‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 3 sur 70 · L ÉGLISE RU6S£ ET L£ PAP · texte numérisé non relu

L ÉGLISE RU6S£ ET L£ PAP

conséquent y vous starovères, qui notoirement n'avez pas d'évêques, vous n'êtes pas la véritable Église de Jésus-Christ. L'Église russe a des évèques, des prêtres et des diacres; c'est donc à elle qu'il faut vous réunir.

Qu'est-ce que l'Église?

C'est la société des fidèles répandus sur toute la surface de la terre sans distinction de sexe , d'âge , de condition , de temps et de lieu \ C'est cette Église que le symbole appelle une, sainte, catholique (ou universelle) et apostolique*.

C'est cette Église que Notre-Seigneur avait en vue, lorsqu'il a dit : Je bâtirai mon Église '.

Cette promesse faite par Notre-Seigneur a été accomplie; il a fondé son Église * , les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre elle; c'est-à-dire qu'elle ne peut pas périr. Le ciel et la terre passeront, mais la parole de Jésus-Christ ne passera pas \ Or , il a dit à ses disciples : Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles *. L'archange Gabriel avait prédit les mêmes choses à la sainte Vierge , en lui annonçant que le royaume de son Fils n'aurait pas de fm '• L'apôtre saint Paul proclamait la même doctrine , lorsqu'il disait aux Éphésiens : « Gloire àDieu dans l'Église par Jésus- Christ , dans la succession de tous les âges et de tous les siècles ^ »

Les saints Pères répètent à l'envi les mêmes assurances ,

iP. 14.

«Matth. XVI, i8.

* Matih. XXIV, 85 (p. 34).

s Matlh. xxYiii, 20.

7 Luc. I, 33.

* Ephes. 111,21.

U us» 8TAiOTÈBES/

et les catéchismes russes fournissent à M** Grégoire des témoignages tout semblables en faveur de la perpétuité de l'Église '• Cette Église divine dans son origine, et immortelle dans sa durée, est nécessairement une. L'éminent prélat met cette vérité dans un très-grand jour. Il fait dbsenrer que Notre -Seigneur Jésus -Christ n'a pas dit : Je bâtirai mes Églises, mais mon Église; que saint Paul, dans le v* diapitre de son épilre aux Éphésiens , dit aussi que Jésus- Clirist a aimé son Église, non ses Églises, et qu'il s'est livré à la mort pour elle, au singulier, et non pour elles , au pluriel.

Le second concile cecuménique , dans le symbole que l'Église n'a pas cessé de réciter , dit également : Je crois l'Église une, sainte, catholique et apostolique.

Ensuite , M^" Grégoire cite des textes empruntés à saint Ignace d'Ântioche et à saint Jean Chrysostome. Ces textes insistent sur ce point fondamental , qu'il n'y a qu'une seule Église , comme il n'y a qu'une seule foi et un seul Dieu. Cette Église unique, qui a Dieu lui-même pour auteur, n'est ps renfermée dans les murs d'une cité , elle est dispersée sur toute la surface de la terre , d'une extrémité du monde à Tautre , où les apôtres ont été la fonder au prix des plus grandes fatigues et des plus rudes travaux.

Les catéchismes russes antérieurs à Nicon sont unanimes à proclamer cette grande vérité : il n'y a qu'une seule Église, et il ne saurait y en avoir plusieurs. Sous ce rapport, la démonstration de M^ Grégoire ne laisse rien à désirer; mais nous aurions souhaité qu'il insistât davantage sur

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rimpérieuse, sur Tindispensable nécessité qu'il y a pour tous les chrétiens d'appartenir à cette Église unique , d'être en communion avec elle , de reconnaître son autorité. Dans les Pères apostoliques et autres sur l'autorité desquels il s'appuie, il aurait facilement trouvé un grand nombre de témoignages auxquels il n'y a rien à répondre.

Qu'il nous suffise de reproduire ici quelques passages d'un livre dont M*' Grégoire ne récusera pas l'autorité ; je veux parler du Catéchisme détaillé de l'Église catholique ORTHODOXE d'Orient , examiné et approuvé par le saint synode de Rmsie^ et publié à r usage des écoles et de tous les chrétiens orthodoxes^ traduit du russe. Paris, Klinck-siek , 1851 .

Nous y lisons d'abord à la page 60 :

c Question. Quel devoir nous impose l'unité de l'Église? c Réponse. De nous appliquer avec soin à conserver l'unité d*un même esprit dans le lien de la paix ' . » Et un peu plus loin , page 65 :

c Question. Si l'Église catholique renferme tous les vrais fidèles du monde , n'est--ce pas une condition essentielle du salut que d'en faire partie?

€ Réponse. Cela est en effet ainsi. Puisque Jésus-Christ, selon les paroles de saint Paul , est le chef de l'Église et le sauveur du corps de l'Église , pour avoir part au salut , il est absolument nécessaire d'être membre de ce corps , c'està-dire de l'Église catholique *.

€ Nous lisons dans l'épître de saint Pierre , que le baptême nous sauve à l'instar de V arche de Noé. Or, tous ceux qui

* Ephes. IV, 8.

« Ibid. V, 23.

|g LES STAaoVfiRES;

furent sauvés du déluge universel le furent uniquement dans l'arche de Noé ; de même tous ceux qui trouvent le salut éternel ne le trouvent ((ue dans la seule Église catholique et

apostolique. »

Et à la page 122, en énumérant les transgressions par lesquelles on peut enfreindre le premier commandaient de Dieu , le même catéchisme fait mention du schisme , péché que Ton commet c lorsqu'on se sépare aii)itrairement de Tunité du culte et de l'Église de Dieu, catholique, orthodoxe.»

