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CH. VI. — DES MODULATIONS

La modulation mélodique peut donc se faire de trois manières : 1° dans

le genre, lorsque le chant est composé tantôt dans le genre diatonique et tantôt dans le genre anômitonique ou chromatique ; — 2° dans le mode, quand une mélodie commence dans un mode, passe ensuite dans un autre pour revenir au mode primitif ou opérer une transition nouvelle ; — 3° dans le ton, lorsque, sans changer ni le genre ni le mode, ou même avec ce changement, on transpose la mélodie sur des degrés différents de l'échelle musicale, au grave ou à Faigu.

Toute modulation, pour être bien faite, est soumise à certaines règles déterminées qui ont leur raison d'être dans la loi de formation de l'échelle musicale et dans la constitution intime des gammes. Nous allons étudier successivement ces règles pour les trois sortes de modulations.

§ 1 . — Modulations génériques

Les mutations de genre, lorsqu'elles sont simples, c'est-à-dire dans le même mode et dans le même ton, ne présentent presque aucune difficulté. Elles se font en composant la mélodie tantôt sur l'échelle diatonique et tantôt sur une des deux autres échelles, chromatique et anêmitonique, suivant la couleur et l'expression qu'on veut donner au chant. Il faut seulement observer deux choses :

La première, c'est de s'assurer que les deux genres, où l'on veut moduler, ont une échelle semblable, c'est-à-dire même tonique et même dominante. Autrement, la modulation aurait lieu dans le mode, en même temps que dans le genre.

On se rappelle, en effet, que le genre diatonique a cinq modes parfaits, tandis que le genre anêmitonique n'en a que quatre, trois parfaits et un imparfait, et le genre chromatique un parfait seulement et un imparfait. La modulation ne peut donc se faire du genre diatonique au genre anêmitonique que dans les modes communs, savoir DO, SOL et RE ; du genre diatonique au genre chromatique, la modulation simple est encore plus restreinte, puisque deux modes seulement, ceux de LA et de MI, se retrouvent dans les deux genres. Dans les autres modes la modulation

278 II* ÉTUDE ! MUSIQUE GRÉGORIENNE. — Ier TRAITÉ : HARMONIQUE

de genre à genre entraînerait également une modulation modale, et celleci a ses règles particulières.

Mais, tant que la mélodie se maintient dans des modes communs, les mutations de genre sont faciles, le passage pouvant toujours s'effectuer directement, avec la seule précaution d'éviter pour la voix les intervalles prohibés par les règles de la composition musicale.

Supposons, par exemple, que dans le spécimen de mélodie anêmitonique cité (p. 88), d'après l'ouvrage de Van Aalst, je veuille introduire une modulation et passer au genre diatonique. Il me suffira pour cela de modifier un peu la mélodie et d'écrire :

Mode de RE

-Genre anêmitonique.-

Les quatre premières mesures de cette mélodie sont composées sur l'échelle du mode de RE, genre anêmitonique (V. p. 221) ; mais dans les mesures suivantes apparaissent deux sons nouveaux, MI et SI, qui caractérisent le même mode dans le genre diatonique. Il y a donc modulation, la mélodie passe du genre anêmitonique au genre diatonique, puis, après six mesures, revient à son premier genre.

Une seconde précaution à observer dans les modulations de geïire à genre consiste à se maintenir exactement dans le ton primitif, à n'employer par conséquent dans la mélodie aucun son qui n'appartienne à l'échelle du ton. Sans cela, il y aurait modulation tonale en même temps que générique.

Ainsi, je pourrais écrire la mélodie précédente de cette manière :

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