‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 20 sur 70 · SOS DE LA PROCESSION · texte numérisé non relu

SOS DE LA PROCESSION

ces conjurations infernales qui , pendant de longs siècles , se sont élevées contre le Christ, contre son troupeau et contre les pasteurs qu'il a investis de son autorité.

Malgré les dissentiments survenus depuis. Dieu leur a laissé assez de vigueur pour vaincre les ennemis qui ont surgi en ces derniers temps. En face du protestantisme, la hiérarchie des saints ordres a été conservée intacte dans les deux Églises ; la doctrine des sacrements n*a souffert aucune atteinte , et Tautorité que Jésus-Christ a conférée à son Église , de connaître souverainement et au nom de Dieu même de toutes les controverses dogmatiques et disciplinaires, est demeurée entière et incontestée. Ce dernier article est d'une extrême importance ; tellement cpie , fùt-il resté seul commun aux deux Églises , seul il suffirait pour renouveler l'union primitive et mettre un terme à toutes les divisions.

Les deux Églises n'ont pas sailement combattu les mêmes combats , mais elles ont encore vécu de la même vie ; elles se sont aidées mutuellement par leurs hommes apostoliques , par les exemples de leurs saints et les ouvrages de leurs docteurs. L'Orient a donné à l'Occident un grand nombre d'illustres évêques et même des papes; c*est dans l'Orient que les Occidentaux sont allés chercher les plus beaux modèles de la vie monastique. L'Occident , à son tour, n'a pas été sans utilité pour l'Orient; les services qu'il lui a rendus sont consignés à toutes les pages des Uturgies orientales ; et , comme souvenir de cette ancienne unité de vie, les deux Églises célèbrent encore les fêtes d'un grand nombre de saints dont les travaux ont fécondé l'un et l'autre rameau de l'Église universelle.

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II est donc vrai que , dans le passé » les plus beaux temps attestent Tunion de TOrient et de rOccident , et qu'aujourd'hui encore nous retrouvons mille points de contact entre les deux Églises.

Serait-il impossible de renouveler les liens primitifs? de rétablir^ Dieu aidant, l'union qui a Jésus-Christ même pour auteur? de nous montrer, comme autrefois Orientaux et Occidentaux, ne formant qu^un seul corps et n* ayant qu'un seul esprit, appelés que nous sommes à une même espérance^ et ne confessant qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême et qu'un Dieu pire de tous * ?

Le peuple d'Israël , dans le désert où chaque tribu obéissait à son chef et toute la nation à Moïse , parut admirable à ses ennemis mêmes. Il trouva, dans la bénédiction que Dieu répandit sur cette belle institution hiérarchique, la force nécessaire pour renverser tous les obstacles qui semblaient devoir lui fermer à tout jamais l'entrée de la terre promise. Vingt fois on jura sa perte, vingt fois il triompha de l'astuce et de la violence des adversaires les plus acharnés.

Tels étaient aussi les chrétiens d'Orient et d'Occident avant les tristes dissentiments qui séparèrent les frères d'avec les frères. Oh ! si l'ancienne union , scellée du sang des apôtres et des martyrs , défendue par les saints docteurs avec autant dé sollicitude, d'ardeur et de science que les dogmes eux-mêmes; si cette union, pour laquelle Notre- Seigneur Jésus-Christ a prié, mais que la défiance, la jalousie , toutes passions humaines ont détruite , pouvait se cimenter de nouveau! Quel beau spectacle ne serionsnous pas pour Dieu et les hommes ! quelle vie puissante ne

i Sph^s. IV. 4, 5, 6.

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viendrait pas animer tous les membres du corps mystique de Jésus-Christ ! quelle force n'aurait pas cette armée s'éten-dant de Yorient à Yoccident , du nord au midi! Nul ne peut y songer sans désirer de toute Tardeur de 6on âme le réta* blissement de la primitive union.

Mais cela est-il possible?

£t pourquoi pas !

Si un certain nombre d'hommes de Tan et de l'autre rite, tels qu'on en vit pendant le grand schisme d'Occident dans l'obédience de Rome et dans celle d'Avignon, voulaient travailler courageusement et constamment à l'extinction du schisme qui sépare l'Orient de l'Occident , là plus grande difficulté aurait disparu.

Au commencement, ils seraient peut-être peu nombreux ; mais leur isolement cesserait bientôt. Du côté des Latins, ils auraient d'abord pour appui notre saint père le pape Pie IX, qui a inauguré , pour ainsi dire , son pontificat par une démarche solennelle en vue de procurer l'union des Églises. Us seraient soutenus par les vœux de tant d'âmes qui, depuis plu* sieurs années, se sont associées dans le but de prier ensemble pour la réconciliation des deux rites : on en compte dans un seul diocèse jusqu'à quinze mille. Ils auraient l'approbation de tous ceux qui savent que les chrétiens ne doivent former qu'un seul troupeau. Du côté des Russes (car ce sont les Russes que nous avons en vue avant tous les autres Orientaux), tout appui ne leur ferait pas non plus défaut. Lorsque l'impératrice Catherine II , dans sa célèbre lettre au pape Pie VI , parla de Vunion tant désirée, elle n'était que l'écho de traditions qui avaient régné avant elle à la cour de Moscou et plus encore à celle de Saint-Pétersbourg; or, ces traditions

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n'ont point complètement péri; nous n'en voulons pour preuve que le beau Mémoire que M. de Tutcheff, — personnage qui occupe, à Saint-Pétersbourg, un poste élevé au ministère des affaires étrangères, — adressa, en 1849, à S. M» Tempereur Nicolas, et qui fut imprimé, avec l'agrément de ce prince, en Allemagne et en France.