Cette rigoureuse et indispensable nécessité de faire partie de la véritable Église de Jésus-Christ, une et universelle, et cela sous peine du salut éternel, est donc pleinement admise par l'Église russe. Il nous semble que M^ Croire aurait pu constater cette nécessité et la faire ressortir aux yeux des starovères d'une manière beaucoup plus saillante qu'il n'a jugé à propos de le faire. Pour le dire en passant, la fameuse formule : Hors de V Église, point de saliU, n'est pas autre chose que le résumé de la doctrine exprimée par le catéchisme russe. Elle est l'équivalent de ces propositions très-simples : l'hérésie est un péché, le schisme est un péché , celui qui meurt en état de péché n'est pas sauvé. Ce sont des vérités élémentaires que M^ Grégoire admet aussi bien que le synode, et auxquelles les starovères ne refusent probablement pas leur adhésion.

Aïs ce n'est pas tout d'avoir démontré la nécessité d'appartenir à l'Église de Jésus-Christ et de ne s'en séparer sous aucun prétexte, il faut encore faire voir quelle est, entre

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toutes les sociétés chrétiennes, celle à qui seule appartient le titre d'épouse du Sauveur. Quoique cette prétention ait de quoi nous faire sourire, on conçoit que ces pauvres starovères essaient de revendiquer pour leur société ce glorieux privilège , et il faut leur faire reconnaître la véritable Église du Christ à des signes si éclatants qu'ils ne puissent s'y tromper.

Nous voilà naturellement amenés à la grande question des notes de l'Église. Il s'agit de savoir à quels signes, à quels caractères distinctifs on peut reconnaître la véritable Église de Jésus - Christ , et la discerner entre toutes les sociétés chrétiennes qui prétendent faussement se faire passer pour elle. Cette belle question a été traitée par tous les théologiens , et, en particulier, par M^'Macaire Boulgakof dans son Introduction à la théologie. Commençons par examiner si les conclusions de M*' Macaire sont de nature à être acceptées par M*' Grégoire.

M*' Macaire réduit tous les systèmes possibles à trois ; il attribue le premier aux théologiens catholiques, le deuxième aux théologiens protestants , et il revendique le troisième pour les théologiens de son Église, tout en avouant que plusieurs d'entre eux n'ont pas fait difficulté d'accepter le système catholique sur ce point. Quant à lui, il réfute et rejette le système catholique et le système protestant, pour admettre celui qui lui semble seul propre à faire reconnaître la véritable Église. Mais il faut d'abord donner une idée de ces trois systèmes.

Le système catholique, adopté par beaucoup de théologiens russes , consiste simplement à prendre pour notes ou caractères distinctifs de la véritable Église, les quatre II. it

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attributs qui se trouvent inscrits au symbole : Credo unam, sanclamy catholicam et aposlolicam Ecclesiam. L'Église doit être une , sainte , catholique et apostolique ; c'est le symbole qui le proclame ; il est bien évident qu'une société chrétienne à laquelle un seul de ces attributs ne conviendrait pas, ne pourrait pas être TËglise dont il est parlé dans le symbole, TËglise à laquelle nous devons croire; tandis qu'une société religieuse à laquelle ces caractères conviendront tous les quatre, doit être la véritable Église de Jésus- Christ.

Le système protestant réduit les notes de la véritable Église à deux : la prédication sincère de la parole de Dieu» et l'administration légitime des sacrements. Il n'est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour se convaincre qu'on ne peut pas discerner à l'aide de ces deux notes la véritable Église; elles supposent que l'homme connaît par lui-même la parole de Dieu , les livres dans lesquels elle est contenue, le sens qu'il faut yjattacher, ce qui est faux. Mais il est inutile d'insister sur ce point, puisqu'il ne saurait être en discussion ici.

Ep troisième lieu , vient le système que M*' Macaire revendique pour l'Église orientale et qu'il exprime en ces termes : « La véritable Eglise est celle qui conserve exactement et sans altération l'enseignement infaillible de l'ancienne Église universelle, et lui demeure fidèle en tout *. » Il est bien évident qu'au xix^ siècle, la véritable Église de Jésus-Christ doit être identique avec la véritable Église des siècles

1 M«r Macaire Boulgakof. Introduction à la théologie orthodoxe, p. 315, § 143. Nous citons d'après la seconde édition russe, publiée à Saint-Pétersbourg, en 1852, avec des corrections de fauteur.

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précédents ; c'est tellement clair que cela n'a pas besoin d'explication. C'est ce que les Anglais appellent fort bien un truisme; mais j'avoue avoir quelque peine à comprendre comment un axiome de ce genre peut servir de critérium pour reconnaître , entre les différentes sociétés chrétiennes qui prétendent toutes être d'accord avec Vancienne Église universelle y celle dont les droits sont légitimes et indubita-* blés.

Et d'abord dans quel siècle faut-il chercher cette ancienne Église universelle à laquelle l'Église aujourd'hui doit être identique , et qu'elle doit reproduire fidèlement ? Est-ce au xu® siècle? est-ce au vi^? est-ce plus tôt? Peut-on imaginer quelque chose de plus vague que cette désignation : l'ancienne Église universelle? et dans tous les siècles , n'y a-t-il pas eu des sociétés hérétiques ou schismatiques qui ont essayé de se faire passer pour la véritable Église de Jésus- Christ? Il a donc été nécessaire dans tous les temps d'avoir un moyen de discerner la véritable Église parmi toutes ces sociétés rivales. Dira-t-on qu'à toutes les époques il fallait recourir au même procédé , comparer l'Église de chaque siècle à l'Église du siècle précédent , et remonter ainsi la chaîne des temps jusqu'à l'âge des apôtres? Mais alors le système de M^ Macaire reviendrait à dire que l'Église doit être apostolique, ce que nous sommes loin de contester. L'apostolicité est, suivant nous, suivant tous les théologiens catholiques, et suivant une grande partie des théologiens russes , une des notes de l'Église. Mais ce n'est pas ainsi que M^ Macaire l'entend ; il confond l'identité avec l'immobilité. Nous reconnaissons bien que la véritable Église de Jésus- Christ doit être identique à l'Église fondée par les apôtres, et

quant à son enseignement , et quant à sa constitution ; mais il nous est impossible d'admettre qu'elle doive être immobile ; l'immobilité n'est pas et ne peut pas être l'attribut de la véritable Église de Jésus -Christ. Cela est si vrai que si W Macaire avait vécu, non au xix* siècle , mais au v* , il ne serait jamais parvenu à reconnaître, dans l'Église tenant ses assises à Ëphèse ou à Chalcédoine , l'Église antérieure au concile de Nicée; il aurait rejeté le consubstantiel et le OcoToxoç; il n'aurait admis, ni le symbole de Nicée, ni le complément que le concile de Constantinople a jugé à propos de lui donner. Je ne veux pas dire par là qu'il aurait partagé les erreurs d'Arius et de Nestorius , non ; mais il aurait crié à l'innovation , et il aurait insisté sur l'immobilité qui doit être , suivant lui , le caractère de la véritable Église ; il aurait été starovère.

