‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 17 sur 70 · I1,C. IX · texte numérisé non relu

I1,C. IX

3 p. 333, t. VI.

la l'éguse russs. 299

sans les décrets arrêtés presque immédiatement aprës la translation, dans le sanctuaire même où saint Nicolas avait voulu fixer son dernier séjour. ^

Guillaume de Malmesbury nous apprend, en effet , que c TÂpostolique (le pape) présidait le concile et avait son trône devant le corps de saint Nicolas \ » et que le grand docteur saint Anselme de Gantorbéry avait été amené de Rome à Bari par Urbain IL Disons mieux, un concours remarquable de circonstances avait fait asseoir parmi les Pères du concile l'illustre primat d'Angleterre. Seul il représentait ce pays , dont il était alors exilé ; mais objet de vénération pour les Normands d'Angleterre et par conséquent pour ceux d'Italie, par sa sainteté, ses combats et ses malheurs, il semblait avoir été choisi pour apporter au concile le prestige de son nom. Répondant au cri inspiré du pape^ il anéantit les subtilités que les Grecs alléguèrent au concile sur les points proposés , et il enleva les suffrages de l'assemblée sur la procession du Saint-Esprit. On définit qu'il procédait du Père et du Fils , et non pas seulement du Père comme le soutenaient les Bvzantins. On retrouve le souvenir des triomphes de saint Anselme, non -seulement dans l'histoire de sa vie , mais aussi dans ses traités, où ses discours fiirent insérés à la prière de ses amis et notamment de saint Hildebert , évêque du Mans *.

Ces faits eurent un retentissement immense ; les circonstances seules qui avaient permis cette solennelle réunion en

* Baron., ad an. 1097, n. clxvi. Pagi prouve (au bas de la même p. 81) que le concile ne se tint qu'en 1098. — Labbe, Concii., ne reproduit que les détails donnés par ces deux auteurs, t. XII, p. 946-48.

* Ëadmer, Vita Anselmi, Guil. de Malmesbury, De gestis pontifie. Angl.^ et lettre de saint Hildebert, n. cxlvii-cui, Baronii.

300 ORtGtKES GATHOLIQUES

pareil lieu devaient frapper tous les esprits ; mais les miracles continuels de saint Nicolas recommandaient encore plus à Tunivei^s les actes de cette assemblée, par la voix des multitudes qui se succédaient à son tombeau. L'évèque de Myre, on Ta remarqué*, était digne d'attester après sa mort le dogme sur la procession du Saint-Esprit, si c'est lui qui a combattu pour le dogme de la très-sainte Trinité, tel que le proclama le concile de Nicée.

Il est donc moralement impossible que les Russes aient accueilli avec tant de ferveur les prodiges de saint Nicolas de Bari , et rejeté les actes d'une assemblée qu'il était si évidemment venu appuyer de son extraordinaire autorité. Oui , les Russes protestèrent là encore , de la seule manière qui leur fut possible, contre les arguments captieux des Grecs, en admettant les témoignages surnaturels du saint de Bari, qui tranchaient des questions interminables pour l'homme par Tintervenlion directe de Dieu.

Leur synaxaire, après avoir parlé des guérisons de tout genre qu'il commença à faire à Bari dès l'arrivée de ses saints restes, ajoute : « Bien plus, jusqu'à ce jour, les clients de ce patron puissant ' ont tous part aux grâces et aux miracles qu'il obtient. » Les Russes se trompent en indiquant une église de Saint-Jean-Baptiste pour lieu de son premier séjour à Bari : le corps fut déposé successivement dans celles de Saint-Benoit et de Saint-Ëustrate martyr ; mais ils ajoutent avec exactitude : < Au bout de trois ans, une basilique fut érigée sous rinvocation du saint, et son corps y fut mis dans

1 Le P. Bealillo de Bari, l. VU, c. xv, p. 603.

* Clientes, dàiii la traductioa latine de Falcoqi , citée par Assema&i, p, 330*31.

D£ l'Église eusse. 301

une châsse d'argent doré. Jusqu'à ce jour, il resplendit par Véclat des miracles, accordant leurs demandes à tous ceux qui en tous lieux invoquent ce glorieux et très -célèbre thaumaturge. Par ses prières^ Christ Dieu, ayez pitié de nous! >

Il est remarquable que les Russes aient protesté contre le schisme aux deux instants les plus solennels où ils pou- .vaient le faire (en 1054 et vers 1097); et il n*est pas moins étonnant qu'ils aient admis au xi^ siècle les deux points principaux sur lesquels maintenant ils diffèrent de nous : la suprématie du saint-siége , en donnant asile aux légats persécutés par Cérulaire , la procession de l'Esprit- Saint , par leur adhésion si vive aux actes inséparables accomplis à Bari.

Page 1