‹ Études de thérapeutique expérimentale et cliniqueChapitre 27 sur 63 · L'ATMOSPHÈRE NORMALE · texte numérisé non relu

L'ATMOSPHÈRE NORMALE

En expérimentant d'après les procédés cliniques ordi- j naires, c'est-à-dire en faisant respirer 5,6, 7, Set 10 litres d'oxygène, deux ou trois fois dans la journée, nous n'avons pu obtenir, chez l'homme dans les cas d'anémie, aucun résultat dûment imputable à l'oxygène; nous nous sommes demandé pourquoi.

Il fallait résoudre un premier problème en se plaçant dans les mêmes conditions que les cliniciens : quels sont les effets physiologiques des inhalations d'oxygène chez les animaux et chez l'homme?

Lavoisier et Seguin, en faisant respirer de l'oxygène pur, | n'ont constaté aucun changement dans les produits de la respiration. Voici ce qu'ils ont écrit : « Il se consume dans un temps donné beaucoup plus de charbon que de tout autre combustible dans l'air vital que dans l'air de l'atmosphère. On avait toujours pensé qu'il en était de même de la respiration, qu'elle devait s'accélérer dans l'air vital; mais l'expérience détruit toutes ces opinions: soit que les animaux respirent dans l'air pur, soit qu'ils respirent dans ce même air mélangé avec une proportion plus ou moins considérable de gaz azote, la quantité d'air vital qu'ils con-

» Communication faite à la Société de biologie dans la séance da 29 novembre 1884.

somment est toujours la même... La respiration et la circulation ne paraissaient pas sensiblement ni accélérées ni retardées, la chaleur était égale dans la respiration dans l'air vital pur ou dans le mélange de 15 parties de gaz azote et de 1 partie de l'air vital » Regnault et Reiset 2 ont écrit :

« La consommation d'oxygène par heure a été exactement la même dans l'atmosphère normale et dans l'atmosphère oxygénée. »

Plus loin ils ajoutent: « Le rapport entre le poids de l'oxygène contenu dans l'acide carbonique et celui de l'oxygène consommé a été trouvé un peu plus fort dans l'expérience 83, où l'animal se trouvait dans une atmosphère plus riche en oxygène, il est probable que cela tient au régime féculent. »

Page 496, les mêmes auteurs concluent que « la respiration des animaux n'est aucunement influencée par la proportion d'oxygène de l'atmosphère dans laquelle ils vivent, pourvu que celte proportion soit suffisante pour entretenir la vie. Dans une atmosphère renfermant deux :m trois fois plus d'oxygène que notre atmosphère terrestre, les animaux n'éprouvent aucun malaise et les pro- Juits de leur respiration sont absolument les mêmes que orsqu'ils se trouvent dans l'atmosphère normale. »

Plus tard, notre savant physiologiste P. Bert 3 a montré lu'il survient une suroxygénation du sang lorsque l'ani-

1 Lavoisier et Seguin, Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, 1789, p. 573.

2 Recherches chimiques sur la respiration des animaux des itoerses classes, par MM. V. Regnault et J. Reiset (p. 299, Ann. de •■himie et de physique, 38 série, t. XXVI, 1849).

Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, p. 126.

mal respire dans une cloche renfermant G à 7 litres d'oxygène.

Voici les expériences, que nous avons instituées sur dos chiens, pour connaître les effets physiologiques des inhalations d'oxygène dans l'atmosphère normale.

Première expérience. — Inspiration dans un ballon plein d'oxygène, expiration à l'air libre. Oxygène du sang artériel, pouls, respiration, température.

Le chien inhale environ 100 litres d'oxygène en 13'.

Avant

Après

Dimi-

inhalation

l'inhalation

nution

Oxygène contenu dans 100"

La capacité respiratoire de ce sang était de 32 ce. 0 0, c'est-à-dire, qu'après l'inhalation le sang n'avait pas encore acquis son maximum d'absorption.

