SYSTÈME MODAL DE PTTHAGORE ET DES GRECS POSTÉRIEURS
Comme il est souvent question, dans cette étude, des modes musicaux en usage chez les Grecs et les Romains de l'antiquité, je crois utile d'en donner ici un aperçu sommaire, qui aidera à mieux comprendre ce que nous disons des modes dans la musique grégorienne et en quoi ils diffèrent des modes grecs. L'exposition suivante n'est pas tout à fait celle que M. Gevaert nous a donnée dans son grand ouvrage sur l'histoire de la musique dans l'antiquité ; mais, on le sait, la question des modes est bien la partie la plus obscure de la théorie musicale des Grecs, et la plus négligée par tous les auteurs anciens. Réduits, comme nous le sommes, à les deviner plus qu'à les comprendre, rien d'étonnant qu'il y ait parmi nous certaines divergences et que nous expliquions leur doctrine un peu différemment les uns des autres. M. Gevaert l'a expliquée à sa manière et, d'après les travaux des érudits allemands, son opinion a une autorité considérable, que tous reconnaissent ; mais lui-même n'a jamais prétendu qu'elle fît loi, et il est permis encore de penser autrement sur nombre de points restés douteux. Une étude longue et attentive des auteurs anciens m'a révélé, sous un jour quelque peu différent, la théorie modale des Grecs; et cette manière n'est pas en désaccord avec les faits, qu'elle explique, au contraire, assez simplement et assez complètement. Je la résume dans les pages suivantes.
On s'accorde généralement pour regarder le philosophe Pythagore, non comme l'inventeur de la musique chez les Grecs, ni même comme le
premier qui en ait fait usage parmi eux, Homère l'avait précédé de trois siècles, et Orphée de six, si Ton en croit la fable ; les premiers poètes lyriques, Alcée, Sapho, etc., lui sont également antérieurs ; mais il est le premier qui en établit les principes et qui s'efforça d'en faire une science > en la fondant sur les lois des nombres. Sa doctrine, d'ailleurs, lui venait des Égyptiens, chez lesquels il avait longtemps voyagé pour s'instruire dans toutes les sciences cultivées alors par les prêtres.
Nous n'avons de Pythagore aucun ouvrage qu'il ait écrit lui-même : il se contentait d'enseigner de vive voix. Mais il a laissé une école après lui, et quelques-uns de ses disciples, dans les siècles suivants, nous ont transmis une partie au moins de son enseignement. Autant qu'il est permis de la saisir à travers le voile mystérieux des nombres dont elle est entourée, voici quelle aurait été la théorie musicale de Pythagore.
I. — L'échelle complète des sons, dite grand système parfait de Pythagore, comprenait deux octaves, du LA grave au La aigu. C'est l'échelle de la musique égyptienne, plus une corde ajoutée au grave pour compléter l'octave inférieure et appelée pour cela corde proslambanomène ou adjointe.
Cette échelle se décomposait en cinq tétracordes (système de quatre sons, dont les extrêmes forment une consonance de quarte) : tétracorde des graves (hypaton), des moyennes (meson), des conjointes (synemmelM>n), des disjointes (diezeugmenon) et des excellentes ou supérieures (hyperbolœon). La corde proslambanomène reste en dehors de cette division, Ï* premier degré du premier tétracorde, celui des graves, étant SI, premier aon de l'échelle musicale chez les Égyptiens et chez les Chinois.
Chaque cofde, c'est-à-dire chacun des degrés de l'échelle, avait un nom propre, qui le distinguait entre tous et marquait sa place dans l'échelle totale, en même temps que, sa fonction ou ce que les Grecs appelaient potestas sçnorum, sa quantité et ses relations avec les sons voisins. Les deux tableaux ci-joints le feront mieux comprendre.