DE-LA-PASSION. V. MASSETTE
— DES INDES. V. BamBou.
— PANACHÉ. V. ALPISTE COLORÉ.
ROSIER. Rosa. La Rose a été de tout temps proclamée la reine des fleurs. Anacréon l'appelle la joie des mortels et le doux parfum des dieux. D'abord elle était blanche, a-t-on dit, mais Vénus, s’y étant piquée, la colora de son sang; dès lors elle fut consacrée à la déesse de Cythère. Des bosquets de Rosiers et de Myrtes embellirent les Jardins de Paphos et d'Idalie ; des guirlandes de Roses ornèrent ses autels et couronnèrent Flore et les Grâces.
La Rose était de toutes les fêtes et se mêlait toujours -à la Joie des festins; les conviés en ceignaient leur tête, et ils disaient gaiment : «Couronnons-nous de roses, nous mourrons demain. » C’est que déjà la Rose, emblème du plaisir et de la beauté, l'était aussi de leur durée passagère. On aime à se rappeler ces vers si riches de vérité et de simplicité adressés par Malherbe à un de ses amis pour le consoler de la mort de sa fille:
Las! elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin, Et, Rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L’espace d’un matin.
Tous les arts ont à l’envi célébré la beauté de la Rose; la peinture, la broderie, la sculpture, se sont efforcées de retracer son élégance ; la musique et la poésie lui ont souvent voué leurs accords. A l’ombre du sanctuaire, où il cache ses talents et ses vertus, l’auteur de chants austères et de cantiques sacrés sourit aussi à la Rose et lui dit :
Chef-d'œuvre de simplicité, De grâce et dè magnificence,
Tu charmes comme la beauté, Et tu plais comme l'innocence.
Fleur charmante que j'aime à voir, Si jeune, si fraiche et si belle, Fleur que je chercherai ce soir, Pourquoi n'es-tu pas immortelle ?
(Chants d'un Lévite.)
Et le christianisme lui-même n’a-t-il pas immortalisé cette fleur charmante en donnant à la Reine du ciel les noms gracieux de Rose mystérieuse et de Rose sans épines, comme aussi il a nommé rosaire la couronne de prières et les grains bénits
qui lui sont consacrés? Une couronne de Roses blanches donnée à la plus sage fut le prix que saint Médard, le premier, institua pour la rosiére, et la Rose d’or bénite que pa + donnaient aux souverains, est restée au chef de l'Ég ise comme une des marques d'honneur qu’on lui rend en la portant solennellement devant lui. Enfin, il n’est pas un jardin où la Rose n'ait fleuri, pas une main qui ne l'ait cueillie, pas un bouquet ou une corbeille de fleurs dont elle ne soit le lus bel ornement ; et elle De si bien en tout temps, en tous ieux, qu’il n’est pas un de nous qui ne voulût semer de Roses les pas de ceux qu'il aime.
Les Rosiers se cultivent francs de pied ou greffés sur églantier. Les francs de pied s’obtiennent par boutures et par marcottes qu’il faut avoir soin d’inciser. Pour les variétés remontantes à bois dur, les boutures reprenant très difficilement, on greffe à rase terre; en replantant, on enterre la greffe, et il se forme à sa base un bourrelet duquel naissent des racines, ou bien on couche une tige greffée, et de chaque œil il part un rameau qui s’enracine la mème année.
La grefle offre l'avantage de donner des Rosiers à tête bien formée. Tout horticulteur doit avoir en réserve une pépinière d'Eglantiers qu'il greffe en place pour les transplanter dans son parterre quand la soudure des grefles est assurée. Les Eglantiers doivent être plantés à la fin de l'automne, le plus tôt possible après avoir été arrachés et choisis avec soin. Le Rosa canina des botanistes, qu'on reconnait à son écorce d’un beau vert, est l'espèce préférable pour la plupart des variétés grellées ; le Rosa rubiginosa, qui se distingue à son
écorce rouge, ne vaut rien ou presque rien. Quand on recoit des Eglantiers ou qu'on en achète, il faut rejeter tous ceux qui ont la peau ridée, comme aussi tous ceux qui paraîtraient noirs au dessous de l’épiderme de la racine gratté un peu avec l’ongle. Avant de planter les Eglantiers, il est bon d’enduire Jeurs racines d’un compot formé avec de la terre grasse délayée dans de l’eau ; la reprise en est plus assurée. Les sujets plantés à l’automne ne doivent être grellés ordinairement ae la fin de l'été suivant, à œil dormant ; car il faut leur onner le temps de bien s’enraciner avant de leur faire subir cette opération, qui dérange toujours considérablement l’économie de la sève et la santé de la plante. On greffe à l’écusson ss GREFFE) à l’aisselle des rameaux ou contre la tige principale; ans ce dernier cas, on place ordinairement deux écussons en regard, afin d’avoir plus tôt des branches latérales et une boule bien formée. La grefle doit toujours être prise sur un rameau fleuri; dès qu'elle commence à tirer la langue, c'està-dire à se développer, on pince l'extrémité des branches
qu’on ne coupe entièrement que lorsqu'elle a acquis 5 ou 6 centimètres de longueur. Alors il est à propos de pincer aussi l’extrémité de la greffe, afin de la forcer à se ramifier ; par là on renonce aux premières fleurs, mais on évite beaucoup d'accidents, et on obtient des têtes mieux arrondies. Tous les ans, au premier printemps, avant la pousse des bourgeons et quand on ne redoute plusles gelées, il faut tailler les Rosiers greffés; cette opération consiste à retrancher les rameaux inutiles et à rabattre ceux qu’on laisse à deux ou trois yeux au dessus de laisselle.