Mais il n'est pas nécessaire de remonter si haut dans le passé pour voir les inconvénients du système prôné par M^"" Macaire. Contentons-nous de l'appliquer à la situation actuelle de l'Église russe vis-à-vis des starovères.

M^' Macaire est d'accord avec les starovères sur un point important. Il admet aussi bien qu'eux qu'en 1551 , par exemple , l'Église qui reconnaissait pour métropolitain de Moscou, Macaire, le savant auteur des Menées, était la véritable Église de Jésus-Christ. Les starovères et ceux qu'ils nomment très à tort les niconiens , c'est-à-dire les adhérents de l'Église dominante à laquelle appartient M^"* Macaire Boulgakof, les starovères, dis- je, et les niconiens soutiennent les uns et les autres qu'ils ne font que continuer cette Église de 1551 ; les uns et les autres prétendent conserver exactement et sans altération les enseignements de

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cette Église, et lui demeurer fidèles en tout. Cependant il faut bien qu*un des deux partis au moins se trompe , puisqu'ils ne s'entendent pas entre eux. Je suppose volontiers que ee sont les starovères; mais je demande comment yiF Macaire s'y prendra pour le leur prouver. Il déclamera contre les innovations ; il vantera l'immobilité de son Église et s'appuiera sur cette immobilité pour constater son identité avec l'Église de 1551. Mais les starovères ne sont pas embarrassés pour lui répondre qu'ils ont encore plus horreur que lui des innovations , qu'ils sont encore plus attachés que lui à l'immobilité ; ils produiront leurs livres liturgiques, qui n'ont subi aucune altération ; ils invoqueront la constance qu'ils mettent à conserver les pratiques des ancêtres avec la plus scrupuleuse fidélité ; et s'ils jugent à propos de prendre l'offensive vis-à-vis de l'Église dominante , il leur sera facile de prouver que cette immobilité si vantée a subi plus d'une atteinte, et n'a pas empêché de graves changements, comme par exemple le remplacement du patriarche par un synode permanent et acéphale. On ne peut pas nier que ce ne soit là une innovation, puisque celte forme de gouvernement ecclésiastique n'a été introduite qu'en 1 721 , et qu'elle a été inconnue à toute l'antiquité.

Je ne vois véritablement pas comment M^*^ Boulgakof s'y prendrait, en s'appuyant sur les principes qu'il met en avant, pour démontrer aux starovères qu'ils ont fait des innovations depuis 1551 , et que par conséquent ils ont cessé d'appartenir à la véritable Église de Dieu.

On doit comprendre maintenant pourquoi nous attachons tant d'importance à savoir si le nouveau métropolitain de

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Saint-Pétersbourg est d'accord avec le recleur de Tacadémie théologique de son diocèse, dans cette grande question des notes de l'Église. En adoptant la théorie de M*' Macaire, ]\fKr Grégoire s'engageait dans une voie sans issue , et se mettait dans l'impossibilité de démontrer sa thèse contre les starovères. Si au contraire il se séparait de lui pour revenir à l'ancien système des quatre notes inscrites au symbole , il avait facilement raison des prétentions des starovères , mais il se trouvait en présence d'autres difficultés, qui probablement n'ont pas échappé à la perspicacité de M^ Macaire , et sont peut-être pour quelque chose dans l'éloignement que ces quatre notes lui inspirent.

M*"* Grégoire a essayé d'éviter à la fois ces deux écueils ; il n'insiste pas sur l'immobilité, et il n'invoque pas non plus les quatre notes du symbole; mais il soutient qu'il doit y avoir et qu'il y a toujours eu dans l'Église une autorité distincte de l'autorité civile , une hiérarchie composée d'évêques , de prêtres , de diacres. Cette proposition n'est pas prouvée avec une rigueur aussi grande qu'on pourrait le désirer; cependant, comme elle est indubitable en elle-même, il est inutile d'insister sur ce point. Cette vérité une fois établie, M^ Grégoire se retourne vers les starovères et leur 'demande comment ils peuvent prétendre être la véritable Église de Jésus-Christ , eux qui n'ont pas d'évêques, pas de hiérarchie.

Au premier aspect , cet argument semble tout à fait suffisant. TI est très-vrai qu'une société sans épiscopat ne peut pas être la véritable Église de Jésus-Christ ; et d'un autre côté, il est également vrai que les starovères n'ont pas d'évêqnes dans leurs rangs.

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Mais quand on y r^rde de plus près, on trouve que cette réponse n'est pas péremptoirc. C'est un argument ad hominem, qui ne va pas au fond de la question .

Et d'abord, si les starovères n'ont pas d'évêques, c'est une chose purement accidentelle; ils auraient très -bien pu en avoir. Les ariens , les nestoriens, les moriptb élites , les iconoclastes en ont eu : pourquoi les starovères n'en auraientils pas? D'ailleurs ce n'est pas l'absence d'évêques qui constitue leur schisme; on se figure très -bien une Église starovère avec ses temples, sa liturgie, ses livres, ses observances , qui aurait ses évéques et sa hiérarchie , et qui cependant ne reconnaîtrait pas l'autorité du synode, et serait séparée de sa communion. Le schisme subsisterait toujours ; il y aurait en Russie deux Églises en présence ; toutes deux auraient des évêques : laquelle serait la véritable? Voilà ce que M^ Grégoire laisse complètement de côté ; et cependant là est le nœud de la difficulté.

