CONCLUSION
Placée entre TOrient et l'Occident , la Russie fut , dès l'origine , en rapport de race avec les Latins , de voisinage avec les Grecs. En ce qui concerne ses destinées religieuses , ce fut cette dernière influence qui l'emporta , et il en devait être ainsi à une époque où les peuples Scandinaves et germains , alliés par le sang aux Varègues , étaient à peine initiés au christianisme , qui avait brillé en Orient de tout son éclat. La Russie se rangea hiérarchiquement dans l'Église grecque ; par là , elle fut exposée à subir le contre - coup
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de toutes les dissensions qui agitaient cette Ëglise, et à être entraînée dans la grande défection préparée par Photius.
Mais si , à cette époque, la vie catholique commençait à se retirer de la Grèce ; si la longanimité du saint-siége y tolérait des opinions et des coutumes opposées à son esprit, et qui devaient plus tard pénétrer en Russie à la suite du schisme , toutefois , il est constant que les Grecs n'étaient encore séparés de Rome, ni lorsque Photius prétendait avoir converti cette nation , ni lorsque Olga allait à Gonstantinople demander le baptême, ni lorsque Vladimir le recevait avec une grande partie de ses sujets, ni en 1054, ni même depuis, au temps des croisades.
Nous l'avons vu , c'est de saint Ignace , non de Photius, que les Russes-Varègues reçurent leur premier évêque , et le fond de la population à laquelle ils étaient mêlés était en partie chrétien en 867, peut-être même dès les premiers siècles de l'Église.
Les Latins contribuèrent à évangéliser ce peuple : le lecteur se rappelle les travaux de Reimbert, ceux de Brunon- Boniface et de ses dix -huit compagnons, dont le sang, coulant à grands flots sur la terre de Russie, y devint une semence de chrétiens ; enfin cet apostolat guerrier des Northmans, peuple aventureux et brave, longtemps indompté, mais qui servit si fidèlement l'Ëghsc une fois qu'il eut accepté le joug doux et léger de Jésus-Chrîst.
Chose mémorable ! c'est quand les Grecs commencent à rompre le lien de l'unité que les Russes cherchent à s'affranchir de leur suprématie , et nous les voyons , lorsque Cérulaire a levé l'étendard de la rébellion , se tourner plus
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que jamais vers les Latins , multiplier leurs rapports avec eux et protester^ en quelque sorte, contre le schisme par tout ce qu'ils reçoivent d'eux et par tout ce qu'ils leur donnent. Leurs souverains demandent à s'unir à des princesses catholiques , en même temps qu'ils accordent à des rois du rite latin la main de leurs filles et de leurs sœurs ; ils entrent dans ce que nous avons appelé le concert européen , d'où le schisme, pour leur malheur, devait un jour les exclure, malgré les efforts du saint-siége.
Quand le saint Empire leur renvoie une impératrice née parmi eux , dont l'innocence est protégée par un jugement du pape et des évêques latins , ils honorent son infortune et lui confient un grand monastère avec l'élite des jeunes filles de la nation. Ils donnent à l'Eglise romaine des saints dont elle prescrit ou permet la fête ; à leur tour, ils placent sur les autels des saints latins qui ont vécu parmi eux. Enfin ils célèbrent avec une ferveur sans exemple une fêle latine odieuse aux Grecs, proclamant, ce semble, en même temps la gloire du thaumaturge , leur patron , et le dogme catholique de la procession du Saint-Esprit, tel qu'il a été décrété sur sa tombe.
Nous pouvons donc le répéter avec assurance : la Russie a été catholique, au moins jusqu'au xn® siècle.
Catholiques au même titre qu'ils sont chrétiens, les Russes, pour peu qu'ils veuillent étudier leurs origines, ne peuvent se méprendre sur leur devoir ; qu'ils y songent : c'est à la même Église qu'ils doivent leur foi et leur civilisation victorieuse enfin de la barbarie ; ne leur arrivera-t-il pas de dire d'elle, un jour, ces mots que la sainte Écriture applique à la sagesse ; Tous les biens me sont venus avec
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elle^ et fai reçu comme de ses mains un honneur inexpri-mable. Je ne savais pas qu'elle fût en quelque sorte la mire de tant d'avantages ^ C'est ea remontant à leur principe comme peuple — comme peuple chrétien — qu'ils rendront leur prospérité à jamais durable et leurs destinées glorieuses.
i Sapient.y vu, ii.