Les variétés nouvelles s’obtiennent de graines. On récolte les fruits dès qu’ils sont bien mürs; on les fait macérer dans l’eau pour en extraire les graines, et on les fait stratifier. (V. STRATIFICATION.) Au commencement de mars, on renverse les pots, et on choisit avec soin toutes les graines qui ont germé pour les semer en pépinière dans un sol convenablement préparé. Les jeunes plants fleuriront souvent dès la première année, mais il ne faut pas les juger par les premières fleurs; ce n’est souvent qu’au bout de trois ou quatre ans qu’une Rose arrive à sa perfection.
Dans l'impossibilité où nous sommes de décrire les 2 à 3,000 Roses répandues aujourd’hui dans le commerce, nous nous contenterons d'indiquer les principales tribus parmi lesquelles on peut toutes les classer, en donnant les noms des variétés les plus remarquables.
Are Tribu. — ROSIERS DE BANKS.
Il y a deux variétés, la blanche et la jaune; celle-ci est préférable; elle est très-propre à être palissadée contre les murs, où elle produit un gracieux effet au printemps par ses fleurs, tout l'été par son beau feuillage. Elle n’est pas remontante, et il lui faut uneexposition bien abritée.
9e Tribu. — ROSIERS CANNELLE.
Ils sont ainsi nommés de la couleur de leur écorce. Généralement dépourvus d'épines et à fleurs simples, ils sont propres aux massifs des jardins paysagers et ne veulent être que peu ou point taillés. Les principales espèces cultivées sont le R. DES ALPES, avec ses nombreuses variétés, le R. CANNELLE proprement dit, etle R. souFRÉ à fleurs jaunes, très-doubles et s’ouvrant difficilement. Aucune de ces espèces n’est remontante.
3° Tribu. — ROSIERS PIMPRENELLE.
Ils ont pour type le R. pimpinellifolia, qui croît sur nos montagnes élevées et offre de nombreuses variétés. Ils doivent être placés au nord, cultivés francs de pied et en touffes, et, si l'on veut qu’ils fleurissent abondamment, il ne faut guère les tailler. Les plus belles Roses pimprenelle sont l'Ancienne jaune, Persian Yellow et Perpétuelle Stanwell. ‘
4° Tribu. — ROSIERS CENT-FEUILLES.
Leur type primordial est le R. CENT-FFUILLES COMMUN, R. centifolia, originaire de la Perse septentrionale, mais répandu partout depuis un temps immémorial, La Rose cent-feuilles (Rose cabusse) est sans contredit la plus
- belle Rose du monde, mais il lui manque une qualité, c'est d'être remontante.
L'art des horticulteurs modernes est venu à bout de réparer ce défaut de la nature, en obtenant par le croisement des variétés hybrides qui, belles comme la Rose cent-feuilles, donnent plusieurs fois l'année les fleurs que celle-ci ne montre qu'au printemps. |
lre Sous-Tribu, — HYBRIDES REMONTANTS.
Pie IX, Laure Ramand, Inermis, Mère de saint Louis, Jacques Lafitte, Baronne Hallez de Cla- Enfant du mont Carmel, Louise Péronny, Me Conseiller Jourdeuil, Blanche de Portemer, renger, Angélina Granger, Aubernon, Caroline de Sansal, Mme Récamier, Mme Aimé, Ludovic Lethaud, Prince Albert, Duchesse deSutherland, Ernestine de Barante, Comte de Paris, Pompon de sainte Rade- Léonie Verger, Mme Lafay, gonde, Alfred Colomb, Clémence Seringe, Mme Trudeaux, Paul Dupuy, William Griflith, Duchesse de Montpen- Baron Heckeren de Was- Baronne Prévost, sier, senaër, La Reine, Me Duchère, Alexandrine Bachmeteff, Comte de Bourmont, Docteur Arnal, Prince Léon Kotchou- Queen Victoria, Etendard de Marengo, bay, Auguste Mie, Colonel de Rougemont, Lady Stuart, Comte de Montalivet, Jeanne d'Are, Mae Phélip. Géant des batailles,
2e Sous-Tribu.— POonTLANDS dits PERPÉTUELS.
Rose du Roi, Comte de Derby, Delphine Gay, Bernard, " Sydonie, Amandine.
Mme Toillier,
8e Sous-Tribu. — CENT-FEUILLES MOUSSEUX NON REMONTANTS.
Blanc unique, Larmes, Mousseux ordinaire.
Centifolia cristata.
4e Sous-Tribu. — CENT-FEUILLES MOUSSEUX REMONTANTS.
