‹ Études de science musicaleChapitre 136 sur 220 · DES MODULATIONS · texte numérisé non relu

DES MODULATIONS

J'emprunte à la musique moderne ce terme démodulation, pour signifier les divers changements que peut subir une mélodie en passant non seulement d'un mode dans un autre mode, mais aussi d'un genre à un autre genre et d'un ton dans un autre ton. Les anciens appelaient ce passage mutation, tandis qu'ils réservaient le nom de modulation au mouvement de la voix, qui parcourt les degrés delà gamme en chantant et forme ainsi une mélodie *.

Moduler, c'est donc conduire le mouvement mélodique par des voies diverses, le faire passer d'un lieu musical dans un autre et, au lieu de la direction droite, uniforme, qui devrait l'amener du point de départ à son terme, lui en imprimer une oblique décrivant des courbes et faisant des excursions dans les domaines voisins. En d'autres termes et plus simplement, moduler c'est, par une transition bien ménagée, changer le genre, le mode ou le ton de la mélodie.

* La mutation, au rapport d'Euclide, peut avoir lieu de quatre manières : 4° dans le genre, lorsque le chant passe du diatonique au chromatique ou à l'enharmonique, ou réciproquement ; 2° dans le système, par transition du système conjoint au système disjoint, ou de la gamme naturelle, avec SI t| ou B dur, à la gamme transposée, avec SI\> ou B mol ; 3° dans le ton, ou plus exactement dans le mode, quand la mélodie passe du mode phrygien, par exemple, au mode dorien, ou du dorien au lydien, etc. ; 4° enfin, dans la mélopée, c'est-à-dire dans la forme que revêt la mélodie, dans le lieu où elle se meut et dans le caractère qui lui est propre, son éthos, suivant qu'elle devient hypathoïde, mésoïde ou nêtoïde. Cette dernière sorte de mutation n'est pas comprise aujourd'hui sous le nom de modulation, parce que nous n'avons pas coutume de classer les sentiments que la musique doit exprimer, et d'attribuer à chaque espèce une forme spéciale de la mélodie. Sur ce point, tout semble abandonné à l'inspiration et au goût de l'artiste. Peut-être avons-nous tort, car les anciens, très experts dans l'anatomie des sentiments humains, faisaient autrement que nous.

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