. Mais allons plus loin : bien que l'argument de M*' Grégoire passe à côté de la question , et ne soit qu'un argument ad hominem, nous accordons volontiers que, dans l'état actuel des choses, il suffit pour prouver que les starovères sont en dehors de l'Église ; il n'en est pas moins vrai qu'il reste à montrer où est la véritable Église. Elle n'est pas chez les starovères , soit ; elle ne peut être que dans une société hiérarchique , dans une société qui a des évêques , soit encore ; mais comme les starovères l'objectent à M*"" Grégoire, et comme il le reconnaît lui-même, l'Église russe n'est pas la seule qui ait un épiscopat. Sans parler des catholiques, les Arméniens, les jacobites, les nestoriens, ont aussi des évêques; laquelle de ces différentes Églises est la

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véritable Église de Dieu? Voilà ce que W Grégoire ne juge pas à propos de nous faire connaître.

Je traduis textuellement vs que le métropolitain de Saint- Pétersbourg répond à cette objection : t Est- il possible que quelqu'un d'entre vous aille chercher l'Église du Christ, vraiment ancienne et vraiment orthodoxe, chez les Romains ou chez les Arméniens? Avant le commencement du malheureux schisme qui divise notre Église orthodoxe , tous ses membres ne regardaient comme orthodoxe que l'Église grecque et avec elle l'Église russe, et éconduisaient tous ceux qui étaient séparés soit de l'Église grecque , soit de l'Église russe, comme des hérétiques et des esclaves de TÂntechrist*. »

Puis, pour confirmer cet argument , M^ Grégoire cite des ouvrages imprimés en Russie avant Nicon , c'est-à-dire au XVI® et au commencement du xyu"" siècle, dans lesquels il est affirmé à plusieurs reprises que la véritable Église catho-* lique , la véritable Église orthodoxe est l'Église grecque , l'Église orientale.

Cela peut encore passer pour un argument ad hominem; je ne sais s'il fera grande impression sur les starovères ; en dehors de leur secte, il n'a absolument aucune valeur, et nous sommes encore à attendre que M^' Grégoire nous montre , par des arguments directs et péremptoires , où est la véritable Éghse de Jésus-Christ. Établir que les starovères n'en font pas partie , ce n'est pas encore montrer où elle est. Ah ! si M*** Grégoire pouvait nous démontrer par l'Écriture sainte , les conciles et les saints Pères , ou même par les

* Pagre 255.

l'église russe et le pape. 25

catéchismes russes du xvi'' siècle , que la véritable Église de Jésus-Christ est celle qui est soumise à l'autorité du synode siégeant à Saint-Pétersbourg; que cette autorité a été instituée de Dieu ^ et que tous ceux qui refusent de la reconnaître ou d'être en communion avec elle, se rendent coupables de schisme et se séparent de cette Église une , sainte , catholique , apostolique , colonne et fondement de la vérité, épouse du Christ et son corps mystique, nous serions satisfaits, et il ne manquerait rien à son argumentation contre les starovères. Mais tant que l'éminent prélat se bornera, sans aucune espèce de preuve, à affirmer que l'ÉgUse russe est la véritable Église de Dieu, et se contentera d'employer contre les starovères des arguments indirects et incomplets , nous persisterons à lui faire observer, avec tout le respect possible , que sa thèse ne nous semble pas démontrée. Nous aurions voulu que M*' Grégoire pût dire aux starovères : < Vous n'êtes pas avec nous ; or, nous sommes la véritable Église de Dieu ; donc vous n'êtes pas avec TÉglise. > Au lieu de cela , son argumentation revient à dire : < Il ne faut chercher la véritable Église de Dieu que dans une société qui a des évêques ; vous n'avez pas d'évêques , cherchez donc en dehors de vous. » Ce ne sont pas là les expressions dont il se sert , mais sa preuve ne va pas au delà. Voilà pourquoi nous ne croyons pas à l'efficacité de ce livre. Il pourra bien faire naître des doutes dans l'esprit de quelques starovères , il ne leur donnera pas les moyens de les résoudre. Ce sont des germes de scepticisme jetés dans leurs cœurs ; au lieu de les ramener vers l'Église dominante, en leur tenant un pareil langage, on les précipitera de plus en plus dans les rêves d'une Église

26 IXS ^ABOTÊIES,

invisible. Or, une fois qu*OD en est là Je schisme sert de trart^ sition à l'hérésie ; la porte est ouverte à tous les égarements et à toutes les extravagances ; le pauvre starovère est sans défense contre le néo-gnosticisme qui couve dans un si grand nombre de sectes russes.

Un pareil i*ésultat est certainement tres-éloigné des intentions du respectable prélat dont nous examinons Fouvrage. Son cœur droit et sa raison éclairée nous sont garants qu'il serait le premier à s'en alarmer. Dans l'intérêt de la vérité, nous avons cru devoir appeler, sur quelques lacunes que nous avions remarquées dans son Uvre , l'attention du public y mais surtout la sienne. Hélas! il lui sera bien difficile de donner à son travail le complément qui lui manque ; mais peut-être qu'en méditant, dans le silence de son oratoire, en présence de Dieu, sur ces grandes questions, il sera éclairé d'un rayon de l'étemelle vérité, et prendra avec lui-même l'engagement de travailler avec courage et persévérance à détruire tout ce qui peut s'opposer encore à ce que l'Église russe apparaisse aux yeux des starovëres avec cette auréole céleste qui subjugue les intelligences et attire les cœurs.

Nous serions incomplet à notre tour, si nous nous contentions de signaler les lacunes que nous avons remarquées dans le livre du respectable métropolitain de Saint-Pétersbourg, sans dire comment elles peuvent être remplies. Nous allons donc entreprendre cette tâche. La ligne que nous avons à suivre est toute tracée. Nous reprendrons Targunient môme de M«' Grégoire; seulement, pour le rendre

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vraiment efficace , nous le donnerons tout entier. Tel qu'il a été exposé par le prélat russe , il était insuffisant contre les starovères; quand nous l'aurons présenté dans toute son intégrité, on verra que non-seulement il conclut rigoureusement contre eux, mais qu'il donne encore un moyen infaillible de reconnaître la seule et unique véritable Église de Jésus-Christ , et de la discerner entre toutes les sociétés chrétiennes qui prétendent à ce titre.