Pourquoi n'arrive-t-on pas dans ces inhalations au maximum d'absorption ? C'est qu'il existe dans les conditions respiratoires ordinaires une certaine quantité d'hémoglobine qui échappe à la suroxygénation par inhalation d'oxygène (on peut faire circuler 200 litres d'oxygène pur et plus à travers les poumons d'un chien sans jamais atteindre le maximum d'absorption, que l'on obtient en agitant le liquide sanguin à l'air libre) ; c'est là un fait analogue à celui que Gréhant avait vu et que nous avons vérifié dans l'intoxication par l'oxyde de carbone, une quantité à pej près égale d'hémafo-cristalline échappe à l'action du g® toxique, qui a cependant une si forte affinité pour l'hémoè

globinc. Il y a là des faits similaires dont la cause intime nous échappe encore.

Deuxième expérience. — Inspiration clans un ballon en caoutchouc rempli d'oxygène, expiration à l'air libre, gaz du sang artériel ; pouls, respiration, température.

L'animal met 20' à inspirer 100 litres d'oxygène.

Avant

Après

Dimi-

l'inhiilalion

l'inhalation

nution

Température rectale.

Pouls

Gaz contenus dans \

i 00" de sang artériel )

Ox. .

. 17cc,6

Une faible augmentation d'oxygène est également manifeste dans le sang du cœur droit, en voici la démonstration.

Troisième expérience. — Inspiration clans un ballon d'oxygène, respiration à l'air libre. Oxygène du sang du cœur droit.

Le chien inspire environ 100 litres d'oxygène en 15'.

Avant l'inhalation, il y a 8 ce. 5 d'oxygène dans 100 ce. de sang pris dans le cœur droit ; immédiatement après l'inhalation on en trouve 10 ce. 1, ce qui fait une augmentation de 1 ce. 6.

Dans une quatrième expérience faite encore dans les mûmes conditions, nous avons obtenu après l'inhalation des 100 litres d'oxygène 19 ce. 5 d'oxygéné dans 100 ce. de sang artériel au lieu de 18 ce. 1, chiffre normal ; ce fui fait une augmentation de 1 ce. 4.

Nous avons encore varié les conditions, en faisant inspirer et expirer l'animal dans une cloche renfermant

16 litres d'oxygène pur ou dans un sac de caoutchouc renfermant 50 litres d'oxygène pur. Dans ces conditions, l'augmentation d'oxygène a été également nette, mais toujours faible.

Quatrième expérience. — Inspiration et expiration dans une cloche contenant 16 litres d'oxygène. Oxygène du sang artériel ; pouls, respiration, température.

L'animal respire pendant 15' dans une cloche placée sur la cuve à eau, et contenant 16 litres d'oxygène. On extrait le sang de l'artère au bout de 15' pendant que le chien respire encore dans l'oxygène.

Avant Après Dirai- Augl'inhalation l'inhalation nulion mentation

Température rectale 39°,S 38°,7 0°,8

Pouls . 124 90 34

Respiration 19 12 7

Oxygène contenu dans 100"

de sang artériel 16co 19" 3"

Cinquième expérience. — Inspiration et expiration dans un ballon rempli d'oxygène . Oxygène du sang artériel ; pouls, respiration, température.

Le chien respire pendant 10' dans un sac, qui contient 50 litres d'oxygène.

Avant

Après

Dimi-

l'inhalation

Tinhalation

nution

Oxygène contenu dans 100'

Sixième expérience. — Inspiration et expiration dans

un ballon contenant de l'oxygène. Oxygène du sang artériel.

L'animal respire pendant 10' dans le ballon qui contient 40 litres d'oxygène.

Avant l'inhalation, on trouve 21 ce. 7 d'oxygène dans 100 ce. de sang extrait de l'artère fémorale; immédiatement après on trouve 23 ce. 6 pour la même quantité du sang; il y a donc une augmentation de 1 ce. 9.

Dans les deux expériences qui suivent, nous avons en outre dosé l'acide carbonique dans l'air expiré par l'animal.

Septième expérience. — Inspiration et expiration dans un ballon renfermant de l'oxygène. Oxygène du sang artériel. Analyse de l'acide carbonique dans l'air expiré; pouls, respiration, température.

Le chien respire dans un sac fermé contenant 50 litres d'oxygène.

Au bout de 15' d'inhalation, on extrait le sang pour l'analyse, et après 20' on recueille l'air expiré pour y doser l'acide carbonique.

Avant

Après

Dimi-

l'inhalation

l'inhalation

nution

Température rectale. . . .

