‹ Études de science musicaleChapitre 74 sur 220 · CH. IV. — TONIQUES ET FINALES DES MODES · texte numérisé non relu

CH. IV. — TONIQUES ET FINALES DES MODES

seraient, selon lui, terminées sur la dominante, RE, du mode hypophrygien '. Je ne puis discuter chacun de ces exemples ; mais, à vrai dire, ils ne me paraissent pas concluants pour la thèse que soutient l'auteur. Il faudrait pour cela démon trer deux choses : la première que les deux modes grecs, le phrygien et l'hypophrygien, avaient également SOL comme tonique et RE pour dominante; la seconde, que les exemples cités sont des mélodies du mode hypophrygien et non pas d'un autre mode, qui aurait sa Ionique sur RE. Or ces deux points ne sont rien moins que certains.

Quoi qu'il en soit, et en supposant même qu'il existe des exemples de mélodies terminées sur une dominante, la question est de savoir si ce fait constitue une règle, s'il est vrai qu'un mode puisse avoir régulièrement, comme finale, non sa tonique, mais sa dominante. Or, voilà ce qui ne me paraît pas admissible.

Qu'un artiste, lorsqu'il compose dans un mode, soit authentique, soit plagal, ait la faculté en certain cas et en vue d'un effet spécial à produire, de finir la mélodie sur la quinte ou même sur la tierce, au lieu de la terminer sur la finale véritable du mode, je le concède volontiers. Mais l'exception n'infirme pas la règle, et la règle c'est que la tonique seule peut donner le sentiment du repos, par conséquent de la fin du chant; tandis que la dominante marque le mouvement et laisse pressentir que tout n'est pas fini. Le repos à la dominante est donc bien à sa place dans les parties, phrases ou membres de phrase, qui divisent un chaut; mais

' Histoire et Théorie de la musique de l'antiquité, par Fr.-Aug. Gewaebt, t. [, liv. II, p. 136. — Je me permettrai, à propos de celte citation, de relever une méprise, assez extraordinaire de la part du savant musicologue, au sujet d' Aurélien de Itéomé. Dans une note au bas de la page (36, il écrit : « On remarquera que l'auteur (Aurélien de Réomé, vers 8S0) parle de la théorie des huit tons ecclésiastiques comme d'une innovation récente », et cela parce qu'Aurélien fait un reproche à certains chantres de vouloir introduire dans l'Église neseto quem neophytum totium, à cause de trois antiennes irrégulières du quatrième mode authentique. Comment M. f.ewaert a-l-il pu attribuer à Aurélien de Réomé l'intention de critiquer la distinction des huit modes dans la musique grégorienne, quand tout son livre n'est, pour ainsi dire, que l'exposition très détaillée de ces huit Ions et de tous les chants de l'Eglise qui s'y rapportent? Ce ton néophyte contre lequel il s'élève en cet endroit, ce n'est pas le quatrième mode authentique, dont il est question dans tout le chapitre xvi, mais l'un des quatre Ions nouveaux que Charlemagne, pour satisfaire certains chantres, avait fait ajouter aux huit anciens et qu'Aurélien rejette absolument comme inconnus à toute l'antiquité ecclésiastique. On a lu au chapitre r,§ III de cette Étude sur la musique grégorienne, en quels termes cet auteur s'exprime à ce sujet.

152 IIe ÉTUDE : MUSIQUE GRÉGORIENNE. — 1er TRAITÉ I HARMONIQUE

le repos final, celui qui termine la mélodie, doit se faire régulièrement sur la tonique. *

Il n'en a pas toujours ni partout été ainsi, dira-t-on ; peut-être, mais l'art en a-t-il moins ses règles, parce que quelques-uns les ignorent ou les négligent? Quelle est donc la musique, dans l'antiquité et même dans les temps modernes, qui ait jamais possédé une théorie complète et raisonnée des modes? Ce n'est pas, à coup sûr, la musique grecque, car rien n'est plus obscur, plus défectueux et moins certain que cette partie de la théorie musicale dans les ouvrages des didacticiens grecs, par ailleurs, cependant, si nets et si abondants. En réalité, malgré toutes les recherches des érudits allemands, Bœckh et Westphal, malgré l'incontestable habileté d'interprétation déployée par Gewaert dans son Histoire de la musique, on en est encore à se demander : les Grecs avaient-ils de vrais modes, en soupçonnaient-ils même la théorie? Qu'y aurait-il d'étonnant, dès lors, si dans leur musique comme dans celle d'autres peuples moins savants qu'eux, on rencontrait des anomalies que l'art parfait ne justifie pas toujours?

Voici deux principes qui me paraissent incontestables, relativement à la constitution naturelle des modes en musique :

1° Tout mode a nécessairement une dominante et une finale, principes du mouvement et du repos mélodiques, et la division de son échelle doit être harmonique, de la manière que nous avons expliquée plus haut. La dominante ne peut être que la quinte, intervalle de mouvement, et la finale la quarte au-dessus de la dominante, intervalle de repos. Finale et dominante ne sont donc jamais un seul et même degré de l'échelle, mais, la dominante étant la quinte, la finale est nécessairement la tonique. Il importe peu d'ailleurs, que la note la plus basse de la gamme soit tonique ou dominante, les fonctions de ces deux degrés ne sont point modifiées par l'étendue plus ou moins grande donnée àl'échelle, au grave ou à l'aigu, comme on le voit assez dans la musique moderne: le repos final est toujours la fonction propre de la tonique ; le mouvement mélodique, celui de la dominante *.

K N'est-ce pas aussi ce que dit M. Gewaert dans son dernier ouvrage (La mélopée antique, etc., ch. i, p. 12) : « Le mode se déterminait principalement par le retourfréquent, dans

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