‹ Études de thérapeutique expérimentale et cliniqueChapitre 32 sur 63 · VAISSEAUX · texte numérisé non relu

VAISSEAUX

La conséquence de l'affaiblissement des contractions cardiaques, c'est de ralentir le courant dans les vaisseaux capillaires ; ce phénomène est facile à constater chez la grenouille empoisonnée.

Quarante-sixième expérience. — Injection sous-cutanée d'extrait de tanguin. — Examen de la circulation dans la membrane interdigilale de la patte de la grenouille. — Ralentissement du courant sanguin 8' après tinjection ; 23' après, arrêt de la circulation dans certains vaisseaux.

Le 12 juillet, à 10 h. 2', injection sous la peau du dos d'une grenouille de 0 gr. 15 d'extrait de tanguin. 3' après en examinant la circulation au microscope dans les vaisseaux de la membrane interdigitale, on ne constate pas de modification sensible. 8' après, arrêt de la circulation dans certains vaisseaux ; à ce moment, on constate l'existence de quelques mouvements volontaires. 28' après, arrêt dans un plus grand nombre de vaisseaux. 38' après, le cœur bat encore, quoique ralenti. 48' après, éclatent des contractions cloniques assez intenses; les contractions cardiaques sont très rares.

L'affaiblissement du cœur et le ralentissement de la circulation se produisent assez tôt dans l'intoxication par le tanguin.

e. — Action du tanguin sur les cœurs lymphatiques

Les cœurs lymphatiques n'échappent pas au phénomène d'arrêt; ils subissent le même sort que le cœur sanguin.

Quarante-septième expérience. — Injection de tanguin sous la peau d'une grenouille. — Cessation des mouvements volontaires, sensibilité intacte. — Abolition des battements des cœurs lymphatiques. — A la fin, perte de V irritabilité nerveuse.

A 4 h. 31', injection sous-cutanée de 0 gr. 05 d'extrait de tanguin. 44' après, les mouvements sont assez forts. 16' après, les mouvements volontaires n'existent plus ; on détache les pattes postérieures, qui, en se repliant, sont agitées de petits mouvements convulsifs, passagers; la sensibilité est normale ; résolution musculaire. 17' après, des convulsions légères se produisent chaque fois que l'on change de place la grenouille, dont les pattes sont étendues comme dans un mouvement de natation. Les battements des cœurs lymphatiques ont complètement cessé. Le nerf a conservé son excitabilité physiologique.

24' après, on voit quelques mouvements convulsifs, le cœur se contracte encore. 32' après, les mouvements réflexes sont très nets ; en frappant la table sur laquelle la grenouille est placée, on fait contracter les muscles des pattes postérieures.

37' après, l'excitabilité neuro-musculaire est bien conservée; 49' après, l'excitabilité du nerf existe encore, mais est très affaiblie. 56' après le début, le nerf a perdu son excitabilité, le muscle se contracte encore pendant peu de temps.

Dans cette expérience, nous notons surtout des troubles moteurs : cessation de mouvements volontaires, mouvements convulsifs survenant en premier lieu ; les cœurs lymphatiques cessent de battre avant le cœur sanguin ; le nerf conserve son excitabilité, puis la perd 56' après le début de l'injection.

Tous les phénomènes précédents se produisent, aussi bien lorsque le poison est introduit dans le tube digestif que quand on l'injecte sous la peau:

Quarante-huitième expérience. — Injection de tanguin dans le tube digestif d'un cobaye.

A 9 h. 54', on injecte dans le rectum 0 gr. 20 d'extrait mixte de tanguin à un cobaye pesant 630 gr. A 10 h. 8', nouvelle injection rectale de 0 gr. 20 ; à 10 h. 15', l'animal urine ; à 10 h. 18', légers tremblements ; à 10 h. 26', dernière injection de 0 gr. 20; à 10 h. 29', tremblements assez intenses, répétés fréquemment sous forme de petits accès, très marqués à la tête et au cou; tremblements de la tête ; le museau tombe sur la table ; le cobaye reste étendu.