Pouls

Respiration

Oxygène contenu dans 100'

ce

de sang artériel

CO2 dans 25 litres d'air ex

pirés en 4'30'

Huitième expérience. — Inspiration et expiration dans in ballon d'oxygène. Oxygène du sang artériel. Acide car- )onique de l'air expiré; pouls, respiration, température.

L'animal respire dans un sac contenant 50 litres d'oxygène; 10' après le début de l'inhalation, on prend le sang dans l'artère fémorale et 18' après, on recueille l'air expiré!

Avaut

Après

Dimi- Aug- \

Tinbalation l'inhalation

nulion mentaiion

Oxygène contenu dans 100e"

CO2 dans 25 litres d'air ex-

0îr,05

Dans l'expérience qui va suivre, nous avons fait un mélange d'air et d'oxygène pur.

Neuvième expérience. — Inspiration et expiration dans un ballon contenant 35 litres d'oxygène et 16 litres d'air. Oxygène du sang artériel ; pouls, respiration, température.

Avant Après Dimi- Aus-

l'inlialation l'iulialalioa uution meiilalioii

Température rectale 37°,7 37

Pouls.. 100 85 15

Respiration 16 14 -

Oxygène contenu dans 100"

de sang artériel 16", 7 18<=%6 l"M

Le sang a été extrait de l'artère 13' après le début de l'inhalation.

En résumé, l'inhalation de l'oxygène dans une cloche ou dans un ballon, c'est-à-dire dans une atmosphèrel fermée, produit une oxygénation un peu plus accentuée^ que dans le cas où l'animal respire à l'air libre. Afin de faciliter cette faible augmentation d'oxygène, il est fort

util o que les orifices et les tubes des ballons et des soupapes soient très courts étaient un diamètre supérieur à celui de la trachée de l'animal sur lequel on opère ; sinon il se fait une accumulation de ÇO2 qui entrave plus ou moins le léger excès d'oxygène.

Ces expériences variées démontrent:

1° La possibilité de suroxygéner faiblement le sang en faisant respirer l'animal dans une atmosphère fermée ou inspirer dans un ballon plein d'oxygène avec expiration à l'air libre ;

2° Le ralentissement du pouls qui est évident dans toutes nos expériences. En même temps, l'agitation de l'animal cesse ; l'oxygène est doncun sédatif au lieu d'être un excitant.

3° Un ralentissement de la respiration faible ;

4° Un faible abaissement de la température ;

5° Une très légère diminution dans l'exhalation pulmonaire de l'acide carbonique,

Ces modifications diverses sont analogues, quoique moins accentuées, à celles qui ont été si bien étudiées par P. Bert *.

Ces mêmes phénomènes se présentent en physiologie humaine ; dans, un cas nous avons pu observer ces faits bien nettement chez une femme qui réclamait avec instance une saignée. Avant l'inhalation, le sang veineux contenait 12 ce. pour 100 d'oxygène; après l'inhalation de 60 litres d'oxygène, le sang en contenait 14 ce. 5 0/0.

Tout semble donc prouver qu'il y a un ralentissement d'oxydation ; néanmoins, vu la complexité du problème, nous avons cherché un moyen pour apprécier, d'une manière

P. Bert, Pression barométrique, 4877, p. 802.

exacte, ce qui se passe au niveau des capillaires dans Tinti- I mité des tissus.

Pour résoudre cette question de physiologie générale, nous nous servons depuis quelque temps du procédé suivant:

Mesure du degré d'oxydation par le rapport des gaz du sang artériel aux gaz du sang veineux. — Il suffit d'avoir I à sa disposition deux pompes à mercure pour opérer [ l'extraction des gaz du sang simultanément: on prend le | sang à l'aide de deux aspirateurs parfaitement jaugés, ou mieux on extrait les gaz du sang qui s'écoule de l l'artère et de la veine dans le même temps ; pour faire l'extraction proprement dite des gaz, les analyses gazeuzes, toutes les manœuvres doivent être exécutées en même ■ temps et dans les mêmes conditions de température ; un | peu d'habitude suffit pour exécuter les divers temps de J l'opération avec la plus parfaite simultanéité.