Quel est l'argument de M*'' Grégoire? Il peut être Tendu en ces termes : « La véritable Église de Jésus-Christ est une Église hiérarchique , c'est-à-dire une Église en possession de la hiérarchie divinement instituée par Notre-Seigneur. Or, les starovères ne sont pas en possession de cette hiérarchie , donc ils ncjjsont pas la véritable Église de Jésus- Christ. » Présenté sous cette forme, nous l'acceptons ; il ne nous reste plus qu'à le développer.

La hiérarchie divinement instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ ne se compose pas seulement de diacres, de prêtres et d'évêques ; elle comprend encore nécessairement le pape, l'évêque des évêques. Sans le pape, la hiérarchie n'est pas complète , elle est mutilée , elle n'est pas telle que le divin fondateur de l'Église Ta établie.

A nous donc de prouver que l'autorité du souverain pontife, qui forme le suprême couronnement de la hiérarchie ecclésiastique sur la terre, est véritablement d'institution divine. Cette proposition une fois démontrée, l'argument est invincible. Tel qu'il était présenté par M^ Grégoire, il revenait à dire : « La véritable ÉgUse de Jésus- Christ est une Église qui a des évêques; les starovères n'ont pas d'évêques, donc ils n'appartiennent pas à la véritable Église. » Tel que je

iH rE3 ?TAROVKRES,

le présente, il revient à dire : c La véritable lîlgHse est celle qui a le pape avec elle ; les starovëres ne sont pas avec le pape, ils ne sont donc pas avec la véritable Église. > Et comme il n'y a qu'une seule Église qui ait à sa tête le pape» légitime successeur de saint Pierre, cet argument, du même coup, montre à tous les regards quelle est TÉglise de Dieu, et condamne toutes les sociétés qui voudraient s'en arroger les privilèges.

Je crois que M"' Grégoire ne contestera pas la rigueur logique de cet argument ; seulement , il ne voudra probablement pas reconnaître que la papauté , ou cet ensemble de droits et de pr^TOgatives que nous attribuons au pape et que nous exprimons par le mot de primauté, primatus , soit d'institution divine. Comment M*' Grégoire s'y est-il pris pour établir les diiïérentes parties de son argumentation? Il s'est appuyé suœessivement sur la sainte Écriture, sur les saints Pères , et sur les témoignages de l'Église russe ellemême. Je ne suivrai pas une autre marche , et j'appliquerai la même méthode à mettre hors de doute l'institution divine de la primauté du pape.

Mais auparavant , il faut commencer par bien préciser le sens du mot primauté et l'état de la question. Et d'abord, il faut distinguer la primauté d'honneur de la primauté de juridiction. La primauté d'honneur consiste en un simple droit de préséance, en une prérogative purement honorifique, sans qu'aucune autorité s'y trouve nécessairement attachée. Pour mieux faire comprendre cette différence, ayons recours à un exemple. Un général commande une division, il a sur elle une véritable autorité; mais il peut se faire qu'un général n'exerce aucim commandement , il conserve avec son uniforme et ses épaiilettes les honneurs attachés au grade de

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général, il prend le pas sur les colonels et les autres officiers placés au-dessous de lui dans la hiérarchie militaire , sans avoir cependant aucune autorité sur eux. Supposant même que ce général conserve son commandement, son autorité ne s'exerce que sur la division qui est sous ses ordres ; partout ailleurs il reçoit les honneurs dus à son grade, à son ancienneté, il n'exerce pas d'autorité.

Appliquons ces notions si simples aux prérogatives que nous réclamons pour le pape , et commençons par établir que la primauté d'honneur ne saurait , en aucun e^s , lui être contestée. En effet, les Orientaux admettent que l'évêque de Rome est patriarche d'Occident ; par conséquent , ils ne lui contestent pas l'autorité qu'il exerce sur les évêques occidentaux ; ils ne lui disputent pas non plus la préséance sur les patriarches d'Orient; et si tous les patriarches se trouvaient réunis dans une assemblée, le patriarche d'Occident, c'est-à-dire le pape, prendrait sans difficulté le pas sur les autres. Ils avouent donc que le pape possède la primauté d'honneur; par conséquent, cette primauté-là n'est pas plus en discussion que la juridiction qu'il exerce sur le patriarcat d'Occident ; il nous reste à voir si l'Église d'Orient reconnaît dans le pape la primauté de juridiction , en d'autres termes, si elle reconnaît que le pape exerce une véritable autorité , en dehors des limites de son patriarcat , sur l'Orient lui-même, en un mot sur l'Église universelle. Renfermons-nous dans les siècles qui ont précédé la séparation. A cette époque, les Orientaux admettaient-ils que les papes possédassent-une autorité quelconque sur les patriarches de Constantinople, d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem?

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Àvaut de répondre à cette question , il faut encore avoir recours à une distinction. Cette primauté de juridiction, cette autorité exercée par le pape sur toute l'Église peut avoir deux origines différentes. Elle paît avoir été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, et dans ce cas elle vient immédiatement de Dieu , elle est de droit divin ; mais il aurait pu se faire que Dieu , sans rien déterminer d'aussi précis sur le gouvernement de son Église , se fût contenté de laisser à l'Église elle-même le soin de pourvoir à ses besoins; alors l'Église , par l'organe des conciles et des saints Pères, aurait pu, si elle l'avait jugea propos, conférer une plus grande autorité à tel ou tel évêque en particulier. Dans cette hypothèse , l'Église serait toujours maîtresse de retirer les pouvoirs qu'elle aurait donnés. Si l'évêque de Rome avait reçu, non de Jésus-Christ immédiatement, mais de l'Église, par l'organe des conciles et des saints Pères, une certaine autorité embrassant l'Orient et l'Occident, cette primauté de juridiction ne serait plus de droit divin , mais de droit ecclésiastique, et par conséquent sujette à être modifiée, à être renfermée dans de plus étroites hmites, ou même à être entièrement supprimée.

