di
ses fruits, le Dattier appartient comme lui à la belle famille des Palmiers. Il est propre aux chaudes régions de l’Asie et de l'Afrique ; mais, un peu moins sensible au froid que les autres enfants de sa famille, il réussit assez bien dans notre Europe méridionale, et peut se cultiver en plein champ jusqu'au 38° degré. Les bienfaits qu’il a rendus aux hommes l'ont fait connaître dès la plus haute antiquité; les Grecs le nommaient Phœniæ, sans doute de la Phénicie, où il croit abondamment ; le nom de Dattier que nous lui donnons est une corruption de dacte, du grec dactylon, doigt, pour la forme de son fruit.
Le stipe de ce Palmier, très-petit dans nos serres, s'élève, sous le ciel qui lui convient, de 5 à 10 mètres, et se couronne d’un gros bouquet de palmes, grandes feuilles de 3 ou 4 mètres, ascendantes, raides, pennées, à folioles linéaires-lancéo lées. C’étaient ces palmes que les disciples du Sauveur portaient dans leurs mains à son entrée à Jérusalem, celles qui, dans l'antiquité, étaient le symbole de la victoire et la récompense des triomphateurs ; nos peintres en mettent ordinairement à la main des martyrs, et maintenant encore on cultive des Dattiers en Italie et en Espagne pour bénir leurs palmes et en orner les processions. Non moins utiles que belles, elles sont un objet de commerce; on en fait des paniers, des tapis, des chapeaux, des balais; la base de leur pétiole fournit des filaments dont on fait des cordes. très-employées au Caire. Le chou, ou bouton terminal que forment les feuilles avant leur épanouissement, est bon à manger, et ‘les débris des vieilles feuilles sont précieux pour le feu dans ces pays chauds où le bois est aussi rare qu'il est commun dans les froides régions du Nord.
De l’aisselle des feuilles partent, au nombre de 10 à 20, des régimes où spadices, “pete de grappes pendantes, portant un grand nombre de fleurs. Ces fleurs, fertiles dans la plupart des individus (Dattiers carpellés), mais tout à fait stériles, excepté en pollen, dans les Dattiers staminifères, font de ces arbres précieux la plus intéressante des plantes dioiques. Les Dattiers à étamines, beaucoup moins nombreux et plus grêles, croissent sauvages dans le désert. Les Dattiers à carpelles sont les seuls cultivés; mais leur fruit ne saurait venir à bien si, pour aider à l’action des vents, on n'allait cueillir les grappes fleuries du Dattier sauvage pour en secouer la poussière sur le Dattier fertile. Théophraste et Pline nous apprennent que cette pratique était en usage chez les anciens, et le dernier dit encore que les Arabes, pour affamer leurs ennemis, allaient couper au désert tous ces Palmiers inféconds.
Le fruit du Dattier est pour tous les peuples chez lesquels il croît l’une des plus précieuses ressources alimentaires. A dix ans, l’arbre commence à entrer en rapport, et il peut l'être pendant deux cents. En Perse, où l’on récolte les meilleures dattes du monde, un seul arbre peut en donner, diton, jusqu’à 500 kilogrammes, mais le produit moyen ne va pas au delà de 50. La datte, à peu près de la grosseur et de ja longueur du pouce, est un drupe ovoide, offrant une peau mince, jaune-roussètre comme la chair qu’elle recouvre ; celle-ci, grasse, assez ferme, grenue et sucrée, est une nourriture aussi bonne qu’agréable, pendant une grande partie de l’année, pour beaucoup de peuplades de l’Afrique et de l'Asie. Les Arabes en font une farine et une espèce de sirop qu'ils emploient au lieu de beurre pour accommoder leur riz. Ils font aussi bouillir le noyau des dattes, afin de le ramollir, et ils le concassent ensuite pour en nourrir leurs chevaux. Ces noyaux, allongés, sillonnés, presque pierreux, lèvent très-bien dans nos serres chaudes.
