CH. II. — LES TK0IS GENRES 35S
l'échelle du genre diatonique au genre chromatique. La véritable échelle chromatique est donc celle du deuxième mode, perfectionnée par Etienne le Lampadaire ; les intervalles caractéristiques du genre s'y trouvent : demi-ton, ton et trihémiton.
Mais, on le voit, cette échelle n'est pas formée selon le procédé des anciens Grecs, qui composaient leur tétracorde chromatique de deux demi-tons consécutifs et d'un trihémiton, tandis qu'ici le trihémiton est placé entre les deux demi-tons. Cette disposition est la vraie, elle est conforme à la loi de formation des échelles dans le genre chromatique (Cf. ci-dessus, chap. m, § 3).
La correction proposée par le Lampadaire est donc légitime, mais il n'a pas su en tirer tout le parti possible, et il a eu tort de croire que le deuxième mode ne puisse avoir d'autre échelle, dans un genre différent.
Le genre enharmonique est caractérisé par les intervalles de quart de ton, aussi bien chez les Grecs modernes que chez les anciens. 11 y a cependant entre les échelles des uns et des autres plusieurs différences notables.
1* Le dièze enharmonique des anciens avait une valeur constante : il était la moitié du demi-ton diatonique. Celui des modernes a des valeurs différentes, suivant les cas ou suivant le caprice des faiseurs d'échelles : tantôt il comprend trois parties des douze que renferme le ton majeur, et il vaut alors exactement un quart de ton ; tantôt on lui donne quatre parties ou même cinq, ce qui en fait ou un tiers de ton ou un intervalle irrationnel, moyen entre le demi-ton et le quart de ton ;
2" Le tétracorde enharmonique des Grecs anciens était régulièrement formé de deux intervalles consécutifs de quart de ton et d'un diton incomposé ; c'était la seule forme qu'il pût recevoir. Chez les Grecs modernes il ne renferme jamais qu'un seul dièze enharmonique, les deux autres intervalles sont des tons majeurs de 11, 12, 13 ou 18 parties de l'octave, comme on le verra par les échelles des différents modes enharmoniques ;
3° Les Grecs anciens faisaient usage des trois genres dans tous les modes, c'est-à-dire dans les quinze tons de leur système musical ; les Grecs modernes ne connaissent que deux modes enharmoniques, le troisième authentique et son plagal, de même qu'ils n'ont que deux modes
chromatiques, le deuxième authentique et son plagal. Les autres modes sont censés diatoniques *.
f Le tableau des modes (p. 372 bis) montrera cependant que le premier et le deuxième modes possèdent aussi des échelles enharmoniques, au moins en partie, c'est-à-dire mélangées d'harmonisme et de diatonisme ou de chromatisme. Le quatrième mode authentique et son plagal sont les seuls modes grecs purement diatoniques; tous les autres offrent un mélange de deux ou même de trois genres.