‹ Études de science musicaleChapitre 131 sur 220 · L-la-DO I II ■fa-SOL | V · texte numérisé non relu

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tution et son caractère propres, ainsi que je l'ai fait voir au cours de cette Étude. Mats toutes ont cela de commun qu'elles sont issues d'un même générateur, qu'elles appartiennent à une même série de générations, qu'elles forment, par conséquent, une même famille, où elles sont réunies comme frères et sœurs autour de leur père et de leur aïeul. Ce générateur commun est DO; toutes les gammes sortent de lui, elles sont sa famille. Rangeons-les toutes, par conséquent, sous une même dénomination patronymique et disons : Ton de DO, pour signifier les trois genres et les onze modes issus de ce commun générateur1.

Mais DO n'est qu'un exemple ; ce qui est vrai de lui l'est également des quatorze autres termes de la série harmonique, à partir de DO'p. Ils sont tous au même titre premier terme et générateur commun d'un même nombre de gammes ou modes de trois genres, ayant une constitution identique aux genres et aux modes de la famille de DO; ils diffèrent seulement par la place qu'ils occupent dans la série des générations harmoniques et sur l'échelle générale des sons. Chacun de ces quatorze termes de la série a donc, lui aussi, sa famille complète, parfaitement distincte de celle de DO, bien qu'elle soit constituée sur le même plan et en vertu du même principe. Ce sont dès lors autant de tons, où l'on retrouve les trois genres et les onze modes.

Ainsi il y a en musique quinze tons différents, dont chacun renferme trois genres de gammes, et ces trois genres forment ensemble onze modes ou variétés de la gamme, sur lesquelles toute mélodie est composée. L'artiste musicien a donc àsadisposition cent soixante-cinq gammes, dont aucune n'est absolument semblable aux autres, puisqu'elles diffèrent toujours entre elles ou par le genre, ou par le mode, ou par le ton. Il peut en choisir une pour l'expression de sa pensée, il peut aussi en mélanger plusieurs, à son choix. De là l'infinie variété que revêt la mélodie et qui répond bien à la diversité, si grande elle-même, des génies et des talents artistiques.

Voici le tableau complet de ces quinze tons et des cent soixante-cinq gammes qu'ils renferment. Le chapitre suivant montrera le parti qu'on en peut tirer dans la composition musicale.

' Voir le tableau ci-contre des tons et des inodes : Ton de DO.

CH. V. ■ — ÉTHOLOGIE TONALE

■ Ethohgie des tons

Les quinze tons de la musique se ressemblent par leur for eur constitution, nous venons de le voir. Mais ils diffèrent le autres par leur caractère particulier, et c'est ce caractère, cet êth rend propres à exprimer de diverses manières les sentiments de dois en dire un mot ici.

Matériellement parlant, un ton se distingue d'un autre to lieu, c'est-à-dire par sa position sur l'échelle générale des sons position n'est pas aussi indifférente qu'il semble de prime abon en relation directe avec Yambitus de la voix, avec l'espace musi voix humaine peut parcourir dans des limites assez restreintes avec l'ampleur de la voix, sa force d'émission, son timbre, sa toutes chosesqui ont uneinfluence marquée sur le caractère de: et leur puissance d'expression.

Tout autre, en effet, est le caractère d'une mélodie, lorsc chantée sur les cordes aiguës de la voix ou sur ses cordes graves aigus sont plus éclatants, les sons graves plus sourds, ils exige lenteur et vibrent avec moins de force ; ceux du médium son doux et les plus purs. 11 en résulte que chacun de ces trois g sons, dans les instruments comme dans la voix humaine, pi mélodies d'un caractère spécial. Les anciens n'ont pas ignoré c rence de caractère des trois genres de voix, et ils s'en sont sei manière. Suivant eux, les voix hypatofdes ou graves ont un mâle, énergique, propre à exciter le courage et à dilater Yt portant aux grandes choses ; c'est le diastalticon êthos (disten qui convient surtout à la musique tragique, non à celle des cho des artistes chanteurs. Les voix nètoïdes ou aiguës offrent un tout opposé; elles sont féminines, propres seulement à exprimt timents humbles, mous et tristes; c'est le systalticon êthos (c mos) qu'on retrouve dans la musique nomique, par exemple chœurs de la tragédie, qui se chantaient ordinairement sur : élevées ou nètoïdes. Enfin les voix mésoïdes ou moyennes, don

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tère doux et tranquille ésychasticon éthos [tranquillus mos) est fait pour la musique dithyrambique, où l'âme s'élève au-dessus des agitations de ce monde pour converser avec le ciel, dans les hymnes, cantiques et chants de louange1.

Notre musique moderne traite, sans doute, les voix autrement que la musique ancienne, et de là une certaine différence dans le caractère que nous attribuons aux trois genres de voix ; il n'en est pas moins vrai que, pour nous aussi, chaque genre a un caractère propre, dont tout compositeur doit tenir compte, lorsqu'il s'agit d'exprimer en musique les sentiments qui se pressent dans son âme. Or les quinze tons sont distribués sur l'échelle musicale à des hauteurs différentes: les uns sont hypatoïdes, d'autres mésoïdes, et les derniers nétoïdes. Il s'ensuit qu'ils ont tous leur caractère spécial et qu'ils ne peuvent également bien servir à exprimer toutes sortes de sentiments.

Supposons, comme il est naturel et comme cela existe dans la magique moderne, que tous les sons de l'échelle générale ont leur tonalité, c'est-àdire leur degré d'acuité et de gravité, déterminée par rapport à un son fixe (le LA du diapason normal), toujours produit par un nombre invariable de vibrations aériennes ; les quinze tons seront disposés sur cette échelle de la manière suivante (V. p. 269), en distinguant bien les trois sortes de voix, graves, moyennes et aiguës2.

Une mélodie composée dans l'un de ces quinze tons, de DO par exemple, pourra être transcrite dans tous les autres tons et y conserver les mêmes intervalles des sons, les mêmes tétracordes et pentacordes, le même mouvement et les mêmes repos sur les notes principales ou secondaires du mode, ne rien perdre, en un mot, de ce qui la constitue essentiellement. Ce sera bien toujours la même mélodie, chantée à des degrés divers de l'échelle musicale, tantôt plus haut et tantôt plus bas; mais, en se transportant ainsi de degrés en degrés pour parcourir tous les tons, il est indubitable que son caractère en sera plus ou moins modifié, à mesure qu'elle s'éloignera davantage de sa position première, c'est-à-dire du ton de DO. Transposée dans les tons aigus, elle deviendra peut-être plus

* Cf. Aristide Quintilien, De Musica, lib. I; ap. Meyb., p. 29.

2 Ne pouvant réunir tous les modes dans un seul tableau, je me borne au premier mode de chaque ton dans le genre diatonique. Celui-là servira' d'exemple pour tous les autres.

CH. V. — -ÉTHOLOGIE TONALE

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