LETTRE XIX
A Pâlis, rue Saint- Antoine , le 3 oofembre 1740.
Monsieur ,
Je n'ai pas voulu répondre à votre lettre du 50 octobre que je n'eusse vu M. le comte votre fils. J'albi avant-hier à r Académie, où je le trouvai, Tenibrassai et le félicitai comme digne fils d'un excellent père, que je regarde comme le meilleur modèle qu'il puisse suivre en toute manière. C'est ce que je ne cesserai de lui répéter avec tous les honnêtes gens. Je suis bien (aché qu'il soit arrivé et venu me voir dans un temps où j'étais véritablement réfugié à deux pas de Paris avec une partie de mon laboratoire.
Vous voulez savoir de mes nouvelles. Monsieur ; j'aurai
AtJ MAROtîIS DE CIAUMONT. 485
l'honneur de vous dire que depuis mon retour à Paris je me suis engagé dans une carrière fort différente de celle des muses; c'est la continuation de Y Histoire de VÉglise gaU licane. Cet ouvrage a été porté au dixième volume inclusivement par deux de nos pères dont le premier est mort d'apoplexie et le deuxième est frappé de paralysie. Je tâcherai de ne pas les imiter en cela. Je suis plongé dans cette étude depuis six à sept mois et j'avance lentement , pour remplir le conseil d'Horace, c'est-à-dire pour avancer plus. Un de mes embarras du présent est de ménager mon loisir le plus qu'il est possible dans le tracas inévitable de Paris et des menues affaires , chose qui ne me fait pas peu regretter l'heureux temps que j'ai passé hors la grande ville, dans le pays d'Artois, que je regarde comme le pays des bons cœurs. Je cours après les livres dont j'ai besoin; je sais qu'ils sont tous dans ce collège de la rue Saint-Jacques où je ne demeure plus, et l'on m'en fournira pour suppléer à la disette et au dérangement de la bibliothèque de la maison professe, où me voilà. C'est pour satisfaire à votre obligeante curiosité, que j'entre dans ces détails ; j'espère venir à bout peu à peu de mon ouvrage, afin qu'il ne vienne pas à bout de ma personne. N'attendez pas que je vous dise beaucoup de nouvelles littéraires , et souffrez plutôt que je vous demande vos conseils. J'en suis à revoir, à retoucher et à achever le commencement du volume qu'on m'a laissé ; c'est ce qui presse le plus. Peut-être dans la suite aurai-je plus de loisir pour revoir un peu les muses à qui j'ai demandé congé malgré mon inclination.
On vous aura mandé ce qu'on pense ici de Yantimachiavel royal, que je n'ai pas encore pu attraper: il me parait