On cueille les dattes un peu avant leur maturité, ou, si l’on doit les envoyer au loin, on les laisse sécher sur l’arbre ou on les passe légèrement au four; c’est ainsi qu’elles ont cours dans le commerce. Nous les employons cependant moins comme alimentaires que comme médicinales. Elles sont stomachiques, émollientes, adoucissantes et comptées avec les jujubes et les raisins confits parmi les fruits pectoraux. Elles forment avec de la gomme et du sucre la pâte de dattes, usitée en médecine. Dans le Portugal, on réduit les dattes en pulpe dont on fait des galettes en y joignant des amandes.
Les fruits de tous les Dattiers ne sont pas également bons pour ces diflérents usages, car un grand nombre de pieds portent des drupes petits, ronds et acerbes. On les rend cependant mangeables en les mettant en tas et les arrosant d’un peu de- vinaigre ; mais dans cet état ils ne peuvent plus se conserver. Par la distillation on en extrait de l’alcoo! , et c’est des dattes fermentées que se fait la plus grande partie du vinaigre d'Egypte.
Les Dattiers à fruits acerbes ne sont pas pour cela sans prix. Le bois de leur stipe est excellent pour la charpente ; leur sève, s’échappant par des incisions que l’on fait à l'arbre, se convertit en excellent vin; la moelle de leur tronc et leur chou ou bourgeon terminal, qu’on ne peut enlever sans sacrifier l’arbre, sont un bon aliment ; on peut aussi manger cuites ou crues et en salade les jeunes pousses qui sortent de l’aisselle des vieilles feuilles, dont les débris annoncent, par des
rangées circulaires, le nombre assez précis des années du Dattier.
Les rejetons aériens sont le plus sûr moyen de conserver les bonnes espèces de dattes, car les résultats obtenus par semis n’ont jamais rien d’assuré. En général, sur six Palmiers fertiles qui lèvent, il n’y en a qu'un d’infécond ; mais, parmi ceux-là, le plus grand nombre de pieds donnent de mauvais fruits.
Le Dattier peut, avec des soins, prospérer dans nos serres. il v veut de très-grandes caisses, de l’eau et beaucoup de chaleur. On doit respecter ses racines et ne point les retrancher. ,
DATURA STRAMOINE (de l'arabe fatorah). (Pomme épineuse, Stramoine épineuse, Herbe-du-diable ou Herbe-dessorciers, Chasse-taupe, Endormie.) On croit que la Pomme épineuse nous est venue d'Amérique ; du reste, elle est depuis longtemps naturalisée en France, où elle croît parmi les décombres, dans les terrains gras et fertiles, et sur Le bord des fossés, près des villages. Le beau vert de ses feuilles et l’éclatante blancheur de ses fleurs en longs cornets plissés en filtre plaisent aux yeux et séduisent ; mais leur odeur nauséabonde et les épines de la capsule semblent avertir des dangers que cette plante peut offrir. Appartenant aux Solanées, comme la Belladone, elle a des propriétés narcotico-àcres presque aussi vénéneuses. Son suc ou ses graines, pris à l'intérieur, excitent des vomissements violents et convulsifs, la léthargie et même la mort. Les semences, prises par le nez, occasionnent aussi des assoupissements dont les jongleurs, voleurs ou sorciers, poursuivis sous le nom d’endormeurs, ont su profiter et abusent encore quelquefois pour faire des dupes ou des victimes.
Cependant on a vanté le suc de la Stramoine pris à trèspetite dose, et on l’a employé avec avantage comme antispasmodique dans les névralgies, l’épilepsie, la manie, les convulsions, l'asthme, l’hydrophobie, les rhumatismes chroniques; ces succès, plus ou moins authentiques, n’ont pas empêché d'abandonner presque totalement l'usage de cette plante à l’intérieur. A l'extérieur, l'extrait de Datura peut calmer les plaies douloureuses, les panaris, les brûlures, les tumeurs hémorrhoïdales, les chancres, etc. ; mais l'absorption est toujours à craindre, et il convient, pour la prévenir autant que possible, d’unir cet extrait à des corps gras. La Stramoine entre dans le baume tranquille.
On prétend que dans quelques pays on donne la graine de la Stramoine aux chevaux et aux cochons pour les engraisser ; elle doit ses propriétés à la daturine, principe alcalin trèsactif ; on le paralyse par le vinaigre et les autres acides.