L'Église orientale ne peut pas contester que les évêques de Rome n'aient exercé une véritable autorité en dehors des limites de leur patriarcat. Ils ont condamné et déposé des patriarches de Constantinople , d' An tioche, d'Alexandrie; ils ont reçu les appels des patriarches qui occupaient ces sièges, comme saint Athanase et saint Jean Chrysostome, ou bien encore les appels interjetés contre les sentences rendues par des patriarches de l'Orient. Or, tous ces actes établissent, d'une manière indubitable, la juridiction des

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évêques de Rome sur TOrient ; mais il ne s'ensuit pas encore que la juridiction exercée par les papes Tait été en vertu d'une autorité conférée par Jésus-Christ lui-même , et non déléguée par l'Ëglise. C'est là toute la question.

Les Orientaux reconnaissent que les papes ont été investis, au moins pendant quelque temps, d'une certaine primauté de juridiction , mais ils leur contestent que cette juridiction soit de droit divin. Suivant eux, ces privilèges conférés au siège de Rome s'expliquent suffisamment par l'importance que la ville de Rome avait dans l'empire et dans le monde ; mais ils n'ont plus aucune raison d'être depuis que la splendeur de Rome s'est obscurcie , que l'empire romain s'est divisé, qu'il a cessé d'exister, et l'autorité de l'Église et des Pères, qui avait établi ces privilèges, a pu aussi les révoquer et les transporter à un autre siège, à une autre ville, investie, par les vicissitudes du sort et les révolutions des empires , de la grandeur que Rome avait perdue.

Les catholiques romains, au contraire, soutiennent que cette primauté de juridiction, cette autorité que les évêques de Rome ont exercée dès les premiers siècles sur toute l'Église , ne tire pas son origine de la splendeur de Rome païenne, qu'elle n'est pas d'institution humaine, mais qu'elle a pour fondement la primauté de saint Pierre , prince des apôtres, qui l'a reçue de Jésus-Christ même, et transmise à ses successeurs, les évêques de Rome. Suivant eux, l'èvêque de Rome est le premier évêque du monde , non parce que son siège est établi dans la ville des Césars , mais parce qu'il est le successeur et l'héritier légitime du pêcheur de Galilée, auquel Notre-Seigneur Jésu&-Christ a dit : Tu es Pierre, et sur celle pierre je bâtirai mon Église, et les portes de

•)^ LES STAAOVÉaES,

l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai le$ clefs du royaume des deux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. Simon, fils de Jonas, m'aimeS'4uplus que ceujxi? pais mes agneaux, pais mes brebis. J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas; confirme tes frhres.

Entre ces deux manières d'envisager h primauté de juridiction , il y a une différence radicale. Notre argument n'a sa valeur que si nous parvenons à prouver que c'est bien de Jésus-Christ que le pape tient son autorité, en sa qualité de successeur de saint Pierre.

L'état de la question ainsi précisé , il nous faut aborder les preuves, en commençant par celles que nous fournit l'Écriture sainte.

IL s'agit de prouver que Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême a confié à l'apôtre saint Pierre une primauté de juridiction s'étendant sur tous les apôtres et sur l'Église universelle ; nous avons à examiner en même temps si cette primauté est une prérogative personnelle du grand apôtre oiî une institution permanente dans l'Église.

Ouvrons l'Évangile , nous y trouvons à chaque page des preuves du soin que prend Jésus-Christ de se préparer et de se substituer un vicaire qui tienne sa place sur la terre quand il sera remonté dans les cieux , et qtii soit le dépositaire de sa sollicitude et de son autorité.

« Jésus étant allé du côté de Césarée de Philippe , interrogea ses disciples, et leur dit : Qui dit-on qu'est le Fils

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de rbomme? Ils répondirent : Les uns, que c'est Jean- Bapliste ; d'autres, Élie ; d'autres enfin , Jérémie ou quelqu'un des prophètes. Jésus leur dit : Et vous y qui ditesvous que je suis? Simon Pierre prenant la parole, dit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Et Jésus lui répondit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, parce que ce n'est pas la chair ni le sang qui te l'ont révélé , mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux , et tout ce que tu auras lié sur la terre serai aussi lié dans les cieux , et tout ce que tu auras délié sur la terre sera aussi délié dans les cieux ^ »

Voilà la promesse; voyons maintenant l'accomplissement.

€ Après qu'ils eurent dîné, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime# ^ésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui demanda une seconde fois: Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime^ Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m aimes-tu? Pierre fut / contristé de ce qu'il lui demandait pour la troisième fois : M'aimes-lu, et il lui répondit : Seigneur, vous connaissez toutes choses , vous savez que je vous aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis*. »

De ces deux textes importants rapprochons-en un troisième.

iMatth.XYi. 18-19.

*loana. XXI. 15-17. -

ÏU 3

34 LES glAMOYtBMS,

c Le Sdgoeur dit ensuite : Simon , Simon , Satan vous a demandés pour vous cribler comme on crible le froment. Mais j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point ; lors donc que tu seras converti^ confirme tes frères ^ >

Je ne finirais pas si je voulais rapporter tous les textes oii la primauté de Pierre est indiquée. Quand les évangélistes dressent le catalogue des apôtres, ils commencent tous par Pierre *, quoiqu'il ne soit ni le plus âgé , ni le premier appelé ; et saint Matthieu ne se contente pas de le nommer en première ligne , il dit expressément qu'il est le premier ; Primus Simon, qui dicilur Petrus. Toutes les fois qu'ils ne nomment que quelques-uns des apôtres , Pierre est toujours du nombre et toujours en tête ^

Ailleurs encore , ils le nomment de manière à faire res*^ sortir sa primauté : c Simon et ceux qui étaient avec lui \.. Allez, dites-le à ses disciples et à Pierre *... Pierre et ceux qui étaient avec lui, dirent •... Pierre et ceux qui étaient avec lui, accablés de sommeiP... Pierre avec les onze *..i Ils dirent à Pierre et aux autres apôtres®.** Pierre et les apôtres répondirent *^ . . p

Dans le livre des Actes, la primauté de Pierre se manifeste par des faits. Au cénacle , c'est Pierre qui se lève au milieu de ses frères , et prend la parole et l'initiative dé ce qu'il y a à faire pour remplacer le traître Judas "»

A peine les apôtres ont -ils reçu le Saint-Esprit, que Pierre élève la voix , et commence à prêcher l'Évangile.