Quant à la signification de la grandeur du rapport, elle | est facile à saisir : lorsque ce rapport est plus grand qu'à | l'état normal, cela signifie que l'oxydation a été plus forte ; j s'il est plus petit, cela veut dire que l'oxydation aétéinfé- | rieure.

Prenons des exemples : dans des expériences sur les j inhalations de l'oxygène faites avec l'aide du Dr Butte, I nous faisons en même temps l'extraction des gaz du sang veineux et du sang artériel avant et après l'inhalation :

Le sang veineux contient avant l'inhalation 15" pour 100 d'oxygène [

— — ' — après — 17c%5 — —

Le sang artériel contient avant l'inhalation 22cc,45 pour 100 d'oxygène

— — — après — 23*c,4o — —

Donc, avant l'inhalation il disparaît dans les capillaires i

22 ce. 45 — 15 ce, c'est-à-dire 7 ce. 45 d'oxygène qui servent à la nutrition . Après l'inhalation il n'en disparait plus que 23 ce. 45 — 17 ce. 5, c'est-à-dire 5 ce. 95 ou 1 ce. 5 en moins, c'est-à-dire un cinquième en moins de la consommation normale.

On peut encore exprimer ce résultat par le rapport des sangs veineux aux sangs artériels, ce qui donnera ;

f 2-^-5 = l49 et *^=I34

c'est-à-dire que le second rapport étant plus petit que le premier, cela veut dire qu'à l'état normal, avant l'inhalation d'oxygène, la consommation de ce dernier, les oxydations interstitielles sont plus intenses qu'après les inhalations d'oxygène, qui ralentissent au contraire le mouvement de transformation organique.

En voici un autre exemple : avant l'inhalation le sang artériel renferme 15 ce. d'oxygène ; au même moment le sang veineux en contient 9 ce. : cela veut dire que 6 ce. d'oxygène ont disparu au niveau des capillaires.

Après l'inhalation, le sang artériel contient 15 ce. 5 d'oxygène, le sang veineux en renferme 11 ce, c'est-à-dire que 4 ce. 5 d'oxygène ont disparu.

Ou encore, avant l'inhalation le rapport de l'oxygène du sang artériel à celui du sang veineux est de 1,66, tandis qu'après l'inhalation il est de 1,40; il est plus faible et par conséquent les transformations deviennent plus lentes.

Dans une autre expérience faite dans les mêmes conditions que les précédentes : avant l'inhalation d'oxygène, les oxydations et les autres changements au niveau des capil-

laires sont représentés par 5,15, tandis qu'après les inhalations ces modifications ne sont évaluées qu'à 3,50.

Un peut donc conclure que les inhalations d'oxygène, au lieu de brûler l'organisme, ralentissent les combustions organiques .

Ce ralentissement des oxydations a été tel, dans quelques-unes de nos expériences, que la différence d'oxygène employé en moins après les inhalations a été un tiers de l'oxygène brûlé à l'état normal.

Une dernière question : les inhalations telles qu'on les fait chez l'homme à la dose de 5 à 6 litres d'oxygène, répétées deux ou trois fois par jour, produisent-elles des effets physiologiques?

Mes expériences, bien des fois répétées, ne m'ont fait découvrir aucun des faits décrits au début de ce travail. Pour obtenir des effets sensibles, il faut se servir d'un mélange composé de 1/3 d'oxygène et de 2/3 d'air, par exemple: 33 litres d'oxygène et 66 litres d'air que l'on fait circuler à travers les poumons à l'aide d'un appareil à soupape, ou encore 20 litres d'oxygène et 40 litres d'air.

Avec des doses inférieures, on peut bien obtenir quelques effets, mais au bout de dix minutes, un quart d'heure, tout a disparu. On peut donc dire que la méthode ordinaire des cliniciens est insuffisante. La clef du problème est de faire respirer un mélange au tiers pendant 20' ou 30'. Pour avoir des effets physiologiques durables, il faut que l'inhalation ait une durée de 20' à 30' et même plus, si c'est possible.

