même que leur locomotion générale leur permet de s'aventurer plus ou moins loin du tronc vers les branches flexibles. Tous restent toujours* en sécurité de chutes par l’enveloppement en boule et la résistance de leur enveloppe extérieure. Cette enveloppe peut être coriace dans quelques-uns exotiques, comme crustacée : chez d’autres l’enveloppe est hérissée de pointes flexibles comme une enveloppe de châtaignes qui doivent aussi tomber sans contusions, exemple le hérisson; ou bien enfin l’enveloppe résiste simplement par souplesse velue sur un corps souple, comme chez les grimpeurs à poils. Quelques-uns n’alteignenl plus que les fruits d’arbustes, comme les marmottes ou les rats, et ne grimpent qu’imparfaitement , ou restent paisiblement sédentaires au pied des arbres, attendant le fruit qui doit tomber, et réfugiés sous leurs racines pour leur sécurité propre. Les feuilles suffisent pour nourriture à ceux édentés d'incisives.
Tous les animaux de cette tribu sont généralement clavicules eu ordre , pour leur locomotion spéciale.
Tous enfin sont animaux de paix et timides, du rat au singe, en sens inverse de graduation , ceux du bas l'étant plus que ceux du haut, et pour bonnes causes.
On voit facilement pourquoi graduellement, du haut de cette tribu en bas, ces animaux peuvent se relever temporairement, pour grimper. Mais cette attitude ne leur a été que permise, à courte mesure de temps, pour le besoin d’obtenir l’aliment. Ils ne sont que rekmbles, nul n’a le genou creux par devant dans celle attitude. Ainsi l’attitude relevée, redressée, ne leur a point été donnée avec la munificence d’y tenir, et de persister tels. C’est bien l'homme seul qui est ainsi anobli, qui seul possède ] l’attitude redressée, sans mesure, et pour pratique constante ; comme, du reste, les faits le montrent.
Enfin, comme nous l’avons dit ailleurs, les premiers animaux de celte série, ceux qui ont une main , bien qu'elle ne soit pas con- ’ 27
stamment libre , et qui peuvent en disposer pour manger accroupis, qui le pratiquent ainsi, ceux-là offrent, en haut delà série, quelques vestiges d’une luette qui ne se voit complète que chez l’homme et ne se voit rudimentaire que dans cette tribu à main praticable. C’est une sauvegarde qu’un petit corps, comme une noisette, portéfpar la main vivement à la bouche et humé, n’aille pénétrer directement par la voie de l’air, dans le larynx, et n’étouffe l'animal; comme on en voit des exemples non rares, parmi' les hommes, dans des cas singuliers, et malgré leur luette complète. Cette trace de luette qu’on observe au sommet de la tribu des arbres se perd bientôt en descendant dans la série , et n’existe plus quand la main n’est plus apte à porter vivement un corps à la bouche.
(G) Venons maintenant à la discussion de l'ours que nous avons rangé dans cette tribu des arbres, groupe d’animaux de paix, mangeurs de fruits.
L’ours est classé parmi les carnassiers , à cause de sa dent : la question de l’ours s’aggrave donc de la [question générale que le caractère delà dent peut induire en’erreur chez lui et chez d’autres : nous entreprenons de démontrer que l’ours, pour en donner en deux mots une idée approchée, n’est qu’un gros singe à membreset tète illusoires.
En effet l'installation mécanique de l’ours est toute pour monter sur les arbres à fruits des climats tempérés où il vit : arbres peu élevés, qu’il explore facilement, et dont il mange les fruits successivement, en redescendant pour chacun. L’ours se nourrit ainsi de pommes sauvages, d’autres fruits charnus d'arbres divers des bois, de baies d’arbustes, de myrtiles, de noisettes, de faines «t de mille autres fruits de plantes, peut-être même de brins d’arbustes on plantes. On peut reconnaître les pépins de tous ces fruits dons les excréments de l’ours, et c’est une notion populaire dans notre pays de l’Ain où Tours existe encore sauvage. Une masse énorme comme celle de l’ours eût eassé les branches , même des sapins ,-s’il
eût sauté; cc n’était donc pas praticable, et l’ours n’en avait nul besoin pour vivre. Il pouvait donc se passer de membres prenants, comme ceux des singes, mais non de ses ongles, tels qu’ils sont : ongles de paresseux, comnie'on s’en assure par l’examen comparatif etjrjui servent aux ours connmÿiux paresseux pour se cramponner aux arbres et les dépouiller de l’aliment.
