ACTE II
Nous sommes au palais de Flavius Clémens. Ce vénérable vieillard a quitté sa villa du pays des Sabins, où ses jours s'écoulaient dans une douce obscurité depuis qu'il avait déposé la pourpre des consuls : la faveur inespérée de ses deux fils le rappelle à Rome. Les chrétiens de sa maison, qui composent le chœur, accueillent son retour par des chants de fête. Mais lui , dégoûté des grandeurs humaines, dont il connaît le vide et la fragilité , ne se réjouit qu'en tremblant. Il déplore l'effroyable corruption du monde romain , l'obstination de tant d'âmes rebelles à la loi chrétienne , les inconstances de la fortune , les ennemis et les dangers sans nombre auxquels le trône doit exposer ses
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énfanls. Le chœur Tinvite à la confiance et lui montre l'ère nouvelle qui va s'ouvrir pour le christianisme. Bientôt accourent Yespasien et Domitien , les deux tils du saint vieillard.
LE GHOBUil.
Les voilà, ces princes , gages certains de bonheur et d'espérance, ornements de la maison Flavia, soutiens de Tempbe. Les voilà, nosbien-aimés césars : ils viennent saluer leur père.
VESPASIEN
0 père vénéré, que Rome appelait de tous ses vœux, combien vos enfants chéris sont heureux de votre présence !
FLAVirjS GLÉMENS.
Ah! je vous reconnais: approchez, ô mes dignes fils. Puissiez-vous toujours demeiu^er innocents !
DOMITIEN
Votre absence, ô mon père, attristait notre prospérité.
FLAVIUS GLÉMENS.
Nulle prospérité n'est durable ici - bas : ne Toubliez pas , ô mes enfants.
Le vieillard continue à s'entretenir gravement avec ses Jeunes fils, qui, dans leur naïve inexpérience, seraient portés à ne voir du rang suprême que les honneurs, les plaisirs, la puissance, dont il est environné. L'ancien consul les détrompe et leur enseigne les nombreux et importants devoirs d*un souverain. Puis il s'informe de l'état de sa maison. -^ De cette scène , tour à tour attendrissante et sublime, je ne voudrais retrancher que quelques longueurs.
Dans la scène suivante, le préfet des soldats, au nom de l'empereur, ordonne et fait exécuter, en Thonneur des nouveaux césars, une lustration solennelle de la milice urbaine;
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Ensuite , on voit paraître Doinitieo loi * mèaie , acconHpagné du flamine de Jupiter. Celui-ci , pour aigrir le prince contre les chrétiens, lui montre les temples des dieux abandonnés et la ville entière inondée de ces infâmes Galiléens. Puis , s'attacfaant à décrire leur culte , il expose avec une merveilleuse exactitude leur manière de prier sur le mont Esquilin , leurs chants , leur sacrifice , et leur participation mystique à un pain consacré qui produit en eux d'incroyables effets : vaines cérémonies qu'il trouve aussi ridicules que superstitieuses , mais qui séduisent le peuple aveuglé. L'empereur 9 indigné^ vomit d'épouvantables imprécations contre ces rites sacrilèges, et les plus terribles menaces contre les sectateurs d'une religion proscrite. H décrète à l'instant même que les adorateurs du Crucifié seront poursuivis à outrance, tandis qu'on redoublera de zële pour honorer les antiques dirinîtés de Rome. Mais son emportement ne lui fait pas oublier les jeunes princes quil vient d'adopter. Il commande au chef de la milice de préparer des jeux guerriers pour le moment solennel où lui-même ceindra l'épée aux nouveaux césars.
Les païens courent aux temples de leurs idoles, et Flavius Clémens envoie les fidèles de sa maison prier Dieu sur le mont Esquilin. Clémens énumère les présents qu'il destine au pontife suprême; puis il désigne les personnes qui doivent se rendre auprès de lui. Ce sera d'abord son épouse, la vénérable Flavia Domitilla, et la jeune Domitilla avec toutes les vierges ses compagnes. Flavius ajoute :
Saluez en mon nom Tauguste vieillard ; jHrai le visiter moimême après une courte entrevue avec l'empereur;
À ROME L^AN i6t)0. ^
S^adressànt alors aux fidèles eunuques du palais :
Aôhillée, dit -il, aécompagne éetle pieuse IroUpe. Tu diras au j)ère de Rome qu'il distribue aux pauvres cette somme trop petite au gré de mes désirs. Partez maintenant, jeuhes filles ; ^int de retard. Voiis, mes enfants, suivez-moi chez Tempereur. ^oi> Nérée, demeure en ces lieux. 0 Christ, ô toi des rois, soyeznous propice !
Mais les jeunes princes ont aussi leurs dons à présenter^ leurs demandes à faire :
LE JEUNE DOMlTiEN*
0 ma mère, prends ces belles roses, encore toutes perlées dés gouttes ae la rosée matinale. Autour de la croix, comme gage de mon amour, je veux que tu entrelaces ces guirlandes.
FLAYIÂ BOMTEULÂ.
je loue ta piété : cette ofiErande va bien à ton âge. Mais à qui as-tu donné ton cœur t
DOMITlEIf.
A qui, ma mèreî A Dieu.