‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 50 sur 70 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

Le a janvier i7S4.

Monsieur,

Je ne doute pas qu'on ne vous ait mandé les difficultés que nous avons essuyées par rapport au P* Sarrabat ; j'ai eu la mauvaise honte de n'oser vous en écrire le premier, parce qu'il est fâcheux de faire des avances inutiles. La vérité est que M""'' la princesse de Léon, qui demandait chose pareille^ n'a obtenu que des excuses et des politesses qui ne l'ont pas contentée, et je juge bien que vous n'en serez pas plus content qu'elle ; mais on m'a allégué pour raison une chose très-réelle ; c'est que nos supérieurs lui ont promis de n'accorder jamais à personne un privilège qu'on ne lui accordait pas et qu'elle souhaitait passionnément. Ils ont leurs raisons dans lesquelles il ne m'appartient pas d'entrer. L'estime ancienne que j'ai pour le P. Sarrabat, et qui est bien augmentée par votre suffrage, me fait infiniment regretter de ne pas voir ce përe avec nous et de perdre l'avantage des eutretiens qui ne peuvent guère se suppléer par des lettres. Vous vous direz sans doute tout bas que ce petit mot est une justification tacite de ma paresse et de mon peu d'exactitude ; mais prenez-vous-en à vous-même, Monsieur, vous avez bien voulu me prendre tel que je suis avec mes défauts ; je

iU kAROtJlS DE GAUMONT. 449

tùe les reproche souvent, quelquefois je m'en corrige et j'y retombe aussi quelquefois. J'ai appris le passe - droit et la chicane que l'académie de Bordeaux a fait au P. Sarrabat ; ce procédé parait injuste *. J'aurais bien envie d'avoir sa dissertation pour la mettre dans nos journaux, que nous allons renouveler à Paris , et auxquels on m'a consacré tout entier avec d'autres qui feront mieux. On doit lui en écrire ; tout ce qui nous viendra de sa part et plus encore de la vôtre, Monsieur, nous sera extrêmement précieux.

Il y a déjà du temps que j'ai envoyé à M. d'Anfossy le fils la Conjuration de Rienzi pour vous être remise; j'espère qu'il voudra bien vous l'envoyer. A l'égard de M. de Calvière , je n'ai pu le voir, après avoir été plusieurs fois chez lui et même la veille de son départ pour le Languedoc.

J'ai lu le volume posthume du P. Hardouin, qui sera, dit -on, suivi de quatre autres. Quoique je ftisse un peu initié à ses idées, je vous avoue que ma surprise a été grande à la vue de ce renversement universel de presque toute l'antiquité sacrée et profane, sans autre preuve , que l'athéisme consiste à dire que Dieu est être ou vérité. Il vous aura été plus facile de l'avoir qu'il ne l'est à Paris, oii le peu qu'il a passé d'exemplaires n'a pas fait , ce me semble, fortune chez

1 Qu'est -ce que ce passe -droit fait au P. Sarrabat? Voici la chose en deut mots. Le P. Sarrabat, après avoir obtenu trois couronnes de Tacadémie de Bordeaux, en avait mérité une quatrième par un mémoire sur la circulation de la sève dans les plantes , qu'il présenta sous le nom de M. de la Baisse. Mais une délibération de Tacàdémie statuait qu'un même auteur nn pouvait obtenir que trois prix, et que le secrétaire prierait ceux qui se trouveraient dans ce cas de ne plus travailler pour le concours. Cette notification n'ayant pas été faite au P. Sarrabat, il avait concouru de nouveau; vainqueur, il avait découvert son vrai nom en déclarant qu'il renonçait au prix; mais il demandait qu'on lui ouvrit les portes de Tacadémie , faveur qui, en cas semblable, aVait été accordée à M. de Mairan, et qu'on lui refusait. (Voir le Mércnre de France, novembre 1733^ p. 2459.)

Page 1