Ne pouvant sauter d’arbre en arbre, l’ours n’eût pu échapper à un vrai carnassier , au loup, par exemple, qui l’eût attendu au pied, et , au besoin, pendant des jours, le loup pouvant jeûner long-temps : mais quelques heures eussent sufB, vu la difficulté du repos sur un arbre, pour l’ours. Il fallait donc à cet animal, comme condition d’existence, des dents défensives; et les siennes ne sont que cela, simplement défensives pour lui qui n’a ni la taille ni les cornes de bœuf gênantes au bois, ni la vélocité du chevreuil, ni laressourcedu singe de s’échapper par la voie des arbres. Mais ces dents n’ont |>oinl été données à l’ours pour la proie, cc n’est point là un animal de proie, on carnassier : car quij doit manger une proie doit essentiellement pouvoir l’atteindre, avant que d’être armé pour la mettre à mort: évidemment les dents sont inutiles à distance. Or quel autre animal voulons-nous que l’ours atteigne? en est-il un seul véritablement entre scs compagnons des bois que nous connaissons? Ces dents donc ne dénoncent pas plus de la férocité dans l’ours, que la corne du bison ou le bois du cerf n’en dénoncent chez ccs animaux.
L’ours sauvage est merveilleusement gras en automne, or jamais on n’observc’un semblable état d’engraissement chez les vrais carnassiers, à l’état sauvage.
Ei même encore le sommeil hibernal de l’ours prouve en faveur de l’idée qui nous semble juste. L’ours dort parce qu’il ne peut émigrer et qu’il ne se trouve plus dans les bois, en cette saison d’hiver, ih fruits, ni jeunes plantes ou arbustes dont il se puisse nourrir. Remarquons encore que l’ours s’est engraissé de fruits et l’a pu faire à la (in même de l’auloinne, que leur maturité s'accumule : il a donc sa provision de carbone à consommer pour sa chaleur d'hiver, sa
fourrure même la lui économisera. C’est donc bien là un mangeur de fruits.
Les ours que nous avons réduits à devenir carnivores ne dorment plus : ils ont donc perdu le caractère natif , le caractère de l'état de nature, partant c’est là l’exception. Remarquons même.ce que ces ours gâtent de nourriture dans leurs fosses : ce n’est pas le pain qui est encore un fruit, mais c'est la viande qu’ils laissent traîner, et leurs excréments même prouvent qu’ils la digèrent mal : la fiente de l’ours dans les bois est constituée sèche, c’est un cylindre granitique de pépins de fruits. On voit néanmoins les oürs de nos fosses rebuter parfois quelques morceaux de pain trop sec, ou sali par la chair abandonnée, mais on ne les a jamais vus rassasiés de fruits. La nature existe encore en eux tout entière, elle y est souillée de dépravations, comme leur poil d'ordures, mais ces dépravations sont surajoutées, non substituées; à plus forte raison ne sont-elles point les mœurs naturelles (1).
L’ours n’est point féroce. Dans les montagnes de notre département de l'Ain, ou mieux sur le mont Jura où l’ours naturel existe
(i) Il a existé dans ces dernières années à Jasscron, près Bourg-en-Bresse, chez M. Kobin, pèred'un élève en médecine actuellement interne à l'Hùtel-Dieu, un clievreoil pris en bas Age , élevé dans ta maison , et que bien des eurieux ont visité. Ce chevreuil mangeait do fruits cuits ou crus indistinctement, il aimait la soupe, principalement celle au lait , e surtout il était friand de rôti. C'était S tel point que lorsqu'on lui jetait des débris de petit gibier , il les disputait aux chats ou chiens de la maison et luttait avec eux, si bien qu’il lui restait la part du lion. Ce goût même fut la causp de sa perte. Un jour qu'on plumiit des petits oiseaux , opération à laquelle le chevreuil ne manquait jamais d'assister, pour la part qui lui en revenait déjà avant le dîner, en bouts d'ailes crues , le vorace en mangea tant et toutes crues, et sans choisir entre les plumes , qu’il étouffa de sa gloutonnerie qui n'en tenait nul compte.
Est-ee donc là un carnivore ? Et qu'est-ce à dire , sinon que l’aliment peut singulièrement varier ? que sa constitution chimique est oins limité e en ordre primitif, qu'on ne le pense peut-être ? et qu'en pratique de nature, l’aliment se trouve lié moins aux dents et à l'estomac qu'aux moyens répartis à l'animal pour parvenir à cet aliment, c'est-à-dire, à son mècamime de locomotion , caractère prépondérant.
