‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 30 sur 70 · ACTE P · texte numérisé non relu

ACTE P

La pièce s'ouvre par un spectacle magnifique. On est sous tes portiques du palais impérial. Le flamine de Jupiter [Fiajmen Dialis) parait, entouré de soixante jeunes Romains, revêtus de la robe prétexte et portant des couronnes sur la tête. Le pontife lui-même est paré de tous les insignes de sa dignité; il a une robe de pourpre ample et traînante; son front est surmonté du sacré flammeum, espèce de tiare. Il s'avance avec majesté , et , saluant d'une hymne matinale l'aurore du beau jour qui commence pour Rome , il déclame des vers harmonieux, dont une traduction en prose reproduit bien faiblement la magnificence.

Déjà Phébus, s'élançant des flots du Gange avec sa chevelure u. 24

370 VirB TRAGiDIE LATINE

d'or^ chasse vers les extrémités du ciel la troupe pâlissante des étoiles. Il s'est levé enfin^ ce grand jour qui doit combler les vœux des Romains. Lie ciel est pur ; des torrents de lumière s'é|)anchenl sur le monde : tout semble noud anjioncer un bon^ heur sans mélange. Les dieux protecteurs àes fils de Romuliâ sourient à nos espérances. Le temps achève encore sa révolution

dix fois annuelle; FAge A'or va renaître. Le troisième des FlavienS; désormais mieux inspiré^ place à la tète de Tempire deux jeunes héros dignes de leur père : quels souhaits nous reste-t-il à former?

Vous donc^ jeunes Romains accoutumés à nos rites sacrés^ couronnez vos fronts de branches de verveine. Toi, enfant, apporte une eau limpide... Ouvrez les temples des di'éux > l'éveillez le feu des sacrifices endormi soùs la cendre ; n'épargnez pas les patfiims et Tencens.

A Jupiter sont dus nos premiers hommages 1... C'est bien! l'augure est favorable. La flamme se rallume d'elle-même et monte en tourbillon : quel présage plus heureux et plus certain I Le ciel agrée notre ofi&ande.

0 père des dieux ! toi qui d'un signe ébranles rutdvers; 6 Junon ! sa royale compagne; ô dieu des combats! dont le vaste bouclier couvre notre puissance, ééoutez nos vœux. Toi surtout, Quirinus, père de la belliqueuse Rome, descends, confirme cet augure. Sauve ton peuple que tant de fois ton bras a protégé* Comble les désirs de l'univers, bénis les sages desseins de notre maître.

Pour vous, enfants, la tète ceinte de ces fleurs nouvelles > parcourez la ville, suivant l'antique usage, en redisant l'hymne séculaire. Chantez les dieux, chantez la noble postérité d'Anchise. Aux louanges des immortels , mêlez celles des héros. Demandez pour le siècle qui s'ouvre des mœurs plus pures, pour le sénat la clémence, pour le peuple la liberté, la docilité pour jeunesse, la chasteté pour les époux, pour nos empereurs des règnes glorieux et des sujets fidèles, pour nos campagnes le souffle salutaire des zéphyrs et les fécondes bénédictions de Paies*

À EOMS l'an 1600^ â^i

Moi y le maître des sacrifices , le flamiae de Jupiter y jirai consulter les feuilles mystérieuses de Tautique sibylle : ainsi le veut notre empereur.

Aussitôt les jeunes ministres du pontife entonnent sur deux chœurs le Carmen sœculare d'Horace :

t^hœbe, Sylvarumque potens Diana , Lucidum cœli decus, etc.

Rome pouvait -elle avoir oublié, sous Domitien, le bel hymne composé par le Pindare latin pour les jeux sécu^ laires , célébrés sous Auguste un siècle auparavant ?

Les chanteurs se dispersent dans la ville; le flamine

revient.

Quoi donc ! nul ne rend grâce à nos dieux protecteurs ! Leur cuite est méprisé^ leurs temples sont déserts. Ni Tétranger^ ni le citoyen^ ne visitent nos augustes sanctuaires^ et pourtant un nouveau siècle commence; les bienfaits du ciel inondent la terre! 0 Rome oublieuse^ Rome ingrate , voilà ce que tu ap^ prends à Fécole du Christ^ cet ennemi des dieux de là patrie !

