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INTRODUCTION

d'abord. Je suis convaincu, eu effet, que cette musique n'est ni grecque, ni romaine, ni moyen âge; qu'elle est celle des Hébreux, transmise par la Liturgie sacrée aux peuples chrétiens, conservée par un usage traditionnel durant les premiers siècles de notre ère, puis régularisée, théorisée, si le mot peut être employé, par saint Ambroise d'abord, par saint Grégoire ensuite, au moins pour notre Occident. Elle serait donc l'une des plus anciennes du monde et, à ce titre, elle mérite de passer avant les autres.

2° A cause de sa simplicité, qui n'exclut cependant point une certaine perfection artistique. L'exposition de sa théorie me permettra de suivre le principe musical dans un de ses développements les plus naturels et en même temps les plus complets que l'antiquité ait conçus, même en y comprenant la musique grecque à ses époques les meilleures.

3° Enfin à cause des facilités particulières qu'elle offre pour une étude approfondie de son système. Ici les documents ne font pas défaut, ceux surtout qui ont une importance majeure, je veux dire les compositions musicales des maîtres. La musique grégorienne est plus qu'un souvenir du vieux temps, plus qu'une simple théoriedépourvue d'exemples à l'appui, et, par cela même, toujours obscure et d'une intelligence difficile ; elle est demeurée vivante, elle se chante aujourd'hui encore. Si le temps l'a quelque peu défigurée, il n'est cependant point impossible de lui rendre sa forme première et de la présenter au jugement des vrais artistes dans son originale beauté. Combien les théoriciens grecs deviendraient plus clairs, plus intelligibles, si nous avions, pour les expliquer, des exemples aussi nombreux, choisis parmi les œuvres des principaux maîtres ! C'est un avantage que possède la musique grégorienne. Nous pourrons donc l'étudier plus encore en elle-même, c'est-à-dire dans les compositions de ses artistes, que dans les auteurs qui en ont essayé une théorie incomplète. Ainsi arriverons-nous à nous en faire une plus juste idée, en donnant à ce système musical ses vrais principes et son légitime développement.

Les anciens divisaient ordinairement la Musique en trois parties : 1° ^Harmonique, théorie fondamentale, qui traite de tout ce qui a rapport à la matière musicale, c'est-à-dire des sons et de la manière dont ils doivent être disposés, pour fournir à la mélodie un corps bien organisé ; — 2° la Rythmique, science du rythme et de ses combinaisons, variables

IIe ÉTUDE. — LA MUSIQUE GRÉGORIENNE

à l'infini, qui donne à la matière musicale une forme vivante et qu'on a justement appelée l'âme delà musique ; — 3° la Métrique, qui a pour objet la parole humaine dans ses rapports avec le rythme et la mélodie, c'està-dire en tant qu'elle devient poésie et peut être associée au chant.

A ces trois parties principales les Grecs ajoutaient, comme partie secondaire et intégrante : 4° XQrchestique, ou l'art de la danse, qui compose les mouvements du corps humain suivant un ordre rythmique, pour les faire concourir avec la poésie et le chant à l'expression plus adéquate des affections de l'àme. La réunion de ces quatre choses faisaient pour les anciens la musique parfaite.

Notre conception de la musique est un peu différente et moins compréhensive. Ni la métrique, ni l'orcheslique ne sont plus considérées comme parties intégrantes des études musicales, en quoi certainement nous avons tort. Mais le moyen fige nous a légué une science, inconnue des Grecs et des Romains, et qui n'en est pas moins pour la musique un moyen d'expression tout nouveau et d'une puissance admirable. Appelonsla Symphonique *, ou science qui apprend à composer les sons les uns avec les autres et à en former des accords, c'est-à-dire un enchaînement de consonances et de dissonances régulières et agréables à l'oreille. La symphonie est peut-êlre le dernier développement que puisse recevoir la science musicale. L'art y trouve sa perfection la plus haute, car, la symphonie s'unissant à la mélodie, c'est la multiplicité et la variété jointes à l'unité, ce sont toutes les forces expressives du cœur humain unies ensembles pour donner à ses passions un corps, une forme sensible.

Quoi qu'il en soit, des cinq parties que renferme la musique, prise dans son acception la plus large, trois seulement ont convenu tout d'abord à la musique grégorienne : d'une part, elle n'a jamais eu besoin de l'orchestique, le chant de l'Eglise chrétienne n'étant pas accompagné de danses, comme aux solennités religieuses de la Grèce et de Rome antique; d'autre part, avant le xe siècle de notre ère, la symphonie moderne n'existait pas et toutes les mélodies ecclésiastiques se chanlaienlen solos,

{ Nous disons ordinairement Harmonie, pour désigner la science des accordsen musique. Mais les termes Harmonie et Harmonique ont, dans la musique ancienne, une signification précise, qui ne peut guère être changée. Symphonie, au contraire, el Symphonique sont duux termes, dont le sens convient aussi Lien à la musique moderne qu'à la musique ancienne.

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