LES STA]IOV£RES
Il me semble que si le patriarche Nicon ressuscité venait reprendre sa place dans TËglise de Russie , sa grande âme comprendrait, bien cette situation ; il se montrerait pour les starovères plei n d'une indulgente mansuétude ; il n'attacherait pas gnmde importance à avoir raison contre eux dans quelques questions de détail, mais il se dévouerait tout entier à rendre à l'Église russe cette beauté et cette majesté que nous voudrions lui voir, et dont l'éclat lui soumettrait les starovères bien mieux que les controverses les plus savantes. Ce qui iuiporle, ce n'est pas seulement de les convaincre par des arguments irréfutables; c'est encore, c'est surtout de satisfaire un besoin de leurs âmes. Il faut leur montrer une Église forte , indépendante , féconde ; il faut leur montrer l'Épouse immaculée de Jésus -Christ régnant sur les esprits et sur les cœurs, dictant ses lois et les faisant observer , annonçant avec autorité la parole de Dieu , condamnant sans hésitation et sans crainte toutes les erreurs , répandant avec abondance la vie de la grâce, produisant sans effort des œuvres d'abnégation, de dévouement, de zèle , et attirant dans ses bras , de toutes les extrémités du monde , à l'odeur de ses parfums, des enfants qu'elle n'a pas portés dans son sein.
Voilà la démonstration vivante et irréfutable qui irait droit au cœur des starovères, qui les subjuguerait , et qui mettrait fin à toutes les disputes et à toutes les divisions.
W Grégoire, on le comprend, ne se place pas sur ce terrain : il s'adresse aux hommes égarés par les préjugés du starovérisme, et il s'efforce de leur démontrer la nécessité de
russe; or, de tous les rascolniques , les starovères sont les plus nom' broux.
L^ÉGUSE RUSSE ET LE PAPE. If
rentrer dans le sein de TÉglise russe, que leurs ancêtres ont quittée. Dans l'exanien de ces délicates et importantes questions , le synode ne pouvait guère trouver d'organe plus autorisé; j'ajouterai que les starovères ne pouvaient rencontrer un adversaire plus sympathique. Il y a dans la polémique du nouveau métropolitain de Saint-Pétersbourg quelque chose de doux, de calme, de paternel qui va au cœur ; on ne peut le lire sans éprouver qu'il inspire la confiance en même temps qu'il commande le respect. Ajoutons à cela que le savant prélat a eu soin de faire une étude approfondie de tous les ouvrages , de tous les textes préférés par les starovères , et qu'il s'est attaché à ne leur citer que des autorités qu'ils ne peuvent pas récuser. Enfin , nous n'avons aucune difficulté à reconnaître que sur presque tous les points, sinon sur tous, M^ Grégoire a évidemment raison contre les starovères ; il a pour lui la sainte Écriture , les conciles , les saints Pères , et il en fait un usage judicieux. Je crois très-volontiers que son livre est de nalure à faire sur les hommes égarés auxquels il s'adresse une profonde et heureuse impression; il y a là des arguments auxquels ils ne peuvent pas trouver de réponse ; et ces arguments s'appuient sur des textes qu'ils se garderont bien de ne pas accepter.
Et cependant , pour dire ma pensée tout entière , je ne crois pas que le procédé employé par l'éminent écrivain soit efficace; je ne crois pas qu'il ramène un grand nombre de starovères à la communion de l'Église dominante.
La raison en est simple, et le lecteur la devine par tout ce qui précède. M*' Grégoire a mille fois raison contre les starovères, dans les questions qu'il traite; mais il en est une
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qu'il ne traite pas , et c'est précisément celle-là qui est au fond de tout le débat.
MAIS c'est assez nous arrêter aux préliminaires ; entrons dans l'examen du livre de M^' Grégoire. En essayant de faire ressortir tout ce qu'il contient d'enseignements utiles et de vérités profondes, nous prendrons la liberté d'appeler l'attention du docte prélat, avec tout le respect dû à sa haute dignité , sur quelques lacunes que nous regrettons d'y trouver.
Nous nous occuperons principalement du premier volume, qui est à nos yeux de beaucoup le plus important. Le second, consacré à l'examen et à la réfutation des objections , en général très-futiles , que les starovères ont l'habitude d'opposer à l'Ëglise dominante , pourrait bien donner lieu à quelques observations de notre part, mais nous les remettrons à un autre temps.
Commençons par résumer, en peu de mots , la savante argumentation du respectable métropolitain de Saint- Pétersbourg.
Notre-Seigneur Jésus-Christ a fondé une Église qui doit durer jusqu'à la consommation des siècles par conséquent , il est certain que cette véritable Église de Jésus -Christ existe aujourd'hui. Cette Église doit nécessairement avoir une hiérarchie , une magistrature distincte des autorités qui président à la société civile; cette hiérarchie comprend des évêques , des prêtres et des diacres. Il n'y a qu'une seule Église qui soit la véritable Église de Jésus -Christ; par