En ce moment parait Apollonius^ accompagné de Damis. Ses fers sont tombés; mais il est au comble de la fureur. Aussitôt sa rage s'exhale dans un discours frénétique , où il décrit en traits saisissants l'horreur de sa prisOn , lés tourments qu'il a soufferts, et surtout l'état humiliant oii il a vu sa fierté réduite. Puis il continue :

Assez de châtiments comme cela , sors, m'a dit le tyran ! hëu^ re^jix que ma clémence ait épargné tes jours I mais que V expérience f apprenne la sagesse! Le cruel, il prenait plaisir à m'insulter i Sors deprison, et n'oublie pas la leçon de r expérience/ Quoi donc? AppoUonius demeurerait sans vengeance après qu'on Ta joué> méprisé, torturé ! Ah I que plutôt le monde entier périsse I Ma bolère, armée de tous ses artifices , compte sur un châtiment

37S UinS TRAGÉDIE LATINE

prompt et terrible. Ces vierges , ces mères , ces en£sints, ces vieillards y tour à tour misérables jouets de mes jeux barbares) proclament assez haut la puissance de mes charmes...

J'abrège ces invectives. Je dois l'avouer : notre poëte offre ici plusieurs traits que le bon goût ne saurait approuver. Il est juste cependant d'observer que le caractère tout exceptionnel du personnage excuse jusqu'à un certain point l'emphatique violence de son langage.

Alors s'engage un dialogue rapide et animé entre Apollonius et Damis. Le disciple essaie en vain de modérer les emportements de son maître : aucun autre sentiment que celui de la vengeance ne peut trouver accès dans cette âme aigrie et profondément méchante. Damis s'éloigne :

Il est partie s'écrie Apollonius; me voilà seul. C'est llieure des enchantements ; c'est le moment d'ébranler les abîmes de l'enfer, de murmurer dans la nuit sombre les formidables accents de la formule magique; que le noir dominateur des ombres s'empare de moi ! que Mégère S secouant sa torche fatale^ porte ses fureiu*s jusqu'au fond de mon âme!

Ici, par un subit changement de décoration , le spectateur est transporté dans une solitude affreuse. Apollonius revêt les attributs de son art qu'il décrit l'un après l'autre, et commence ses opérations infernales : détails curieux que leur longueur m'empêche de reproduire. L'enchantement de ce jour, il l'aa^omplira avec Vongle de son ennemi :

* Qu'on ne s'étonne pas de voir figurer ici Mégère, Piuton, l'Érèbe^ les Harpies et tous les monstres de Tenfer des païens. Outre que ce langage est le seul qui convienne au magicien Apollonius, la poésie chrétienne peut conserver ces dénominations en leur donnant un sens plus ou moins détourné. On sait que rÉglise a admis dans sa liturgie Olympe et Tartare. Dante a osé appeler Jésus- Christ Sommo Giove; de plus, son Infemo est plein des mêmes monstres que l'enfer de Virgile, mais transformés en démons.

À ROME l'an i600. 373

circonstance qui rappelle trop, selon moi, les sorcières de Macbeth. Il invoque Pluton, le sol tremble, Apollonius s'écrie :

La terre est ébranlée, le jour s'enfuit: heureux fiugurel 0 bonheur I mon projet triomphe!

Aussitôt il prononce d'un ton lugubre l'invocation diabo-r lique ; elle est d'un caractère et d'une originalité à défier toute traduction. Toutes les espèces de mètres , Irochaïque, iambique, dactylique, alcaïque, viennent tour à tour seconder les élans de cet enthousiasme infernah-

Enfin les monstres de labîme poussent des rugissements, la flamme se fait jour à travers le sol :

L'enfer m'entend, mes vœux sont accomplis. Déjà de sa triple gueule l'affreux gardien du Tartare aboie dans les ténèbres; déjà par trois langues enflammées s'élance la vapeur infernale : tel dans la saison nouvelle un serpent déroule au soleil ses anneaux tachetés et fait vibrer un triple dard. L'Érèbe s'apprête à vomir de ses flancs un nouvel attentat : puisse-t-il être horrible, inouï ! Puisse l'empire de Quirinus périr par mes pièges, le crime profaner les autels, le palais regorger du sang de J'innocence! Puisse mon ennemi m'écraser en tombant, pourvu que je sois l'auteur de sa ruine !