A 10 h. 35', placé sur le sol et excité à la marche, il reste à la même place, penche la tête latéralement et s'affaisse ; tremblements convulsifs par accès, même dans les pattes postérieures ; sensibilité cornéenne intacte.

A 10 h. 45', l'animal urine abondamment ; placé sur le dos, il se remet sur le ventre; les accès convulsifs continuent. De 10 h. 50' à 11 h. 40', L'état reste le même; on voit survenir des convulsions avec conservation de la sensi-

bilité. A 11 h. 40', la température rectale est de 36°, 5 ; les accès convulsifs continuent et se rapprochent de manière à laisser croire à un accès continu. Défécation abondante. De midi à 2 h., les accès convulsifs diminuent de nombre et d'intensité. La température remonte à 37°,37°,5 ; le cobaye peut se tenir sur ses pattes. A3 h., la température rectale est à 38°; l'animal recouvre peu à peu sa vigueur ordinaire; les convulsions ne se produisent plus. A 5 h., à 8 h., à 9 h. et à 10 h. du soir, rien de particulier. Le lendemain matin, le cobaye paraît normal.

f. — Action du tanguin sur l'homme; effets thérapeutiques

Nous venons d'étudier les divers symptômes observés chez les animaux. Chez l'homme, il est de notre devoir de ne rien tenter qui puisse nuire aux malades à un degré quelconque ; nous devons cependant soulager les patients à l'aide de doses qui n'ont aucune mauvaise influence sur l'organisme.

En agissant avec une prudence extrêmement timide, nous avons d'abord donné à l'homme 0 gr. 01, 0 gr. 02, 0 gr. 03 d'extrait de tanguin; nous avons reconnu que la dose nécessaire pour produire des effets thérapeutiques sur le tube digestif était de 0 gr. 05 à 0 gr. 10 et qu'il importait de n'aller guère au delà sous peine de voir survenir des symptômes d'intoxication.

Voici l'observation résumée d'un tuberculeux ayant quelques troubles digestifs que nous pensions faire cesser en administrant du tanguin.

J..., âgé de 31 ans, est entré à la salle Bernard (hos-

pice d'Ivry) pour une tuberculose pulmonaire, accompagnée de quelques troubles digestifs.

Le 23 août 1885, à 9 h. du matin, le malade prend une potion contenant 20 gouttes d'extrait de tanguin. Disons que cet homme se sentait assez bien ce jour-là. A 10 h., il déjeune comme d'ordinaire et ne ressent rien jusqu'à il h. ; à ce moment surviennent d'abord un étourdissement avec tendance au sommeil, puis des nausées et des vomissements alimentaires; en même temps, J... est pris de coliques assez fortes et de diarrhée (quatre garde-robes dans la journée). Bientôt J... éprouve une céphalalgie violente qui persiste. Dans l'après-midi il prend du lait, qui est vomi. De plus, le malade accuse une sensation de courbature et de faiblesse générale.

Pendant la nuit, J... a trois garde-robes; la céphalalgie l'empêche de dormir; pas de troubles cérébraux.

Le lendemain 24 août, cet homme n'a pu manger, il a même vomi un peu le matin ; il n'a eu ce jour-là que deux garde-robes.

Au bout de quelques jours, la céphalalgie et la sensation de faiblesse généralisée avaient totalement disparu, en même temps survenait une amélioration des troubles digestifs.

Ainsi, chez cet homme comme chez les mammifères, parmi les premiers phénomènes il y en a qui se produisent du côté du tube digeslif : nausées, vomissements, diarrhée; puis surviennent de la céphalalgie et de la faiblesse généralisée.

L'observation suivante démontre la même action sur le tube digestif.

P..., âgé de 73 ans, couché au n« 13 de la salle Bernard,

atteint d'une bronchite chronique, se plaint de constipation depuis plusieurs jours. On lui donne, le 13 juin, à 9 h. 20' du matin, 0 gr. 10 d'extrait de tanguin en potion. Avant l'administration du médicament, le malade dit n'avoir eu ni coliques ni vomissements. A. 10 h. 30', la palpation de l'abdomen fait percevoir du gargouillement; à midi, garde-robe très abondante, qui se répète ce jour-là et les jours suivants malgré la cessation du tanguin.