On ne doit pas craindre les inhalations d'oxygène dans es cas de tuberculose ; elles ne produisent pas d'hémoptysies.

par

MM. LABORDE et QUINQUAUD

L'action physiologique de l'hypnone sur les principales fonctions a été étudiée par plusieurs observateurs (Dujardin-Beaumetz et Bardet, Grasset, Laborde (Société de biologie, 19 décembre) Mairet et Combemale, Dubois et Bidot, Weneki et autres). Toutefois, l'étude des altérations du sang a été négligée; c'est cette lacune que nous essayons de combler dans ce travail.

Un chien de 12 k. environ, auquel nous avons injecté dans les veines 2 ce. d'hypnone. s'endort rapidement ; si l'on fait avant et après l'analyse des gaz du sang artériel, on trouve :

co2 o/o Ox o/o

Avant l'injection intra-veineuse 40" 20

Immédiatement après les accidents d'intoxication. . 44 ,5 16 ,2

Sous l'influence de l'hypnone, l'acide carbonique augmente clans le sang artériel en même temps que l'oxygène diminue.

De plus, si l'on extrait, avant et après l'injection intraveineuse d'hypnone, les gaz du sang artériel et du sang veineux des membres ou de la tète, on trouve que les dillérences en acide carbonique sont plus grandes après

l'intoxication qu'avant. En voici un exemple : à un chien de 10 k. on injecte dans les veines 1 ce. d'hypnone, puis 2 ce. 5.

Avant l'injection, la différence de CO2 du sang artériel au sang veineux est, pour 100 ce. de sang, 5 ce. 3; après l'intoxication la différence est de 8 ce. CO2 0/0 ; ce fait montre un trouble asphyxique que l'on retrouve également en dosant l'oxygène avant et après l'injection d'hypnone. Nous injectons à un chien de 9 k. 500 2 ce. d'hypnone; avant l'intoxication, la différence en oxygène dans lè sang de la veine crurale et de l'artère crurale est de 8 ce. 0/0 ; après l'intoxication la différence est de 11 ce. 2. 0/0. — Les dosages des deux sangs sont faits simultanément, d'après la méthode décrite, l'année H dernière, à la Société de biologie, par M. Quinquaud.

Il se fait donc au début de l'intoxication par l'hypnone et j dans l'intimité des tissus, une consommation plus grande d'oxygène, comme cela se passe dans l'asphyxie.

Toutefois, lorsque la dose d'hypnone est plus faible, et | au moment où existe un sommeil plus calme, la différence en oxygène est moindre. Chez un chien de 14 k. 200 on injecte 1 ce. 5 d'hypnone : avant l'injection on a 8 ce. d'oxygène 0/0 comme différence du sang artériel au sang veineux, tandis qu'après l'intoxication, nous trouvons 7 ce. 2. Ici nous ne voyons pas de phénomènes asphyxiques, mais bien des signes de ralentissement de la nutrition: cette diminution nutritive coïncide avec un abaissement de la température centrale.

En outre, la glycose augmente dans le sang après l'injection intra-veineuse d'hypnone.

La capacité respiratoire après l'injection intra-veineuse

ACTION DE L'ilYPNONE SUR LE SANG 199

reste la même; elle n'est d'ailleurs pas troublée lorsqu'on opère in vitro, en agitant du sang avec une goutte d'hypnone par centimètre cube. Ainsi dans un cas le pouvoir oxydant est de 17 ce. 2 0/0 avec le sang normal; il reste le même après agitation avec l'hypnone. Pour un autre sang le coefficient d'absorption est de 22 ce. 6 ; il reste encore à 22 ce. 6 après l'agitation.

Tous ces faits s'expliquent, parce que l'hypnone laisse persister les deux bandes d'absorption de l'oxyhémoglobine sans en faire apparaître d'autres dans le spectre, alors même que le contact a persisté pendant plusieurs jours; toutefois il se produit un léger précipité albumineux.

De toutes ces expériences, on peut conclure que l'hypnone n'est pas un poison hématique vrai, qu'il détermine des phénomènes d'asphyxie et que, pris à dose modérée, il diminue les combustions.

Ajoutons que tous nos chiens mis en expérience ont succombé, les uns rapidement, les autres dans la soirée ou pendant la nuit : l'hypnone est donc un poison dont il faut se défier.

RECUERCHES EXPERIMENTALES SUR L'ACTION PHYSIOLOGIQUE DU TABGUIIS

Dans ce travail, nous avons voulu mettre en évidence cerlains symptômes déterminés par l'extrait de tanguin et éludier sa manière d'agir sur l'organisme vivant.