La terre s'entr'ouvre ; on voit apparaître des démons sous diverses formes: Cerbères, Hydres, Harpies, etc.

Que fais -tu, satellite des enfers? c'est mal répondre âmes vues;.. Quittez, monstres , quittez ces figures hideuses qui né peuvent serVir d'instrument à mes ruses. Je veux des corps aériens, de gracieux fantômes, des pages * élégants et parés de tous les charmes de la jeunesse ^ pareils aux échansons des rois

1 Ce mot pourra paraître un anachronisme ; nous remployons faute d'un terme plus juste (en latin Paredri),

3f 4 ma tragAdib LAnn

d'Ethiopie , pareils à ces enfants que la barbare Syène élàve poui* nos princes > ou que l'audacieuse épouse de Ninus fit marcher devant elle^ quand son armée allait renverser les murailles de Bactres.

Ici Apollonius décrit avec complaisance la riche parure, les traits séduisants, Tagilité, la souplesse et tous les talents qui devront orner ces envoyés de Pluton. Son projet, qui se révèle enfin, est d*en faire hommage à l'empereur, et de reconquérir par eux un pouvoir absolu sur son âme , afin de Tentrainer plus infailliblement à sa perte.

Les monstres rentrent dans Tabime, et seize pages n^res, tels que les veut le magicien, s'élancent sur la scène :

Paraissez, 6 vous le salaire, 6 vous les instruments du crime t Les voilà : leur nombre est complet, Tenfer est docile à ma voix. Oui, roi des enfers, je suis toujours ton favori ; et voici ta réoonh pense : aujourd'hui même, oui, je le jure, un sang noble et pur arrosera tes autels.

Tout à coup on est ramené sous les portiques du palais, où se trouve le consul Fulvius Yalens, Tami et le libérateur d'Apollonius. Apollonius lui présente la cour brillante qui l'environne, et, à l'aide d'un adroit mensonge, lui persuade que ces pages ont été amenés d'Ethiopie par un pirate. Sur un signe de son nouveau maître, l'infernale troupe exécute devant le consul des danses et différents jeux militaires , en s'accompagnant du luth et d*un chant plein de tristesse :

Allons, frappe, noire cohorte, Frappe le sol d*un pied léger...

Infortunés ! nous voilà réduits à charmer des yeux mortels par des luttes imaginaires. Ah! qui nous rendra la pure clarté des cieux? Il s'est voilé pour nous le soleil éternel; il ne

▲ EOy^ L'Alf 1600. ^75

nous reste plus que réternelle nuit. Pleurons et gémissons^ 6 mes compagnons fidèles 1 Telle est la loi de not^ çixil : gémir^ gémir encore et toujourç.

Allons, frappe, noire cohorte, Frappe le sol d*un pied léger...

Infortunés 1 nous voilà réduits à former en nous jouant des rondes variées. Ah! qui nous rendra les royales demeures de notre père ? Là toujours le printemps^ toujours un ciel d'azuir^ toujours un zéphyr caressant. 0 ravissante lumière! ô séjour enchanté I pleurons maintenant, c'est le partage des exilés.

Allons, frappe, noire cohorte, Frappe le sol d'an pied léger...

Race autrefois si heureuse et si belle , sous quel astre fatal avons -nous reçu le jour? Tandis qu'errant au hasard dans la plaine > auprès de la grande cité, nous préparions la lutte ( ce jour-là, c'étaient d'autres combats], tout à coup nous fûmes emportés loin des rivages de la patrie, et dès lors, point de tra« vaux, point de douleurs que nous n'ayons supportées.

AUons, frappe, noire cohorte, Frappe le sol d*an pied léger...