Après avoir rejeté la locution impropre : les deuœ Églises, parce quel'Ëglise est une, il disait : < Gomment serait -il interdit aux chrétiens d'espérer que Dieu daignera proportionner les forces de son Église à la nouvelle tâche qu'il lui assigne ? qu'à la veille des combats qui se préparent , il daignera lui restituer la plénitude de ses forces , et qu'à cet effet, lui-même, à son heure, il viendra de sa main miséricordieuse guérir au flanc de son Église la plaie que la main des hommes y a faite , cette plaie ouverte qui saigne depuis huit cents ans?

€ L'Église orthodoxe n'a jamais désespéré de cette guérison. Elle l'attend , elle y compte , non pas avec confiance , mais avec certitude. Gomment ce qui est un par principe, ce qui est un dans l'éternité, ne triompherait-il pas de la désunion dans le temps? En dépit de la séparation de plusieurs siècles et à travers toutes les préventions humaines » elle n'a cessé de reconnaître que le principe chrétien n'a jamais péri dans l'Église de Rome , qu'il a toujours été plus fort en elle que l'erreur et la passion des hommes ; et voilà pourquoi elle a la conviclion qu'il sera plus fort que tous ses ennemis. Elle sait de plus qu'à l'heure qu'il est, comme depuis des siècles, les destinées chrétiennes de l'Occident sont toujours encore entre les mains de l'Église de Rome , et elle espère avec confiance qu'au jour

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de la grande réunion celle - ci lui restituera intact ce dépôt

sacré. »

Il terminait son travail par ces mots : c Qu'il me soit permis de rappeler, en finissant , un incident qui se rattache à la visite que l'empereur de Russie a faite à Rome en 1846. On s'y souviendra peut-être encore de l'émotion générale qui l'accueillit à son apparition dans l'église Saint-Pierre — l'apparition de l'empereur orthodoxe revenu à Rome après plusieurs siècles d'absence! — et du mouvement électrique qui parcourut la foule quand elle le vit aller prier au tombeau des apôtres. Cette émotion était l^itime. L'empereur prosterné n'était pas seul ; toute la Russie était prosternée avec lui : espérons qu'elle n'aura pas prié en vain devant les saintes reliques \ » Ainsi écrivait, il y a huit ans, un homme du monde, avec l'approbation de son souverain» Depuis , les dispositions de la cour de Russie ne sauraient être devenues moins favorables à l'union.

Du reste, aucune personne instruite, appartenant à l'Église russe, ne saurait croire que la division qui existe entre rOrient et TOccident soit Tétat normal du christianisme. On y enseigne * avec l'Apôtre ' que l'unité de l'Église impose à tous les chrétiens le devoir de s'appliquer avec soin à con^ server Vunilé d'un même esprit par le lien de la paix. On y place le schisme au rang des plus grands maux qm puissent affliger TÉgUse du Dieu vivant. Oui, autant en Russie que dans TÉglise catholique, celui-là serait considéré

^ Voir la Papauté et îa question romaine, dans la Revue des Deux^MondeSf Janvier 1850.

* Catéchisme détaillé de VÈglise catholique orthodoxe d'Orient Paris, KHacksieck,185i, leçon sur le neuvième article de foi.

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comme un mauvais chrétien qui voudrait s'opposer à ce que rOrient et TOccident ne forment qu'un seul bercail , unum ovile.

Ajoutons que jamais les grands intérêts religieux n'ont exigé plus impérieusement la restauration de l'ancienne union.

La grande maladie qui afflige la Russie comme l'Occident, c'est l'indifférence religieuse , ou , si l'on veut , l'esprit d'indépendance à l'égard de toute autorité surnaturelle ; la même chose , au fond , que le principe protestant du libre examen poussé à ses dernières conséquences. Cet ennemi ne s'attaque pas à un point particulier de la doctrine chrétienne, il la sape tout entière par la base. 11 ne procède point par l'affirmation , mais par la négation , ou plutôt par le doute. Ses agressions ne sont point ouvertes ; elles se cachent sous le manteau de la tolérance, de l'union civile, voire de la charité. C'est donc moins un adversaire qu'un séducteur , à ce titre , mille fois plus redoutable pour TËglise que tous les autres ennemis qu'elle a eus à combattre jusqu'ici. Il dissout tout lien d'unité religieuse ; il fait de la sainte hiérarchie un objet de haine et de mépris ; il enlève au Christ lui-même tout caractère surhumain.

Est-ce trop des forces réunies de l'Orient et de l'Occident pour combattre ce nouvel empire du péché , pour défendre contre lui le dépôt des vérités sacrées , pour mettre un terme à ses déplorables conquêtes?

0 mon Dieu! au milieu des tribulations qui affligent l'Église, votre épouse chérie, donnez à tous ceux qui sont devenus vos enfants par le baptême et vos soldats par la confirmation, un véritable esprit de paix et le désir sincère

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d'aplanir les difficultés qui semblent s'opposer à une entente parfaite!

C'est dans cet esprit que nous allons présenter quelques explications touchant le plus important des points dogmatiques qui paraissent, an premier abord , diviser les Églises d'Orient et d'Occident : je veux parler du dogme de la procession du Saint-Esprit.

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