Général Drouot, Pompon perpétuel, André Thouin Hermann Kégel,
N° Tribu. — ROSIERS DE PROVINS.
Ils ont pour type le Rosa Gallica. Les plus belles variétés sont : Camayeux, la Perle des panachées, Mme Hardy.
Ge Tribu. — ROSIERS DU BENGALE.
1re Sous-Tribu. — BenGaLes proprement dits.
L'abbé Plantier, Mme Bréon, , Lé Pac tole, Cramoisie supérieure, : Mme Bureau, Gloire des rosamanes. Archidue Charles, 9e Sous-Tribu. — BexGares De L'ÎL8 Bounnox.
Souvenir de la Malmai- Louise Odier, Paul-Joseph, son, Duchesse de Thuringe, Mistress Bosanquet, Reine des îles Bourbon, Hermosa, Charles Souchet,
Mme M de R Acidalie, La Vorace, Paul et Virginie,
7° Tribu. — ROSIERS THÉ.
Thé Lamarque, Auguste Vacher, Mélanie Willermoz,
Devoniensis, Thé Clara Sylvain, - Safrano,
Eugénie Desgaches, Gloire de Dijon, Thé Sombreuil,
Triomphe du LEuxem- Thé Hyménée, Souvenir d’un ami, bourg, Julie Mansais, L Vicomtesse Decazes.
Thé Bouger, 8° Tribu. — ROSIERS NOISETTE.
Aimée Vibert, Ophyrie. Marie Chargé, Caroline Marniesse, Julie de Loynes, Vicomtesse d'Avesnes, Chromatella, Laiïs, Solfatare.
9€ Tribu. — ROSIERS MULTIFLORES.
Ces Rosiers sont lous grimpants et propres à garnir les murs et les tonnelles; on peut aussi les cultiver au bord des massifs qu’ils décorent de leurs rameaux arqués formant des guirlandes élégamment fleuries. Les plus belles variétés sont : Beauté des prairies, la Grifferaie, Belle de Baltimore, Laure Davoust, Roxellane.
Nous bornons à ces variétés le catalogue des plus belles Roses connues aujourd’hui. Beaucoup d’autres eussent pu y trouver place, mais nous donnons celles-ci comme offrant réunies au plus haut degré la perfection de la forme, la richesse du coloris,, abondance et la vigueur de la floraison (1).
Dans le Rosier, utile se joint à lagréable, et la beauté n'y est pas sans vertu. On a jadis préconisé ses racines comme un remède contre la rage. Les feuilles de la R. CAPUCINE et de la R. ROUILLÉE peuvent remplacer le Thé. Les bédegars de lPEglantier sont astringents. On sait que les boules mousseuses auxquelles on donne ce nom sont le produit de la sève de l’Eglantier dont l'écoulement est causé par la piqûre d’un cynips, insecte du genre des hyménoptères, qui loge ses œufs au centre du lieu où la sécrétion s'établit. L’infusion des fleurs du R. DE PROVINS est tonique et astringente ; elles s’emploient surtout en collyres et en cataplasmes résolutifs. On en fait la conserve de Rose, le miel, le sirop et le winaïgre rosats, employés dans les atonies intestinales. C’est de la R..pE Damas OU DES QUATRE SAISONS qu'on distille l’eau de Rose, si employée en médecine et dans l’économie domestique ; on s’en sert pour préparer la délicieuse liqueur d'huile de Rose. Ses pétales pilés, macérés, réduits en pâte et séchés font des bracelets, des colliers, des plaques parfumées. C’est le R. Tou- JouRS VERT dont on emploie la fleur à Tunis pour faire cette fameuse essence de Rose, si renommée partout. On l’obtient
(1) Nous devons ce catalogue à l’obligeance de M. l'abbé Fétel. Sans rien dire du reste, il était difficile, sur la question des Roses, de: trouver un juge plus compétent par le goût et par l'expérience.
ou 817 en mettant au soleil un vase en bois plein de pétales de Roses sur lesquels on verse de l’eau bien pure ; après quelques jours, l'huile essentielle des Roses s'en détache et surnage. On la recueille sur du coton, et on l'exprime dans ces petits flacons
hermétiquement bouchés, qui sont mis ensuite en cireulation.
ROSSOLIS À FEUILLES RONDES. Drosera rotundifolia. (Rorelle, Herbe-à-la-goutte, Herbe-à-la-rosée.) Cette plante mignonne des prairies humides des montagnes est extrêmement singulière par ses petites feuilles pétiolées et parfaitement rondes, bordées tout autour de cils glutineux. Ces cils sont irritables ; il suffit de les toucher avec une épingle pour leur faire changer de position; et, sous ce rapport, ils se rapprochent beaucoup de ceux de la Dionée attrape-mouches. (V. Droxée.) La petite goutte de rosée qu'ils semblent porter à leur sommet a fait donner son nom à cette plante. Du milieu de ses feuilles part une petite hampe dont les fleurs blanches durent très-peu.
On a indiqué le Rossolis comme pectoral ; plus communément on le regarde comme suspect et surtout comme dangereux pour les moutons. La plante entière, pilée avec du sel et appliquée sur la peau, agit comme rubéfiant.