FIGURES COMPARÉES
Différence
des
angles
ADongements illn-
soires moyens de la
Aprel.
VARIATIONS MOYENNES
NOMBRE DE SUJETS
letll
7,0 mm.
1,0 mm.
I et III
9,8 mm.
1,3 mm.
letlV
12,0 mm.
2,0 mm.
letV
14,4 mm.
2,3 mm.
I et VI
19,2 mm.
3,5 mm.
Les chiffres de ce tableau montrent que chez les enfants les illusions sont plus fortes, mais absolument de même sens que chez les adultes. On voit qu'ici encore, aux limites de la série des
(i) Le collège échevinal de la ville de Gand, sur la proposition de mon savant collègue M, l'échevin De Ridder, et M. l'inspecteur Verraert, m'ont très gracieusement aidé dans mes entreprises. Je leur en exprime ma sincère gratitude.
angles, quand on approche de la verticale (fig. I) ou de l'horizontale (fig. VI) les chiffres exprimant l'illusion sont plus élevés.
Les résultats concordants fournis par nos expériences confirment parfaitement, semble-t-il, la loi que nous énoncions : « Lorsque dans tapprédation des dimensions d'une figure géométrique, rœil après s'être déplacé dans une direction donnée, vient à se déplacer dans une deuxième direction différente de la précédente: si, pour suivre Cette direction nouvelle, il continue le mouvement primitif , tout en y ajoutant un second mouvement qui modifie le premier, toujours, la dimension considérée d'abord sera exagérée au détriment de celle considérée après. De pltis ^importance de l'exagération sera en raison inverse de r intensité du mouvement nouveau ajouté au premier. »
Nous croyons que cette formule peut rendre compte de plusieurs illusions d'optique semblables à celle que signale MûUer Lyer.
Illusions
de poids.
Trois travaux intéressants ont paru sur la question des illusions de poids. Le premier est une étude, publiée dans « l'Année psychologique » (i), et qui donne les résultats des recherches . faites par M. Flournoy au laboratoire de psychologie de Genève.
M. Flournoy. se propose de démontrer « d'une manière à la fois simple et probante la non-existence des sensations d'innervation proprement dites ».
Il choisit une série de dix objets vulgaires, tarés de façon à peser chacun 112 grammes.
Ces objets sont très inégaux de volume, le plus grand cube 2100 centimètres, le plus petit 10 centimètres. Ils ne sont pas du tout de même forme, ni même de dimensions aisément comparables.
L'expérimentateur présentait à divers sujets
(i) Première année, p. 198.
les dix objets, disposés sans ordre, sur une table^ et les priait de les aligner suivant le poids.
Sur cinquante' personnes, « une seule, très exercée à estimer le poids réel des corps d'après leur nature et leur volume, a diagnostiqué l'égalité des poids... aucune des 49 autres personnes n'a deviné l'égalité de poids... et toutes ont éprouvé une différence considérable, sinon entre tous les objets dont quelques-uns paraissaient presque égaux et n'ont été classés qu'avec incertitude, du moins entre les extrêmes de la série ». Le plus grand des dix objets pesant 112 grammes a été déclaré le plus léger; le plus petit a été estimé le plus lourd; les huit objets intermédiaires ont généralement paru plus lourds à mesure que leur volume se rapprochait du volume du dixième.
Dans la seconde série d'expériences, M.
Flournoy a fixé à chaque objet un fil rigide terminé par une boucle dans laquelle les sujets introduisaient le bout du doigt; 31 sujets nouveaux ont été priés de ranger les objets (portés maintenant, au poids de 120 grammes) dans l'ordre des poids croissants. L'arrangement a été le même que dans les expériences précédentes.
L'objet le plus grand a été déclaré le plus léger, et le plus petit trouvé le plus lourd.
Quand les sujets répétaient l'expérience en tenant les yeux fermés, tous les objets étaient estimés égaux en poids. r
— lôg —
De ce fait que, quand nous regardons les objets, nous nous trompons sur leur poids réel, M. Flournoy conclut que le sens de l'innervation n'existe pas.
Tl s'agit de s'entendre sur la nature de la sensation de poids.
Une expérience bien simple permettra à tout le monde de constater que ce que nous appelons communément le poids d'un corps, n est nullement son poids absolu, mais un poids relatif, une certaine densité : c'est-à-dire un poids rapporté à un volume: y.