Chez plusieurs autres malades, les mêmes doses produisent les mêmes effets.

Ainsi, dans des recherches antérieures, nous avions donné progressivement jusqu'à 25 gouttes de tanguin sans déterminer des troubles très accentués ; nous avons pu administrer 20 gouttes à un homme adulte : divers troubles n'ayant aucune gravité se sont produits ; nous pensons qu'il ne faut pas dépasser ces doses. On doit même, comme dans la deuxième observation, n'employer le tanguin qu'à la dose de 0 gr. 05 à 0 gr. 10 pour combattre la constipation. En voici un nouvel exemple.

V..., 61 ans, athéromateux, avec phénomènes d'ischémie cérébrale, est couché au n° 14- de la salle Bernard. Cet homme se plaignait d'être constipé depuis plusieurs jours; le 12 juillet, on lui donne 10 gouttes d'un liquide renfermant de l'extrait de tanguin. A la suite de l'administration de cette substance, V... n'a éprouvé aucun symptôme sérieux, il a eu des selles ordinaires dans l'après-midi.

Quelques jours plus tard, on renouvelle la dose avec le même succès.

Nos recherches chez l'homme sont incomplètes, puisque nous n'avons pu nous procurer du tanguin pour les terminer ; mais tout insuffisantes qu'elles sont, elles prouvent

que l'on peut administrer cette substance à l'homme en ne dépassant guère la dose de 0 gr. 10 à 0 gr. 20 et même il sera prudent de ne donuer que des doses inférieures. Si l'on augmente progressivement les doses, il faudra s'arrêter aussitôt qu'apparaîtra la céphalalgie.

Conclusions

Chez les batraciens, le tanguin détermine des accidents que l'on peut diviser en trois périodes :

Dans la première, ce sont des phénomènes d'excitation qui dominent : agitation, accélération de la respiration et des mouvements du cœur.

La seconde phase se caractérise par l'arrêt respiratoire, par l'affaiblissement des mouvements volontaires allant jusqu'à la résolution des muscles, par l'hyperexcitabilité cérébro-spinale avec convulsions généralisées, et par la diminution de fréquence des battements cardiaques.

La troisième période s'annonce par la cessation des réflexes, par la paralysie avec flaccidité. A ce moment précis, l'excitabilité neuro-musculaire existe encore ; vers la fin de cette phase, l'irritabilité musculaire diminue, puis cesse, le cœur s'arrête.

La disparition tardive de l'irritabilité neuro-musculaire est due surtout à l'action du tanguin sur le nerf et sur le muscle.

L'affaiblissement, puis l'arrêt des mouvements du cœur paraissent dus à l'action du toxique sur le myocarde.

Chez les mammifères, la première période est beaucoup plus longue et plus évidente ; les animaux s'agitent, la

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respiration s'accélère ainsi que les battements du cœur, puis surviennent des nausées, des vomissements, de la diarrhée, parfois du ténesme. La pression artérielle augmente un instant pour diminuer ensuite. La deuxième phase est de courte durée : les convulsions apparaissent et s'accompagnent rapidement d'un arrêt respiratoire.

La température rectale, mesurée au thermomètre, diminue de 0°,5 à 0°,8.

La mort est produite par arrêt respiratoire et non par une syncope cardiaque, bien que le tanguin agisse en même temps sur le cœur et sur la respiration.

Chez Y homme à ïé.tat physiologique, à la dose de 0 gr. 15, le tanguin produit des étourdissements, de la céphalalgie persistante, des coliques, de la diarrhée, des vomissements et une faiblesse générale ; mais la dose de 0 gr. 05 et de 0 gr. 10 ne détermine rien de semblable ; à cette dose, l'action du tanguin se borne à provoquer quelques coliques et une ou deux garde-robes.

A l'état pathologique, le tanguin produit les mêmes effets. Il nous a paru utile dans les cas de constipation de rétention d'urine et dans les tremblements, à la dose de 0 gr. 05 et de 0 gr. 10.

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