LETTRE V
A Paris, le 17 d*août 1733.
Monsieur ,
Vous avez assurément raison de vous plaindre un peu de moi, et peut-être de mon côté je n'ai pas tout à fait tort ; j'ai revu votre lettre du 18 mai au sujet de celle du 7 août, et j'ai eu quelque confusion de me voir si reculé. Si pourtant vous comptez pour quelque chose je ne sais combien de bagatelles pressées qui viennent coup sur coup et qui valent des affaires pour absorber une tête qui serait plus laborieuse que la mienne : Nescio quid meditans nugarum totus in mis ; si vous y comprenez quelques indispositions qui viennent à la traverse ; que sais-je? enfin , si vous y mettez un grain de paresse, qui est plus que possible chez moi , le tout cependant mêlé d'une dose de bonne volonté qui peut corriger un peu la paresse , vous aurez à peu près l'idée d'une partie des défauts que je me reproche ; et peut-être m'excuserez-vous en me prenant tel que je suis : permettez-moi de me tirer d'un mauvais pas comme je puis.
A Les PP. Segaud et Perusseau se reudaient en Provence, pour prêcher, avec plusieurs de leurs confrères, une mission à Aix.
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Je (levais vous écrire dès que nos apôtres de Provendè sont arrivés; ils sont enchantés de vos bontés et de vousBn toutes manières; il aurait fallu vous en remercier sur-le^ champ ; mais je le fais enfin fort sincèrement , quoique tard, et pour eux et pour moi* J'ai écrit de concert avec le P. Segaud pour l'affaire du P. Sarrabat, dont vous ne m'aviez point parlé ; notre provincial a répondu qu'il reviendrait incessamment à Paris et qu'il s'arrangerait avec le P. Segaud. Ce dernier me prie de vous assurer qu'il ne perdra pas cette affaire de vue; je ferai la même chose au retour d'une partie de campagne qui ne sera pas longue.
Le dessein que vous entreprenez, Monsieur, mérite bien que l'on s'intéresse de tous côtés à vous procurer des matériaux ; je me suis exactement informé de ce que vous me demandez sur le P. Besnier; le P. Etienne Souciet > notre bibliothécaire, après avoir fait des recherches en ma présence , m'a assuré qu'il n'avait point laissé de manuscrits à Paris , et que même on n'avait rien trouvé de lui lorsqu'il mourut à Constantinople, Nous n'avons de sa façon que le Traité de la langue universelle, et un Discours sur les Étymologies, qui est imprimé séparément à la tête des Étymologies de Ménage : en cas que vous n'eussiez pas le premier, on peut vous l'envoyer ; mais il n'y a rien dit sur la langue provençale.
Quant aux comédies chinoises , le P, du Halde devait vous écrire, et il le fera au premier jour ; il a la comédie en question, traduite par le P. Prémare, etil l'insère dans sa collection sur la Chine; c'est, m'a-t-il dit , un amas de faits accumulés sans ordre ni unité de temps , de lieu et d'action; chaque acteur décline son nom et ses qualités, à la manière
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d^Euripîde , à mesure qu'il arrive. J'ai demandé quelques scènes ; on aime mieux vous envoyer le tout , si vous le souhaitez absolument » parce qu'on prétend qu'une scène ou deux ne saurait en donner une idée juste. M. Fourmont l'avait reçue avec quantité d'autres non traduites , et le P. du Halde a eu celle-ci d'un autre côté ; je l'ai engagé à la mettre dans son recueil. Il faut qu'elle ait couru le monde , car une dame , cpii est à présent en campagne , a assuré depuis peu au P. Souciet qu'elle avait vu des comédies chinoises ; et il n'y a pas d'apparence qu'il y en ait d'autres imprimées. Nous n'avons point reçu nouvelle de la Chine que le P. Prémare fût mort ; c'est de Rome que le bruit s'est répandu^ sans doute sur quelque fausse nouvelle mandée au sujet d'une attaque d'apoplexie, que ce Père a esssuyée plus d'une fois*
Je vous remercie. Monsieur, de votre gravure; elle confirme votre dissertation, dont on a mis un petit extrait dans le Trévoux de mai 1733. Le nom a été omis par respect, comme vous le verrez, et on le mettra ailleurs puisque vous le permettez.
L'édition de quelques ouvrages du P. Hardouin est trèssérieuse; en voici le titre : 1® Aihei detecti; 2® Observation critique sur r Enéide de Virgile et les odes d*Horace;Z^ Nu-mismata seculi Theodosiani et Justiniani; 4^ Numismata antiqua regum francorum. 87 pi* de médailles. 1 vol. in-fol. Il y a encore Numismata collectanea qui entreront dans le IP tome in-fol. pour lequel on demande beaucoup de matériaux, que les jésuites sont déterminés à ne pas donner; mais il y en a en d'autres mains. Vous jugez bien que YAthei detecti fera grand bruit; on ne sait pas qui a fourni
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c*es ouvrages ; on soupçonne Tabbé d'Olivet. Du Sauzet est le libraire et Téditeur en Hollande.
J*ai Thonneur, etc.