Si, tenant les yeux fermés, vous faites placer sur votre main tendue, une bouteille de dimensions ordinaires, la bouteille étant d'abord en contact par le goulot, vous aurez une impression de poids d'une certaine intensité. Si alors, on retourne brusquement la bouteille, de façon que vous la teniez par le fond, elle vous semblera beaucoup plus légère que tout â l'heure. On pourra verser dans la bouteille ainsi placée une quantité considérable de liquide, avant que vous déclariez qu'elle pèse autant qu'elle pesait dans la première position.
Cette expérience, que chacun peut répéter, montre qu'en soupesant un objet que nous touchons, nous percevons deux propriétés de cet objet : son poids et son volume. Le poids est mesuré par l'effort que nous devons faire pour soutenir l'objet; le volume est mesuré par l'étendue de
la partie des téguments en contact avec l'objet. Le poids P de la bouteille vide demeure constant, que l'on tienne la bouteille par le goulot ou par le fond; mais dans le premier cas, la surface cutanée comprimée par l'objet est petite, dans le second cas elle est beaucoup plus étendue. Dans le premier cas, le volume de l'objet V nous paraît très petit, dans le second cas, V est considérable.
Puisque nous percevons à la fois P et V, il nous est impossible de ne pas immédiatement saisir leur rapport : ^, donc une densité. Celle-ci sera considérable quand nous tiendrons la bouteille par le goulot (le dénominateur V étant très petit) et beaucoup plus faible quand la bouteille reposera sur le fond (le dénominateur V étant plus grand).
Dans les expériences faites par M. Flournoy, le volume des objets soupesés n'était pas perçu par le sens du toucher, mais par celui de la vue.
Les sujets comparaient l'objet le plus grand : y—^T^ ^ ^^^^ ^^^ autres pour lesquels V était moindre; donc ils devaient estimer que cet objet avait un poids relatif moindre, était plus léger que celui dont les dimensions étaient moindres : -v~i^* La densité, dans le premier cas, était 0,045 et dans le second cas 11,2.
On voit que, pour expliquer les résultats obtenus par M. Flournoy, il faut absolument faire intervenir le sens de l'innervation, puisque c'est celui qui dans les pesées nous fournit l'un des éléments du poids (en prenant ce mot dans
son sens vulgaire). La vue ou le toucher nous donne V, mais le sens musculaire nous donne P (i). •
Quand on fait l'expérience en fermant les yeux et en tenant les objets suspendus» par un fil, V étant réduit à l'unité, (la surface de contact était linéaire), P seul est perçu ; en effet puisque V = I, ^ «s y, = P, c'est-à-dire, le poids absolu. Un autre psychologue, M. Dresslar, a étudié la même illusion de poids chez 173 enfants des deux sexes. Il s'est servi d'objets moins disparates que ceux qu'a choisis M. Flournoy.
Les objets qu'il faisait soupeser étaient des tubes métalliques au nombre de huit, tous de hauteur différente, mais pesant le même poids. Invités à ranger ces tubes suivant leur poids, les 173 sujets ont placé les objets dans l'ordre de leurs dimensions, considérant le plus petit comme le plus lourd. La majorité des sujets a rangé ces ppids dans l'ordre exact de leurs longueurs, la minorité dans l'ordre à peu près exact Dans l'expérience de M. Dresslar, P était donné par le sens de l'innervation, V était donné par la vision et le toucher à la fois.
Un tout récent travail de MM. Philippe et
Clavière, traitant le sujet qui nous occupe, a paru
dans la Revue philosophique en décembre 1895.
Les auteurs de cette dernière étude rejettent
énergiquement l'opinion de M. Flournoy qui
(i) Voyez le travail très intéressant de M, Charpentier dans: Archives de physiologie, année 1891, p. 122.
conclut à la non-existence du sens de l'innervation. Ils montrent, par rexpérimentation, que l'illusion n'est nullement explicable, comme le croyait M. Flournoy, par l'hérédité, puisque chez les très jeunes enfants elle n'existe pas.
De plus, ils ont essayé de mesurer l'intensité de l'illusion, en choisissant des tubes de grandeur déterminée et en ajoutant des poids aux plus légers^ jusqu'à ce qu'ils parussent égaux aux plus pesants.
Leur façon de procéder semble, à première vue, quelque peu étrange.