Les tentatives qui ont été faites sur le mode d'action de ce toxique ne sont pas nombreuses.

Henry et Ollivier le rangent parmi les narcotico-âcres. (Sur le tanguin, Journal de Pharmacie, t. X, p. 49, 1824.)

Virey [Journal de Pharmacie, 1822) donne sur le tanguai les renseignements suivants :

« On emploie le fruit comme épreuve judiciaire sur des individus accusés de crimes non prouvés. Si la mort est la suite de l'ingestion, on en conclut que l'accusé était coupable ; s'il parvient à en rejeter la plus grande partie, il peut échapper à la mort et on le tient alors pour justifié de tout. »

Le breuvage est un liquide aromatique (suc de feuilles de longouse ou grand Cardémone de Madagascar) dans lequel on met la semence râpée du tanguin. Cette substance sert d'instrument à la justice; d'autres fois elle devient l'arme du crime.

Les noirs, esclaves madécasses, à Maurice, parviennent

K La plupart des expériences ont été publiées dans le Journal de

VAnatomie et de la Physiologie, 1885.

facilement à se procurer du tanguin, par le moyen d'autres noirs, de même caste, employés comme matelots sur les navires qui font le voyage de cette colonie à Madagascar, et les exemples d'empoisonnement, tant à Maurice qu'à file Bourbon, sont très fréquents; jusqu'à présent, , aucune victime, à qui ce poison a été administré, n'a échappé.

C'est l'amande du fruit que les Madécasses emploient I pour donner la mort. L'analyse faite par Henry fils, pharmacien-aide à la Pharmacie centrale des Hôpitaux, dit que l'amande seule de ce fruit contient le principe actif, que cette matière cristallisée paraît surtout posséder les propriétés délétères de ce végétal, et que la matière brune a moins d'action sur l'économie animale, mais n'en est pas privée entièrement.

Cette substance cristallisée, dit-il, appliquée sur la langue en très petite quantité, produit d'abord une saveur amère, à laquelle succède, au bout de quelques instants, une chaleur considérable et une sorte de constriction de l'arrière-bouche, assez analogue à la constriction que cause la racine de pyrèthre. En ayant mis sur la langue, j'éprouvais, dit-il, dans la bouche et dans l'arrière-bouche, un engourdissement qui persista deux heures et qui anéantit pendant deux heures la sensibilité de l'organe du goût.

Chez les animaux, Ollivier a déterminé des accidents très graves suivis de mort.

Kolliker et Pélican (Some Remarks on the physiological action of the tanç/hinia venenifera, Proced of the royal Society, 1858, t. IX, p. 173), reprirent la question. Ils opérèrent sur des feuilles et des rameaux desséchés, qui

leur avaient été donnés par le comte Seydcritz, de Mecklembourg, et reconnurent l'action sur les muscles et sur les nerfs.

En 1873, M. Joannès-Chatin, dans une très bonne thèse, fit connaître ses recherches pour servir à l'histoire botanique, chimique et physiologique du tanguin de Madagascar. 11 rapporte deux expériences d'Ollivier faites sur le cochon d'Inde : dans la première, l'expérimentateur introduisit dans l'estomac 0 gr. 01 de matière blanche cristalline dissoute dans l'alcool très faible; la mort survint au bout de 7 h. sans donner lieu au narcotismc, mais en déterminant des symptômes d'irritation. La même dose introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un lapin ne produisit aucun effet.

Dans une seconde expérience, Ollivier introduisit dans l'estomac d'un cobaye 0 gr. 15 de tanguine (matière brune) dissoute dans l'eau; 5' après assoupissement, l'animal dormait debout.

Ollivier conclut que les propriétés toxiques étaient dues à la matière blanche cristallisée et que le narcotisme était produit par la tanguine.

Ces expériences, trop peu multipliées, sont bien incomplètes et manquent de détails.