1 Luc. XXII. 31. 32.

* MalUi. x.,2; Marc. m. 16; Luc. vi. 14; AcL i.l3.

* Mallh. XVII. 1; Marc. v. 37. xiii. 3. xiv. 33; Luc. viii. 61; xxii. 8; Joann. xxi. 2. — * Marc. i. 36.— * Id, xvi. 7.— « Luc. viii. 45. —7 Id, ix: 32. —8 AqU n. 14. — » Ihid, ii. 37. — lo ihid. v. 2a. — u Ibid, i. 15. 26.

^'ÉGLISE ttUSSË ET LE PAPE. 38

Trois mille hommes se convertissent à cette premiëre prédication ^ Pierre guérit le boiteux à la porte du temple , et à cette occasion il adresse encore la parole à la multitude : cinq mille hommes se convertissent. Les apôtres sont conduits devant le tribunal d'Anne et de Caïpbc : c'est ^core Pierre qui répond pour les autres*.

Je m'arrête sans avoir tout cité ; et, avant d'entrer dans aucune explication , je demande au lecteur si tous ces textes, ainsi rapprochés les uns des autres , ne lui montrent pas Pierre au-dessus des autres apôtres, si l'on n'est pas amené à le voir investi par Jésus-Christ d'une prérogative éminente et d'un pouvoir plus grand que celui de ses frères dans l'apostolat.

Mais ici, il faut aller au-devant d'une objection . C'est une q>inion extrêmement répandue en Russie que Jésus -Christ étant le chef de l'Église, l'Église ne peut avoir de chef visible, et que, reconnaître un chef \isible comme saint Pierre et le pape , c'est ialtentèr aux droits de Jésùs-Chnst sur l'Église. - '

Tâchons donc de dissiper les nuages que cette opinion peut a\'oir Isfissés dans l'esprit cfe quelques-uns de mes lecteurs, en entrant dans (Quelques expHcations très- simples.

La sainte Écriture multiplie les comparaisons et les images , pour nous faire comprendre les liens étroits qui unissent l'Église à Jésus- Christ. L'Église est un édifice, Jésus-Christ en est le fondateur et l'architecte , il est ïa pierre angulaire sur laquelle elle est bâtie ; TÉglise est m irou|)eau et un bercail , Jésus-Christ 'en est lé^toaStetlr'. Toût'cbï? ne

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'-i Âch II. 14. 3t. 4i! — : » ftVrf! ivT 8, 18.11?'.' il .

36 ISS STAROVKAES,

dit pas assez : Jésus-CIirist est Tépoux et TËglise est Tépoiise; comme l'épouse du premier Adam a été formée d'une de ses côtes pendant son sommeil , de même TËglise est sortie du côté de son divin époux pendant son sommeil sur la croix , lorsque la lance du soldat, ouvrant le cœur de Jésus, fit jaillir de cette source mystérieuse le sang et l'eau pour la régénération et le salut du genre humain. Cette union de l'époux et de l'épouse ne dit pas encore assez : Jésus-Christ est la têlc , l'Église est son corps mystique ; la tète et le corps ne font qu'un ; ils vivent de la même vie , ils possè^ dent le même esprit.

Mais cette union si étroite et si intinoe entre Jésus-** Christ et son Église, empêche-t-elle Notre-Seigneurdese servir du ministère des hommes dans l'Église ? Pas le moins du monde. Il se sert de ministres ' visibles pour prêoher l'Évangile , pour administrer leà Bàlcrtm'èntS' ; pour gmiveKner les fidèles. Dans fe sacrifice irfé fa messe , Jésus^Ohi'Ist n'est pas seulement la ' victime imrrtolée sur l'autel, il est encore le sacrificateur invisible, le prêtre éternel: cela n'empêche pas qu'il y ait àVautel-un homtne mortel et visible qui est prôtire aussi i et qui dffre le sacrifice avise Jésus-Christ. Dans le tribûhal dé la pénitence, il y-À-auséi un prêtre visible et mortel qtii tîehtlà place de Jésus^hrist ; c'est ce prêtre visible 'qui rieçoit'la cohfeasiôn des péchés, c'est lui qui juge des ' dispôsitiôtis dii pénitent, qui Itii impose des œuvres satisfâctoires , et'luîdotme ou lui refuse l'absolution. Dans un diocèse enfin, il y a un évêque visible et mortel qui. tient encore la place de Jcsus-Qlirist : ç^èsi cet évêque visible qui administre les sactemënts, ordonne les prêtres, gouverne le clergé et les fidèles ; et cependafth, saint

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Pierre dit aux fidèles en parlant de Notre-Seigneur luimême i < Vous étiez comme des brebis égarées, mais main* tenant vous êtes retournées au pasteur et à Tévêque de vos âmes\ > Loin de porter aucune atteinte aux droits de Jésus^ Ghfist sur ce diocèse et les fidèles qui le composent » il est rinstrument et l'intermédiaire que Jésus-Christ lui-même a établi pour tenir sa place et pour servir de pasteur visible à ce troupeau, d'époux mystique à cette Église, de chef et de tête à ce corps. Pourquoi donc ne pourrait-il pas y avoir, dans le gouvernement de TÉglise universelle, un homme qui tiendrait la place de Jésus-Christ, un chef visible tenant la'place du chef invisible , un pasteur mortel tenant la place du pasteur éternel ?