Ils ont choisi des tubes mesurant respectivement 12, 15, 1 8, 20 et 25 centimètres de longueur»
Ces 5 tubes étaient, pour une série d'expériences^ tous égaux en diamètre.
Pour une autre série d'expériences, les tubes différaient en volume et en diamètre. Je me demande comment les sujets parvenaient à toucher, sur toute leur étendue, et de tous les côtés, des tubes aussi longs?
J'imagine que le sujet, même en « prenant à pleine main chacun des tubes différents en diamètre (i) », ne pouvait recouvrir dans toute sa longueur l'objet soupesé.
Comment se faisait-il une idée du volume de l'objet?
Dans les expériences que nous avons faites au laboratoire de psychologie de Gand, nous avons préféré suivre un procédé opératoire notablement
(1) Revue philosophique, dP 12, p. 674.
différent de ceux dont nous venons de parler.
Nous avons fait construire 6 cubes creux ■en bois léger et mince. Ces cubes aVaient respectivement 5, 6, 7, 8, 9, lo centimètres de côté. Leurs volumes respectifs étaient donc 125, 216, 343, 512, 729 et 1000 centimètres cubes. Chaque cube était recouvert de papier blanc, MTi anneau de cuivre fixé sur Tune des faces permettait de suspendre les cubes à des crochets pesant chacun 6 grammes.
Nous avons fait deux séries d'expériences.
Dans chacune de ces séries, on a examiné 39 sujets, jeunes gens et adultes. La première série des recherches avait pour but de mesurer la valeur de rillusion de poids, quand le volume est perçu par le toucher seul.
Le sujet était prié de fermer les yeux, de tendre les deux mains en supination.
On lui plaçait sur la main droite le cube de 5 centimètres de côté, lequel pesait 39 gramtnes. (33 grammes, poids du cube, 6 grammes ajoutés, poids du fil employé dans la deuxième série d'expériences; il importait d'avoir des résultats tout à fait comparables.) On plaçait sur la main gauche du sujet le cube de 6 centimètres de côté. Le sujet déclarait ce dernier trop léger; on ajoutait des poids jusqu'à ce que le sujet déclarât les deux sensations de poids d'égale intensité (i).
(i) Une des faces des cubes est ouverte, par cette ouverture on introduit les poids et on les place exactement au milieu du plancher du cube.
Puis on faisait l'opération en sens inverse, en mettant un poids trop fort, et en le diminuant jusqu'à ' sensation d'égalité. De là un premier* chiffre moyen. On recommençait la même opération en plaçant le cube le plus petit sur la main gauche et le plus grand sur la main droite. Le chiffre moyen obtenu dans la seconde expérience a toujours été (sauf pour les gauchers chez lesquels le résultat était inverse) plus fort que celui obtenu d'abord. Ceci s'explique : la main droite est plus forte, moins vite fatiguée que l'autre; le poids P plus considérable du cube de 6 centimètres est plus aisément supporté à droite qu'à gauche.
En prenant la moyenne entre les poids du cube de 6 centimètres, quand il est placé sur la main droite, ces mêmes poids quand il est placé sur la main gauche, on obtient un chiffre qui dans nos expériences se rapprochait de 70 grammes. On opérait de la façon que nous venons de décrire, en comparant successivement au cube dç 5 centimètres, tous les autres cubes de la série.
On avait grand soin de placer les cubes de manière à faire toucher de toutes parts la surface inférieure, afin que le sujet eût par le contact une idée très exacte du volume.
En outre, les diverses parties de' la main étant inégalement riches en filets sensitifs tactiles» on s'efforçait de placer les deux cubes de façon à recouvrir des parties comparables. Ainsi le cube de 10 centimètres recouvrait en avant jus-
qu'aux articulations des phalangettes, en arrière il arrivait jusqu'aux éminences thénar et hypothénar; le petit cube de 5 centimètres étant placé de façon à recouvrir seulement les premières phalanges des doigts, ne dépassait pas la première articulation des phalangines. Ainsi chaque cube reposait partiellement sur une zone plus sensible en avant, moins sensible en arrière.
Voici les résultats obtenus dans la première série d'expériences ; le volume des objets soupesés n'étant connu que par le toucher seul.
Cubes d^larés
^gaux en poids
au cube I
Quand ils
pèsent en moyenne
Avec des
variations
moyennes
de
Ce qui fait
une densité de
La densité
de i;.qui
pè.e
39 gr.
est de
Nombre
de sujets