Pour M. J. Chatin (p. 39), le tanguin tue en arrêtant les mouvements du cœur et en détruisant l'irritabilité musculaire. Plus loin il ajoute : « Le tanguin produit les mêmes effets lorsqu'on le place sous la peau ou lorsqu'on l'introduit dans le tube digestif ; l'absorption agit seulement moins vite dans ce dernier cas. La mort est amenée par la paralysie du cœur. »

Enfin, le même auteur (p. 44) cite parmi les principaux

symptômes de l'empoisonnement : 1° la dyspnée considérable ; 2° l'inquiétude ; 3° l'état nauséeux, les vomissements ; 4° l'affaiblissement progressif; 5° l'absence de convulsions et de cris.

M. Arnaud, professeur au Muséum, vient de faire des recherches importantes sur la tanghinine cristallisée en opérant sur 2 k. 550 d'amandes. {Comptes rendus te l'Académie des sciences, 17 juin 1889 et 4 novembre 1889.)

Voici le résumé du travail de M. Arnaud :

« Les amandes renferment 75 p. 0/0 de matière grasse, de consistance butyreuse, qui ne peut être séparée facilement par simple pression, l'eau contenue dans l'amande formant une sorte d'émulsion qui rend impossible l'écoulement de la matière huileuse ; pour éliminer celle-ci, il a a employé le sulfure de carbone, qui ne dissout pas le principe toxique.

Puis, traitant par l'alcool concentré bouillant, on obtient par évaporation une substance cristallisée très toxique.

La tanghinine ainsi préparée est un poison cardiaque se rapprochant de la strophantine et de l'ouabaïne ; elle en diffère par une action convulsivante, ainsi qu'il résulte des expériences de M. Gley.

La tanghinine ne s'obtient pas d'emblée par simple évaporisation, il est nécessaire d'enlever par des dissolvants tels que l'alcool à 50° des matières extractives colorées.

M. Arnaud a obtenu 10/0 par rapport au poids de l'amande.

La tanghinine est incolore, cristallise en rhombes; à la température de 170° C. elle devient pâteuse, fond en un liquide transparent vers 182° G.

204 TANGU1N DE MADAGASCAR

La tanghinine est peu soluble dans l'eau, 20 ce. en dissolvent seulement un milligr. Après quelques heures de contact avec l'eau, elle se gonfle en formant un mucilage épais dans lequel on distingue encore des cristaux; cette singulière propriété est peut-être la cause delà difficulté de séparation.

La tanghinine est très soluble, au contraire, dans l'alcool concentré; à la température de 20° G., 100 ce. d'alcool à 95° en dissolvent 5 gr. 25; dans l'éther elle se dissout en quantité assez notable.

Les acides étendus cà chaud la décomposent en donnant naissance à un produit résineux, jaunâtre, incristallisable dans l'alcool ; il ne se forme pas de sucres réducteurs ; à côté il paraît se former une petite quantité d'un principe excessivement amer.

L'analyse élémentaire donne les résultats suivants :

Carbone 65.79 65.70

Hydrogène 8.) 6 8.22

Oxygène 26.05 26.08

La tanghinine renferme un peu plus de carbone que la strophantine et que l'ouabaïne ; mais, comme ces dernières, elle ne contient pas d'azole ; ce n'est donc ni un alcaloïde ni un glucoside.

Par l'action de la baryte, on obtient un corps soluble dans l'eau se déposant par évaporation du liquide sous la forme d'une masse amorphe. L'analyse de ce dérivé rapprochée de celle de la tanghinine a permis à M. Arnaud d'en déduire la formule C27 H40 O8.

TÀNGUIN DE MADAGASCAR 203

Nos expériences confirment un certain nombre de faits relatés par nos éminents prédécesseurs; elles en rectifient plusieurs et en font connaître de nouveaux. Nous étudierons spécialement les faits contradictoires et les Ifaits nouveaux.

La préparation que nous avons employée dans nos recherches est l'extrait aqueux des amandes de Tanghinia vencnifera. nous l'avons souvent mélangé avec l'extrait lalcoolique non dissous dans l'alcool, de telle sorte que la solution aqueuse était imparfaite, ce qui explique les Idoses un peu fortes notées dans notre travail; nous avons voulu avant tout ne pas introduire d'alcool dans l'orgamisme des animaux mis en expérience. La petite quantité ide matière mise à notre disposition ne nous a pas permis Id'en extraire la principale substance active.

A. — Évolution chronologique des divers symptômes

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