Hélas ! notre malheur commença dès l'heure maudite oîi , nous enrôlant sous un drapeau rebelle (ô délire de notre chef!), nous osâmes... Et quel fut donc le fruit de notre crime , pour que nul tourment ne puisse l'expier? Maintenant, nous promepons notre infortime de contrée en contrée, nous roulons dWme en abtme.

AUons, frappe, noire cohorte.

Frappe le sol d*an pied léger...

Troupe déplorable et vouée au malheur ! quand viendra le jour où nos tortures allégeront le poids des célestes vengeances? Vœux impuissants , vœux insensés ! Notre vie ne saurait prendre un autre cours. Nous fûmes malheureux, nous le

376 UNE TRàOiDIE LATINE

serons encore. Jamais le temps n'amènera de terme à nos don^ leurs; jamais nos douleurs n'apaiseront les dirines colères.

Allons, frappe, noire cohorte.

Frappe le sol d*an pied léger...

Ainsi chantait cette troupe infernale. Dans ces lamentâmes accents , le consul ne voit que le regret d'une patrie terrestre ; mais le spectateur, à travers le voile transparent et ingénieux d'un double sens, reconnaît sans peine les soupirs de ces anges bannis de la céleste patrie. Ravi de la grâce et des talents de ces prétendus enfants d'Ethiopie , Yalens assure au magicien que la colère de l'empereur ne , tiendra pas contre un si magnifique pi*ésent : c Apollonius, s'écrie-t-il, tu fus exilé, tu ne Tes plus. >

Mais le spectateur finirait par se lasser d'apparitions diaboliques et d'images lugubres : le poète l'a compris. Le premier acte va se terminer par des scènes bien différentes et par des hymnes célestes. De jeunes chrétiens ont entendu résonner dans toute la ville les chants profanes ordonnés par le flamine. Ils se réunissent dans le palais de Flavius Clémens. Divisés en deux chœurs , ils veulent, eux aussi , dire à Jésus et à Marie leur hymne séculaire , et voici leur chant de prélude :

PREMIER GHCBTJR.

Nous quittons la sainte basilique du mont Esquilin , et c'est ici que nous appelle la solennité de ce grand jour. Arrêtons-nous sous ces portiques, où bientôt César donnera le sceptre aux deux fils de Clémens.

DEUXIÈME CHŒUR

Ici, le fils de Zébédée , cet auguste vieillard , a fait entendre

k BOME l'an 1600. 371

la parole évangélique; ici régnent la foi la plus pure^ la paix, la modestie, sœur de la paiz^ et Taimable pudeur.

PREMIER GUOEUR.

Heureuse mère, la vénérable Domitilla habite ce séjour^ entourée d'enfants chéris; heureuse vierge^ une autre Domitilla çhjirme par son innocence le divin Époux. Et c'est aujourd'hui, s'il faut en croire la renommée^ que rentre dans ses foyers le glorieux père des nouveaux césars, l'étemel ornement de la pourpre consulaire.

DEUXIEME CHOEUR

Allons, parez comme nous vos fronts de riantes couronnes ; mêlons nos cœurs et nos voix. Un beau jour se lève sur le monde. Rome renonce h Jupiter^ Rome embrasse la loi du Christ.

PREMIER ÇHCEUR.

Oui, oui^ nous aussi^ livrons- nous aux transports d'une chaste allégresse !

DEUXIÈME CHŒUR

Avez -vous entendu? La ville entière retentit des accents d'une jeunesse en délire : tous les dieux reçoivent des hommages.

PREMIER CHOEUR

Mille divinités monstrueuses : Junon et Jupiter, Phébus et Diane, Bacchus et Cérès.

DEUXIÈME GHCEUR.

Que n'ajoutent -ils encore et la Fièvre et la Peur, et la Peste et la Ruse? 0 vains et odieux fantômes !

PREMIER CHŒUR

A nous de chanter le noble fils de la Vierge Mère , le Christ, source de lumière, maître de la vie ! Pourrions-nous en ce jour taire ses louanges?

378 UNS TaA6Ém£ utihb

DEUXIEME GHOEUU.

