MICRO-ORGANISMES
UN CHAPITRE PEU CONNÜ DE LA PSYCHOLOGIE COMPARÉE. DÉFINITION DES MICRO-ORGANISMES. — LEUR DISTRIBUTION. PRINCIP.AUX GROUPES DE MICRO-ORGaNISMES ANIMAUX. COM¬ PLEXITÉ DE LEUR VIE DE RELATION. — LE MICRO-ORGANISME n’est pas SIMPLEMENT UNE CELLULE IRRITABLE.
L’étude des êtres microscopiques a été jusqu’ici un peu négligée par la psychologie comparée. Les naturalistes qui se livrent à l’observation de ces êtres ont recueilli sur leur vie psychique un grand nombre de faits intéressants ; mais ces faits n ont pas encore été réunis, ni commentés, ni éclairés les uns par les autres ; ils restent dispersés dans des mémoires et des recueils de toutes sortes où le psychologue ne songe pas à les rechercher ; nous allons essayer de lui faire connaître une partie de ces richesses.
On comprend sous la qualification de Micro-organismes tous les êtres que la petitesse de leur volume et la simplicité de leur structure placent aux derniers degrés de l’éelielle animale ou végétale; ils représentent les formes les plus simples de
la matière vivante ; ils sont constitués par une cellule unique \
Les uns remplissent les eaux douces et les eaux salées, servant de nourriture à une foule d’autres organismes, ou contribuent, à l’aide de leurs squelettes calcaires ou siliceux, à la formation des continents. Les autres vivent en parasites dans les organes des animaux et des plantes, et amènent un trouble plus ou moins grave dans la santé des organismes qu’ils ont envahis. D’autres enfin, agissant comme ferments, produisent des modifications chimiques importantes dans la matière organisée en voie de décomposition.
Un grand nombre de classifications ont été proposées pour l’arrangementméthodique de ces êtres; aucune n’est complètement satisfaisante, et cela sè comprend. Si une classification naturelle est toujours une œuvre complexe lorsqu’il s’agit d’animaux élevés qui diffèrent entre eux par des attributs importants, sur lesquels la comparaison peut porter, la difficulté est plus grande encore pour des êtres simples qui ne diffèrent que par. des caractères légers.
La principale division qu’on établit entre eux est celle des Micro-organismes animaux ou Protozoaires et des Micro-organismes végétaux ou Microphytes.
’ La doctrine de ITinicellularité, relativement aux infusoires, a été défendue par Siebold etKôlliker ; la majorité des naturalistes s’y est ralliée.
la vie psychique des micro-organismes 89 La ligne de démarcation de ces deux règnes est loin d^être précise ; il existe un grand nombre de Micro-organismes incertæ sedis, que les botanistes rangent volontiers parmi les végétaux, tandis que les zoologistes les considèrent de préférence comme des animaux L
Nous donnons ci-dessous le tableau des groupes les plus importants de Micro-organismes animaux ;
MICRO-ORfiAKISMES AMMAÜX
Infusoires. Mastigophores. Sarcodines. Sporozoaires.
Ciliés. Flagellés. Rtiizopodes Gréganmdes.
Suceurs. Choanoflagellés. Héliozoaires. Coccidies.
Diûoflagellés. Radiolaires. Sarcosporidies.
Cvstoflagellés. Myxosporidies.
Microsporidies.
Nous nous proposons d'étudier la vie psychique de ces êtres inférieurs, ou, pour parler en termes plus généraux, leur vie de relation. On sait que la vie de relation comprend essentiellement deux termes : d’une part. Faction du monde extérieur sentie par l’organisme : la sensibilité, d autre part, la réaction de l’organisme sur le monde extérieur . le mouvement. On a l’habitude de donner à la réunion de ces deux propriétés le nom d’irritabilité, qui exprime la réaction du Micro-organisme aux forces extérieures. On dit alors, et avec raison, que
* Le meilleur caractère différentiel de ces deux règnes que l’on puisse signaler est relatif à la nature chimique de la membrane d’enveloppe ; chez les organismes végétaux, la membrane d’enveloppe est tonnée d’une substance ternaire, de cellulose ; elle est de nature albuminoïde chez les organismes animaux.
toute cellule vivante est irritable, c’est-à-dire qu’elle a la propriété de répondre par des mouvements aux excitations qu’elle subit.
Tout en admettant que l'irritabilité est le fondement de la vie de relation, et par conséquent le fondement aussi de la psychologie, il faut cependant se garder d’assimiler la cellule autonome des Micro-organismes à une simple cellule irritable. Bien que le corps de ces petits êtres soit l’équivalent d’une cellule simple, ce serait une erreur de croire que leur vie de relation consiste dans une réaction motrice à l’irritation extérieure. Au terme de nos recherches sur la psychologie des Protoorganismes, nous verrons qu’on trouve chez ces êtres inférieurs, qui représentent les formes les plus simples de la vie, des manifestations d’une intelligence qui dépasse de beaucoup les phénomènes de 1 irritabilité cellulaire. Ainsi, même aux degrés les plus bas de l’échelle vivante, la vie psychique est une chose beaucoup plus complexe qu on ne croit, et l’idée que quelques auteurs, même récents, se sont faite de la psychologie cellulaire me paraît être un schéma très grossier de phénomènes très délicats.
Chez la grande majorité des animaux pluricellulaires, la vie de relation s’exerce par un système nerveux et par un système musculaire. Il n’en est pas de même pour les Micro-organismes; la plupart ne possèdent ni système nerveux central, ni organes des sens; quelques-uns même ne possèdent pas d’or-
ganes de locomotion. Les fonctions de la vie de relation sont accomplies par toute la masse du corps : beaucoup de Protistes, par exemple, n’ont point d’organe visuel anatomiquement différencié ; c’est le protoplasma tout entier de l’organisme élémentaire qui est excitable par la lumière, comme il l’est par la chaleur ou par l’électricité. Chez d’autres Microorganismes, plus élevés, on voit apparaître un commencement de différenciation, donnant lieu soit à un organe des sens, soit à un organe moteur.
Nous allons faire une description générale de ces organes. L’étude de ce début dans le travail de différenciation présente un grand intérêt pour l’anatomie et la physiologie comparées; elle n’intérésse pas moins la psychologie. D’ailleurs, en insistant sur ces préliminaires de notre travail, nous aurons l’occasion d’enregistrer des faits nouveaux et intéressants.