C'est le lieu de rappeler un singulier passage qui se trouve dans la Confession de la foi orthodoxe de Pierre Mogila '• Il s'agit du neuvième article du symbole : « Je crois l'Église, une, sainte, catholique et apostolique. x> Voici une des conclusions que l'auteur prétend en tirer : « Cet article nous apprend que le Christ seul est chef de son Église, selon la doctrine de l'Apôtre*... Les évêques, dans les ÉgHses auxquelles ils président, sont bien appelés chefs de ces Églises , mais il faut comprendre cette dénomination en ce sens qu'ils sont les vicaires de Jésus - Christ chacun dans sa province et qu'ils sont des chefs particuliers*, 'et que cependant c'est Jésus-Christ lui-même qui est le prince des pasteurs*. * Cela revient à dire : il n'y a qu'un seul prince

1 U Pelr. II. 25-

* Partie I. q. 85.

' Ephes, V. 231. coL 1. 18,

* Act, XX. 28.

» 1. Petp. V. 4,

38 11$ STAROVÊRES,

(les pasteurs , un seul chef de l'Ë^ise , Jésus-Clirist, et les t'vôques , les pasteurs particuliers sont vicaires de Jcsus- (>ltrist clans leurs Églises particulières ; ils sont chefs de ces Ëglises particulières. Mais que pourrait-on nous répondre , si nous diûoDS à notre tour : il n'y a qu'un seul prince des pasteurs, un mil chef étemel de l'Église . Jésus-Christ ; et les papes qui se sont succédé sur la chaire de saint Pierre, et qui sont déjà au nombre de deux cent soixante , ne sont vicaires de Jésus-Christ que pour un temps limité, chacun à son tour. Pourquoi quelques centûnes d'évéques , dispersés sur la surface du globe , portent-ils moins atteinte «ux . droits de Jésus-Chiist sur l'^iee . que quelques centaines de papes, se succédant dans la suite des siècles?

Si l'autorité que le pape exerce sue l'Eglise uniraradle lésait en quelque chose les droits «le NotrefSeigneurJ^u^- Christ, il faudrait en conclure, par aialo^!/'i^}''«mfe*reurde Russie ne pourrnit pas» en temps de guerre , confier le commandement de eon armée àun général ea chef sans abdiquer son pouvoir. ■...■■... i) 'i k ■] -■':\. '■<■■■■ ùi\n.-.'-

Le modèle de toutes Jes socles '0^t4i«)iieS|Cst)lft>feaiide famille, composée deJéslisj (de Maritet deiJosepU.lKôiis pouvons sans crainte y Ébcpther aiissi leniodèlede l'ÉgliM. Qui est l'époux de Marie? n'est-ce pas le Saint-rKspiitî Qui est le père de i]ésns?;n;eRl-oe pesile Père àwn^ fâ , cependant Joseph ostdà ..toiaotilâ plaeeutfMV rite de pètie et d^époux «ià-telt:f(Hi3^|| deuxnoiQSjaugusteisiii «aliii'éjMixu de Jésus :.n \'6lre,fièi:eiii Marie à l'enfant Jésua, docteurs,

T.f - j—::iti - ~L* •i-'.;;,iùiii' , <in i %''d m ■-•- «u**- -*^ i^ '.. -. i:<r::.iii ■

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r—o'tri iiac'.piifs: urmi iHt .hhuiic . » unuim'.

40 usa STÀAOfÈ&tS,

à ce caractëpe de (ondement qui lui appartient ; Tapôtie est une pierre sur laquelle reposera tout l'édifice » niais qui repose elle-même sur JésusrChrist.

U n'en est pas moins vrai qu'en vertu de la parole de Notre -Seigneur^ saint Pierre est la pierre sur laquelle TËglise est bâtie ; or, comment pourrait-il être cette pierre , s'il ne porte pas , s'il ne soutient pas l'Église tout entière? Jésus -Christ compare l'Église à un édifice; Pierre tôt à l'Église ce que le fondement ^ à l'édifice. Otez le fon^ dément , l'édifice croule ; , U n'y . a plus d'édifice , îL n'y a que des ruines ; séparez. ).'édi|Si^. du fondement ^ l'édifif^ est renversé; mais tant que^ .l'édifice repose sur le fondement^ il est solide; c'est au fondement qu'il doit sa solidité; plœ il adhère au fondement, plus U est solide. Deméme/l'É^îsd repose sur Pierre ; 6tei(;Pierre, il n'y ta.plus d'Église , il n'y* a que.dçs ^tes.; ,$i$p^ri^ l[ÉgU«e,de<P^eri«K rÉgUsoiest^ rj^y er^ée ; ,mais i tan t , que . j VJ^^î^ô i f^fOd»' : sur ^ Pierre ^ die c^inél)|V9nl?hle,.Cl'e^t.^iPi^rii;e: qu'elle doitisa solidité^ et: p))i|3 1(^ ,)jeus quleo; ratts^cheot. toutes, les parties à PieirC'

...Con^nuon^ià écouterions parles d$iNQtrerSeigaeuir*' a Je. tei^Qpnef^i^les clafs 4uiif0yaui]^>destcieux; tout œqlie'.tu li§f9P);W^ )0 tQfjfe^ qera' Ué, dans le ciel ; etitout ce que> tu d41i?ras|snr,^la ,t^re; aeiwi. délié; dans le ; ciel ••n- Voilà ^ cette dqp)>le^,j)i4ion, jdQiDjt^Ui^t de! s)QU yiieaire^ quii cepcodant^n'en fa^,qi(i']inei;),I)wu ppQficaveidajis.le^i6l'te:qufi son vicaire &U sui?i)^.tpri:fti,.Ift..pr($tiîei^baout'SUïfi'te têrr*e,Dieu ratifieila sentenpfl,d£|Rç,jQ,fi^)^l,Qr„\<\ea clefs 4ui«oy)aume des cieuxy «e pouvoir de lier et de délier donné sans réserve ( tout ce que tu lieras) et donné à saint Pierre par Jé§iis 7 Christ ,

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