Allons^ que notre hymne pieux lutte avec leur hymne profane I Que nos fronts comme leurs fronts se couronnent d^ fleurs.

PREMIER CHqsua»

Qui sait? peut-étire un jour la postérité redira nos chants à Taurore d'un nouveau siècle.

DEUXIÈME CHOEUR

Oui; dans l'avenir mon esprit découvre un second âge d'or i Dieu confond pour jamais les idoles ; Dieu révèle sa vérité ai^ yeux de Tunivers y et sous l'empire du Christ toutes les vertuç renaissent sur la terre.

PREMIER CnOEUR.

0 bienheureux présage I le ciel jette sur nous des regurds d'amour. Puisse le monde renouvelé voir enfla des jours meU< leurs!

DEUXIÈME CHOEUR

Commençons : que nos mains soient unies par des guirlandes entrelacées ; tandis que nos voix uniront les accents de notre prière.

Puis vient le Carmen sœculare des chrétiens : c'est une imitation ingénieuse de celui d'Horace. Voilà comment Israël s'enrichit des dépouilles de TÊgypte.

Ghriste, Yirtutumque potens Virago ^ Aureum cœli decus...

0 Christ, ô Vierge, reine des vertus, précieux joyaux du ciel, dignes d'éternels honneurs, honorés depuis si peu de temps, daignez sourire à nos vœux !

En ces jours prédits par les sibylles , où le cours des années

A BOME l'an i600. 379

ramène la fête séculaire, ô vous qui aimez la ville aux sept col* lines, donnez-nous de chanter vos louanges.

Véritable soleil, dont la face radieuse montre et cache le jour, toi qui nais toujours le même et pourtant différent, puisse Funivers ne rien tWrir de plus agréable, rien de plus grand gue Rome !

Et toi, protège -nous. Vierge clémente, source pour la terre d'infaillible espérance, délices du paradis, ou, si un autre nom Vest plus cher, mère du genpe humain...

Mais je ne puis reproduire toute cette hymne , oii le poëte a groupé avec art les plus beaux titres de gloire de Rome chrétienne. Il invoque pour elle le noble chef de la milice céleste , Tarchânge saint Michel , qui , depuis la destruction de Solyme, est à jamais le patron de la nouvelle Jérusalem, la ville des papes. Il rappelle les deux grands apôtres Pierre et Paul , qui sont venus naguère planter la croix au Gapitole et arroser de leur sang une terre déjà fécondée par leur parole. Enfin, s'élevant par degrés à des accents prophétiques, le chœur plonge dans l'avenir un regard inspiré, et représente les faux dieux du paganisme faisant place à Jésus- Christ, à sa mère, à ses saints ; Rome, devenue le centre et Toracle du monde régénéré , et les contrées les plus loin-^ taines puisant dans son sein la lumière et la vie.

Ainsi finit le premier acte, sur lequel j'ai voulu m'étendre pour donner dès Tabord une idée exacte du système de composition adopté par notre poëte . Je serai plus court sur les actes suivants, dont quelques-uns offrent pourtant des beautés encore supérieures.

Jusqu'ici le sujet est bien exposé. Un petit nombre d'entre les personnages importants ont paru sur la scène; mais déjà nous les connaissons presque tous. De plus, le nœud se

380 UNB TRAGÉDIE LATINE

forme : il est tout entier dans les projets vindicatifs d*Âpol^ lonius.

Déjà aussi, on peut reconnaître des taches. Les scènes manquent de liaison entre elles , et Tunité de lieu n'est pas rigoureusement observée. En outre , ce premier acte, dans son étendue énorme de neuf cent vingt-sept vers , présente quelques traits qui sentent la recherche et la déclamation. Mais à côté de ces défauts, qui tiennent plus au temps qu'à l'auteur, que de beautés dignes d'admiration : fidélité dans la couleur locale , intelligence surprenante du merveilleux chrétien , profondeur du sentiment religieux , enthousiasme vraiment lyrique , fécondité , grandeur, hardiesse dans les conceptions ! Tels sont les écrivains qu'on a présentés comme de serviles imitateurs de l'antiquité.

Page 1