CONCLUSION
Maintenant que Ton connaît la doctrine russe, non par des relations mensongères, niais par ses livres symboliques» on ne saurait plus s'étonner de ce qui est consigné dans le décret du saint synode de 1839.
On ne saurait trop le répéter : dans ce décret solennel, on reconnaît que, lorsque en 1595 les évèques de Lithuanie se soumirent au saint-siége et se séparèrent de l'Église orthodoxe russe, € la séparation fut réellement amenée par Tinterruption de leur communion hiérarchique » avec le patriarche de Moscou et les palriarches d'Orient. Tout le reste de ce qui constitue , selon le Catéchisme détaillé , le lien de l'Église , savoir : la foi orthodoxe, la loi divine et les sacrements , n'avait point été entamé. Pourquoi ? évidemment parce que la foi de l'Ëglise orthodoxe russe est la même que la foi catholique ; la loi divine, la même ; les sacrements, les mêmes. On fut donc parfaitement conséquent lorsque, pour admettre dans la communion de l'ÉgHse non unie les évêques ruthènes catholiques, on ne leur demanda pas de changer quoi que ce fût à la foi qu'ils avaient juré, dans leur ordination et dans leur sacre, de croire de cœur et de professer de bouche jusqu'à la fin de leur vie. Comme on avait reconnu que la foi professée dans l'acte d'union de 1595 était conforme à la doctrine de l'Église russe , on fit le même aveu touchant la foi des évêques qu'on allait incorporer à cette Église.
Ces actes d'une si haute portée , accomplis sous les yeux
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de toute l'Europe et devant le jugement inflexible de Thistoire , engagent l'Église russe à tout jamais. Il peut y avoir des particuliers qui s'en éloignent ; l'Église russe ne s'en éloignera pas. L'Église orthodoxe, dit M^Philarète, est invariable dans la saine doctrine et irrépréhensible dans sa foi. Comme elle l'a reconnu en 1839, elle reconnaîtra tou-»' jours que la foi professée à Rome par les procureurs du synode de Brest est la foi de toute l'Église russe ; la diffé* rence dans la terminologie n'atteint pas le fond de la doctrine.
Nous l'avons amplement démontré; ce qui importe ici pour confirmer notre explication , c'est de mettre sous les yeux des lecteurs la profession de foi que firent , en 1595, les évèques ruthënes en se soumettant au pape Clément Ym^ profession de foi dans laquelle le saint synode n'a rien trouvé à reprendre en 1839.
Ces évêques, après avoir récité le symbole de foi de Constantinople avec l'addition Ft'Koçwe, firent la déclaration suivante : c Je crois aussi , reçois et professe tout ce que le concile œcuménique de Florence a défini et déclaré sur la réunion de l'Église occidentale et orientale , savoir : Que l'Esprit-Saint existe éternellement du Père et du Fils; qu'il a son essence et son être subsistant du Père et en même temps du Fils ; qu'il procède éternellement de l'un et de l'autre, comme d'un seul principe et par une seule spiration, conformément à la doctrine des saints docteurs et des Pères, qui, lorsqu'il leur arrive de dire que TEsprit- Saint procède du Père par le Fils, veulent donner à entendre par là que le Fils est , selon la manière de s'exprimer des Grecs, la cause, et selon celle des Latins, le principe de la subsistence de TEsprit-Saint, tout comme le Père ; que,
puisque le Père, en produisant le Fils, lui a communiqué tout ce qu'il a, hormis sa paternité, de là il suit que, si TEsprit-Saint procède du Fils , le Fils a cette vertu éternellement du Père, de qui il est lui - même éternellement engendré ; et que les mots explicatifs et du Fils ont été ajoutés au symbole licitement et raisonnablement, et cela pour mieux déclarer la vérité et parce que les circonstances l'exigeaient.
a De même, que, soit qu'on emploie du pain de froment azyme ou du pain fermenté pour la consécration , le corps du Christ y devient vraiment présent , et que les prêtres doivent faire usage de l'un ou de l'autre, selon qu'ils appartiennent au rite de l'Ëglise occidentale ou à celui de l'Église orientale.
€ De même, que, si les fidèles, élant vraiment pénitents, sortent de cette vie en la grâce de Dieu , mais avant d'avoir fait de dignes fruits de pénitence pour leurs péchés cçmmis par action ou par omission, leurs âmes sont purifiées par les peines du purgatoire ; qu'elles peuvent être soulagées de ces peines par les suffrages des fidèles vivants , c'est-à-dire par le sacrifice de la messe> les prières, les aumônes et les autres bonnes œuvres que les fidèles sont dans l'usage de faire pour les autres, selon les institutions de l'Église; et que les âmes de ceux qui, après leur baptême, n'ont contracté la souillure d'aucun péché , ou qui , avant leur mort sur la terre, ou après leur mort dans le purgatoire, comme il a été dit, ont été purifiés de toute tache, sont reçues sans retard dans le ciel .et voient clairement la sainte Trinité comme elle est, d'une manière cependant plus ou moins parfaite , selon la diversité des mérites ; et que celles qui
âSO 1)E LA PtlOGESSiON
sortent de ce monde avec un péché mortel ou même avec le seul péché originel , descendent sans délai en enfer pour y souffrir des peines éternelles^ qui seront diverses selon le nombre et la nature de leurs péchés.
c De même, que le saint-siége apostolique et le Potitife romain a la primauté sur tout l'univers ; que le Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre , le Prince des Apôtres» le véritable Vicaire du Christ, le Chef de toute l'Église , et le Père et le Docteur de tous les chrétiens , et que Notre - Seigneur lui a donné, dans la personne de saint Pierre , le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l'Église universelle ^ comme il est aussi contenu dans les actes des conciles oecuméniques et dans les sacrés canons»
c En outre , je professe et j'admets tout ce que la sainte Église apostolique et romaine , conformément aux décrets du concile œcuménique et général de Trente , propose et prescrit de professer et d'admettre, savoir, etc. i^ Suit la seconde partie de la profession de foi dite de Pie IV.
Le saint synode a donc reconnu que la doctrine de l'Église romaine était parfaitement orthodoxe, et il a fait cette reconnaissance dans l'acte même par lequel il lui enlevait un grand nombre de ses enfants»
Quelles ont été les vues de Dieu en permettant une conduite si extraordinaire? Personne ne saurait le dire avec certitude ; mais il ne serait pas étonnant que Dieu , qui tire le bien du mal et la lumière des ténèbres , eût voulu faire d'un acte si hostile, si funeste à l'unité dans ses résultats immédiats, le point de départ d'une nouvelle union plus solide que toutes celles qui furent jamais tentées.
Que les Russes veuillent entrer en négociation directe ou
indirecte avec l'Église romaine , ils verront , à sa condescendance même^ qu'elle n'est point une fausse mère. La fausse mère consent à ce que Fenfant soit partagé en deux par le glaive ; pour éviter un tel malheur , la vraie mère cédera plutôt à une autre le fruit de ses entrailles. Ainsi fera la vraie mère des âmes : tout ce qu'elle peut céder, pour que le corps mystique de Notre-Seigneur Jésus-Christ ne soit pas divisé, pour que la division cesse, si des circonstances malheureuses l'ont produite , elle le cédera , elle l'abandonnera de grand cœur. L'Église orthodoxe russe prétend à ce titre glorieux de vraie mère des fidèles; qu'elle montre , en luttant avec l'Église catholique de bon vouloir et d'esprit conciliant, qu'elle ne le réclame pas sans cause. On ne lui demande rien qu'elle ne puisse accorder , pourquoi se refuserait-elle à de si justes et si honorables concessions?