‹ Études de science musicaleChapitre 162 sur 220 · LES HOIT MODES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LES HOIT MODES EN GÉNÉRAL

Les Grecs modernes comptent ordinairement huit modes dans leur musique ecclésiastique. Ils ne sont pourtant pas complètement fixés sur ce point, faute d'une théorie scientifique. Tout d'abord, ils reconnaissent que leur système modal actuel ne remonte pas à une date bien ancienne; puis les musiciens ne sont pas d'accord sur la nature des modes et la composition de leurs échelles.

Etienne le Lampadaire commence par dire : « Il y a huit modes: le 1er, le 2% le 3e, le 4e, le plagal du 1er, le plagal du 2°, le plagal du 3e ou grave, le plagal du 4e. » Et il ajoute : « Or les anciens musiciens avaient formé les quatre modes authentiques des quatre tons d'un pentacorde ou circuit, dont le premier ton (intervalle) était majeur (ton majeur DO -RE), le deuxième è\mi mineur [ion mineur RE - MI), le troisième minime (semi-ton MI-FA) et le quatrième de nouveau majeur (ton majeur, FA - SOL) ; c'est le pentacorde de l'échelle musicale DO - RE - MI - FA - SOL. De même, en prenant sur l'échelle de l'aigu au grave le pentacorde RE - DO - SI - LA - SOL, ils trouvaient les quatre modes plagaux.

« Ainsi, dans l'échelle musicale, qui se compose de deux tétracordes semblables, le tétracorde supérieur renferme les modes authentiques, à partir de la proslambanomène (qui est ici le N-/i-Z)0), c'est-à-dire

Proslamb* i

Modes plan aux.

sol

fa

mt

do

si

la

SOL

Modes authcnt**

4 Proslamb*

RE- MI- FA- SOL; et le tétracorde inférieur contient les modes plagaux, soit à partir de la proslambanomène (qui est alors izi-RE)^ DO -SI -LA- SOL. » Voici cette échelle.

C'est-à-dire que, d'après Etienne le Lampadaire, les huit modes ecclésiastiques anciens auraient eu chacun leur échelle modale à des degrés divers de l'échelle musicale complète, laquelle, chez les Grecs, comprend deux octaves, du SOL grave au Sol aigu, en sorte que les huit degrés de l'octave supérieure auraient correspondu à la nète de chacune des

huit échelles modales, comme suit :

CH. III. — LES HUIT MODES EN GÉNÉRAL 359

Il est très vrai que, de cette manière, les modes plagaux eussent répondu exactement aux modes authentiques, à la quinte inférieure sol -do, fa - si |>, mi -la, re - solf et qu'ainsi chacun des huit degrés de la gamme serait devenu successivement tonique (ou, si Ton préfère, nète) des huit échelles modales. Mais, en réalité, il n'y aurait eu que quatre modes et non pas huit, les échelles plagales reproduisant exactement, h la quinte inférieure, les échelles authentiques, comme intervalles et disposition des tétracordes et des pentacordes. On aurait donc hien huit tons, mais non pas huit modes, et chacun des quatre modes serait établi dans deux tons différents : le premier en RE et en SOL, le deuxième en MI et en LA, le troisième en FA et en SI [?, le quatrième en Solel en DOx.

On peut croire que le Lampadaire ici se trompe, et que les huit modes ecclésiastiques anciens avaient une forme un peu différente, semblable à celle des huit modes de la musique grégorienne. Les modes authentiques sont exactement décrits ; mais les modes plagaux, au lieu d'être construits sur do, si)?, la, sol, à la quinte inférieure des modes authentiques, Tétaient plutôt à la quarte, sur re, do, si, la, en conservant partout le Si\. Il n'y avait plus alors, comme dans le système du Lampadaire, huit toniques et huit dominantes différentes pour chacun des huit tons, mais quatre toniques seulement et quatre dominantes, communes aux modes authentiques et à leurs plagaux, ceux-ci reproduisant l'échelle modale de leurs modes authentiques, en renversant seulement les tétracordes.

Quoi qu'il en soit de celte question, l'auteur montre bientôt après que les musiciens modernes ont innové en ce point, abandonnant les traditions de leurs ancêtres, et que d'ailleurs ils n'ont point su trouver, pour remplacer la théorie ancienne des modes, une théorie nouvelle bien certaine. A la question : « Comment les modes se divisent-ils d'après nous ? » Il répond :

4 A s'en tenir exactement au texte de notre auteur, le Si devrait être £ dans toutes les échelles, plagales et authentiques. On aurait alors huit échelles, dont sept reproduiraient simplement les sept Harmonies antiques, et la huitième ne serait que la répétition de la première à l'intervalle d'octave ; c'est le système de Boëce. Mais, dans ce cas, les modes plagaux ne répondent plus aux modes authentiques, ils n'ont rien de commun avec eux, ni finale ni dominante, et l'on ne voit pa^ comment ils peuvent être les uns authentiques, et les autres plagaux. Au contraire, la substitution du Si)? au Si t] dans les modes plagaux établit une concordance parfaite entre les deux sortes de modes; c'est pourquoi j'ai cru devoir l'y admettre,

« D'après nous il y a en. réalité sept modes authentiques : SI-DO- RE -MI + FA- sol -la. De ces sept modes deux sont chromatiques, RE et Sol, par le changement des intervalles de tons, les uns au grave, les autres à l'aigu. Tous les modes sont contenus dans l'échelle diato-. nique de diapason ou octave ; chaque degré est tonique d'un mode authentique, ayant sa forme et son caractère propres, produisant un chant spécial par son étendue et par sa note finale. Tous doivent donc être considérés comme authentiques; car il n'importe guère, àce point de vue, que dans les modes la tonique soit grave ou aiguë, si rien ne leur manque par ailleurs: »

Est-ce là une opinion particulière à l'auteur, ou bien a-t-elle cours parmi les musiciens grecs actuels ? Nous ne savons ; toujours est-il que, dans la suite de son ouvrage, Etienne le Lampadaire continue d'admettre huit modes ecclésiastiques, dont il explique la constitution, non sans révéler ici et là la confusion qui règne sur ce point, même parmi les maîtres les meilleurs.

Il définit le mode, d'après les anciens, « une manière de distribuer régulièrement les sons musicaux » ; ou encore : « un chant qui est composé sur une échelle systématique de huit sons et de sept intervalles, distribués d'une manière différente pour chaque mode. »

Les éléments constitutifs des modes sont au nombre de quatre : le son initial, l'échelle, les sons principaux, la finale. Or « nous appelons apéchême (son initial) le son qui commence un mode ; l'octacorde ou le pentacorde construit sur ce son forme Véchelle du mode. Les sons principaux sont ceux qui caractérisent le mode et sur lesquels se meut en quelque sorte la mélodie. Les catalexes (sons finals) commandent pour ainsi dire le chant ; il importe essentiellement de les connaître. »

Chaque mode, en effet, se divise en trois parties (ou revêt trois formes différentes) : papadique, stichérarique, hirmologique *. Les catalexes déterminent pour chaque mode le lieu où il doit se mouvoir en chacune de ses trois formes, comme nous le verrons ci-après dans l'explication des huit modes.

* Ce qui distingue ces trois formes de mélodies chez les Grecs, c'est, d'une part, l'échelle modale qui, dans un môme mode, se compose différemment suivant la forme mélodique; et, d'autre part, le rythme et le mouvement rythmique. Dans les chants hirmologiques le mou-

Page 1