Considérons, d’ailleurs, tant d'exemples d’animaux qui approchent l’homme : poulets, canards, cochons, etc... nourris exclusivement avec dé la viande.
encore, il ravage parfois les arbres à fruits, les vignes et les récoltes, surtout l’avoine dont il est friand ; cet animal est sauvage à l’extrême, et timide à un point que nous ne saurions croire, à cause peut-être de sa tête qui nous effraie nous-mêmes. Bien que les ours soient assez nombreux sur le Jura, on n’en voit presque jamais l’été durant : on ne s’aperçoit qu’ils existent, que parfois qu’ils seront venus dévaliser de nuit les pêchers ou les vignes, à la hâte et comme des écoliers, cassant les branches. Quelquefois on en tue en les attendant de nuit vers les vignes, vers l’avoine, etc., comme il arriva l'année dernière qu’on en tua deux ainsi , au pied du Jura. A fin d’automne, chaque année on tue quelqu'un de ces animaux à la première neige tombée, si elle est précoce, c’est-à-dire, si la neige tombe alors déjà que les ours sont encore attirés en bas par les pommes, les raisins ou par d'autres fruits, et que leur graisse n’est pas encore à point pour le sommeil hibernal. Mais jamais, dans ses pérégrinations nocturnes , l’ours ne vient rôder autour des habitations comme font les animaux sanguinaires, par exemple, le loup, le renard, dans le genre chien.
Les animaux véritablement féroces comme les chiens, tous les nôtres, le loup, le renard, ont pour la proie, et comme conditions d’existence, un odorat subtil et sur à l’extrême; avec cela ils ont leur appareil locomoteur de chasse régulière, de vitesse long-temps durable : ce sont des chasseurs coureurs, et à eux l’espace pour sécurité. Le loup ne craint que la faim et l'homme : le renard craint de plus le loup, il a moins de fond, mais il a son terrier, c’est là la sécurité du renard, qui se rapproche de l’homme pour les poules et autres proies qui l’entourent; aussi le renard est, dit-on, rusé : c’est que, de son terrier, il se faufile partout, dans l'herbe, sous les haies, etc., c’est déjà un peu le chasseur de surprise, un chasseur guetteur. Mais les vrais guetteurs sont le genre chat qui a ses yeux et ses griffes pour s’élancer, bondir à des distances effrayantes sur la proie surprise, pour l’accrocher et pour la déchirer ; et cela suflit à l'existence des guetteurs, bien qu'ils ne puissent fournir une
cirasse en règle : c’est le type des carnassiers guetteurs. Les petits chats ont les arbres pour retraites de sécurité ; les moyens chats n’y grimpent que rarement ; et les grands diats n’y grimpent plus : ces derniers ont pour eux leur lorce : leo fbrtissimus belluarum ad tmilins pavebit occursum, Il ne craint que le venin et l’homme, le bras armé de son intelligence.
Mais l'ours qu’aurait il pour atteindre une proie? et qu'aurait-il encore pour sa défense, s’il n’avait sa dent?
On est étonné que Cuvier, qui a dit des choses si sensées sur les conditions d'existence, n’ait pas senti, lui doué en outre d’une si grande sagacité, que la dent de l’ours lui faisait illusion. Il redresse le jugement de Schaw qui a pris un ours pour un paresseux d'espèce variée dont il fait son bradypus ursinus; comment cela ne l’a-t-il point frappé, lui Cuvier? Un anatomiste comme Schaw confondre ces deux animaux! il faut que la ressemblance de l’ours et d’un paresseux soit bien grande.
On raconte cependant dans notre pays l’histoire mémorable d’un ours meurtrier : c’est le seul; mais celte histoire se transmettra, elle est effrayante. On porte à un chiffre énorme le nombre des vaches que cet ours tua dans la montagne en un seul été. Aussi dirigeâ ton contre cet animal toutes les forces de la contrée. On l'attendit la nuit en mille endroits, par petits postes de deux hommes, et il fut tiré au-dessus de Gollonges, prés des sommets de la montagne, vers une flaque d'ean appelée IcGouillat. L'ours, bien qu'atteint de plusieurs balles et lingots de fer en pleine poitrine, ne tomba pas, il s'enfuit, et vint périr à une lieue plus bas, vers une source dite fontaine Paris. Ainsi , quoique blessé à mort et conservant l'usage de ses membres, même de tout son instinct, puisqu'il reçut les coups en poitrine, il ne revint point sur les chasseurs : preuve que l'homme domine l’ours, et que cct animal craint l'homme à l’extrême.
Celle observation semble démontrer des appétits sanguinaires, au moins dans cet individu. Mais voici une circonstance singulière,